dimanche 14 octobre 2018

[GOLBEUR EN SÉRIES '18-19] Semaines 2 - 3


👍👍 DOCTOR WHO (saison 11) Le Doctor est devenue la Doctor et, comme l'univers entier s'y attendait à l'exception de quelques centaines de crétins congénitaux n'ayant rien pigé à la série qu'ils prétendaient aimer, c'est un absolu non-évènement. Autrement plus importante (et réjouissante) est la tonalité qui se dégageait de "The Woman Who Fell to Earth", épisode enlevé et joyeux bien plus dans la lignée (on l'espérait et l'attendait tellement) de la période Russell T. Davies que des années Moffat. "The Woman Who Fell to Earth", c'est peut-être là la plus belle de ses promesses, n'a même pas eu besoin d'être un excellent épisode pour charmer son audience. Parce que #13 est immédiatement crédible et attachante, mais aussi et peut-être surtout parce que sa nouvelles équipe est instantanément sympathique et renoue avec l'aspect que Moffat avait abandonné le plus rapidement (et sans plus jamais se retourner) : celui mettant en scène des vrais gens de la vraie vie partant à l'aventure avec ce personnage fantasque et incroyable, et pas des Impossible Girls ou des filles à destinée tellement tragique qu'on y comprenait à peu près rien. Juste des gens simples avec des considérations humaines, auxquels le spectateur peut parfaitement s'identifier... ça faisait (très) longtemps et rien que cela suffit à avoir envie de voir la suite. Ça tombe bien, c'est ce soir.

Et quand même : bienvenue Jodie !

👎 MAGNUM P.I. J'aurais aimé vous dire que Magnum était une bonne surprise ou bien, à défaut, grimper aux rideaux en hurlant à notre jeunesse qu'on assassine comme je l'avais fait à l'époque du remakebootval de MacGyver (c'était quelque part par-ici). Hélas, il n'y a rien à dire sur ce Magnum millésimé (ho ho) 2018 : c'est juste la série CBS de base, calibrée comme les autres, avec les mêmes dialogues et les mêmes intrigues que les autres, mais sans le petit plus qu'on peut parfois entrevoir chez certaines de ces autres (de plus en rares, soit dit en passant). Lequel petit plus se développera peut-être dans une saison et demi lorsque Magnum commencera à coucher avec Higgins (si si), mais je ne serai plus là pour le voir et vous non plus, je l'espère.

👎👎 The ROMANOFFS Il fallait au moins s'appeler Matt Weiner pour réussir à me contraindre à me lancer dans une série dont le sujet ne m'intéresse absolument pas, dont le pilote dure une heure vingt-quatre et compte Louise Bourgoin à son générique (je n'ai jamais compris cette meuf, ni quand tout le monde la trouvait tellement drôle, ni quand tout le monde s'est mis à la trouver super belle, et encore moins désormais que tout le monde, même le créateur de Mad Men nom de Dieu, paraît la trouver talentueuse. En fait, je ne la trouve même pas sympathique quand je la vois en interview. Bref). J'ai tenu bon, mais il faut bien avouer que je me suis vite vite inquiété en constatant à quel point tout cela était mou, cliché, kitsch et de surcroît aussi mal joué en français qu'en anglais (et notons par fair play que Bourgoin est bien loin d'être la moins juste). Tout sonnait faux du début à la fin, les acteurs on l'a dit, mais aussi les décors (en cartons) ou la bande-son (affreuse). Faux et même cheap (le label Amazon, n'est-ce pas ?), mais bon allez : c'était quand même Matthew Weiner, impossible de ne pas continuer un peu. C'est en lançant l'épisode suivant, du même tonneau, et surtout en réalisant que lui aussi durait presque une heure et demi... que j'ai craqué. Parce que Weiner, c'est le mec qui nous expliquait il n'y a pas si longtemps - c'était presque devenu une loi sur Le Golb - qu'il fallait regarder au moins cinq épisodes d'une série pour se faire une idée de ce qu'elle avait dans le ventre. Il semble que toutes les plaies d’Égypte lui soient passé dessus depuis, des megamovies bourrés de guests en passant par la Peak TV et le fléau des séries de providers (on en oublie, à commencer par sa propre incapacité à s'imposer au cinéma, probablement le Ceci de notre Cela). Désormais, Weiner produit The Romanoffs, une série de 8x85 minutes - non seulement arrivé à la fin du cinquième épisode, vous avez déjà presque tout vu mais en plus, vous y avez passé l'équivalent d'une journée entière au boulot. Vous avez le temps pour ça, vous ? Ne vous embêtez pas à réfléchir, la réponse est probablement Non, surtout s'agissant d'une série ayant si peu à offrir et tombant si régulièrement (et involontairement) dans le plus absolu ridicule.

