mercredi 27 avril 2016

Tables de loi de la vidéo-golbitude

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Ce qui est bien lorsque l'on est un dinosaure de la blogosphère, c'est qu'on apprend à s'organiser lorsqu'il s'agit de créer une nouvelle rubrique. On ne fait plus les choses à l'arrache comme lorsque l'on était un jeune blogueur arrogant et tout juste sorti de l’œuf. On réfléchit à pourquoi (beaucoup), pour qui (pas mal), comment (surtout) et enfin, dans un dernier temps, à quel rythme. Pas mal de lecteurs m'ont ainsi réclamé, depuis la création de la rubrique jeux vidéo, un Mes jeux à moi (et rien qu'à moi), sur le modèle de ce qui se faisait déjà ici pour les disques et les livres (mais, vous l'aurez noté, pas pour les séries). Ce n'était pas exclu, mais ce n'était pas la priorité. Tout simplement parce que mes jeux à moi (et rien qu'à moi) ne sont ni très nombreux, ni très variés. Comme le rappelait Ernesto dans un commentaire sous l'article Golb My Games, le rapport au jeu reste inévitablement lié à la jeunesse, à l'enfance ; si je découvre constamment de nouveaux musiciens ou de nouveaux auteurs, dont certains suffisamment extraordinaires pour arriver tardivement dans mon Panthéon personnel, les jeux vidéo fonctionnent différemment et à quelques exceptions près, ceux qui auront le plus compté dans ma vie sont tous sortis plus ou moins aux mêmes époques, sur les mêmes machines, et appartiennent souvent aux mêmes genres (sachant que je déteste les jeux de bagnoles, que je ne suis pas très client de jeux de sports et que je ne pratique les jeux de tir et de combat qu'à petite dose... il ne reste pas grand-chose, vous en conviendrez). Surtout, à la grande différence de domaines plus clairement artistiques1, il n'y a pas réellement de fil à remonter. Du moins était-ce extrêmement compliqué lorsque j'étais gamin (les jeux étaient nombreux et coutaient cher2), et plus tellement intéressant une fois devenu adulte (les jeux les plus marquants étant très souvent liés aux années de formation, les classiques du jeu vidéo que l'on trouvera dans les listes officielles seront la plupart du temps dépendants de la subjectivité exacerbée de chaque génération de joueurs). Je veux dire par-là que, si vous découvrez Pavement avec émotion du haut de vos seize ans et demi, il y a des chances pour que vous soyez touchés par Jad Fair, puis Dinosaur Jr., puis que vous finissiez par vous intéresser au meilleur de Lou Reed. En revanche, étant entendu qu'un bon jeu est avant tout un bon jeu pour lui-même, en raison de ses mécanismes internes, le fait d'avoir été – comme moi – un fan absolu de Doom II ne signifie aucunement que vous vous mettiez à vénérer tous les jeux du genre (et, de fait, les First Person Shooters ont tendance à m'ennuyer assez vite. Alors que j'ai dû passer l'équivalent d'années entières sur les deux premiers Doom, puis sur Quake).

Bref, pour toutes ces raisons et bien d'autres encore (par exemple le fait que je préfère toujours découvrir des jeux plutôt que rejouer à ceux que je connais déjà), il n'y aura pas de rubrique Mes jeux à moi (et rien qu'à moi). En revanche, à présent que le décor est planté et que les lecteurs du Golb connaissent un peu mieux ma conception et ma sensibilité en la matière, nous pouvons malgré tout générer une liste de 20 jeux qui auraient pu figurer sans cette rubrique. Oui, vingt. C'est tout. Tout simplement parce qu'il s'agissait d'appliquer les mêmes critères qu'aux rubriques mères, donc :
    – sélectionner des titres m'ayant profondément et durablement marqué, pas uniquement des jeux que j'aurais considérés comme indispensables. Tous ne le sont d'ailleurs pas, tandis qu'à l'inverse, beaucoup de jeux que je considère comme des chefs-d’œuvre ont été instantanément écartés : Chrono Trigger, par exemple, est un formidable jeu qui m'a absolument captivé, mais je l'ai découvert beaucoup trop tardivement (il n'est jamais sorti chez nous dans sa version originale) pour le mettre dans une telle liste. Idem pour des jeux m'ayant emballé ces dernières années : FEZ ou Donkey Kong Country Returns 3D  font à mes yeux parties des meilleurs jeux de plateformes de tous les temps, mais ils sont encore trop frais (2012 et 2013) pour que je puisse dire qu'ils m'ont autant marqué que d'autres du genre, sans doute objectivement inférieurs.
      – me limiter bien évidemment à un titre par licence ou franchise. Et c'est sans doute là que la liste s'est réduite le plus rapidement, car il va sans dire que si je m'étais autorisé à mettre autant de Mario, Zelda ou Final Fantasy que je le voulais, on y serait encore la semaine prochaine.

