dimanche 28 août 2016

The Sunny Sunday Sunalee Show #4

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Cette année, j'ai essayé un truc un peu foufou : partir en vacances. L'expérience troublante consistant à porter des tongs pour la premières fois de ma vie pourrait donner lieu, qui sait, à une bonne chronique, mais il est certain en revanche qu'elle n'aura pas été très utile à cette rubrique. Qu'importe : en attendant le retour du "vrai" Golbeur en séries en fin de mois, voici un nouveau numéro de son cousin à chemise fleurie.

C'EST CHAUD !

👍 POWERS (saison 2) Il y a un certain héroïsme dans la manière dont Brian Michael Bendis et ses copains sont parvenus à boucler une seconde saison de leur Powers, en dépit d'un budget manifestement divisé par deux. Ce qui, sachant que celui de la saison précédente était de douze euros cinquante, la foutait franchement mal. Dans les faits, cela se traduit surtout par la disparition mystérieuse de certains comédiens (coucou Noah Taylor) et par des effets spéciaux encore plus fauchés que l'an passé - ce qui n'est pas rien... enfin si, justement : à ce niveau de cheap, on frise le rien, il y aurait limite de quoi tomber en pâmoison devant les fonds verts de Once Upon a Time. La saison 2 de Powers, c'est un peu comme lorsque vous découvrez qu'il y a des sous Christophe Maé : vous pensiez qu'on ne pouvait pas tomber plus bas, en l'espèce, que les séries SF toutes pétées de Space, la chaîne canadienne qui a mis l'intégralité de son budget de fonctionnement dans Orphan Black ? La découverte de Powers risque de vous plonger dans des états extrêmes - et pour autant, on ne vous conseillera pas forcément de vous éloigner. Car comme on l'a déjà dit ici, Powers est une chouette série, qui parvient en vers et contre tout à maintenir son cap en saison 2. Soit donc une histoire de superhéros bercée d'une nostalgie étrange - et assez contagieuse - pour un âge d'or que l'on n'entrevoit que par éclats, assez peu chargée en scènes d'action (ce qui vaut mieux) et souvent habile dans son jeu avec les codes du genre. Rien d'extraordinaire, sans doute, et le fait qu'elle soit la cousine SDF de toutes les séries de superhéros diffusées sur de vraies chaînes de télé n'y est sans doute pas pour rien. Mais Bendis est un super scénariste qui trouve ici une nouvelle occasion de le souligner, superposant ses différents arcs avec un certain talent et les fusionnant quand il faut et comme il le faut. Parfois, au milieu de la nuit, vous vous réveillerez sans doute tout moite après avoir rêvé à ce qu'aurait pu être Powers si elle avait eu un tout petit plus de thunes. Une série de superhéros universelle, dont les multiples clins d’œil aux classiques du genre auraient émoustillés les amateurs mais dont les thématiques, plus sombres et adultes, auraient séduit les plus réfractaires. A moins que je ne parle ici d'une autre série, je ne sais plus. Il faut sans doute une certaine capacité d'abstraction pour apprécier Powers à sa juste valeur. Ou plutôt fallait : bien évidemment, au terme de ce périple, PlayStation Network s'est vue contrainte d'annuler la série. Ce n'est pas qu'ils étaient totalement contre l'idée de la poursuivre, au contraire : grisés par une telle réussite, ils étaient prêts à enchaîner une saison 3 avec un budget divisé d'autant. Celui-ci ne pouvant malheureusement pas être négatif, les boss de la chaîne (enfin s'il y en a) ont bien dû se rendre à l'évidence que Powers était au max de son rendement en terme de retour sans investissement. Je ne sais pas pourquoi, j'ai dans l'idée qu'on n'est pas près de revoir une série originale sur le PSN...

Je voulais mettre une photo où les personnages volaient, mais visiblement personne sur tout le Web n'a été assez cruel pour en faire une capture d'écran.

