dimanche 21 mars 2010

Scrubs (Med School) - Laissez-moi rire... pitié !

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Bon. Ce n'est pas vraiment une surprise, mais ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas le déplorer : Scrubs ne le fait plus trop. Quelle que soit la manière dont on prend le problème, que l'on considère cette nouvelle saison (la dernière, espérons-le) comme la neuvième d'une série culte ou - plus problématique - comme la première d'un nouveau show (Med School). La belle époque semble loin et il est difficile de ne pas le regretter tant la série de Bill Lawrence avait jusqu'ici maintenu une belle constance dans la qualité.

Lawrence le récidiviste (il avait déjà fait le coup de purger le casting de sa précédente série, Spin City... mais avec autrement plus de réussite) s'est il est vrai trouvé l'an passé devant un cruel dilemme : catapultée sur ABC, Scrubs a continué à faire des audiences à peu près équivalentes à ce qu'elle faisait auparavant sur la rivale NBC. De quoi donner envie au network de prolonger la série théoriquement terminée pour une saison supplémentaire. Problème : la quasi totalité du casting (notamment Zach Braff et Sarah Chalke, les deux acteurs principaux) est sur le départ. Braff en a ras-le-cul depuis déjà quelques années et veut se consacrer à la réalisation (sa passion depuis toujours (1)), il a même déjà prolongé puisqu'il devait au départ partir dès la saison sept. Chalke, elle, est enceinte au moment de l'annonce, et croûle sous les propositions (Maneater, How I Met Your Mother). Que faire alors ?

Ménager la chèvre, le chou et le téléspectateur - bien sûr. En proposant un neuvième chapitre bancal et non-identifié, ne s'inscrivant ni vraiment dans la continuité de la saison huit (on ne pige pas très bien comment JD et toute la bande sont devenus enseignants dans cette université), ni dans le contexte d'une nouvelle storyline. Certains personnages ont disparu sans la moindre explication (Carla, le Janitor...), d'autres n'apparaissent que très épisodiquement, et Braff est de retour pour un passage de témoin étendu à cinq épisodes. C'est probablement la pire idée de l'année : déchaîné comme jamais, il pique la vedette à une nouvelle héroïne (Lucy) déjà très fade et on est tenté de zapper de toutes les scènes où John McGinley ou lui n'apparaissent pas.

Ca commence mal... et ça ne va pas en s'arrangeant. Zach Braff parti, Lucy a bien du mal à circuler sans ses petites roues et gave dès le premier épisode où elle est la star. Aveu de faiblesse des scénaristes, cet épisode est également le premier de la saison ou comme par hasard apparaît Sarah Chalke (2) - manière même pas subtile de signifier que ladite Lucy n'a définitivement pas les épaules. Cela se confirme, mais il serait injuste de tout mettre sur le dos d'une comédienne (Kerry Bishé) nourrissant par ailleurs une ressemblance troublante avec Heather Graham (3). Le problème est plus global et doit tout autant à une écriture faiblarde et à un potentiel comique en berne. Cela faisait un moment que ça durait (les dernières saisons étaient de toute façon plus touchantes que drôles) et le départ de la quasi totalité du pool de scénaristes des saisons précédentes ressemble à s'y méprendre à un coup de grâce. Med School n'a pas pour elle le côté initiatique et émouvant qui faisait que même dans ses séquences les moins amusantes, la Scrubs originale restait bien au-dessus de la moyenne. Ici, on n'est au mieux face à de la pantalonnade pas bien futée, à l'image de l'évolution du personnage de Turk - désormais réduit à un second rôle clownesque indigne du personnage comme de l'excellent acteur (Donald Faison) qui l'incarne.

Bien sûr, cela peut n'être qu'une question de temps : il n'est pas inintéressant de noter que le personnage s'en tirant le mieux est celui de Denise, sans doute parce que débarqué seulement depuis la saison huit, il n'est pas assez ancien pour être usé tout en étant déjà suffisamment installé pour ne plus être décevant. Son duo avec le Dr Cox recèle les meilleurs moments de l'année, et le renfort de son boyfriend Drew est assez convaincant. Il n'est cependant pas du tout certain, avouons-le, qu'on ait envie de voir une dixième saison l'année prochaine. Ca tombe bien : ABC n'a pas l'air convaincue non plus. Pour une fois qu'on est d'accord avec major...


Scrubs : Med School, créée par Bill Lawrence (2009-10)



(1) Il a d'ailleurs réalisé un nombre impressionnant d'épisodes de la série, ainsi qu'une dizaine de clips.

(2) Le second, en fait - elle apparaissait très bien brièvement dans le pilote.

(2) Troublante parce que Heather Graham jouait dans la saison quatre.
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samedi 20 mars 2010

D.H. Lawrence V.S. Les Mystères de la Grande Création Littéraire

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Le Dieu des Lettres étant un Être Supérieur épris de justice, il décida il y a fort longtemps de répartir équitablement le talent entre ses nombreux enfants. Ainsi décida-t-il au neuvième jour - car on le sait peu mais la Grande Création Littéraire dura neuf jours - que même les plus grands écrivains ne seraient pas doués dans tous les domaines, qu'il fallait doser le génie en chaque être, ce aussi bien afin d'éviter aux uns de devenir fous - car on le sait bien le génie rend fou - qu'aux autres de crever de jalousie, voire de devenir d'odieux païens reprochant au Seigner de les avoir négligés. Interrogé à ce sujet en 1976, Dieu répondit en ces termes sybillins : "Il en faut pour tous les goûts, Monsieur Mourousi".

