vendredi 31 octobre 2014

CH:OS:EN - La Meilleure série télé d'action du moment ne passe pas à la télé.

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C'est probablement le commentaire d'introduction le plus contre-productif du monde, mais il faut bien que quelqu'un se dévoue pour le tenter : l'idéal, pour découvrir CH:OS:EN, c'est encore de n'en rien savoir au moment de lancer le premier épisode. Découvrir le concept de la série en même temps que son héros, avec la même surprise, les mêmes interrogations, les mêmes craintes. L'identification serait alors parfaite, malheureusement en 2014, il se trouve toujours un connard pour vous dévoiler le pitch d'une œuvre avant que vous ne le découvriez par vous-même. Dans le cas de CH:OS:EN, je me propose humblement d'être ce connard. Ne me remerciez pas - ou plutôt si : remerciez-moi de vous prévenir préalablement, vous laissant ainsi une chance de prendre le premier épisode de cette excellente série de plein fouet, quitte à revenir lire cet article dans vingt minutes.

Or donc un beau matin, un type ordinaire, avocat et père de famille fraîchement séparé de son épouse, reçoit-il un coffret contenant un pistolet et la photo d'une personne qu'il doit éliminer sous peine d'on ne sait trop quoi (mais on va le découvrir rapidement. Et lui aussi). Et notre brave homme de se retrouver pris au piège d'un jeu fou, malsain, mortel... dont il découvre les règles sur le tas, et dont on n'est jamais certain qu'il sortira sur ses deux pieds.

Ici, connard ou non, il serait tellement cruel d'en dire plus qu'il vaut mieux abandonner toute tentative de résumé. C'est que Chosen (vous m'autoriserez à reprendre une typo normale), si l'on a tendance à parfois l'oublier lorsque l'on est absorbé par son atmosphère crépusculaire, ce ne sont à chaque fois que six épisodes d'une petite vingtaine de minutes - ce qui a tendance à rendre tout spoiler encore plus insupportable qu'ailleurs. Et si vous vous demandez comment un show dont chaque épisode pourrait être résumé en une phrase de dix mots peut être à ce point addictif, sachez juste que la réponse est d'ores et déjà contenue dans la question : pas de temps ici pour le baratin ; du nerf, de la sueur, de l'adrénaline et une rapidité d'exécution narrative ébouriffante... autant dire que Ben Ketai, déjà auteur il y a quelques années d'une étonnante (et pour tout dire : meilleure que le film) adaptation de 30 Days of Night, est passé maître dans l'art de faire de ses limites budgétaires des forces, rendant son suspens et ses nombreuses scènes d'action encore plus bruts de décoffrage.

"Si c'est encore une cravate de fête des pères, je crois que je vais tuer quelqu'un..."

Produite par Crackle, un genre de Netflix fauché dont on serait bien en peine de dire quoi que ce soit de plus, Chosen ne repose d'ailleurs pas tant que cela sur le mystère, mais bien sur l'intensité de ses situations et le soin apporté à sa réalisation. Avec le recul, je suis le premier étonné de ne pas avoir pensé à la citer dans l'article où j'évoquais "la succession de 24" tant la filiation entre les deux est évidente, l'espionnage en moins mais le goût du soufre en plus. Car de par la noirceur de son postulat et la violence qui en découle, de plus en plus poussée au fil des saisons, Chosen sait aussi créer le malaise, jouant sur l'identification rapide du spectateur avec des personnages vraiment trop humains. Dans Chosen en effet, pas de surhomme, pas - ou peu - de badass, mais des gens relativement simples qui apprennent à survivre dans des conditions extrêmes dont ils ne maîtrisent absolument aucun des paramètres. Confrontés à des dilemmes moraux quasiment insolubles, ils essaient tant bien que mal de garder leurs âmes, sous les yeux explosés d'un spectateur qui comprend avant eux que quoiqu'ils tentent, ils échoueront.

Si la première saison l'emporte indiscutablement sur les suivantes grâce à l'effet de surprise (et à un Milo Ventimiglia dont on ignorait qu'il sût être aussi bon), la série dans son ensemble fait preuve d'une belle constance et d'une capacité pour l'heure intacte à se renouveler à chaque chapitre. Encore heureux vu le faible nombre d'épisodes, diront les mauvais coucheurs. Soit, mais la simplicité du concept ne signifiait pas pour autant que l'affaire était dans le sac. Et si l'on sent bien dans la troisième saison que le tout est moins fauché et peut désormais s'autoriser quelques temps morts, les précédentes faisaient rapidement oublier qu'elles étaient des webséries, et parvenaient encore à surprendre dans leur manière d'injecter une mythologie intrigante et complexe au sein d'un format en apparence si limité. C'est simple, une fois commencée, il est quasiment impossible d'arrêter Chosen, série qui partant de pas grand-chose et ne faisant jamais de grande promesses réussit à devenir beaucoup plus qu'un trio de téléfilms découpés en petits morceaux. La suite est d'ores et déjà prévue, a priori pour la fin de l'année, et c'est peu dire qu'on l'attend avec impatience.


Chosen (saisons 1 - 3), crée par Ben Kaï & Ryan Lewis (Crackle, 2013-14)