DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIING !!!!!!!!— Oui allô ?
— Allô ? Thom ?
— Ah ! Salut
Xavier ! Ca va ?
— Oui, merci... et meilleurs vœux !
— Meilleurs vœux à toi aussi, vieux ! C'est sympa de m'appeler pour la bonne année. C'est pas
Christophe qui ferait ça...
— Bah en fait...
— Oui ?
— Je t'appelais pas pour ça...
— Bah pourquoi alors ?
— Je t'appelais pour savoir ce que tu pensais du nouveau eels... parce que tu vois à force d'acheter plein de disques conseillés par Le Golb... enfin... tu vois, quoi... les fins de mois deviennent difficiles... alors je me demandais si ce nouveau eels...
— Ah.
— Ca t'ennuie ?
— Moins que le disque.
— Oh ? C'est à ce point ?
— Un peu, oui.
— Mince. J'avais pourtant lu qu'il était dans la lignée d'Electro-shock Blues...
— Mouais. Je crois que c'est un fantasme de fan dont il faudra bien se rendre à l'évidence un jour que ça n'arrivera jamais... il n'y aura jamais qu'un seul
Electro-shock Blues.
— Sûrement, oui. Tu as raison. Comme toujours.
— Merci de le remarquer.
— Donc tu déconseilles ?
— Bah... je déconseille pas vraiment, non... pas à toi, pas à
un fan comme toi... mais disons que je suis aussi tiède que l'album. Il y a quelques bons trucs, hein, c'est E tout de même... mais si tu veux entre le côté globalement mollasson de l'album d'une part...
— Parce que Vic Chesnutt c'est remuant peut-être ?
— Ne soit pas taquin, Xavier - s'il te plaît. Il y a lent, et il y a mou. La mollesse c'est comme le rock : un état d'esprit. Et là, E... il est dans un état d'esprit de mollesse, de torpeur. C'est austère, mais sans élégance. Juste gris comme la tronche du mec sur la pochette. Le problème c'est que ce n'est pas même vraiment touchant, tu vois ? C'est surtout monotone. Et quand ça ne l'est pas... bah le gars E s'autoplagie - mais ça à la rigueur on a l'habitude.
— C'est sûr.
— Cependant je ne suis pas sûr que ce soit vraiment une bonne idée de s'autopomper "Manchestar Girl".
— Il fait ça ?
— Oui ! Je te jure. "A Line in the Dirt", ça s'appelle... et franchement on dirait un morceau d'Elton John chanté par E.
— Je croyais que t'aimais bien Elton John ?...
— ...
— Thom ? T'es là ?
— C'est quoi ces remarques Xavier ? Tu veux me vexer ?
— N...
— Tu enregistres cette conversation c'est ça ? Tu veux te venger de la fois où je me suis foutu de ta gueule avec Ghinzu ?
— Mais... pas du tout...
— Bon, ok...
— Alors c'est quoi ton verdict final ?
— Honnêtement j'ai du mal à en établir un. Ca me fait tout drôle d'être aussi circonspect sur un album d'eels. Mais bon... si je suis objectif, je suis obligé de reconnaître que ça manque cruellement de bonnes chansons - tout simplement. J'ai vraiment fait tout mon possible pour monter jusqu'à 3/6... mais je friserais la malhonnêteté intellectuelle. A tout casser il doit y avoir deux chansons vraiment réussies ("Gone Man" et "Unhinged"), le début de l'album est correct à défaut d'être transcendant, le milieu est la partie consacrée aux redites et la fin est franchement soporifique - enquillant rien moins que trois ballades de suite (dont une de presque sept minutes). Désolé d'être franc.
— Oh, faut pas être désolé. Tu sais, je crois que je vais l'acheter quand même...
— Hein ? Mais...
— Ecoute... quand on est fan...
— Oui mais alors pourquoi tu m'appelles ?
— Bof, c'était histoire de causer. Vu que quasiment personne d'autre que nous n'aime eels dans la blogosphère...
End Times, d'eels (2010)
...