Les choses auraient dû en rester là. Après tout, un commandement de Dieu n'est pas censé prêter le flan au débat. Sauf que non : dans notre sale époque impie, tout est sujet au débat. Même le Dieu des Lettres. Et même si ses enfants, pour leur part, ne s'en sont jamais plaints. Dans une partie beaucoup moins connue de cet entretien exclusif, Mourousi renchérit : "Mais par exemple : pourquoi les grands romanciers ne sont-ils jamais de grands nouvellistes, les grands nouvellistes de grands poètes, les grands poètes de grands dramaturges... etc ?" Et de citer quelques exemples fameux, le très mauvais théâtre de Diderot (tellement mauvais que plus personne ne se souvient qu'il en a écrit, ce qui ne serait pas plus mal si l'on en croit une source proche du Ministère des Génies), les romans très quelconques de Gautier... et bla et bla. Et bla. Et encore bla. Dieu écoutait, ne pipait mot, visiblement étonné par le quasi procès d'intention que Lui intentait Mourousi. C'est alors qu'Il lâcha, avec ce divin petit sourire en coin : "Excusez-moi, Monsieur Mourousi, mais vous oubliez D.H. Lawrence. Non - ne M'interrompez pas. Je veux bien que vous Me chargiez, mais à ce moment là, soyez objectif, Monsieur Mourousi." Tu m'étonnes que Mourousi en ait eu le souffle coupé : comme la grande majorité des français, il n'avait pas la moindre idée de qui était D.H. Lawrence. "Voyez-vous, Monsieur Lawrence était le parfait contre-exemple à cet étrange procès que vous M'intentez. Il était aussi brillant en tant que romancier qu'en tant nouvelliste. Il avait même développé une incroyable capacité à évoluer dans un genre intermédiaire, le mini-roman, qu'il maîtrisait à la perfection. Avez-vous lu The Prussian Officer & Other Stories ? Je vous le recommande chaleureusement. C'est un recueil tout à fait remarquable, dans lequel Monsieur Lawrence expérimente des tehniques narratives inédites pour son époque, démontre un sens du rythme exceptionnel - Je pense au texte éponyme... bien sûr, si vous n'avez pas lu ses romans, cela ne vous sautera pas aux yeux. Mais Monsieur Lawrence, vraiment, ne tombait pas du tout sous le coup de ce que vous semblez vouloir ériger en Loi Fondamentalement Fondamentale Régissant L'Univers. Et bien entendu, Je ne vous parle pas du talent de ce Monsieur pour la subversion : David Herbert Lawrence était incapable d'être mou et consensuel (vous devriez, si Je peux me permettre ce conseil, en prendre de la graine), même un texte, en apparence banal, comme Daughters of the Vicar , est stupéfiant de morgue, de culot, sans oublier une puissance dans l'écriture, une virtuosité avec les mots... et c'est Moi qui vous le dis, Monsieur Mourousi. Alors que ce texte, clairement, est tout à fait blasphématoire...

Presque trente-cinq plus tard, cette interview qui fit à l'époque beaucoup de bruit a un peu disparu des mémoires. Ceci explique peut-être l'ostracisme absurde entourant aujourd'hui encore l'oeuvre de D.H. Lawrence. A moins que ce ne soit l'inverse : le fait qu'il ait été soutenu par Dieu lui-même l'aura desservi. Le chouchou du prof n'est jamais le mieux aimé. Alors être le chouchou de Dieu ET du Golb... ça fait sans doute beaucoup pour un seul homme. Fût-il l'un des plus grands génies du vingtième siècle.


The Prussian Officer & Other Stories, de D.H. Lawrence (1914)


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vendredi 19 mars 2010

No Comment (et bis repetita)

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24 heures que j'hésite, pour finalement renoncer à écrire quelque chose sur Alex Chilton.

Je ne sais pas vous mais moi, à force, je suis un peu sec.

Alors je vous laisse, sans commentaire.



A lire si vous ne connaissiez pas Alex Chilton (auquel cas vous ne pourriez être qu'un troglodyte ou un extra-terrestre) :

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jeudi 18 mars 2010

Speed Trials (M5)

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Swords, de Morrissey (2009)

Le geste en serait presque beau tant il est suranné : nous sommes en 2009, le single en tant qu'objet est en passe de disparaître, le téléchargement a rendu depuis des années caduque le principe de chutes de studios et de faces B... et Morrissey continue de perpétuer une tradition entamée à l'époque des Smiths - à savoir publier à intervalles réguliers des albums de raretés presque systématiquement très bons. Normal : le Moz est l'artiste à singles ultime... avec ou sans singles, serait-on presque tenté d'ajouter. Centré sur sa période des années deux-mille, pas forcément la plus réussie mais certainement pas déshonorante, Swords contient donc, c'était prévisible, son lot de pépites et son lot de daubes. Façon de parler bien sûr : dans le pire des cas les titres les plus faibles de cette compile le sont parce qu'ils ont un air de déjà-entendu ('If You Don't Like Me, Don't Look at Me', 'My Dearest Love'). Le reste est inégal parce que très copieux (dix-huit inédits et un EP live en second cd... on ne peut pas dire que le Moz se foute de la gueule du monde), parfois surprenant ('Christian Dior', les très post-grunge 'Don't Make Fun of Daddy's Voice' et 'I Knew Is Was Next') d'autrefois excellent ('Munich Air Disaster 1958', dont on connaissait déjà la version du Live at Earl's Court), d'autres fois encore assez mauvais ('It's Hard to Walk Tall When You're Small')... à l'image, en fait, de la discographie du bonhomme depuis une dizaine d'années. A noter la présence d'une remarquable reprise du 'Drive-in Saturday' de Bowie... sauf que David Johansen a remplacé Jagger, ce dont personne ne pourra se plaindre.