      Sur ce, c'est parti pour un tour dans les bas-fonds de la golbitude vidéoludique.



      CASTLEVANIA : Symphony of the Night (Action-RPG. PlayStation, 1997) J'ai toujours eu une relation très complexe aux jeux Castlevania, qui donnera très probablement lieu à un prochain article. Tant et si bien que s'il date tout de même d'il y a presque 20 ans, ce jeu mythique – mais passé inaperçu à l'époque – est sans doute celui de cette liste qui m'aura marqué le plus récemment (mais certainement pas le moins durablement). Un jeu qui ne paie pas forcément de mine au premier abord, mais du genre à vous faire relever la nuit parce que vous réalisez subitement que vous avez loupé un truc essentiel. Si j'y avais joué à l'époque, nul doute que j'aurais fait partie de ceux qui se sont félicités du virage "aventures" pris par la franchise à partir de ce septième épisode sur consoles de salon. Comme quoi, je ne me comporte pas toujours comme un odieux puriste réactionnaire.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Super Castlevania IV (SNES, 1991) ; Castlevania II : Belmont's Revenge (GB, 1991)


      Sid Meier's CIVILIZATION II (Stratégie/Gestion. PC, 1996) Plus je vieillis, moins j'ai de patience pour les jeux de gestion, qui demandent par définition du temps, de l'attention et même une certaine forme de dévouement. Je ne connais d'ailleurs pas vraiment les hits récents du genre, et n'éprouve même pas spécialement l'envie de les connaître. Quand je pense aux heures, semaines... mois que j'ai pu consacrer à, littéralement, conquérir le monde, j'ai l'impression qu'il s'agissait d'une autre personne. Il est vrai que ce jeu, pour l'époque, était absolument fascinant, procurant ce sentiment de partir de rien (l'écran noir. Le Néant) pour arriver à Tout (un Empire sans aucune limite). On ne pouvait ni gagner, ni perdre – en revanche, on pouvait apprendre plein de trucs sur l'histoire de l'humanité. Il faudra que je le ressorte du grenier de mes parents un de ces quatre, tiens.

      Un autre jeux pour découvrir la série : Civilization III (PC, 2001), le seul autre auquel j'aie joué (très bon, mais qui n'apportait pas grand-chose de plus)


      Disney's ALADDIN (Plateformes. Megadrive, 1993) Aladdin est assurément LE jeu qui m'aura le plus donné envie à l'époque d'investir dans une Mega Drive (ce qui, du strict point de vue financier, était malheureusement impossible), et probablement le seul à m'avoir jamais fait regretter d'avoir choisi le camp de Nintendo (dont la version, produite par Capcom, était aussi différente que peu mémorable). Un jeu absolument parfait, restituant à la perfection l'atmosphère (et le design) du meilleur film du Disney pré-Pixar, et proposant de surcroît un vrai niveau de difficulté au travers de levels vastes et parfois tortueux. Pour s'en convaincre, il suffit de voir sur quel titre va se porter le choix de l'intransigeant Joueur du grenier lorsqu'il cherche un exemple de bon jeu. Aladdin, c'est comme Prince of Persia, mais en cool.

