dimanche 19 novembre 2017

[GOLBEUR EN SÉRIES '17-18] Semaine 8


👍 The DEUCE Bilan plutôt positif pour ce retour de Môssieur David Simon, qui réussit en seconde partie de saison à esquisser sa future fresque sans retomber dans les pièges de Show Me Your a Hero. Et pourtant, on est tout de même assez loin de se trouver devant la proposition la plus excitante du moment. La faute à une faiblesse récurrente de l’œuvre de Simon depuis Treme : cette impression étrange qu’il ne parvient plus à – ou ne veut plus, peut-être – écrire ses personnages comme autrefois. Ceux de The Wire, en tout cas les plus marquants, avaient quelque chose de plus que tous ceux que l’on croise dans ses productions récentes. Quelque chose de larger than life, comme McNulty. Quelque chose de figures mythologiques, à l'image d'Omar ou de Stringer Bell. On oublie souvent de le dire à son sujet tant elle sur-revendiquait son réalisme, mais The Wire était une série profondément shakespearienne. C’était ce mélange qui la rendait si unique, si captivante, et les personnages, éléments essentiels de son architecture, n’y étaient pas pour rien. Ceux de The Deuce, comme avant eux ceux de Treme, sont sympas et dignes d’attention, mais il n’ont pas cette dimension. Ce sont des regular jane-joe qui peuvent émouvoir mais ne fascinent jamais. On avait le souffle coupé lorsque certains (anti)héros de The Wire mouraient ; on s’en tamponnerait presque complètement si tout le main cast de The Deuce passait sous un bus. Tous ont leur intérêt, tous font sens au sein de la démarche de l’auteur, mais aucun ne paraît indispensable, aucun ne dépasse son statut de simple pièce d'un vaste puzzle (pour reprendre une image cher à l'artiste). Symboliquement, le dernier personnage XXL qu’on ait vu dans une série de Simon fut celui incarné par John Goodman dans la première saison de Treme. Or, la mort de celui-ci était elle-même chargée de symbolique – c’était la mort d’une certaine gauche, d’une certaine forme de militantisme et de revendication devenue inefficiente au XXIe siècle. C’était la mort, en un sens, de David Simon tel qu’il paraissait encore se penser à l’époque de The Wire, ou du moins tel qu'on aimait à le présenter. Alors oui, peut-être ne veut-il tout simplement plus envisager ses personnages de la sorte. Mais ses histoires y perdent, incontestablement.

Je ne suis pas peu fier d'avoir réussi à parler deux fois de The Deuce sans faire aucune vanne sur James Franco !

👍 DUCKTALES Alors qu’il ne reviendra qu’en décembre, le remakebootval a trouvé son rythme de croisière et réservé quelques très bons moments, sans s'exempter toutefois d'un reproche pour le moins évident : il a fait quoi, Picsou, pour être relégué au rang de simple guest star dans sa propre série ? C’est à ce point qu’il n’apparut pas, du tout, durant deux épisodes entiers sur huit diffusés à ce jour, ce qui est au minimum surprenant. Il y a certes le temps de compenser cela durant les quelques treize unités restantes ; peut-être l’idée était-elle de bien installer les nouveaux Castor Juniors, bien plus écrits que par le passé, même si ce serait faire un peu trop d’honneur à la série que de dire qu’ils sont réellement caractérisés. Tout cela n’influe pas réellement sur la qualité d’épisodes pour certains très réussis, mais l’entrée en en matière n’en est pas moins étrange, d’autant que le rôle de personnage principal de DuckTales est dévolu la plupart du temps à Zaza/Webby, qui n'existait qu'en pointillés dans la version originale (la preuve : elle est la seule du casting que l'on est tenté d'appeler par son nom en VO tant elle avait peu marqué notre imaginaire à l'époque). C’est certes un juste retour des choses quand on se rappelle à quel point les personnages féminins, elle principalement mais Mamie Baba itou, étaient méprisés dans la série des eigthies : perpétuellement moquées, critiquées, ridiculisées... victimes de blagues infâmes ou de remarques d’un sexisme hallucinant pour une série qui n’est tout de même pas si ancienne, les deux premiers rôles féminins de DuckTales 87 en prenaient plein la gueule. La réinvention totale de Zaza, incarnée avec brio par Kate Micucci, était presque un devoir moral autant que commercial (nous ne sommes plus en 1987, figurez-vous)… de là en faire quasiment le personnage principal de la série, il y a de quoi être un peu étonné quand même...

