Non loin du Panthéon des séries, où reposent en paix Tony Soprano, le Capitaine Kirk, les frères Fisher, Georges Costanza ou encore Numéro 6, se trouve un petit bâtiment en apparence désaffecté, uniquement rempli de tombes vides. On raconte que la nuit, si l'on y passe seul, on peut y entrevoir quelques spectres, une poignée de fantômes torturés restés bloqués sur terre car leur œuvre est demeurée inachevée. C'est le second Panthéon des séries. Le Mausolée de celles qui ont été foudroyées en pleine gloire, annulées alors que loin d'être accomplies. Faites attention si vous passez par-là, toutes ne sont pas inoffensives. Une rencontre avec les fantômes de Bob ou de Jim Profit pourrait bien vous être fatale...
Toutes ne sont pas logées à la même enseigne, bien sûr ; il ne suffit pas d'être annulée pour qu'une série devienne mythique. Et Twin Peaks, qui bénéficia d'une fin controversée mais décente, est plus proche de l'exception que de la règle. A côté, Profit ou Firefly font carrément figure d'œuvres maudites. Des séries trop en avance sur leur temps, massacrées lors de leur diffusion (par la même chaîne de surcroît), même pas passées intégralement à la télévision. Les similitudes ne s'arrêtent pas là : toutes deux ont été d'abord rejetées par la Fox. Toutes deux ont eu deux pilotes différents. Mais le destin de Firefly est sans doute plus tragique encore. Parce que Profit a été victime de son époque (qui n'était pas prête à la recevoir), quand Firefly ne l'a été que du business et de son coût astronomique. Parce qu'elle était aussi l'œuvre d'un auteur accompli, Joss Whedon, alors au faîte de sa gloire (Buffy n'était pas encore terminée et n'avait jamais aussi bien marché), et qu'il mit des années à s'en remettre. Parce qu'enfin la spécificité de Firefly c'est que lorsqu'on reprend l'histoire de sa diffusion pour le moins chaotique on a la sensation troublante (et assez stupéfiante) que jamais, à aucun moment, la Fox n'a souhaité en faire quelque chose. Qu'elle l'a reçue comme le caprice d'un artiste auquel on ne pouvait à l'époque pas refuser grand-chose, puis a tranquillement attendu que ça se tasse, non seulement en ne faisant rien pour la promouvoir mais en faisant au contraire tout pour la saboter, annonçant une comédie alors que la série était particulièrement sombre, changeant les jours de diffusions, censurant à tourne-bras, sucrant des épisodes et en inversant d'autres. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles cette série est entrée dans l'histoire du genre : personne n'a jamais compris quel était l'intérêt de la chaîne à se tirer ainsi des dizaines de balles dans le pied, engloutissant au passage des sommes proprement pharaoniques.
L'autre raison, c'est évidemment que Firefly est une série remarquable. D'une richesse, d'une culture et d'une intelligence rares, sous couvert de divertissement à grand spectacle. Ce n'est pas faire insulte à Buffy que de dire que potentiellement, Firefly était sans doute encore meilleure. Son univers, mixant space-opera, western et philosophie orientale, était unique en son genre. Sa galerie de personnages, marginaux et sans-grades terriblement attachants, étonnante. Son intrigue sinueuse et passionnante. Son inventivité impressionnante. Tout en questionnant l'histoire des États-Unis (son point de départ - la victoire de l'Alliance sur les planètes indépendantes et l'imposition d'une loi unique pour le système solaire - est une revisitation de la Guerre de Sécession), Joss Whedon y replaçait l'humain au cœur du space-opera, remplissant le Millenium Falcon local (la référence est évidente, poussière incluse) de personnalités fortes et souvent touchantes, assez simples (au sens où l'on peut très facilement s'y identifier... ce qui est bizarrement moins le cas avec les héros de Star Trek ou de Battlestar Galactica), relativement antagonistes sur le papier, qui développeront progressivement des visions du monde radicalement opposées (Whedon avait coutume de dire que le programme racontait l'histoire de neuf personnes contemplant un même univers mais voyant neuf choses différentes).
Encore fallait-il pour parfaitement développer ce principe avoir le temps de le faire. Joss Whedon n'a jamais été un auteur de one-shot, et l'un des points communs formels entre toutes ses séries est qu'elles sont relativement lentes à démarrer, avec des premières saisons ne dévoilant que peu de choses des arcs principaux. Avec une seule saison amputée de trois épisodes et diffusée n'importe comment, même un génie n'aurait pu parvenir à quelque chose, et ni les critiques dithyrambiques ni la mobilisation des fans ne suffirent à sauver une série qui, si elle est en l'état imparfaite, demeure tout de même terriblement cohérente et réussie. Un quasi miracle qui, paraît-il, fait des jaloux au Mausolée.