      Deux autres jeux Disney de l'époque, issus du même studio (Buena Vista Interactive) : Le Roi Lion (Megadrive, 1994 ) ; Gargoyles (Megadrive, 1995)


      DOOM II (First Person Shooter. PC, 1994) Longtemps, Doom fut seul sur le créneau de l'horreur en jeu vidéo. Il fut aussi longtemps le seul digne représentant d'un genre qu'il a en grande partie initié, au point qu'on ne parlait pas à l'époque de FPS, mais de "Doom-like." Violent, intense, par moment extrêmement ardu, Doom II a sans doute été mon premier jeu d'adulte, le premier à faire dire à ma mère que ce n'était peut-être pas une si bonne idée de m'avoir laissé toucher une manette (façon de parler, puisque j'y jouais au clavier). Si la série s'est par la suite vite essoufflée à force de décliner sempiternellement la même recette à des sauces à peines mises au goût jour, le Doom II originel devrait rapidement vous faire comprendre pourquoi : simple, parfaitement jouable et toujours aussi captivant plus de vingt ans après, il avait tout simplement trouvé une formule parfaite. Limitée, peut-être, mais à laquelle on ne pouvait dans le fond rien ajouter de plus.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Doom (PC, 1993) ; Quake (PC, 1996), parce qu'on sait bien qu'en vrai, c'est lui, le seul et unique Doom III.


      DONKEY KONG COUNTRY 2 : Diddy Kong's Quest (Plateformes. Super Nintendo, 1995) Il eût été facile de sélectionner le premier jeu de la série, incontournable, ou bien l'un des derniers... tout aussi incontournables et de surcroît d'une beauté à couper le souffle. Cependant, c'est bien ce deuxième épisode qui m'a le plus marqué – au sens littéral du terme tant il m'aura filé moult cloques et ampoules pour en venir à bout, y compris des années après et alors que j'étais supposé en connaître les moindres recoins. Le pire étant que, sur le papier, ce jeu de toute fin de la vie de la Super NES réduisait considérablement les difficultés occasionnée par le gameplay du premier volet, en supprimant ce lourdaud de Donkey et en permettant entre autres de flotter dans les airs avec la fort chevelue Dixie Kong. Que dalle : d'une exigence quasi indépassable en terme d'attention et de timing, DKC2 est peut-être, tout simplement, le dernier jeu hardcore jamais édité par Nintendo.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Donkey Kong Country (Super Nintendo, 1994) ; Donkey Country Returns 3D (Nintendo 3DS, 2013)


      DRAGON BALL Z : Budokaï 3 (Combat. PS2, 2004) Il aura fallu attendre presque dix ans après la fin du mythique manga d'Akira Toriyama pour, enfin, voir un jeu lui rendant correctement hommage. Certes, c'est en réalité le précédent épisode, paru un an plus tôt, qui a réellement comblé des attentes que je nourrissais secrètement depuis environ 1986. Il n'empêche que, plus rapide, plus nerveux et agrémenté d'un mode histoire plus complet, c'est bien Budokaï 3 qui m'aura le plus fasciné, à une époque où je pensais ne plus du tout m'intéresser aux jeux vidéo – ne squattant que très ponctuellement les consoles des copains. Pour la première fois depuis des années, voilà que je me remettais à jouer des nuits entières, à crier ou à jeter des manettes. C'est au moment où je me suis aperçu que j'étais devenu quasiment imbattable à un jeu que je ne possédais même pas que j'ai compris : Freezer, mon personnage de prédilection, avait tout simplement fait de moi un new born gamer.

      Deux autres jeux DBZ qui valent vraiment le détour (et il n'y en a pas beaucoup plus que deux) : Dragon Ball Z : Hyper Dimension (Super Nintendo, 1996) ; Dragon Ball Z : Attack of the Saiyans (Nintendo DS, 2009)


      FINAL FANTASY IV (J-RPG. Super Nintendo, 1991) Tous les Final Fantasy jusqu'au IX inclus valent plus ou moins le détour, et sont inévitablement le préféré de quelqu'un. Celui-ci fut pour moi une véritable découverte, et pas que de la série : premier RPG, premier jeu acheté en import – même premier jeu à m'avoir fait travailler mon anglais. La saga étant absolument inédite en France, ainsi que dans le plus gros du monde (celui-ci s'appela d'ailleurs longtemps, pour moi, Final Fantasy II, numéro qu'il portrait dans sa version US), je ne me rendais pas vraiment compte à quel point j'étais un privilégié de découvrir ce qui, quelques années plus tard, serait considéré par le grand public comme LA saga RPG sur consoles par excellence. En revanche, je n'avais pas besoin d'en savoir plus pour mesurer à quel point ce jeu était exceptionnel, obsédant, même, avec son intrigue incroyablement fouillée et complexe pour l'époque, son héros torturé et sa richesse presque infinie (on parle sans doute des d'un deux ou trois jeux les plus longs la Super NES). Mine de rien, ce fut le début d'une longue passion pour ce qui demeure mon genre préféré, même si le temps m'a rendu extrêmement critique et difficile à son sujet. Mais que voulez-vous ? Quand on prend sa première cuite au champagne...