💤 The GUEST BOOK The Guest Book est une anthologie qui……….. 💤💤💤

SEAL TEAM Quand on y pense, il est tout de même assez incroyable qu’après douze saisons de Bones, la présence de David Boreanaz parvienne encore à convaincre de jeter un œil à quelque chose. Les pouvoirs du Buffyverse tariront-ils un jour ? J’imagine que seule la real TV suivant la 471ème cure de désintox de Nicholas Brendon nous permettra de le déterminer avec précision (mais le pouvoir du Buffyverse est tel que je suis prêt à vous parier que Nicholas Brendon sera le seul acteur d’Hollywood à survivre à 2017 après avoir violenté une femme, et que dans un an des gens feront toujours la queue pour le voir dans les conventions). En attendant, Seal Team est une série qui tient debout, avec un casting plutôt correct (même si on savait tous très bien que Max Thériot était une illusion d’optique qui s’évanouirait à la minute où Bates Motel s’achèverait), mais compte tenu du peu d’attrait que j’éprouve pour son sujet, il était prévisible que je décrocherais assez rapidement. Pour moi, les séries militaires modernes racontent à peu près toute la même chose, avec des soldats héroïques mais qui souffrent trop beaucoup dans leur vie privée parce que c’est trop trop dur d’être un héros et un patriote.

Un jeu rigolo et totalement stupide serait d'essayer de comptabiliser le nombre de drapeaux américains par image/seconde.

👍 TEN DAYS IN THE VALLEY J’aime bien être surpris. Ça ne m’arrive pas si souvent et avec Ten Days Days in the Valley on approche la stupéfaction muette puisqu’il s’agit, en gros, d’une série qui aurait pu être en son temps un spin-off de 24 basé sur Kim Bauer. Autant dire qu’on part de trèèèèès loin et qu’on la lance en se disant que ce serait con, tout de même, de manquer une possible candidate au Titre Suprême en janvier prochain. Et là, donc, la surprise : alors que tout paraît concorder à en faire un énorme nanar, la série fonctionne tout de suite et s’avère plutôt agréable à regarder. Il y a encore quelques années, un pitch comme celui de Ten Days in the Valley (la fille d’une productrice télé est très mystérieusement enlevée pour des raisons très très mystérieuses) aurait donné un truc comme Hostages (éphémère co-production américano-israélienne avec un Dylan McDermott en roue libre et une Toni Colette qui en eut tellement honte qu’elle partit aussi sec se planquer à Broadway en espérant que personne ne la retrouverait jamais). Sauf que depuis cette triste saison 2013-14, ABC a fait sa crise d’identité (ça fait bien trois épisodes de suite qu’on en parle). Dans l’ensemble et si bien sûr elle ne s'exempte pas des Piliers de la Foi de la Série B de la Network (digressions pachydermiques, flashbacks relous, personnages secondaires paraissant vivre dans une autre série en parallèle… vous pouvez cocher toutes les cases), Ten Days in the Valley compose un honnête thriller, assez bien fichu, doté d’un casting dont il suffit de citer les noms de comédiens (Kyra Sedgwick, Erika Christensen, Adewale Akinnuoye-Agbaje…) pour savoir que ça devrait à peu près bien se passer de ce côté. L’écriture n’évite pas toute les chausse-trapes ; à partir de la fin de l’épisode 4, voire du 3, on sent poindre les rebondissements nawak à l’horizon (alors que la série s’était franchement bien tenue jusque-là), mais la narration n’en demeure pas moins plutôt soignée, ménageant assez bien les ambiguïtés, notamment pour tout ce qui tourne autour de son héroïne. En fait, le principal problème de Ten Days in the Valley est sans doute d’être diffusée maintenant plutôt que l’été, période de l’année où ce bon petit thriller de plage aurait certainement su donner toute sa mesure.

Akinnuoye-Agbaje garde son calme même quand Sedgwick prononce la phrase "Where is my kid?!". Un signe d'espoir pour toutes les personnes souffrant de PTSD de par le monde.

