vendredi 16 octobre 2009

Richard Hawley - La Nuit est à nous

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C'est une tradition qui fêtera bientôt ses dix ans et qui, a priori, n'est pas partie pour s'arrêter de sitôt. Tous les deux ans, réglé comme une pendule, Richard Hawley publie un superbe album que je m'empresse d'encenser partout où je passe, rappelant avec force superlatifs que le camarade de bac à sable de Jarvis Cocker est un des plus grands songwriters de notre temps - voire un véritable génie comme me le confiait il y a quelques mois Xavier Plumas (qui reprend sur son premier album solo le magnifique "Run for Me").

Auteur de textes romantiques au sens le plus strict du terme (c'est-à-dire sombres, mélancoliques et le plus souvent désolés), compositeur virtuose doublé d'un redoutable mélodiste, crooner sensuel et envoûtant, producteur et arrangeur surdoué... Hawley multiplie depuis 2001 casquettes et coups d'éclat, recevant le plus souvent un accueil aussi enthousiaste que ses ventes sont faméliques. Hors du temps, c'est malgré lui qu'il reflète tristement une époque dans laquelle un orfrèvre pop aux mélodies extraordinaires reste le secret bien gardé d'une poignée d'esthètes, tandis que le premier chanteur de variété vaguement à la mode se voit accolé le terme d'artiste. Certains ont fini par s'y habituer (s'y résigner serait sans doute un terme plus juste), moi pas. J'ai toujours autant de mal à voir Richard Hawley royalement ignoré des critiques (même amateurs, même blogueurs parfois !) alors que mes multiples tests sur des auditeurs lambda (ma mère incluse) se sont révélés largement positifs.

Truelove's Gutter ne changera probablement pas la donne, à plus forte raison parce que ce n'est pas son meilleur album. Commentaire évidemment un peu vague si l'on considère qu'il est techniquement, génétiquement et spirituellement impossible que l'ex guitariste des All Saints (ce n'est pas une blague) foire un album (enfin sauf un des All Saints à la rigueur... mais de toute façon il était juste leur guitariste live) ; tout au plus semblera-t-il à l'auditeur exercé que Hawley, visiblement fort déprimé au moment d'écrire ce caniveau du véritable amour, semble de plus en plus enclin à surproduire des chansons sur le papier souvent basiques. Le fait que les titres de ce sixième album s'étirent souvent au-delà des cinq minutes (le final en dure même dix) n'aide d'ailleurs pas vraiment à entrer dans une œuvre pourtant somptueuse (pléonasme en ce qui concerne Hawley) lorsque l'on s'y attarde. Entre le Tindersticks le plus désespéré et le Hazlewood le plus travaillé, Truelove's Gutter trouvera pourtant une place idéale, avec sa voix fabuleuse (écoutez un peu "As the Dawn Breaks" et osez me dire que vous n'avez pas de frissons !...) et toujours cette touche typique de l'auteur de Lowedges - ce mélange étrange et fascinant de mégalomanie et de pudique humilité. Mais qui en a cure ?

Pour la peine, en plus du traditionnel extrait de l'album (en première position dans la playlist), accompagnons cet article d'un mini best of Richard Hawley qui, je l'espère, en convaincra quelques uns...


Découvrez la playlist Richard Hawley avec Richard Hawley

Truelove's Gutter, de Richard Hawley (2009)


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17 commentaires:

  1. Un artiste formidable ce Hawley, je l'ai d'ailleurs découvert il y a deux ans suite à te chronique de Lady Bridge. J'ai hâte d'entendre son nouvel albu.

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  2. Régale-toi, il est sur deezer.

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  3. Très chouette !
    Et puis il y a cette voix.
    Je vais aller marcher dans le deezer alors !

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  4. Dis donc, c'est une impression où tu es dans une période "les génies ne sont jamais reconnus, les critiques ne voient rien"… ?
    Ceci dit, c'est un peu pour ça qu'on vient te lire, hein(oui, je suis comme ça, aujourd'hui, je dis "on" à la place de "je". Avec tous mes égos, on aime bien ça)… On vient pour ce qui n'est pas bien traité ailleurs.
    Vais donc écouter.

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  5. Anakin >>> reviens nous dire ce que tu en as pensé ^^

    Fabrice >>> pas vraiment, au sens au Hawley (par exemple) est un type encensé par la critique depuis pas mal d'années. Sauf que tout le monde s'en branle...

    En fait je suis plutôt dans une période - par la force des choses - où je suis assez furax qu'on nous gave à longueur d'années avec la soi-disant diversité musicale qu'il faudrait préserver alors que des tas d'artistes pop et tout à fait "accessibles" (ça vaut pour un Hawley comme pour un Elliott Smith) ont été totalement méprisés par les maisons de disques et la plupart des médias durant des années et des années sous le fallacieux prétexte qu'ils n'étaient pas des entertainers. Et ça oui, ça me gave. Mais ça n'a pas de rapport direct avec la critique (j'en ai lu une excellente sur cet album pas plus tard que dans le Libé d'hier).

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  6. oh mark eitzel et divine comedy ne sont pas loin, c'est douuuuux

    merci

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  7. J'avais entendu Run for me sur l'album de Plumas. Superbe chanson aussi en version originale !

