mardi 12 janvier 2010

Qui se souvient que j'ai aimé une fois un livre de David Foenkinos ?

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Résumé des épisodes précédents : le 6 décembre 2008 et après des années de bouderies, moqueries, fâcheries... je faisais mon coming-out aux yeux de la France entière. J'ai passé du bon temps avec David, écrivais-je dans une mini chronique de Qui se souvient de David Foenkinos ? qui fit couler... zéro litre d'encre, car je me suis aperçu à cette occasion que sorti du Net tout le monde s'en foutait de David Foenkinos (ce qui m'a énormément rassuré sur mes contemporains, soit dit en passant). Ou alors tout le monde s'en foutait de mon avis, ce qui était possible aussi. Ou bien (dernière hypothèse) ma mini-chronique était trop courte et mon avis ni trop gentil ni trop méchant pour susciter des réactions. Et c'est là que le Destin, qui ce jour-là portait une petite barbichette, vint frapper à ma porte. Il me mit entre les mains le nouveau Foenkinos.

N'allez pas croire cela dit que je sois parti pour faire un procès à charge. Vraiment pas. D'une part parce que maintenant que j'avais trouvé un bouquin de Foenkinos que j'avais relativement bien aimé, j'avais toutes les raisons de croire que cela pouvait se reproduire. Et d'autre part (surtout !) parce que pour faire un procès à charge il faudrait pouvoir ajouter des pièces au dossier, ce qui est extrêmement difficile dans le cas d'un bouquin tellement vide et inutile que je me suis surpris à toquer sur la couverture pour vérifier si ça ne sonnait pas creux (la réponse est évidemment non - Foenkinos a eu l'idée assez maline de rembourrer ses formules à deux balles avec des pages). Cuné l'a dit mieux que je ne le ferais, avec un sens de la concision que je n'aurai jamais : il n'y a quasiment rien, dans ce livre. Pas d'intrigue, soit. Mais pas de style non plus, pas de propos, pas de vision. J'ai cherché pendant des heures une métaphore musicale, quelque chose pour essayer de donner une idée aux gens heureux qui ne liront jamais ce livre. Je n'ai rien trouvé, parce que même chez la plus marketée des chanteuses de R'n'B on trouve plus de choses que dans ce bouquin dont je n'arrive même pas à comprendre comment un éditeur a pu accepter de le sortir (il y a des dizaines de blogs mieux écrits et plus pensés).

Pour autant on ne peut pas dire que cela m'ait particulièrement mis en colère. Bon ok : ça m'aurait sans doute mis en colère si je l'avais payé. Comme ce n'est évidemment pas le cas (j'ai raconté ailleurs que je n'achetais que des livres que j'ai déjà lus, ou presque), j'ai surtout beaucoup ri. Parce qu'au-delà de l'inanité totale de ses bouquins (Qui se souvient... ne pouvait être qu'une exception, un moment de lucidité angoissante rapidement oublié... enfin cela dit s'il veut revenir à des choses plus troublantes, je serai le premier à l'en féliciter ), c'est un type très marrant pourvu d'un culot le rendant plutôt sympathique. Pensez-donc qu'il a quand même appelé son livre La Délicatesse. Alors que n'importe quel livre de Foenkinos est l'inverse absolu de cette notion (celui-ci en tête... non parce que dedans on est censé trouver du drame, de l'émotion...). Il fallait oser, il a osé, et rien que pour ça on le félicitera. C'est sûr qu'on l'aurait encore plus félicité s'il avait joint la plume à la formule et essayé d'écrire un livre délicat, plutôt que de se contenter d'adresser des œillades vulgaires au lecteur afin de créer artificiellement une complicité. Alors que là, du coup, il a surtout l'air d'un sous-Jaenada, d'un Jaenada sans panache, sans vision d'ensemble de son travail, sans plus de talent pour le tragique que de sens comique digne de ce nom (je suis méchant : il m'est arrivé de sourire une ou deux fois). C'est malheureux à dire, mais chez Foenkinos le seul truc qui claque et qui marque, c'est son nom. Maintenant qu'il a semble-t-il renoncé à ses titres de bouquins clinquants et s'est rabattu sur des accroches à la Annie Ernaux (le précédent s'appelait Nos séparations), il a perdu la seule chose qui pouvait éventuellement attirer l'œil. Pour vous dire : j'ai failli intituler cette chronique A quoi servent les livres de David Foenkinos ? Avant de me reprendre juste à temps : poser la question était déjà supposer qu'une réponse existait quelque part.


La Délicatesse, de David Foenkinos (2009)



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20 commentaires:

  1. C'est vrai qu'il est vraiment mauvais, celui-là. Pourtant, j'avais bien aimé ceux d'avant (Qui se souvient? en premier, sûrement son meilleur). Mais là, à part devenir l'Alexandre Jardin du pauvre, je ne vois pas trop ce qu'il cherche... H.

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  2. J'avoue que je n'aurais pas pensé à Jardin... mais ça fait tellement longtemps que je n'ai pas lu un de ses livres, faut dire...