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Winter Tour 2010, de Scott Kelly (2010)

Acheté sur un coup de tête au terme d'un concert où je me suis retrouvé sur un coup de bol, ce live de Scott Kelly donne une idée assez fidèle de ce que propose le co-leader de Neurosis lorsqu'il se retrouve seul en scène : du blues apocalyptique, de la folk pachydermique et dehors, l'orage qui menace d'exploser. Pas de temps de mort et pas de quartier, la prise de son est étonnamment bonne et les morceaux sont pour la plupart excellent ("We Let the Hell Come", "Ladder in my Blood"). Bien sûr, c'est un peu monotone à écouter chez soi - il manque l'ingrédient essentiel qui fit de son récent concert parisien une réussite : sa présence, son magnétisme animal. Mais l'objet, vendu à un prix dérisoire, vaut mieux que le statut de simple souvenir que je lui accordais au moment de passer à la caisse. Parce que Kelly est un artiste brillant, parce que ses compositions sont très personnelles, ce petit live de fabrication maison prend une dimension particulière. Alors certes, je vous parle là d'un disque n'existant pas dans le commerce. Au contraire de The Wake, l'excellent dernier album de Scott Kelly - à découvrir absolument.




Meaningless Friendly, de So Cow (2010)

C'est la beauté de l'Inutile. Le charme fou du Superficiel. La pop garage de So Cow est simple, incisive et directe. Pas de fioritures, pas d'audaces de production démesurées, et une exigence minime : faire bondir l'auditeur aux quatre coins de la pièces. Faut-il le préciser ? Ça marche, et plutôt deux fois qu'une. On l'oubliera vite, oui oui, sans doute. Les morceaux ne sont pas tous très bons, d'accord, bien sûr. C'est du garage, quoi. Cela éclate sur l'instant. Le but n'est pas de durer, de marquer son temps mais de le traverser à la vitesse d'une vache au galop. Et quand la date de péremption sera passée, pas grave : on fera un autre album. Vive So Cow, et vive Thierry, qui me l'a fait découvrir.




Just Just, de Justin Ripley (2010)

Justin Ripley a une immense qualité : sa voix, remarquable. Justin Ripley n'a qu'un seul défaut : sa voix, remarquable... ment proche de celle de Thom Yorke. Si ce dernier avait sorti un album solo lo/fi, il aurait certainement ressemblé à Just Just. On peut voir cela comme un compliment ou comme une injure. C'est en tout cas impossible de ne pas y penser dès la première note, et ça ne s'arrange vraiment pas sur les morceaux suivants (surtout dans les graves). Ce qui ne suffit pas à dédaigner un album par ailleurs vraiment réussi. Les mélodies sont bien troussées, le son a à peine l'air homemade et Ripley ne manque pas de talent. Il faut certes fermer les yeux sur quelques passages un peu faibles et quelques envolées vocales dressant les poils dans le mauvais sens du terme (les gars qui ont une voix comme ça ont beaucoup de mal à résister à cette tentation, c'est d'ailleurs bien pourquoi Thom Yorke n'aura jamais d'égal - lui qui parvient toujours à rester sur le fil). Ceci fait, difficile de ne pas être charmé par un second album touchant et - cela ne gâte rien - téléchargeable gratuitement ICI (tout comme le premier d'ailleurs).




The Unwinding Hours, des Undwinding Hours (2010)

Prenez Aereogramme. Enlevez les influences un peu abrasives. Voilà, vous y êtes : vous tenez The Undwinding Hours, nouveau projet de Craig B. et Iain CooK. Un groupe pop, épique, un peu noisy, souvent planant. Tout en apesanteur et rappelant parfois le meilleur d'Unbelievable Truth. Si à la première écoute on a un peu tendance à se dire Ouais bon. Et alors ?, l'album s'installe tranquillement. Pas un de ces disques immédiats, qui vous rentrent dans le lard direct. Mais pas plus un de ces disques sinueux demandant des heures d'écoutes pour les appréhender. Ces gens-là évoluent dans un entre-deux difficile à tenir mais séduisant. On y revient tranquillement, une fois de temps en temps. On découvre de nouvelles choses. La qualité de la production. La douce mélancolie des compositions. Ce pourrait être rébarbatif, c'est finalement très bon. Une forme d'éloge de la lenteur qui sied bien à un album tout doux, tout langoureux. Tout rêveur.




Mechanize, de Fear Factory (2010)

C'était il y a un siècle. Du moins dirait-on. Nous étions jeunes, nous regardions X-Files, nous tripions sur des histoires de SF et nous écoutions Fear Factory parce qu'il y avait factory dans le titre, que l'album s'appelait Demanufacture et qu'il évoquait la lutte entre l'homme et la machine prête à le supplanter. Aujourd'hui évidemment, ça fait un peu rire : nous sommes devenus des gros geeks avec des réseaux sociaux, des blogs et un ordinateur faisant office d'outil essentiel sans lequel nous serions totalement déphasés. Fear Factory aussi, fait un peu rire. Du moins lorsque son nom résonne. Parce qu'à la surprise générale, Mechanize est un bon disque, puissant et efficace. Loi de la musique oblige, son indus death-metal, comble de la modernité il y a encore une décennie, sonne presqu'old school aujourd'hui. Une forme de légitimité à défaut de maturité. En tout cas l'agression de Mechanize fonctionne plutôt pas mal. On en rigole un peu au début, et puis finalement on y revient, et on y reste. Pas l'album de metal de l'année, certes ; juste un bon album de Fear Factory - ce qui il y a encore un an aurait relevé de l'antiphrase (ou de la blague). Après Sepultura l'an passé, il semble bien que les vieux faucons du metal 90's continuent de reprendre du poil de la beast. Chouette alors : on va pouvoir laisser entrouverte la porte de l'armoire aux souvenirs !