👍 UN VILLAGE FRANÇAIS (saison 7, partie II) J’aime Un village français. J’adore Un village français. Vous le savez, je le sais, la terre entière le sait. Mais s’il est bien une chose que je n’ai jamais comprise dans cette série, c’est l'importance accordée à Françoise, personnage de plus en plus mal écrit au fil des années et, double-peine, incarné par la plus mauvaise comédienne d'une distribution quasi impeccable par ailleurs. Autant dire que voir comme arc principal des deux premiers-des-derniers-épisodes Françoise qui astique vigoureusement sa statue en prenant des mines de Succube m’a plongé dans un mélange d’hilarité (Mon Dieu mais qu'est-ce qu'elle joue mal !) et de dépit (pfffffffffffffffff, ou un truc comme ça). Je ne sais pas ce qu’il va ressortir de tout ça. Je ne sais pas si après nous avoir fait la passion torride avec un Allemand qu’elle connaît depuis dix minutes et la période lesbienne avec une nana qu’elle connaît depuis deux heures, les scénaristes vont oser nous faire la liaison interdite avec le prêtre... plus rien ne m'étonne avec ce personnage. Si j'avais un jour l'occasion de discuter avec un(e) des scénaristes de la série, je crois que l’une de mes premières questions porterait sur cette chose mystérieuse que ses collègues semblent être les seul(e)s à voir en Marie Kremer, qui aura ânonné chaque ligne de texte du même œil à demi-mort, sept saisons durant, sans véritable amélioration si ce n’est qu’on aura parfois cru s'y habituer. Bon sinon, c’était un bon retour, dans la moyenne d’une série qui nous a tout de même habitués à être très au-dessus (de la moyenne). Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir dans le détail dans quinze jours (ou pas).

👎👎 The WALKING DEAD (saison 8) C’était chose promise : la guerre avec les Sauveurs serait « la plus longue et la plus lente depuis l’invention du bellicisme ». Je l’avais prédit dès avril 2016 mais soyons modestes : c’était à peine une prédiction – juste une évidence vu les capacités très limitées des scénaristes en charge. La seule surprise (pas des moindres !) fut que s’intercala entre temps une saison 7 globalement réussie, mais pour le reste tout ce que le spectateur subit depuis la dernière rentrée (et dont il se plaint partout sur ses rézosocios parce qu’il vient de réaliser que TWD n’était pas une série très bien écrite... mieux vaut tard que jamais) était couru d’avance. On ne devrait même pas en parler par-ici. On ne le fera plus, d’ailleurs : à quoi bonb désormais que tout le monde se met enfin à dire ce qu'on dit depuis des années ? Mais avant de se retirer avec la satisfaction de la mission de trolling accomplie, il fallait marquer le coup, parce que les quatre derniers épisodes sont au-delà du médiocre bedonnant – et occasionnellement capable de fulgurances – dans lequel la série barbote depuis plus ou moins toujours : nous sommes en train d’assister à un suicide scénaristique en bonne et due forme. Quatre épisodes défiant les limites de l’endormissement, construits exactement pareil et racontant tous la même chose, principalement composés de fusillades répétitives et d’éviscérations de zombies paraissant dupliquées les unes sur les autres. Un monumental film de quatre heures où il ne se passe à peu près rien, où l’intrigue n'a pas avancé d'un poil ou presque, et où les deux seuls véritables évènements auront été le retour inopiné d’un personnage que tout le monde avait oublié (pour mourir aussitôt, bien sûr), et le décès larmoyant d’un animal en CGI. Sans surprise, les audiences fondent comme neige au soleil (la série n’avait plus enregistré de scores aussi bas depuis six ans), et pour la première fois depuis très longtemps, l’hypothèse de son annulation paraît plausible (même si on en est sans doute encore loin tant la série rapporte en produits dérivés). C'est moche, mais ça fait bizarrement plaisir.

A l'heure où l'on parle d'interdire la cigarette dans les films, le temps est peut-être enfin venu d'organiser un moratoire sur les perruques.