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  8. Tu as raison, j'ai écrit plus vite que mon cerveau…
    La question n'est pas tant celle de la critique que de l'accès aux médias, aux studios d'enregistrement, mais aussi aux éditeurs et aux caméras pour des projets qui ne sont pas calibrés pour un succès planétaire.
    Il y a deux mondes. Celui du grand public et celui, alternatif, de ceux qui veulent chercher.
    Malheureusement, les portes entre les 2 sont étroites.

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  9. Formidable artiste ! Et formidable album !
    Mais pourquoi n'est-il pas plus connu ?
    Pas assez formaté. Sans doute.

    BBB.

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  10. Diane Cairn >>> Eitzel, bien vu ! Je n'y avais jamais pensé, mais c'est tout à fait juste, il y a de ça. Et un peu de Divine aussi (dans le côté très produit, très arrangé), quoique ça dépende des titres, mais il y a là une filitation, oui.

    Serious Moon >>> et pourtant... je ne suis pas sûr de ne pas préférer encore la version de Plumas, que je trouve vraiment magnifique (et tu connais mon peu de goût pour les reprises).

    Fabrice >>> et même de plus en plus étroites, j'ai l'impression. Alors le Net est devenu un refuge pour beaucoup, le seul endroit où le grand public a une chance de les entendre... et en même temps il y a une part de renonciation là-dedans. Je me faisais la réflexion l'autre jour que j'avais renoncé depuis longtemps à espérer que mes artistes favoris soient plus connus, et je n'arrive pas à me dire que c'est une bonne chose.

    BBB. >>> vous, vous n'avez pas lu les commentaires avant de poster le vôtre ;-)

    La musique de Richard Hawley, sans doute du point de vue d'un programmateur radio, n'est pas assez punchy (comprendre : racoleuse), trop pleine de subtilités, sans doute trop mélancolique aussi... cela peut sembler étrange quand on écoute "Darlin'", c'est pourtant tragiquement vrai, à croire que personne ne se souvient aujourd'hui que Lee Hazlewood pouvait décrocher des tubes.

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  11. Avec Daniel, nous adorons Richard HAWLEY et le suivons depuis son premier EP en 2001. TOUS ses disques sont indispensables ! (J'ai aussi une préférence pour "Lowedges")

    Toutes les critiques de ce dernier album que j'ai pu lire jusqu'à présent sont dithyrambiques. Mais c'est vrai qu'il ne rencontre hélas pas le même succès en France qu'au Royaume-Uni (où il tourne presque exclusivement). Nous désespérons de le voir sur scène un jour...

    As-tu vu la session acoustique qu'il a accordée début sept. à Paris ? J'ai mis en ligne un extrait sur mon blog :

    http://next.musicblog.fr/1187785/Richard-HAWLEY-ce-heros/

    P.S. : tu as mille fois raison de rappeler le sens premier de "romantique", que certains ignorent tant cet adjectif est galvaudé...

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  12. ah, ce bon Mark, que deviens-t-il? un truc m'étonnes, il me semblait pourtant qu'Eitzel et Divine Comedy, c'est quand meme le jour et la nuit... du coup difficile de juger ou se place ce Mr Hawley, aussi encensé chez le duo de choc de Next...

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  13. Xavier >>> bah... si, quand même. Les titres en écoute sont un peu faits pour !

    J-P >>> j'ai vu Hawley à Paris il y a quelques années... un concert assez étrange, vu qu'on ne devait pas être plus de 50 dans la salle.

    Je vais aller voir la session !

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  14. Thom, ne remue pas le couteau dans la plaie, tu sais bien que ces "Bip" d'Orange ne m'ont toujours pas connecté à internet chez moi (ils doivent etre tous morts...) et que je ne peux pas écouter de musique au boulot....
    tient, j'avais pourtant mis mon comm avant JP (j'étais sur que Next débarquerai, avec un article sur un de leur protégés....)

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  15. Désolé ! J'avais oublié ce détail !

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  16. Eh... c'est mon article ! En le lisant, je me disais à chaque phrase : "putain, c'est exactement ce que je pense de l'album et de Richard Hawley, et exactement ce que j'aurais voulu écrire"... du coup, ça te dérange pas si je fais un copié-collé et que j'en fais un de mes articles ?
    (Par contre, l'article sur Friends, je te le laisse...) (non pas qu'il ne soit pas bon, il m'a presque convaincu, mais c'est la série que je n'ai jamais vraiment aimé) (à ce propos... tu as vu comme tu abuses des parenthèses dans l'article sur friends ? a croire que tu n'assumes pas tout à fait de la défendre... et qu'il te faille tout nuancer ou expliquer pour éviter de te faire frapper) (bref... le dernier Richard Hawley est superbe, comme toujours, mais un peu "paresseux", ou du moins un peu en-dessous des précédents... mais ça, tu l'as déjà dit dans mon article...)

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  17. Alors je ne sais pas si j'aurais dit "paresseux"... j'aurais plutôt dit "un brin affecté". Avant, Richard Hawley était un dandy-biker... sur cet album l'équilibre est rompu, il est nettement plus dandy que biker... mais bon, je m'arrête là - je viens de piquer le titre de ton article ;-)

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