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Extra Cheese, de Ryan Adams (2009)

Quelques semaines après avoir annoncé qu'il prenait sa retraite (et quelques semaines avant de changer d'avis), Ryan Adams publiait cet EP 100 % romantique histoire de fêter comme se doit son mariage. Une simple compile, en fait, piochant surtout dans son répertoire "chansons d'amour heureuses"... ce qui signifie en décodé : aucun titre de Love Is Hell (oh !) ni de 29 (double oh !) ni de Heartbreaker (triple oh !). Pour autant le résultat n'est pas honteux, Adams étant un composieur hors-pair se sortant pas mal de cet exercice délicat (parce que facilement cucul). Plus prosaïquement : on a beau les connaître par cœur, "Desire" ou "Answering Bell" sont de formidables chansons (rappelant hélas en creux que sa production récente est moins convaincante...). Moins ceci dit que la pépite du lot, "Hey There, Mrs Lovely", vieillerie régulièrement interprétée sur scène mais jamais immortalisée sur disque. C'est désormais chose faite, et si cet extra bien nommé est évidemment totalement dispensable, il n'en est pas moins charmant. De quoi patienter en attendant la sortie du nouvel album de Werewolph, projet hard/stoner/death dont on espère qu'il ne finira pas comme The Fucker Virgins (son groupe punk avec Jesse Malin et James Iha)... c'est-à-dire aux oubliettes.




Maintenant, de Gigi (2010)

Maintenant est le genre d'album qui à la première écoute nous fait nous demander ce qu'on est venu faire ici. Très pop, très sucré, très produit, il a un côté tout ce qu'on déteste très prononcé. Mais au fil du temps, il commence à distiller son venin et ses mélodies. Son côté rétro, après avoir un peu agacé, séduit. Son influence spectorienne si appuyée qu'elle ne peut être qu'un hommage s'avère finalement délicieuse. Ses cuivres passent bien, ses guests sont parfaitement intégrées à l'édifice. On ne l'écoute pas tous les jours, mais on le retrouve chaque fois avec plaisir, pour prendre l'apéro ou simplement se mettre de bonne humeur le matin. Il y a vrai talent dans ce disque, comme un art de la futilité, de l'insouciant et de l'éphémère. En fait Maintenant, c'est God Help the Girl sans la mièvrerie. Pas un truc révolutionnaire, mais un petit objet attachant dont on se dit qu'on y reviendra sûrement dans l'année, en cas de coup de blues et ou de bal costumé. A découvrir.




Odd Blood
, d'Yeasayer (2010)


Il est des albums qu'on adorerait adorer... sauf que finalement, non, ça ne le fait pas trop. Le nouveau Yeasayer est de ceux-là. Inspiré, foutraque, il débute tambour battant avec trois titres excellents ("The Children", "Ambling Alp" et "Madder Red"), si bons qu'on commence déjà à se dire qu'il va bien se placer pour les classements de l'année à venir... oui mais voilà : son intérêt s'effrite au fur et à mesure que les plages défilent. Si certains pourront déplorer que le groupe peine à trouver un véritable style (en gros Yeasayer recycle tout ce que l'electronica et la synth-pop ont offert depuis vingt-cinq ans), le véritable problème d'Odd Blood semble plutôt être une incapacité crasse à différencier rien moins que le bien et le mal, le bon et le mauvais goût, le rétro et le ringard. Affreusement racoleur par instants, vulgaire même sur la fin... Yeasayer déçoit un peu plus à chaque écoute. Il y a du bon, pourtant : "Love Me Girl" ou "Rome" sont des morceaux qui tiennent la route. Mais l'album est trop inégal, fait trop de grands écarts entre talent et nullité pour mériter des louanges.



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July Flame, de Laura Veirs (2010)

[...] Dès les premières notes de July Flame, je me suis emmerdé. En fait, pour être honnête, même la pochette me semblait déjà des plus emmerdantes. Alors la musique... eh bien la musique, comme on pouvait s'y attendre, est folk, molle et mélancolique. Ouais. Génial. Alors dans l'absolu, ce n'est pas déplaisant. Pas plus que n'importe quel autre disque de n'importe quelle autre folkeuse mélancolique. Mais à la longue, la progéniture honteuse d'Emmylou Harris commence à sévèrement gaver les portugaises. C'est que pour proposer de la bonne folk, genre qui par définition se joue en 2010 exactement comme il se jouait en 1975 et se jouera probablement en 2048... y a pas dix mille solutions. Il faut soit avoir une personnalité suffisamment forte pour qu'elle imprime durablement la musique (et donc l'auditeur), soit écrire de grandes chansons. C'est d'ailleurs l'une des grandes escroquerie folk que d'avoir pu laisser croire à plein de gens qu'en jouer était s'inscrire dans une tradition autorisant l'artisanat le plus inoffensif. Ce n'est pas forcément faux ; mais c'est oublier que les grands noms de la légende folk [...] étaient certes des artisans s'inscrivant dans une tradition... mais aussi et surtout des génies étouffants de charisme et pourvus d'un sens mélodique renversant. Laura Veirs, même à son meilleur (et il y a du bon sur cet album [...], n'est rien de tout cela. Elle n'est qu'une gentille artisane que son manque de prétention et d'ambition ne suffit pas à racheter pour la grosse demi-heure d'ennui que propose son July Flame (en fait la platine m'indique que le disque dure trois-quarts d'heure... c'est donc que j'ai dû m'assoupir vers le milieu). Un disque comme tant d'autres. Ni bon ni mauvais, ni même vaguement intéressant. Insignifiant dans l'acceptation la plus large de ce terme.