WHAT WOULD DIPLO DO? est une série sympathique, problématique, comme Van Der Beek (ouais, ça rime sec ce matin). Un mec qu’on aime beaucoup ici, mais pour des raisons à peu près toutes mauvaises. Un acteur très moyen qui a su à un moment M s’en sortir par l'auto-dérision, mais qui a tellement tiré sur cette corde qu’il paraît désormais presque aussi has-been qu’il ne l’était quand on pensait qu'il était juste mauvais. Sa première série en tant qu’auteur est pleine de contradictions, tout comme lui sans doute. What Would Diplo Do? est un genre de rencontre assez bizarre entre Workaholics et Louie, dont on n’arrive jamais à déterminer si elle est un peu ou bien totalement débile, tout spécialement dans les moments où elle essaie d’avoir l’air intelligente. Et pourtant, on ne peut pas nier qu’elle a quelque chose, cette série. D’abord parce que Van Der Beek, on le sait, a un certain talent pour incarner les gros relous égomaniaques. Ensuite parce que What Would Diplo Do?, on peut au moins lui reconnaître ça, est une série variée, à tous le moins dans les structures narratives auxquelles elle se frotte. Le problème, outre que les gags en eux-mêmes sont assez inégaux, c’est que si Diplo essaie des tas de trucs, elle n’essaie que des trucs déjà vus, sans apporter grand-chose et en voulant parfois brûler les étapes (tenter d’humaniser ce gros blaireau de Diplo était un passage obligé, le faire au bout de seulement trois ou quatre épisodes, un peu moins). Bref, on ne sait pas. On est dans cette zone intermédiaire, grise, non-identifiée... entre le médiocre et le sympa. Une "✋", quoi.

👎 The GUEST BOOK Bon, désolé pour tout à l’heure, c’est la première fois que ça m’arrive de m’endormir en plein article mais il y avait tout de même de quoi. The Guest Book est en effet la soixante-dixième anthologie diffusée en 2017, mais ATTENTION, il y a une subtilité : c’est aussi un sitcom. Voilà, je vous ai tout dit. Pour le reste, The Guest Book est d’une mollesse assez stupéfiante, démontre que Greg Garcia ne sait absolument pas quoi raconter dès qu’il sort des white-trash, et se viande encore plus fort que tous les autres avec ses guests.

Plus Oldie Anymore, but Toujours Passionnément Goodie

👍👍👍 YOUNG JUSTICE (saisons 1 & 2) Annoncé par Netflix fin 2016, le retour de Young Justice n’est plus désormais qu’une question de mois. C’est peu dire qu’une fois n’est pas coutume, on se sent un peu excité à l’idée d'un remakebootval. D’abord parce que, bien entendu, le revival d’un dessin-animé n’est pas soumis aux mêmes contraintes, donc aux mêmes a prioris, que celui d’une série live. Surtout, durant les deux saisons et trois années où elle dura, Young Justice représenta réellement quelque chose aux yeux de son immense communauté de fans. Certains seraient tentés de dire que cette série fut le Batman: The Animated Series des millenials, dans leur rapport tant à l’animation qu’aux histoires de superhéros. Mais en dépit de la grande implication de Paul Dini dans les deux séries, Young Justice, qui ne s’inscrit pas dans le DCAU (même si la quasi totalité des comédiens de Justice League Unlimited y participent), a toujours été différente – ne serait-ce que parce qu’elle introduisait auprès du public des héros qu’il ne connaissait pour la plupart pas du tout (c’est évidemment encore plus vrai en France, où les comics mettant en scène les Teen Titans et leurs émanations n’ont été que très peu traduits). Beaucoup d’entre eux (Miss Martian, Artemis, Caldur/Aqualad) étaient du reste des créations originales, ou des versions extrêmement différentes de leurs modèles papier (Superboy, Red Arrow/Speedy).


Cultissime, en partie aussi du fait de son annulation controversée (Paul Dini affirma que DC et Cartoon Network voyaient d’un mauvais œil l’importance croissante accordée aux personnages féminins, qui aurait nuit à l’écoulement des figurines dealées avec Mattel car les petites filles auraient massivement suivi la série alors n’achetaient pas ou pas assez de figurines… explication qui ne fut jamais appuyée par quiconque, précisons-le tout de même, mais qui sonne tristement vraie… non ?), Young Justice était peut-être le meilleur teen-drama fantastique de sa période (2010-13), condensant à la perfection le meilleur de séries pour ados et le meilleur des séries de superhéros. En accordant une place prépondérante aux personnalités de ses protagonistes, extrêmement fouillées et toujours dévoilées par le non-dit (une vraie rareté dans le genre), tout en en livrant une intrigue principale puissante et complexe, étirée sur quatre arcs, qu’il était de plus en plus difficile de lâcher au fil des épisodes. Soit, cette petite remise à niveau d’avant come-back n’était sans doute pas nécessaire tant Young Justice était marquante à la base, je m'en rappelais d'ailleurs très bien, mais elle eut au moins le mérite de me donner l'occasion d'en parler un peu avant ce retour très attendu. Ne traînez pas trop, en plus ça se regarde très, très vite.