👍 UnREAL (saison 2) Je lis trop de trucs, j'écoute trop de trucs, je parle à trop de gens. J'en oublie qui sont les auteurs des bonnes vannes ; impossible de me rappeler où j'ai lu la meilleure concernant cette seconde saison d'UnReal (dénonce-toi !) : par moments, on se dit vraiment qu'on se serait plus amusé à suivre la vraie saison d'Everlasting plutôt que celle-ci. Un peu dur peut-être, d'autant que rien que la morgue de ses dialogues placent la série de Noxon et Shapiro bien au-dessus du lot, mais pas loin de la réalité tant ce deuxième arc d'épisodes, passée une entrée en matière pétaradante, s'est embourbé dans une forme d'hystérie narrative riche en scènes cruelles mais pas toujours au service du propos. A trop se reposer sur des retournements de situations visiblement moins inattendus que ce qu'ils imaginaient, les scénaristes ont un peu manqué leur deuxième partie de saison, ce qui quand on y repense était déjà un peu le cas l'an dernier - la toute fin avait bien redressé la barre mais la suite immédiate de l'intrigue dite du suicide pataugeait pas mal dans la semoule. Cette année, le raccrochage aux branches fonctionne moins bien, ou peut-être est-on moins enclin à excuser certains excès, UnReal n'étant plus la petite série surprise qui déchire tout mais un show installé, acclamé par la critique et nommé aux Emmys. D'hypocrites, les personnages sont devenus inconstants pour finir par paraître totalement irrationnels, changeant d'avis à chaque épisode, et d'alliance à chaque coupure pub. Un peu décevant et dans le même temps, je m'aperçois en me relisant que je noircis pas mal le tableau. Car au-delà de ces défauts, UnReal n'a absolument rien perdu de ce qui fascinait dès son pilote, et qui lui vaut aujourd'hui une fan base croissante et pour le moins bigarrée, puisqu'elle s'étend en gros des intellos du Golb et du CDB aux ados en fleurs qui la mate sur NRJ12 : sa capacité à créer le malaise, la suffocation chez un spectateur qui se sent largement aussi manipulé que les personnages eux-mêmes. UnReal est par instant d'un tel cynisme, d'une telle froideur... d'une telle violence, dans les mots, dans les idées... qu'il est impossible de rester indifférent face à elle (et très difficile, en tout cas pour moi, d'enchaîner deux épisodes lorsque je prends un peu de retard). A défaut d'être devenue la série ultime sur le monde de la télé, UnReal n'est pas loin d'être devenue la série ultime sur le harcèlement moral au travail, expression qui n'est jamais utilisée, concept qui en paraît totalement absent mais qui, justement parce que le comportement de Quinn et/ou Rachel vis-à-vis de leurs subordonnés n'est jamais réellement questionné, crève les yeux, les oreilles et parfois le cœur. Demi-chapeau bas.

Jérémy, ou comment concentrer tous les problèmes d'un show en un seul personnage une unique touffe de poil.

C'EST TIÈDE, mais ça se réchauffe bien

👍 SENSE8 est une série assez extraordinaire, à sa manière, et bien que je ne sois en aucun cas capable d'argumenter cette affirmation. On la regarde avec un mélange de scepticisme et de fascination, parfois incapable de dire si on l'aime ou non, ou plutôt incapable de dire si c'est la passion ou le rejet qui l'emporte tant l'une et l'autre peuvent parfois vous y saisir simultanément. Il y a beaucoup de défaut, dans Sense8. Et pas des petits : il y a d'énormes défauts, qui seraient quasiment rédhibitoires dans n'importe quelle autre série. Elle commence par le pitch le plus horripilant pour un show télé (différentes personnes sont liées autour du monde) avant de s'essayer à mettre en scène huit personnages et autant d'intrigues qui ne se recoupent que très rarement. Il ne se passe globalement rien, en tout cas rien de lié à l'intrigue principale, qui avance à trois à l'heure et à laquelle, au demeurant, on ne pige à peu près rien la moitié du temps. Il y a des tas de scènes de cul totalement gratuites, des dialogues ultra-premier degré, de la philosophie vaguement new age et totalement de supermarché site de vente en ligne, et le tout, comme on pouvait s'y attendre de la part d'un truc signé par les Wachowski ET Joseph Michael Straczynski (auteur de l'ultra-prise de tête et surcotée Babylon 5 et principal responsable du virage gentil beauf terre-à-terre de Superman dans Earth One), se prend terriblement au sérieux. N'importe quelle série débarquant avec un tel CV sur Le Golb filerait directement vers la potence. Or, il m'est tout simplement impossible de vous dire que Sense8 est une mauvaise série. Ce n'est pas le cas. Elle est parfaitement écrite, à quelques longueurs près, et fonctionne la plupart du temps remarquablement bien (alors même que, je le répétè mais c'est tout de même assez cocasse, on n'y comprend goutte la moitié du temps). Sur moi, j'entends. J'imagine sans peine que certains puissent entrer en état de semi-catalepsie face à un spectacle aussi... particulier. Techniquement, Sense8 m'a fait penser à la première saison de Lost, dans sa manière d'installer d'entrée un postulat SF/paranormal avant de le délaisser immédiatement pour prendre le temps d'introduire ses personnages, et n'y revenir qu'à la toute fin. Fondamentalement, néanmoins, Sense8 ne ressemble à rien, et quand j'écris cela je ne sous-entends pas à tellement de trucs qu'on n'y fait plus gaffe. Sense8 ne ressemble vraiment à aucune autre série. Nous parlions dans le précédent épisode de Stranger Things ? Eh bien Sense8 en compose presque le double négatif, en ce qu'elle s'impose très vite comme le parfait contrepied à toutes ces séries patchworks qui pullulent depuis quelques années. Elle n'est pas exempte de temps faibles (c'est inévitable avec autant d'intrigues indépendantes les unes des autres), mais elle contient aussi de véritables moments de tendresse et de poésie, un vrai sens de la séquence overzetop et réussit, de manière assez invraisemblable, à vous faire parfaitement adhérer à son message humaniste et mystique. Il est très probable que sa seconde saison, attendue pour Noël, s'attèlera plus volontiers aux mystères, à l'intrigue SF, aux méchants très méchants aux intentions très obscures. Ce sera sûrement encore plus prise de tête, et encore moins compréhensible. Mais rien que pour cette première saison si originale et sensible, Sense8 aura mérité le détour.