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Yukon Blonde, d'Yukon Blonde (2010)

Fallait vraiment que je sois en manque de Pavement pour me jeter comme la fin sur le pauvre monde sur cet album d'un groupe inconnu et dont on peut supposer, voire espérer, qu'il le restera. Effectivement influencé par le combo du grand Stephen Malkmus, Yukon Blonde s'avère hélas rapidement ajouter à ce glorieux héritage une filiation bien moins enviable, pop et vilaine comme une armada de poux génétiquement modifiés. Bon, ok, je suis un peu méchant. Disons que ce sont des poux d'origine naturelle. N'empêche que quand on me vend le fils de Pavement moi, connement, je m'attends à ce qu'il me le rappelle un peu plus. A retrouver des fêlures, du bricolage... plutôt que de la pop gentillette, bien sous tous rapports assurément mais que même ma grand-mère trouverait trop propre pour être honnête. Forget it.


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mercredi 17 mars 2010

Generation Kill - Mamas Don't Let Your Babies Grow Up to Be Cowboys

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Generation Kill c'est un peu le film de guerre comme on l'aime - mais transposé au format série et pour un peu qu'on l'ait jamais aimé vraiment. Comprendre par-là : sans héroïsme exagéré (quasiment sans héroïsme tout court, en fait), sans patriotisme exacerbé (mis à part pour le tourner en dérision) et sans affection démesurée pour l'armée américaine. Un film de guerre de gauche, en somme... ce qui n'a rien de très étonnant de la part de David Simon et Ed Burns, auteurs et producteurs de The Wire, si politisés et si engagés que leurs amis se moquent régulièrement d'eux en disant qu'ils font de la télé parce qu'on n'a pas voulu d'eux aux Parti Démocrate.

Un film de guerre de gauche qui est en fait (évidemment) une série... et dont le côté profondément engagé, c'est si rare, n'exclut en rien la subtilité et l'intelligence. En adaptant le livre éponyme dans lequel Evan Wright, reporter à Rolling Stone, relatait les quarante premiers jours de l'opération Iraqi Freedom, il aurait été tentant de réaliser un documentaire à charge vu par les yeux du journaliste candide rapportant les horreurs d'une guerre absurde. Il n'en est rien. Generation Kill applique littéralement à la guerre le même procédé que The Wire appliquait à la ville de Baltimore - c'est-à-dire la multiplication des points de vue sans qu'aucun prenne le pas sur les autres. Evan Wright est bien là, remarquablement incarné par Billy Lush (OZ) et comme de juste dépassé par ce qu'il voit ; il est loin d'être le seul à avoir la parole, et la caméra de glisser de l'un à l'autre des boys au risque que le spectateur s'y perde un peu au départ - mais au bénéfice d'une oeuvre chorale évidemment bien plus intéressante.

Qualité indéniable de ce procédé : il évite aux auteurs de perdre du temps à s'interroger le bien-fondé de cette guerre. A aucun moment la légitimité de l'intervention n'est en cause, la seule trace de l'opinion de Simon et Burns transparaissant dans le fait que les personnages appellent tous un chat un chat et une invasion, une invasion. Le reste des sept épisodes se contente (litote) de montrer la guerre d'Irak comme si on y était, avec sa multiplication des divisions et des commandements particulièrement ardus à relier entre eux, sa stratégie chaotique voire parfois absurde (l'épisode 3 est un véritable sommet de ce point de vue, qui montre, tout à la fois effarant et burlesque, le "Parrain", Big Boss de la division, envoyant une petite unité libérer une ville alors que les blindés viennent de la contourner sans réagir...) et ses boys humains, trop humains. Pas nécessairement perdus, mais profondément divisés quand à la marche à suivre et la pertinence des ordres qu'ils reçoivent. Jamais sans doute une fiction sur la guerre aura à ce point mis en relief cet abandon de soi à un commandement supérieur inhérent au champ de bataille. Cette négation de l'individu au profit d'un collectif tout aussi capable, en Irak comme sur la Lune, de sombrer dans l'hystérie ou la bêtise.

De même pour une raison évidente de format jamais aucun film n'aura si bien montré que la guerre, c'est surtout et même avant tout... de l'attente. On le sait certes depuis Remarque et A l'Ouest rien de nouveau ; dans Generation Kill on les voit de nos propres yeux, ces soldats s'emmerdant à cents dollars de l'heure et jouant en trois minutes d'adrénaline le droit à s'ennuyer encore quelques jours. Wire's touch' toujours : l'essentiel de la série repose sur une succession de dialogues parfois franchement comiques, presque banals, sur la vie, la mort, les femmes ou le port de la barbe. Ce pourrait être ennuyeux. C'est particulièrement touchant, reflet de toute la philosophie de Simon et Burns : le refus du manichéisme dans les caractères présentés se doit systématiquement de faire écho au refus du manichéisme dans l'approche. Les deux midas du docu-fiction n'ont, on le sait depuis longtemps, qu'un goût très modéré pour le patriotisme. Ils n'affichent en revanche aucun mépris pour les patriotes. Ils n'affectionnent pas spécialement la guerre ; ils témoignent cependant d'un sincère respect pour l'engagement des soldats. En ainsi de suite. Engagés assurément - mais humanistes avant tout.