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Final Fantasy VII (PlayStation, 1997) ; Final Fantasy III (le remake sur DS paru en 2007, j'insiste)


      GOLDENEYE 007 (FPS. Nintendo 64, 1997) Vous ne le savez peut-être pas, mais il y a bel et bien un mode solo dans le meilleur jeu de la N64. C'est juste que vous étiez beaucoup trop occupés à mettre sur la gueule de vos potes, ou à apprendre par cœur les noms de tous les types de flingues possibles et imaginables alors que pourtant, trois semaines auparavant, vous étiez non-violents et à deux doigts de voter écolo. Voilà ce qu'était Goldeneye, chef-d'oeuvre absolu d'une boite, Rareware, dont la chute brutale reste aujourd'hui encore mystérieuse, et qui s'associait ici, on le sait peu, à Shigeru Miyamoto en personne. Un jeu de tir qui rendait dingue les gens n'aimant pas les jeux de tir, un jeu James Bond susceptible de captiver les gens n'ayant jamais éprouvé le moindre intérêt pour 007, un jeu multijoueur capable de convertir l'être le plus misanthrope (et accessoirement de mettre sa famille à feu et à sang, dans tous les sens que cette expression puisse recouvrir). Un jeu tellement génial, somme toute, que plus personne ne se rappelle le film dont il est – pourtant fidèlement – adapté. En 2016, quand vous prononcez à voix haute le mot Goldeneye, ce n'est assurément pas en pensant à Pierce Brosnan que les gens se retournent sur vous.

      Chaudement recommandé également, l'autre FPS de Rareware sur N64 : Perfect Dark (2000)


      GUN.SMOKE (Shoot 'em up. N.E.S., 1985) En 2016 et alors que je n'y ai plus touché depuis une demi éternité, je peux encore fredonner sans problème – et en intégralité – le thème du premier niveau de ce jeu d'arcade globalement méconnu. Il faut dire que j'ai eu largement le temps de l'apprendre par cœur vu le nombre délirant de soirées que j'ai passées à essayer d'en venir à bout, inconscient (quoique je l'aie très tôt craint en mon for intérieur) que la suite allait être encore pire. Oserais-je le dire ? Gun.Smoke (rien à voir avec le film ou la série télé) est sans doute la source de ma légendaire passion pour les cowboys. C'est aussi et surtout l'un des premiers jeux (le deuxième, sauf erreur de ma part) d'une firme japonaise alors balbutiante mais déjà sacrément prometteuse : Capcom, qui explosera quelques mois plus tard avec Ghouls'n'Ghost et règnera sans partage sur les jeux vidéo de la fin 80/début 90. Quand on voit ce dont ils étaient déjà capable à peine deux ans après avoir créé leur boite, on s'étonnera moins qu'ils aient à ce point changé l'histoire du genre par la suite.


      KIRBY's PINBALL LAND (Flipper. Game Boy, 1993) On l'a tellement aimée qu'on fait tout pour ne jamais y penser : la Game Boy (qu'on appelait "le", dans le temps) a inventé le casual gaming. Ces jeux sans engagement auxquels on peut jouer dix minutes ou une heure, puis plus jamais, en n'ayant pas pour autant l'impression d'avoir laissé quelque chose derrière. Cette adaptation de la petite boule rose de Nintendo (qui jusque là était encore blanche) est un des sommets du genre, à ce détail près qu'elle intègre un système de niveaux digne d'un jeu de plateformes traditionnel. Rien à voir cependant avec l'odieux clone tout terne que Sega en fera avec son Sonic Spinball (un jeu qui réussissait la prouesse d'être moins beau et moins fluide alors qu'il affichait 16 bits) : Kirby's Pinball Land est une petite merveille de fantaisie et d'inventivité, qui met la plus du temps nerfs et réflexes à rude épreuve. Depuis, Kirby a payé cher sa forme ronde et subi mille et un sévices, parfois pour le meilleur – souvent pour le pire. Reste une première expérience en dehors de l'univers de la plateforme qui demeurera sans doute éternellement le jeu de console portable auquel j'aurai le plus joué dans ma vie (et de loin).