Sense8, la seule série où tout le monde trouve trop cool qu'un Teuton se promène avec un bazooka sous le bras.

C'EST TELLEMENT FROID QU'ON VA ESSAYER DE LE CALER EN UNE PHRASE

👍 NEW GIRL (saison 3) Incroyable comme cette série peut être drôle à partir du moment où l'on saute toutes les scènes où apparaît Zoey Deschanel.

👍👍 PARENTHOOD (saison 4) C'est marrant comme au fil des années, mes sentiments mitigés sur Parenthood ont tendance à être balayés par la profonde sympathie que j'éprouve pour chacun de ses personnages ; encore plus marrant : l'exacte intrigue qui m'avait fait abandonner le show (l'adoption totalement subite et nawak de Victor) s'est avérée être la meilleure de la saison suivante, voire la meilleure de toute la série à ce jour.

MÊME APRÈS DÉCONGÉLATION, IL RESTE DES PETITS BOUTS DE GLACE

👍 COUPLING (saisons 1 & 2) Vous lisez si fort en moi que je m'incline : oui, vous avez deviné, je me suis bien infligé un re-visionnage de Coupling dans le seul but de vérifier si le style Moffat était déjà aussi horripilant (et arrogant et con et misogyne) il y a vingt ans... en somme, si c'est Stevie qui a changé avec le succès, ou simplement ma perception de son écriture qui a évolué avec l'âge. La réponse s'est rapidement faite jour : c'est surtout notre monde, qui a changé. Steven, pas particulièrement. Coupling a énormément vieilli (plus, sans doute, que pas mal de séries de la même époque), mais ce ne sont pas les coiffures ou les costumes qui paraissent les plus datés lorsqu'on se la remet en 2016. C'est bien son humour, qui se voulait certainement jeune et branché en 1996 mais qui paraît surtout très lourd et beauf en 2016, tant dans ses gimmicks que dans sa vision totalement ringarde des rapports hommes/femmes. Un sujet il est vrai largement biaisé par le fait que Moffat a toujours détesté toutes ces chieuses qui n'arrêtent pas de parler et de donner des ordres - qu'on n'aille pas non plus jeter l'opprobre sur tout 1996 à cause de Stevie. J'y étais, ce n'était passipire que ça - y compris à la télévision. Coupling elle-même n'est passipire que ça, si l'on accepte de la regarder avec un œil moins critique. Rares sont les épisodes à ne pas contenir un voire deux grands moments de drôlerie, certes souvent bien réacs, mais très drôles quand même. La facilité et l'absence de complexe avec lesquels la série s'autorise à parler de sexe rend assez facile de comprendre l'énorme succès qu'elle fut en son temps en Angleterre, et lorsque l'on n'est pas trop occupé à rêver de les gifler, certains personnages peuvent se révéler assez sympathiques.