Generation Kill, créée par David Simon, Ed Burns & Evan Wright (2008)


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mardi 16 mars 2010

Nom de Guerre - Délicieusement déraisonnable

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2009 fut une grande année folk. 2010 sera-t-elle pour sa part une grande année pop ? On peut d'ores et déjà se poser la question. Avec un excellent Woodpigeon à paraître fin avril et un retour en grâce du déjanté Adam Green, sans oublier EWITFRN, dont nous parlions dimanche... elle en prend en tout cas la direction. Et ce n'est certainement pas la sortie de l'étonnant second album de Nom de Guerre qui va infléchir cette tendance.

Étonnant, étonnant... c'est peut-être beaucoup dire. Mais notons que Love Thy Neighbour partage avec les deux albums susnommés un côté tout à la fois dense, foutraque, barge... en un mot : réjouissant. Comme si la pop, cette année, avait revêtu ses apparats les plus colorés et baroques. Vivifiante, la musique de Nom de Guerre a quelque chose d'excessif la rendant très addictive, parce que cet excès, cette folie manque trop souvent aux productions pop contemporaines. Le groupe ne cherche pas à plaire, semble ne se fixer aucune limite, se joue du bon goût... On ignore le genre d'herbe qui pousse dans le Comté de Stockholm pour qu'il nous expédie un trio aussi secoué, mais elle doit être sacrément hallucinogène. Et à l'écoute du patchwork mélodie qu'est Love Thy Neighbour, avouons qu'on se risquerait bien à une taf ou deux. Pas trop non plus, hein.

Car paradoxalement, en matière d'excès, tout est une question de dosage. Et Nom de Guerre l'a bien compris. Pour jouer en première division de branquignolitude, il faut savoir maîtriser l'art délicat du too much. On peut écrire un morceau épique et kitsh à la Coldplay, lui donner le même titre qu'une des plus fameuses chansons des affreux Muse ("Stockholm Syndrome")... ça ne marche qu'une fois par album (sauf bien sûr à vouloir être un crétin ordinaire). De même on peut loucher du côté du mainstream en signant quelques titres très, très catchy... mais point trop n'en faut cependant.

C'est cet équilibre intenable pour beaucoup de groupes que Nom de Guerre parvient à trouver et à maintenir jusqu'à la fin de son disque. Entre des chansons qui feraient des heureux sur les dancefloors ("Run, Run, Run" - qui n'a rien à voir avec le Velvet - et "Drama Queen" - qui a beaucoup à voir avec Abba), d'une efficacité remarquable d'ailleurs, et des choses plus raffinées histoire de ne pas se mettre à dos l'esthète pop (qui en a vu d'autres, depuis les Beatles, et ne s'en laisse pas compter par le premier Mika venu). Contrat rempli là aussi, par l'imparable 'Everybody Knows', l'entêtante 'Get Another Gun' (qui envoie Franz Ferdinand se rhabiller pour longtemps) ou l'étonnamment touchante 'Ballad of Harry'. La recette fait assez facilement ses preuves, surtout si l'on y ajoute - le cas échéant - un concept abracadabrant (un whodunit haut en couleurs), plutôt bien écrit au demeurant.

Dès lors, l'album peut se laisser aller et étaler toute la grandeur de sa démesure. Il est possible que vous y arriviez par hasard, par curiosité et que vous le preniez comme un de ces amusants OVNI qu'on croise chaque année une ou deux fois. Néanmoins ne vous y trompez pas : le dosage est trop subtil pour vous laisser en réchapper. Une fois qu'on a mis un doigt dans Love Thy Neighbour, il est trop tard. On est pris dans le même genre d'engrenage que celui dépeint par son scénario. La différence, c'est qu'on n'a pas spécialement hâte d'en sortir.



Love Thy Neighbour, de Nom de Guerre (2010)


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lundi 15 mars 2010

Hugo Hamilton - Just Another Sad Bastard

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Le talent a ceci de fascinant qu'il excuse tout ou presque. Les coups de moins de bien, les erreurs, les faiblesses, la folie ou la démesure - tout ou presque sauf la médiocrité. Un écrivain talentueux, on peut quasiment tout lui pardonner, parce qu'on l'aime et qu'on sait ce qu'il vaut. Ainsi par exemple, quand un auteur mauvais ou juste moyen se répète inlassablement depuis des livres et des livres on n'a qu'une envie : lui dire d'arrêter, de se renouveler - et encore en admettant que l'on trouve encore le courage de le lire. A l'inverse quand un Hugo Hamilton semble publier régulièrement le même livre se nourrissant des mêmes thèmes et mourrant sur les mêmes interrogations, on a plus tendance à l'en féliciter et à lui suggérer de continuer comme ça - on aime. Point barre.

Vous l'aurez déjà compris, Disguise, dernier roman en date (*) du susnommé Hamilton, fait partie de ces romans ou plutôt que de découvrir un territoire inconnu l'on se replonge avec délectation dans un univers familier, en l'occurrence à la fois truculent et désespéré, torturé aussi souvent qu'amusant. On pourrait difficilement reprocher à l'auteur de ne pas essayer de se renouveler : foncièrement, Disguise est assez différent, tant dans sa construction beaucoup plus travaillée que par le passé que dans son décorum (on quitte l'Irlande contemporaine pour s'intéresser à l'Europe continentale de l'après-Guerre). Mais les obsessions ont ceci de passionnant (ou de terrifiant) que quoique vous fassiez, elles vous rattrapent toujours - à plus forte raison si vous êtes un écrivain.