      THE LEGEND OF ZELDA : Link's Awakening (Aventures. Game Boy, 1993) Pour sa quatrième aventure, la première en dehors des sentiers battus par les consoles de salon, Link a mis les petits plats dans les grands. C'est simple : le lutin vert (il n'est pas encore officiellement devenu un "kokiri") peut se targuer d'être le seul personnage récurrent de l'univers du jeu vidéo, avec à la rigueur Wario (qui n'a cependant pas la même notoriété) à avoir vécu sa meilleure aventure sur une console portable. Et quelle aventure ! Des séquences absurdes, de la tension, des quêtes annexes réellement prenantes (un art qui s'est perdu), des graphismes splendides, un level design incroyable, une inventivité de chaque instant et, même : du meta avant la lettre. Que demander de plus et, surtout, que dire qui n'ait pas encore été dit à son sujet ? Avec le recul, Link's Awakening faisait tellement avec si peu que la série ne pouvait que décliner inexorablement par la suite. Ce qu'elle fit, comme on l'a déjà dit.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : The Legend of Zelda (N.E.S., 1986) ; A Link to the Past (Super NES, 1991)


      LOADED (Run & Gun. PlayStation, 1996) Non content de m'avoir fait découvrir ce qui allait devenir un de mes groupes préférés (Pop Will Eat Itself, qui en signe l'intégralité du soundtrack), Loaded m'a surtout permis de me défouler comme peu de jeux avant ni après lui. Tant et si bien que si je ne l'aurais probablement pas mis dans une telle liste à l'époque (d'autant qu'il n'est pas très original ni techniquement époustouflant comparé à la plupart des premiers jeux PlayStation), c'est peut-être le titre de cette sélection auquel je joue encore le plus souvent aujourd'hui. Ancré dans un univers de comics gore à souhaits, le principe est simple comme un coup de boule : on choisit quel horrible malfrat on veut incarner, seul ou avec un pote, on prend un gros flingue et on s'évade de taule en ne laissant que des cadavres sur notre passage. Simple, mais pas simpliste : assez difficile, d'autant que tous les personnages n'ont pas la même endurance, parfois hyper chaotique, Loaded sait aussi occasionnellement faire appel au cerveau du joueur pour l'aider à de sortir de niveaux pour la plupart sombres et labyrinthiques. En revanche, au cas où cela vous tenterait, évitez absolument la très mauvaise suite, un jeu tellement nul qu'il tua dans l’œuf ce qui avait tout pour devenir une franchise luxuriante.


      MANIAC MANSION (Point & Click. Amiga, 1988) Foncièrement, il n'existe que deux type de jeux d'aventures en point and click : ceux qui sont très beau, très ingénieux et très chiant (exemple : Myst), et Maniac Mansion. Totalement barré, hilarant de bout en bout mais aussi incroyablement stressant tant la moindre erreur peut s'y avérer fatal, le jeu de ce qui s'appelait encore à l'époque Lucasfilm Games a initié une esthétique, une atmosphère et des concepts si parfaits qu'on ne les retrouva jamais vraiment ailleurs, y compris dans les autres jeux du studio (même si certains n'en sont pas moins excellents) ou dans les adaptations de Maniac Mansion lui-même (la version N.E.S. est assez réussie, mais c'est quasiment un autre jeu). Une démonstration valant souvent mieux qu'un long discours, je vous laisse en découvrir un petit extrait, non sans vous conseiller d'acquérir sur le champ ce qui est peut-être, avec The Legend of Zelda, le meilleur jeu d'aventures des années 80.

