dimanche 17 janvier 2010

Lydia Lunch - Gloomy & Bleeding

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Je ne connaissais pas cet album de Lydia Lunch. Pour être franc, je ne connais pas la plupart des albums de Lydia Lunch. Comme tout le monde. Lydia Koch (de son vrai nom) n'a jamais été réhabilitée comme elle aurait logiquement dû l'être lorsque ce fut le tour de la no wave (qu'elle a en grande partie inventée) d'entrer au Hall of Fame. On n'écoute pas Lydia Lunch aujourd'hui comme l'on écoute Neubauten ou Birthday Party (je ne suis pas sûr cela dit qu'il y ait tant de gens que ça qui écoutent Birthday Party de nos jours). D'ailleurs la plupart du temps on n'écoute pas Lydia Lunch. Tout court.

Je ne connaissais donc pas cet album... du moins pas vraiment ; j'en avais déjà entendu parler, je l'avais même déjà entendu. Pas acheté ni vraiment intensivement écouté. Je ne savais pas trop pourquoi quand j'ai décidé d'évoquer sa réédition. Je le sais encore moins à présent que je l'ai écouté des dizaines des fois. Car ce premier LP solo (il y a bien sûr eu un peu avant les EPs de Teenage Jesus & The Jerks) d'une gamine pour le moins féroce (elle n'a que 20 ans) est tout simplement excellent. D'une beauté et d'une puissance incroyable, un sommet façon cabaret (ba)rock - du genre qui ne dépareillerait pas dans la discothèque d'un fan de Tom Waits digne de ce nom. Et, ce qui ne gâte rien, très en avance sur son temps.

Car c'est bien par exemple au grunge que l'on pense immédiatement lorsque l'on entend pour la première fois 'Mechanical Flattery'. Aussi bien dans le son que dans la diction. Et 'Atomic Bongos' peut sans problème être considéré comme un morceau de rock pré-indus. Pas forcément les titres les plus représentatifs d'un album se concentrant le plus souvent sur un genre de jazz-rock cradingue et malsain, mais enfin : ils y sont aussi. Et constituent de frétillantes respirations au sein d'un ensemble à la fois jovial et oppressant, dont le morceau de bravoure est probablement 'Lady Scarface' : voix sexy, traînante et provocante ; big band en renfort (le Billy Ver Plank Orchestra, qui avait publié à la fin des années cinquante les improbables - mais excellentes - compiles Jazz for Playboys et Jazz for Playgirls). Le résultat est renversant, et il le demeure jusqu'à la fin d'un ouvrage que sa réédition ne réhausse pas vraiment, mais ne gâche pas non plus (pas de morceaux supplémentaires, juste un joli livret et deux vidéos, une d'époque - un peu glauque - et un live plus contemporain de 'Knives in the Drain').

Soit donc onze plages (la durée idéale) revisitant sur des textes délicieusement morbides les grandes figures du film noir à la sauce post-punk (façon de parler, car dans le fond ces chansons n'ont pas grand-chose de post-punk et risquent de surprendre ceux pour qui le nom de Lydia Lunch résonne comme celui d'une icône ultra-radicale... ce qu'elle est, d'ailleurs - mais sa musique demeure chaude et sensuelle). A (re)découvrir d'urgence.

Queen of Siam, de Lydia Lunch (1979)


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