Aussi Disguise raconte-t-il une histoire d'enfance envolée et de quête identitaire, comme The Speckled People, comme Sad Bastard... comme presque toujours. Hamilton ne peut s'en empêcher, et ceux qui ont lu The Speckled People savent pourquoi. Au fil des années sa plume s'est faite plus grave, moins déjantée, moins hooligan. Peut-être même la forme a-t-elle beaucoup plus évolué que ce fond qui, sans être balisé, est immédiatement rattachable à l'auteur le plus torturé de Dublin. En l'occurrence une histoire d'enfants échangés, d'enfant en remplaçant un autre, irrémédiablement perdu dans le bombardement de Berlin. Et l'enfant - Gregor - de grandir, de s'affirmer progressivement avec toujours au cœur cette sensation indicible, cette certitude abstraite d'être Autre. On a l'impression d'avoir lu cette histoire cent fois, et d'avoir été autant de fois confronté aux questions qu'elle sous-tend (qui suis-je ? A quoi tient mon identité ?). Mais chez Hamilton l'écriture s'accompagne d'un tel talent, d'une telle grâce que l'on en ressort, une fois de plus, essoré.


Disguise [Comme personne], de Hugo Hamilton (2008)



(*) Plus pour longtemps puisque selon nos sources un nouveau sort en avril.
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dimanche 14 mars 2010

Everybody Was In The French Resistance... Now! - Farce Attacks!

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C'est le genre d'album qui peut vous rendre fou. D'amour. De compulsion. Le genre d'album qui peut durablement vous perturber.

Derrière l'improbable pseudo d'Everybody Was In The French Resistance... Now!, Eddie Argos, frontmant d'Art Brut et de quelques autres (Art Naif, The Art Goblins...), et Dyan Valdès, clavier de Blood Arm. Leur projet secret ? Réécrire l'histoire des charts. Leur arme fatale ? Une énorme louche de second degré, un humour inaltérable et sens de la mélodie n'ayant d'égal que leur sens de la rime. C'est ici que je vous préviens que si vous n'entravez que dalle à l'anglais cet album vous passera totalement au-dessus des oreilles.

Évidemment, rien que le concept mérite un Golb d'Or : avec le sens de la démesure qu'on lui connaît, Argos propose à chaque titre une relecture toute personnelle d'un classique ou d'un tube (parfois les deux). Non pas musicale - il ne s'agit en aucun cas de reprises au sens traditionnelles du terme - mais textuelle : Argos prend l'histoire racontée par la chanson, la retourne dans tous les sens, et au bout d'un moment accouche d'une nouvelle version de l'originale. Pas de la reprise, disais-je. Mais bel et bien... du remake. Et ainsi "Billy Jean" de devenir "Billy's Genes" - soit donc la véritable histoire du fameux fils naturel. Le "Girlfriend" d'Avril Lavigne ? Il devient "G.I.R.L.F.R.E.N (You Know I’ve Got A)", présenté en ces mots par l'artiste déjanté :

"Les chansons pop évoquent traditionnellement un garçon rencontre une fille, une fille rencontre un garçon, un garçon et/ou une fille rencontrent un problème ou un garçon et une fille rompent. La dernière décennie a donné naissance à un inquiétant nouvel archétype : une fille pique le mec d'une autre fille. Un message de discorde envoyé à toutes les jeunes femmes du monde entier"

Et ainsi de ceci :



... on passe à cela :



... excellent morceau au demeurant... "au demeurant" étant bien évidemment un euphémisme.

(euh... pas d'embrouille : je parle bien du morceau d'EWITFRN)

Car le grand talent du duo, c'est d'avoir su produire un très bon album pop au-delà de son concept de départ. Trublion fanatique de Johnathan Richman, Argos donne l'impression de sautiller dans tous les coins de la pièce, offre quelques excellents morceaux ("Think Twice, It's Not Alright", "Creeque Allies", "He's a Rebel") et enthousiasme quasiment du début à la fin. Mieux : l'album tient étrangement bien la distance, pour une farce. Et l'auditeur de se surprendre à mémoriser sans peine mélodies comme textes souvent longs et biscornus.

Un petit bonheur que ce premier album, dont on a hâte d'entendre le volume deux.



Fixing the Charts, vol. 1 d'Everybody Was In The French Resistance... Now! (2010)




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samedi 13 mars 2010

Who's Got the Crack? - Episode 5

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Avouez-le : vous n'en pouviez plus d'attendre. Il vous fallait votre dose de Who's Got the Crack? (le bien nommé). Il vous fallait la suite du Grand Prix du Personnage le Plus Horripilant. Il vous fallait Carrie Bradshaw. Il vous fallait vous lâcher. Ne pleurez plus, lecteurs. La seconde manche du concours dans le concours, cinquième étape de notre odyssée des personnages à la con, c'est à partir d'aujourd'hui et jusqu'à la fin du mois sur Le Golb. Et, comme vous vous en doutez, la grande finale des personnages horripilants devrait suivre d'ici l'été. Vous connaissez les règles, alors passons sans plus attendre aux nominations.


LE GRAND PRIX DU PERSONNAGE LE PLUS HORRIPILANT (seconde manche)

récompensant comme son nom l'indique le personnage qu'on a tous eu au moins une fois envie de frapper et qu'à la limite, on ne se plaindra(it) pas de voir mourir

Les cinq derniers challengers dans cette catégorie sont :


Kim Bauer (24)


Kim Bauer. Oserais-je vous l'avouer ? Cette catégorie n'a quasiment été créée que pour elle. D'une certaine manière, elle fera date. Elle a révolutionné le genre (je parle des personnages horripilants, pas des séries). Mais à quel prix ? Combien de fois aura-t-elle dû être enlevée, violentée, traumatisée... pour acquérir le statut de boulet absolu ? A vous de juger, comme dirait Arlette...