Je cherche un truc à dire mais en fait, j'ai déjà oublié cette scène.

👍 TITANS En raison de ma passion inusable pour les (Teen) Titans autant que de la nullité abyssale du DC Universe Élargi Machin Chose (je ne sais même pas quelle est son appellation officielle, c'est vous dire), Titans était tout à la fois la série que j'attendais le plus en cette rentrée (et même au-delà puisqu'elle est en développement depuis presque deux ans) et celle dont je savais le moins de choses, ayant savamment esquivé toute info et tout trailer afin de... je ne sais pas trop afin de quoi, en fait, sans doute d'oublier qu'outre les inévitables Greg Berlanti et Geoff Johns, il y avait également à la production et au scénario Akiva Goldsman, personnage trouble dont on est fatigué avant même de commencer à énumérer les merdes figurant à son C.V. (sachez qu'on y trouve notamment The Dark Tower et que bizarrement, le mec n'est même pas sous contrôle judiciaire). Ayant donc essayé de préserver mon âme pure et innocente (je n'ai même pas regardé le casting avant), je fus tout surpris de constater que ce pilote était... bien. Avec quelques petites lacunes, et sans préjuger d'une suite qui s'articulera a priori sur une équipe à quatre (pas de Wally West ni d'Aqualad, quant à Donna Troy, elle ne devrait faire qu'une brève apparition), les débuts de Titans sont tout de même très convaincants, notamment en terme de réalisation, très soignée, et de distribution (Brenton Thwaites, que je ne connaissais pas du tout, compose pour le moment un Dick Grayson plutôt convaincant, ce qui n'était pas franchement gagné vu les difficultés d'adaptation que Robin a mystérieusement toujours posées à tout le monde). Certains choix scénaristiques sont bien contestables et en font déjà une série qui, en dehors de transposer des personnages connus et aimés du public, n'apportera sans doute pas grand-chose au genre : les TT sont supposés être des sidekicks ayant tous plus ou moins le même âge et se connaissant de loin en loin, qui décident de tenter de s'émanciper de leurs héros de tutelles, et grandissent en même temps face aux épreuves qu'ils affrontent ? Titans prend d'emblée le parti d'une équipe formée de toutes pièces par Robin avec un ton à la X-Men, soit de jeunes gens découvrant leurs pouvoirs (il sera TRÈS difficile de rivaliser avec l'excellente Impulse dans ce registre pour les mois/saisons à venir). Si l'on ajoute à cela cette éternelle bizarrerie voulant qu'il y ait désormais deux (bientôt trois) séries liée à l’univers de Batman dans lesquelles Batman n'a pas le droit d'apparaître, il n'y a aucune raison de s'emballer outre-mesure, mais ces débuts, notamment la dernière scène, sont vraiment de bonne facture et augurent d'une chouette série qu'on prendra plaisir à suivre chaque semaine.

Bon et puis il passait bien, ce petit "Fuck Batman".

👍 YOU avait tout pour être une très mauvaise série pompée sur environ un milliers de trucs et tombant totalement à côté de l'humeur de l'époque. On n'avait aucun espoir pour elle et d'ailleurs, initialement, je ne l'avais pas mise sur ma liste. Pourtant, si le pilote n'a pas que des qualités et ne brille pas toujours par la vraisemblance de ses situations, on est loin du carnage annoncé et ceux qui auront continué n'auront a priori pas été déçus. La série trouve assez vite ses marques et développe son intrigue avec une certaine aisance, sans en faire plus que nécessaire et en réussissant à se renouveler au fil des semaines, c'est-à-dire à ne pas totalement tourner en rond en racontant une pure histoire de stalker érotomane dont les contacts avec sa victime seraient si réduits que l'histoire serait condamnée à ne jamais décoller. Il y a certes parfois des béances narratives assez folles, une voix off dont on sait déjà qu'on ne pourra plus la supporter avant la fin de la saison et un casting (notamment féminin) d'une qualité un tantinet contestable, mais il y a aussi de bonnes surprises, comme le prologue du quatrième épisode qui, en entrouvrant la porte à la perspective de l'héroïne, montre à quel point même exhibé partout et tout le temps sur les réseaux sociaux, l'être humain peut demeurer complexe et insaisissable. A ce stade, ce petit thriller constitue un très bon divertissement qui, quelques années en arrière, aurait parfaitement eu sa place dans la grille d'été sur un grand Network, son seul vrai gros défaut étant qu'on ne voit pas bien (pas du tout) où il peut aller sur le long terme.