      Chaudement recommandée également, sa suite : Day of the Tentacle (1993)


      MEGAMAN 2 (Plateformes. N.E.S., 1988) Puisque nous en sommes à parler du meilleur jeu de ceci-cela paru en 1988, profitons-en pour nous arrêter sur le second épisode des aventures de Megaman, qui s'écrit en ou un deux mots selon les périodes mais reste fondamentalement le même dans tous ses épisodes 8 bits. Soit donc un jeu de plateformes très orienté action, parfois à la limite du run and gun, dans lequel un petit robot qui ne se déplace vraiment pas très vite et saute encore moins haut doit se débarrasser de huit autres pas franchement aimables, leur piquer leurs armes de prédilection, et les utiliser à bon escient les unes contre les autres. Megaman 2, c'est l'apothéose de ce concept tout con et trop bon, un véritable sommet pour Capcom (encore eux) qui se fera dès lors une spécialité de signer ce qui se fait plus beau, de plus addictif et de plus dansants à chaque époque et dans chaque genre qu'il abordera. Oui oui : dansant. Parce que Megaman 2 (comme les suivants, mais encore un peu plus), ce sont certes des bosses super cools, des niveaux hardcore et des graphismes étonnamment profonds et détaillés pour l'époque... mais c'est surtout le meilleur soundtrack de jeu vidéo de son époque. La preuve par ici.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Megaman 3 (N.E.S., 1990) ; Megaman X (Super Nintendo, 1993)


      RESIDENT EVIL (Aventures. PlayStation, 1996) Capcom, encore et toujours. On ne parlait pas encore à l'époque de survival horror, et le fait est que le premier épisode d'une saga qui n'a fait qui décliner par la suite était surtout orienté recherche, réflexion et exploration. Cela n'en rendait les scènes d'actions que plus surprenantes et intenses – pas uniquement en raison d'une jouabilité légendairement boiteuse. Au-delà de ses qualités-mêmes (peu de jeux peuvent se targuer d'avoir inventé un genre à eux tout seuls), Resident Evil m'a aussi marqué pour avoir été le dernier jeu à totalement me captiver avant que je n'abandonne les joypads pour une petite décennie. Ce n'est pas le dernier auquel j'aie joué avant cette césure ; c'est en revanche le dernier sur lequel j'ai pu passer des heures... parfois des nuits entières, à tourner en rond dans cet abonimable manoir de l'angoisse. Il est difficile aujourd'hui de faire comprendre à quelqu'un qui n'y était pas à quel point ce soft reposant avant tout sur le suspens et la suggestion était révolutionnaire (et magnifique) pour l'époque. Si j'ai bien acquis les trois ou quatre épisodes suivants quasiment le jour de leur sortie, quelque chose s'était déjà clairement cassé. Trop d'action, plus assez de réflexion. Trop de survie, en fait – et plus assez d'horreur. Au final, les Resident Evil auxquels j'ai le plus joués après celui-ci sont sûrement... ses remakes et remastérisations, dont le somptueux Rebirth, paru en 2002 sur GameCube.

      Deux autres jeux pour découvrir la série (si vraiment, vous en avez fini avec celui-ci) : Resident Evil 2 (PlayStation, 1998) ; Resident Evil : Code Veronica (PS2, 2000)


      SECRET OF MANA (Action-RPG. Super Nintendo, 1994) Seiken Densentsu 2, pour les intimes les puristes, fait partie de ces jeux absolument intouchables pour toute une génération de joueurs, qu'elle a souvent initiés aux principes du RPG à une époque où ce genre tout entier était inaccessible aux occidentaux. Symboliquement, c'est le tout premier jeu que j'ai ressorti quand j'ai pris la résolution de me remettre à jouer, quitte à en (re)découvrir certains défauts (ses bugs lors des séquences d'action pure et dure comme son côté un brin bourrin – notamment contre les bosses). J'étais certain que rien ne pourrait me le gâcher, et il s'est avéré que j'avais raison. Parce qu'il est immense (dans tous les sens du terme), porté par un trio de héros inoubliables, un scénario très simple mais parfaitement mené, sans oublier ce qui est peut-être bien le plus beau soundtrack de toute l'histoire du jeu vidéo. Non vraiment, Secret of Mana est intouchable, d'autant plus fort et miraculeux qu'il est quasiment le seul jeu réussi d'une série devenue très vite très médiocre.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Seiken Densetsu 3 (Super Nintendo, 1995) ; Dawn of Mana (Game Boy Advance, 2003)


