dimanche 19 novembre 2006

Ne me faites pas confiance sur ce coup-là !

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Après l'excellent Rade Terminus et le sympathique (mais très dispensable) J’étais derrière toi, il m’a semblé assez logique de continuer à remonter la bibliographie de Nicolas Fargues, auteur que je trouve pour l'heure encore relativement prometteur. Logique, soit. Utile, peut-être pas. A lui seul Fargues fait mentir les imbéciles considérant qu’un écrivain n’évolue pas ou très peu. Il y a ainsi un tel écart de niveau entre One Man Show et les deux livres suivants que je n’ai pu m’empêcher d’être injustement déçu… oui, injustement. Car One Man Show est un bon livre dont je n’ai vu que les défauts tout au long de ma lecture. Si ça ce n’est pas être injuste, je ne sais pas ce que c'est ! Je vais donc demander à Nicolas Fargues de m’excuser car je vais faire un truc totalement con : je ne vais énumérer que des défauts dans cette critique, pour au final mettre une bonne note. Pardon Monsieur Fargues. Je vous aime bien, promis juré. Et vous, chers lecteurs, je vous demande de ne pas accorder trop de crédit à mes commentaires amers : les défauts cités ci-après ne sauteraient probablement pas aux yeux de gens n'ayant pas lu les deux livres susmentionnés.

Premier truc énervant : l’écriture. Non pas que Fargues écrive mal. Mais il y a quatre ans, on sent qu’il se cherchait encore. Le signe le plus manifeste en étant cette espèce d’obsession de la virgule tous les deux mots… je sais, vous vous dites qu’il faut être sacrément perturbé pour aller noter un détail aussi microscopique. Seulement voilà : en littérature il y a deux choses que je ne supporte pas… les virgules et les phrases trop longues. Alors quand Fargues pond un passage (je ne sais plus où exactement, le dialogue avec Sidonie je crois) d’une page et demi où c’est la même phrase pourrie de virgules, ça m’épuise. Au final quand il termine la phrase j’ai oublié de quoi elle parlait au départ… ok, ok, je chicane. N’empêche que l’auteur a affiné son style dans les livres suivants – ça veut bien dire que je ne suis pas le seul à l’avoir constaté. Détail assez marrant : le narrateur passe son temps à critiquer les écrivains qui font du style, qui n’écrivent pas de manière spontanée, comme on parle dans la vraie vie… etc. Je ne sais pas si ce narrateur fait écho à la propre conception de la littérature de l’auteur. Si c’est le cas, il y a du foutage de gueule dans l’air, parce que je me demande comment on appelle l’acte d’écrire une page et demi composée d’une seule et même phrase sinon faire du style. De plus pour avoir souvent vu Nicolas Fargues à la télé, je n’ai pas eu l’impression que quand il parlait il mettait des virgules partout pour respirer. Je n’ai même jamais vu un seul être humain qui parle comme les personnages de ce roman.

Ok, je chicane encore. Ce n'est pas grave : chicaner est justement l'une des principales activités du héros.

Le second gros défaut du bouquin est de toute façon nettement plus emmerdant : l’auteur a entrepris de raconter deux histoires imbriquées l’une dans l’autre. Le projet est d’autant plus ambitieux que le bouquin en question ne fait que 239 pages.

(cette dernière phrase est une figure de style visant à laisser entendre qu’au bout de dix pages j’avais compris qu’il n’y arriverait pas)

Ces deux histoires se croisent, se frôlent, mais elle ne se rejoignent jamais vraiment. L’histoire numéro 1 concerne la vie privée du narrateur, et pourrait très bien être résumée dans ces deux extraits :

« Est-ce être bon que, comme moi, bien agir mais penser sale ? »

« Devait-on pardonner à un écrivain de faire endosser par ses personnages ses propres pulsions monstrueuses ? Valait-il mieux être bon mais trop simple, ou bien duplice mais conscient de l’être ? »

Ceci suffit à exposer le point de départ du roman : le narrateur est écrivain, cynique mais sympa, et il vit très mal sa duplicité – notamment par rapport à une épouse qu’il n’aime plus vraiment mais n’a pas le courage de quitter car cela lui renverrait une image trop négative de lui-même. Notre petit gaillard, lâche juste ce qu’il faut (s’il avait été totalement médiocre le livre n’aurait pas été intéressant), préfère donc tromper sa femme en pensée et louer son propre courage de rester avec une femme qu’il n’aime pas pour préserver la loyauté sacrée de la Famille. Autant dire que ça, c’est la partie la plus brillante du texte. La complexité du narrateur-personnage se définit presque d’elle-même… remarquable, vraiment.

Sauf qu’il y a l’histoire numéro 2 : notre héros découvre le monde impitoyable de la télévision… et là, très franchement, c’est moins captivant. Certaines pages sont rigolotes mais dans l’ensemble Fargues se contente de coucher sur le papier tous les clichés possibles, genre j’ai croisé De Caunes qui regardait si tout le monde le reconnaissait bien (je ne cite pas stricto sensu, vous avez compris l’idée). Là, j’avoue que je n’ai pas été hyper emballé. Surtout lorsque dix pages plus tard le narrateur croise Aziz du Loft 1… or moi je ne vous cache pas que quatre ou cinq ans plus tard je ne savais même plus qui c’était, j’ai dû aller voir sur le net pour me rafraîchir la mémoire… comme quoi, certaines données littéraires sont aussi périssables que certaines émissions de télé-réalité… Et comme par dessus le marché à partir de la page 70 Fargues semble préférer privilégier son histoire numéro 2 à la numéro 1, le résultat tangue un peu. Pourtant certains passages sont fulgurants…

Globalement, j’ai eu l’impression d’écouter un disque réussi mais inégal. De même que certains artistes mettent inconsciemment leurs meilleures chansons en début d’album, il m’a semblé que Fargues se grillait tout seul : les 60 / 65 premières pages sont tellement géniales, insolentes, originales, brillantes… que le reste n’arrive jamais à se mettre au niveau.

En soi, One Man Show est un bon livre. C’est tout. Là où Rade Terminus est excellent. Peut-être n’aurais-je pas eu la même appréciation si je l’avais lu à sa sortie, mais je ne peux pas y changer grand chose… à vous de voir, donc…


One Man Show 
Nicolas Fargues | P.O.L., 2002

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