(EDIT : je n'ai volontairement pas pris une photo trop affriolante histoires de ne pas fausser les résultats)



Carrie Bradshaw (Sex & The City)


J'avoue : j'aime bien Carrie Bradshaw. Je suis apparemment le seul : poussée par la vox populi, Carrie a pris la place d'un autre challenger (and so much for la parité). Mais forcément, comme je l'aime bien, vous comprendrez que ma petite présentation habituelle tourne court...


Horacio Caine (CSI : Miami)


Horacio ne sourit jamais. Pas besoin : il est un gag sur pattes. Au point de réussir la prouesse de devenir une icône absolue... en matière de nullité, de gestuelle pathétique et de répliques affligeantes. Une distinction que seul Walker le Texas Ranger était parvenu à obtenir avant lui...


Julia McNamara (Nip/Tuck)


C'est pas compliqué : en sept saisons, Julia nous aura (se sera ?) tout fait. Des crises de larmes bien sûr (mais c'est le minimum syndical), des leçons de morales immédiatement suivies d'adultères. Jusqu'à sa conversion homosexuelle, mais ça, après la liaison avec un nain (doublé d'un peintre), c'était presque rien. Horripilante, Julia est peut-être en prime le personnage le plus hypocrite qu'on ait jamais vu dans une série. Comme la catégorie n'existe pas, il fallait que je le case ici.


Odafin Tutuola (Law & Order : SVU)


"Moi, quand je vivais dans le ghetto...", "Moi, quand j'étais un gangster...", "Moi, quand j'étais un soldat...", "Moi, quand je combattait des pédophiles..." Dieu sait que j'adore Ice-T en tant que rappeur, mais son personnage de série est vraiment insupportable. Certes, son jeu mono-expressif à faire pâlir Ridge Forrester n'y est sans doute par pour rien.


Mon choix : Kim Bauer, bien sûr !



A présent, amis lecteurs, les commentaires sont à vous ! Attention : vous ne pouvez voter que pour un seul personnage (je sais, ça va être dur de les départager...)
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vendredi 12 mars 2010

Black Rebel Motorcycle Club - Sans euphorie excessive

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Revoilà les bikers romantiques et torturés. Revoilà le meilleur groupe de rock de sa génération, après deux ans et demi de silence, autant dire : deux ans et demi d'écoutes répétées de l'inusable Baby 81 (voir la sélection du printemps 2007), sans conteste l'un des meilleurs albums de rock sombre de la décennie. Baby 81 et ses guitares déchirantes. Baby 81 et ses hymnes rageurs. Son "Berlin", son "Weapon of Choice", son "Killing the Light". Baby 81 le vicieux, qu'on envisageait pas forcément comme un chef-d'œuvre au moment de sa sortie mais qui s'est si bien installé sur la platine, le lecteur MP3, le Songbird... qu'il est rare qu'on en écoute pas au moins un titre chaque semaine.

C'est peu dire que l'attente vis-à-vis de Beat the Devil's Tattoo était énorme. On voulait qu'ils remettent ça. On voulait s'en reprendre une derrière la calebasse. On voulait une rincette de ce rock crépusculaire, habité, dont ces faux bikers et vrais corbeaux nous abreuvent depuis presque dix ans. On voulait, ni plus ni moins, que la question de l'album de l'année soit pliée dès le 8 mars. Force est de reconnaître que ce n'est pas tout à la fait le cas ici. A la première écoute comme à la dixième (celle qui accompagne la rédaction de cet article doit être la vingtième, environ), Beat the Devil's Tattoo ne semble pas être un grand album. Et le plus étrange, c'est qu'on ne saurait dire pourquoi.

Car tout ce qui fait que l'on adore Take Them On! On Your Own! ou Baby 81... tout cela est bien sur Beat the Devil's Tattoo. Les hymnes assassins (le titre éponyme est imparable). Les rythmiques infernales ("Conscience Killer"). Le heavy graisseux ("War Machine"). Tout y est, mais quelque chose manque. Le groupe semble avoir laissé son groove au vestiaire. Il semble fatigué, un peu frigide par moments. C'est frappant lorsqu'il se laisse aller à une country désolée sur de "The Tool". C'est évident lorsque, sur le tube en devenir de l'album, on le prend pour la première fois en flagrant délit de redite (ce morceau, "Bad Blood", n'est rien d'autre qu'une ressucée du "Not What You Wanted" d'antan). Quelque chose s'est brisé, et pas uniquement la voix de Peter Hayes, qui semble de plus en plus braillarde.

Qu'on ne se méprenne pas : il y a d'excellents titres sur Beat the Devil's Tattoo. C'est, globalement, un bon voire très bon album. Mais visiblement pris d'une torpeur dont il peine à s'extraire, le groupe semble avoir souffert en l'enregistrant et peine à transformer l'essai. Il manque un "Berlin" ou un "Stop" pour le faire entrer dans la liste des incontournables de l'année. Il est vrai que lorsqu'on y repense, la dernière parution du groupe (un affreux album pseudo-bruitiste répondant au doux nom de The Effect of 333) n'avait pas grand-chose pour rassurer. On avait à l'époque préférer occulté cet album bonus uniquement distribué sur le Net. Peut-être a-t-on eu raison et tort à la fois. Raison parce que Beat the Devil's Tattoo n'a rien à voir. Tort parce qu'il était malgré tout indicateur de la santé d'un trio qui, s'il reste capable de fulgurances extraordinaires ("Long Way Down" est sans doute sa meilleure ballade à ce jour), semble un peu perdu par instants. La revanche en mai, au Bataclan ?



Beat the Devil's Tattoo de Black Rebel Motorcycle Club (2010)




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