      SUPER BOMBERMAN 2 (Stratégie. Super Nintendo, 1994) Quand ils ont cinq minutes à tuer chez eux, la plupart des gens jouent au solitaire, aux échecs ou au démineur – éventuellement, s'ils vivent avec leur temps, ils joueront à Candy Crush. Moi, dans ces cas-là, je me colle toujours devant un Bomberman. Pas toujours le même, mais tout de même très souvent celui-ci. Pas uniquement parce que c'est le premier que j'ai eu (même s'il cela joue sans doute, plus ou moins inconsciemment), mais parce que c'est certainement celui, parmi toute une série ayant bâti sa réputation sur le multijoueurs, qui propose le mode solo le plus fun et le plus élaboré. L'un des plus difficiles, aussi, encore que cet aspect soit relatif : dans Super Bomberman 2 comme dans tous ses prédécesseurs et successeurs, votre pire ennemi c'est vous-même, votre enthousiasme, votre volonté d'y aller trop vite... et votre capacité à vous faire exploser tout seul comme un con. C'est rien, et c'est déjà tout : Bomberman fait partie de ces jeux immortels, dont la formule peut se décliner à l'infini, tant et si bien qu'à chaque période où Hudson Soft essaie de réinventer son hit succède une période d'exquis retour aux sources. Il y a sans doute trop de jeux Bomberman, sur trop de machines, c'est une évidence. Alors s'il ne vous en fallait qu'un seul...

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Mega Bomberman (Megadrive, 1993) ; Bomberman (Nintendo DS, 2005)


      SUPER MARIO BROS. (Plateformes. N.E.S., 1985) Je ne me rappelle plus exactement en quelle année la N.E.S. est arrivée à la maison (87 ? 88 ?), je sais juste que j'étais très jeune, suffisamment pour mettre une semaine à finir le premier niveau de ce qui restera un bon moment comme mon seul et unique jeu. A l'époque, tout reste à faire (pour les concepteurs) et à découvrir (pour les joueurs) ; pourtant, une partie du meilleur est déjà passé. On le dit peu, tout simplement parce que ce serait un terrible aveu d'impuissance de la part de toutes les parties, mais le meilleur jeu de la N.E.S. est tout simplement le premier à être sorti dessus. D'apparence rudimentaire en regard de ses successeurs, Super Mario Bros. a cependant pour lui un dynamisme incroyable en regard des standards de l'époque (on insiste souvent, à raison, sur la vitesse de Sonic, mais Mario n'a jamais rien eu à lui envier sur ce point), et fourmille de véritables, belles, grandes idées de gameplay, quand les épisodes suivants se contenteront surtout d'enrichir l'univers de la série, avec le talent que l'on sait. Super Mario Bros. n'en est pas moins un sommet en soi, parfait du début à la fin, et qui n'aurait certainement pas été moins culte s'il n'avait pas eu de multiples suites et spin-off. En ce qui concerne mon propre parcours, il va sans dire que le premier jeu (qui ne l'est pas réellement : mes parents possédaient une vieille Atari avec Pong et un jeu de voitures – enfin, je crois qu'il s'agissait de voitures, ce n'était pas très parlant) représente bien évidemment le début d'un quelque chose. Auquel je me dois d'associer Duck Hunt (aaaaah, cette double cartouche). Bizarrement, à l'époque, j'étais beaucoup plus fort à ce jeu pourtant, dans l'absolu, beaucoup plus difficile pour un enfant. Tout en étant dans le même temps complètement nul au tir à la carabine. Allez comprendre...

      Quatre autres jeux (oui, quatre : c'est quand le minimum pour découvrir la meilleure série de tous les temps) : Super Mario All Stars (Super Nintendo, 1993) ; Super Mario World 2 : Yoshi's Island (1995) ; Super Mario 64 (Nintendo 64, 1996) ; New Super Mario Bros. (Wii, 2009)