Mieux vaut tard que jamais

💤 The FRANKENSTEIN CHRONICLES (saison 1) Je me demande où se cachent désormais les gens qui militaient pour qu'on ne tue pas rapidement les personnages de ce brave Sean Bean. Ceci dit sans blague de mauvais goût : depuis qu'il survit, parfois plusieurs saisons, il enchaîne les nanars à un rythme effréné. The Frankenstein Chronicles n'est pas son plus mauvais rôle dans sa plus mauvaise série, mais si j'ai pu y voir l'espace d'une seconde l'occasion d'un article pré-mâché pour le bicentenaire de l’œuvre de Mary Shelley, j'ai vite... j'allais dire déchanté mais en réalité, je me suis juste endormi. En paix. Ce qui vu les efforts de la série pour être sombre et stressante est déjà une appréciation en soi.

Vous croyez que je n'ai pas entendu le petit "achevez-le" qui a résonné au fond de la classe ?

👍👍 QUEEN SUGAR (saison 1) Il y a environ deux ans, un commentaire (presque) innocent sur l'absence quasi totale de Black-ish dans les critiques TV françaises avant déclenché une vive polémique parmi certains lecteurs du Golb quant à l'indifférence, réelle ou supposée, que suscitaient chez nous les séries mettant en scène des castings majoritairement noirs (voire plus généralement non-blancs). Queen Sugar, qui venait de débuter sur la chaîne d'Oprah, avait été citée comme une pièce à charge, puisqu'absolument personne n'en parlait alors qu'aux dires des deux ou trois qui l'avaient vue, elle valait franchement le détour. L'écume de ce "débat" largement retombée (d'autant que depuis lors, les commentaires dithyrambiques sur Black-ish se sont multipliés - ailleurs que sur Le Golb, s'entend), découvrir Queen Sugar, même avec le recul, y fait irrémédiablement repenser. C'est peu dire qu'on a très peu parlé chez nous de ce très bon drama familial lancé à peu près en même temps qu'un autre, This Is Us, qui fit à l'inverse grand bruit. Or les deux séries, de qualité l'une et l'autre même si j'aurais personnellement une nette préférence pour celle produite par Oprah, projettent des images de la société américaine bien différentes, This Is Us appuyant sans cesse sur l'universalité et l'égalité face au larmoyant, quand Queen Sugar rappelle constamment, avec plus ou moins de finesse (souvent plus) et un ton parfois assez dur que, dans les USA de 2018 2016, Noirs et Blancs ne sont toujours pas strictement égaux même à niveau social équivalent. Un sujet qui fait toujours moins écho en France où, rappelons-le, le racisme n'existe pas et où l'esclavage, bon, il y en a eu un peu, vite fait, mais c'était il y a longtemps et tout est pardonné. Sur la forme, Queen Sugar est une série assez ovniesque, que l'on serait tenté de classer hâtivement dans la catégorie soap alors qu'elle est assez loin (et franchement au-dessus) des standards du genre. Extrêmement sobre dans sa réalisation, extrêmement digne dans son approche des inévitables séquences "émotionnelles". Queen Sugar propose surtout une galerie de personnages très bien écrits et campés, qui ont tous pour point commun une retenue assez incroyable - dans Queen Sugar, on ne se roule pas par terre en hurlant à la mort, on se relève, on serre les dents et on avance, quoiqu'il en coûte. Très classique en apparence - le père décède et ses trois enfants reprennent l'exploitation familiale - la série retourne un schéma plutôt usé par le simple fait que la famille en question soit noire dans un monde où, si le racisme n'est plus aussi explicite qu'autrefois, il demeure profondément ancré dans les mœurs - les enfants Bordelon comprennent très vite que des Noirs propriétaires terriens, même de nos jours, relèvent plus d'une vue de l'esprit légaliste que d'un fait établi et incontestable aux yeux de la communauté et tout spécialement de leur concurrents, bien entendu tous blancs et avides de récupérer une terre qui leur fut reprise par décision de justice en réparation d'années d'esclavage. Je n'avais pas vraiment le temps de rattraper toute la série, rentrée oblige, mais une fois n'est pas coutume, j'en avais vraiment très envie et ne tarderai pas à le faire, ne serait-ce que pour le casting, tellement remarquable que même si le show devait par la suite s'abîmer dans les excès inhérents à son genre, il vaudrait probablement encore le détour.