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  3. Sans blague ? Vous pensiez vraiment que vous pouviez aimer Foenkinos ? Parce qu'au bout de deux pages, on est assez vite fixé, il me semble (moi je déteste).

    BBB.

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  4. Et pourquoi pas ?

    Qui se souvient de DF ? était un livre intéressant, inventif... il s'étiolait un peu sur la longueur, mais il était plein de promesses et méritait un certain respect...

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  5. Je ne sais pas. Vous avez mis 4 sur 6 au dernier Will Self, qui doit être 2000 fois supérieur au meilleur Foenkinos. Je vois donc mal, par quel miracle, vous auriez pu écrire une autre chronique que celle-ci, qui est d'ailleurs fort drôle.

    BBB.

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  6. Franchement je ne vois pas trop le rapport... et on ne pourra pas me suspecter de vouloir défendre Foenkinos (ce serait un comble). Les diodes ne sont qu'un indicateur, il ne faut pas leur donner plus d'importance qu'elles n'en ont pour moi...

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  7. Si vous préférez, je le peux dire autrement : tout ce que j'ai lu de cet auteur, m'a paru, dans le meilleur des cas, très cucul. Je n'imaginais donc pas que vous puissez aimer...

    BBB.

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  8. Cucul ? J'aurais plutôt dit irritant, énervant, tête à claques... que cucul...

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  9. Outche !! ça donne pas trop envie d'ouvrir le dernier Foenkinos ! Bon, j'aime bien quand tu es vache. Mauvaise que je suis.

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  10. Ne te méprends pas : je suis sympa, là :-)

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  11. J'avais aimé certains passages de "Qui se souviens" mais celui-là a l'air vraiment nul - presque autant que le dernier Nicolas Rey, c'est dire :-)

    Au fait, je suis tombé hier soir, par hasard, sur Interlignage, que je trouve très prometteur ;-)

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  12. Merci :-)

    Sinon je ne vois pas du tout de quoi tu parles. C'est qui Nicolas Rey ? :-D

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  13. D'habitude j'adore lire des billets hyper négatifs sur des livres. Je trouve toujours ça très drôle. Mais pas pour ce cas présent ! Je crois me souvenir avoir aimé "qui se souvient" mais tu vois, je n'en ai aucun souvenir...
    Alors que vraiment, j'ai trouvé "la délicatesse" drôle, touchant et émouvant (sans lui donner le goncourt, évidemment).
    Alors là, oui, je le clame haut et fort : tu es un peu dur. Mais c'est ton droit :-)

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  14. Oui en fait t'aime bien les billets négatifs quand on se fout de la gueule des livres que t'as pas aimés (ou que tu connais pas). C'est très humain ;-)

    Note cela dit qu'on peut trouver un arrangement ! Par exemple :

    1°) Si ça peut te rassurer, un an et quelques après je ne me souviens pas super bien de Qui se souvient... je m'en souviens même mal - c'est ce qui rend son titre encore plus génial.

    2°) Tu as chroniqué Qui se souvient un an avant moi, en décembre 2007... si ça se trouve dans deux ans tu ne te souviendras pas plus de La Délicatesse.

    Tu vois qu'on peut s'arranger ! :-D

    (et puis bon... ok je suis dur... mais ça faisait quand même un moment qu'il trainait, ce billet... si je compte les deux livres de Foenkinos que j'ai commencés et même pas finis tellement ça me consternait... on peut considérer qu'une chronique négative pour trois livres détestés, c'est presque un cadeau...)

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  15. Avec Cuné et LeReilly dont je laisse la critique ici, vous faites partie des très rares de la blogosphère à avoir un peu tapé sur le livre, à croire qu'il a envoûté tous les blogueurs (enfin les blogueuses surtout):

    http://thebestplace.fr/2009/09/12/532-%e2%80%93-book-review-85/

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  16. C'est intéressant de voir que tous les trois on reproche à peu près la même chose...

    Je ne connaissais pas LeReilly m'a il m'a fait marrer (mais moins que Cuné, faut pas déconner).

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  17. non moi aussi je fus circonspect

    http://bartllebooth.over-blog.com/article-35434323.html

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  18. Tous les quatre, je voulais dire :-)

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  19. Je n'ai pas lu celui-ci, l'article ne donne même pas envie d'essayer. Pourtant, et apparemment, vous le trouvez également sympathique, c'est un homme charmant, pourvu d'une distance, d'un second degré et surtout d'une conscience de la "qualité" de ce qu'il fait par rapport à sa production littéraire que beaucoup de ses médiocres contemporains devraient avoir! J'attends avec impatience son court-métrage sur les PIEDS, qu'il m'a promis il y a déjà plusieurs étés (car, oui, David Foenkinos arpentait les mêmes terres que moi).

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  20. Euh... non, je trouve qu'il y a chez lui une forme de culot assez sympathique, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Je ne l'ai croisé qu'une fois il y a des années dans un salon, et n'ait vraiment aucun avis à son sujet (et ne cherche pas à en avoir un).

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