      SUPER MARIO KART (Course. Super Nintendo, 1992) Je ne fais pas partie des vieux réacs qui considèrent que seul compte le premier-le-seul-le-vrai Mario Kart. Je n'en aime certes pas toutes les suites, mais certaines m'ont pas mal scotché malgré tout. Je ne serai pas non plus du genre à vous expliquer que si cet épisode est le meilleur (car tout de même, il l'est) c'est parce qu'il demande une véritable dextérité en terme de pilotage, quand la plupart des suivants s'avèreront plus ou moins "assistés". Non, si je retiens Super Mario Kart SNES ici, c'est tout simplement parce qu'à l’époque, ce jeu est une petite révolution. L'un des trucs les plus originaux, ambitieux et funs qu'on ait jamais vus jusque-là. Un jeu qui avait le culot d'inventer son propre genre et ses propres codes, repris avec plus ou moins de succès par la concurrence... mais surtout un hit incontournable, un over-mega-seller sur une console qui en comptait pourtant un sacré paquet. Tous le monde n'avait pas Zelda III. Tout le monde – à commencer par moi – n'avait pas Super Mario World (et beaucoup de ceux qui l'avaient le devaient surtout au fait qu'il était vendu avec la console). Plus tard, tout le monde n'aurait pas Donkey Kong Country ou Star Wing. Mais tout le monde avait Super Mario Kart. Tous mes copains. Et tout le monde pensait être le meilleur à ce jeu loin d'être une partie de plaisir. Bien entendu, tout le monde se trompait : le meilleur, c'était moi, et aujourd'hui encore vous pouvez me filer n'importe quel jeu de la série, même un que je ne connais pas, il ne me faudra pas plus de trois parties pour vous humilier.

      Deux autres jeux pour découvrir la série : Mario Kart Super Circuit (Game Boy Advance, 2001) ; Mario Kart DS (Nintendo DS, 2005)


      TETRIS (Puzzle game. Game Boy, 1989) 1989 fut une année incroyable pour le jeu vidéo. Probablement la plus grande des années 80. Le lancement de séries destinées à devenir mythiques (Sim City, Prince of Persia, Golden Axe, John Madden Football), l'édition de one-shot cultes (Batman : The Video Game, Shadow of the Beast), des suites comptant parmi les meilleurs épisodes de leurs franchises respectives (Revenge of the Shinobi, Graduis III), auxquels on pourra encore ajouter Duck Tales, Solstice ou le mémorable jeu Emmanuelle (si si, il existe)... pourtant, soyons raisonnables : rien de tout cela n'aura su éclipser la parution de la meilleure console portable de tous les temps, transcendée par ma crise d'appendicite suivie de péritonite, et surmontée par un jeu devenu bien plus que cela, puisqu'il servira de matrice à tous les puzzle games d'hier, d'aujourd'hui et probablement de demain... dont aucun n'égalera jamais ni sa simplicité, ni son efficacité. Pour un peu, on en oublierait presque que Tetris existait déjà depuis bien longtemps sur ordinateurs et bornes d'arcades... Sega.

      BONUS : 10 autres jeux qui auraient pu y être, qui ont failli y être... et puis finalement non : Batman : Arkham City (PS3, 2011) ; Chrono Trigger (Super Nintendo, 1995) ; Dr. Mario (N.E.S., 1990) ; Duke Nukem 3D (PC, 1996) ; FEZ (PC, 2012) ; Paper Mario Sticker Star (Nintendo 3DS, 2012) ; Sonic the Hedgedog 2 (Megadrive, 1992) ; Tekken 3 (PlayStation, 1997) ; Terranigma (Super Nintendo, 1995) ; Warcraft II : Tides of Darkness (PC, 1995)...


      1. Je sais que c'est quasiment devenu tabou de le dire en 2016, mais le jeu vidéo, non, désolé, n'est pas un Art au même titre que la littérature ou la musique. C'est un jeu, et c'est d'ailleurs pour cela qu'il est essentiel à la société d'aujourd'hui, qui n'a que le mot divertissement à la bouche mais s'amuse finalement si peu...
      2. Sans oublier qu'il n'y avait pas Internet et que l'on ne trouvait pas des magasins de jeux vidéo à tous les coins de rue comme c'est le cas désormais. S'il y a bien une chose que je ne vais pas aller reprocher aux jeux – ou aux joueurs – modernes, c'est bien d'avoir suffisamment démocratisé l'activité pour que je n'aie eu somme toute que 600 mètres à marcher pour trouver un jeu potable, quelle qu'ait été la ville où j'ai pu résider ces dernières années.