Firefly, créée par Joss Whedon (2002)

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Toutes ne sont pas logées à la même enseigne, bien sûr ; il ne suffit pas d'être annulée pour qu'une série devienne mythique. Et Twin Peaks, qui bénéficia d'une fin controversée mais décente, est plus proche de l'exception que de la règle. A côté, Profit ou Firefly font carrément figure d'œuvres maudites. Des séries trop en avance sur leur temps, massacrées lors de leur diffusion (par la même chaîne de surcroît), même pas passées intégralement à la télévision. Les similitudes ne s'arrêtent pas là : toutes deux ont été d'abord rejetées par la Fox. Toutes deux ont eu deux pilotes différents. Mais le destin de Firefly est sans doute plus tragique encore. Parce que Profit a été victime de son époque (qui n'était pas prête à la recevoir), quand Firefly ne l'a été que du business et de son coût astronomique. Parce qu'elle était aussi l'œuvre d'un auteur accompli, Joss Whedon, alors au faîte de sa gloire (Buffy n'était pas encore terminée et n'avait jamais aussi bien marché), et qu'il mit des années à s'en remettre. Parce qu'enfin la spécificité de Firefly c'est que lorsqu'on reprend l'histoire de sa diffusion pour le moins chaotique on a la sensation troublante (et assez stupéfiante) que jamais, à aucun moment, la Fox n'a souhaité en faire quelque chose. Qu'elle l'a reçue comme le caprice d'un artiste auquel on ne pouvait à l'époque pas refuser grand-chose, puis a tranquillement attendu que ça se tasse, non seulement en ne faisant rien pour la promouvoir mais en faisant au contraire tout pour la saboter, annonçant une comédie alors que la série était particulièrement sombre, changeant les jours de diffusions, censurant à tourne-bras, sucrant des épisodes et en inversant d'autres. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles cette série est entrée dans l'histoire du genre : personne n'a jamais compris quel était l'intérêt de la chaîne à se tirer ainsi des dizaines de balles dans le pied, engloutissant au passage des sommes proprement pharaoniques.
L'autre raison, c'est évidemment que Firefly est une série remarquable. D'une richesse, d'une culture et d'une intelligence rares, sous couvert de divertissement à grand spectacle. Ce n'est pas faire insulte à Buffy que de dire que potentiellement, Firefly était sans doute encore meilleure. Son univers, mixant space-opera, western et philosophie orientale, était unique en son genre. Sa galerie de personnages, marginaux et sans-grades terriblement attachants, étonnante. Son intrigue sinueuse et passionnante. Son inventivité impressionnante. Tout en questionnant l'histoire des États-Unis (son point de départ - la victoire de l'Alliance sur les planètes indépendantes et l'imposition d'une loi unique pour le système solaire - est une revisitation de la Guerre de Sécession), Joss Whedon y replaçait l'humain au cœur du space-opera, remplissant le Millenium Falcon local (la référence est évidente, poussière incluse) de personnalités fortes et souvent touchantes, assez simples (au sens où l'on peut très facilement s'y identifier... ce qui est bizarrement moins le cas avec les héros de Star Trek ou de Battlestar Galactica), relativement antagonistes sur le papier, qui développeront progressivement des visions du monde radicalement opposées (Whedon avait coutume de dire que le programme racontait l'histoire de neuf personnes contemplant un même univers mais voyant neuf choses différentes).
Encore fallait-il pour parfaitement développer ce principe avoir le temps de le faire. Joss Whedon n'a jamais été un auteur de one-shot, et l'un des points communs formels entre toutes ses séries est qu'elles sont relativement lentes à démarrer, avec des premières saisons ne dévoilant que peu de choses des arcs principaux. Avec une seule saison amputée de trois épisodes et diffusée n'importe comment, même un génie n'aurait pu parvenir à quelque chose, et ni les critiques dithyrambiques ni la mobilisation des fans ne suffirent à sauver une série qui, si elle est en l'état imparfaite, demeure tout de même terriblement cohérente et réussie. Un quasi miracle qui, paraît-il, fait des jaloux au Mausolée.
Firefly, créée par Joss Whedon (2002)

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