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dimanche 7 octobre 2018

[CTW? - N°1] Moi, c'est The Doctor. Et toi t'es qui, putain ?

Doctor #4 – Tom Baker (1974-81 – saisons 12-18)

Longtemps, j'ai placé Tennant et Baker à égalité. Je n'arrivais pas à les départager et ils semblaient chacun le représentant du meilleur de deux mondes (séries) parfois assez difficiles à concilier. J'ajouterai également que, plus ou moins consciemment, l'idée qu'un interprète aussi ancien soit si fréquemment sacralisé et considéré comme indépassable me déplaisait, contraire en quelque sorte à l'essence-même de Doctor Who (et de fait, elle l'est). Et puis un jour, j'ai revu les saisons de Tom Baker de manière isolée, c'est-à-dire pas dans le cadre d'une intégrale. Juste les saisons de Tom Baker. Et j'ai réalisé à quel point j'avais tort. Tom Baker EST le Doctor, et il n'y a quasiment rien à dire de plus. Il n'est l'EST pas uniquement parce qu'il est celui qui l'incarna le plus longtemps (sept saisons) : après tout, c'est qu'il n'avait rien de mieux à faire (tous les autres – sauf l'autre Baker, Colin – sont partis de leur plein gré et son prédécesseur Jon Pertwee, on l'a dit, était extrêmement populaire également). Il l'EST parce qu'en un sens, il les synthétise tous. Beaucoup de choses ont été faites avant et après lui, mais il n'en est aucune qui n'ait été faite par lui. Toutes les facettes y sont : l'espièglerie, l'humanité, le génie, la bouffonnerie, l'intelligence, la bizarrerie, la colère aussi... tous les traits qui définissent habituellement un ou deux Doctor sont présents chez Tom Baker, pour la simple et bonne raison que Tom Baker ne joue pas le Doctor : de son propre aveu et de celui de tous ceux qui ont pu le côtoyer, il est exactement comme ça dans la vie. Avec ce dynamisme. Cette folie. Et cette voix profonde, unique au monde, que l'on retrouvait presque inchangée dans les dernières secondes de l'épisode du Cinquantenaire – les seules qui valaient dans ce gros machin pompier et emberlificoté comme pas permis. Si à la différence de la plupart des Doctor de la série classique, il n'avait jamais fait de come-back ou de cameo jusqu'alors, c'est sans doute parce qu'il n'avait rien à ajouter – il avait fait le tour, il avait tout dit, il avait tout compris mieux que les autres acteurs et, sans doute, que les showrunners eux-mêmes. « Un des problèmes du rôle », expliquait-il à la fin des années 70, « c'est que ce personnage est très, très sévèrement limité. Il y a des frontières qu'il ne peut franchir et des émotions qu'il ne possède pas […] En terme de jeu tel qu'on l'entend normalement, le personnage ne peut pas se développer. » Sauf bien sûr si vous êtes Tom Baker. Et si les émotions, vous êtes capables de toutes les faire passer simultanément en offrant un simple jelly baby.

Une journée normale dans la vie de Tom.

Un épisode... quoi ? UN ? Mais qui est le taré qui a inventé cette rubrique ? Bon allez, va pour "The Sun Makers" (15x13-16), parce que c'est le premier qui me vient et surtout parce que c'est excellent épisode qui, en raison de son aspect relativement tardif (1977) n'est presque jamais cité dans les rétrospectives. Mais sinon, tous les classiques qui le sont tout le temps (les "Genesis of the Daleks", "Pyramids of Mars" et autres "The Deadly Assassin") ne le sont pas pour rien, oh. que. non.

[CTW? - N°2] Doctor Foudamour

Doctor #10 – David Tennant (2006-10 – saisons 2-4 et beaucoup trop d'épisodes spéciaux)

Aucun Doctor n'aura autant aimé et été aimé que celui incarné par David Tennant. De grands yeux pleins d'émotions indicibles (voire de larmichettes), des envolées lyriques, et même, comme aurait dit Michel Berger, quelques mots d'amour... on a le droit d'en rire et on l'a souvent fait ici, tant le procédé devint caricatural sur la fin. #10 resta sans doute un peu trop longtemps pour un Doctor si facile à parodier, mais être facile à parodier est précisément la marque des gens qui imposent la leur. Soyons clairs : l'apport de David Tennant au personnage est comparable à celui d'un Patrick Troughton. #10 définit la version moderne du Doctor comme #2 définit sa version classique – #10 fut d'ailleurs la seconde incarnation de ladite version moderne, CQFD. Eccleston ? Un simple tour de chauffe avant qu'un acteur shakespearien à peu près inconnu au bataillon ne confère enfin au Doctor ce qui dans le fond lui avait toujours plus ou moins manqué : un cœur qui bat  – tout de même un comble pour un type supposé en avoir deux. Le succès de cette interprétation fut tel qu'on en a presque tout dit depuis, quitte à en faire un peu trop sur l'extrême humanité d'un personnage dont l'héroïsme absolu et la quasi perfection morale le plaçaient tout de même bien loin de ces petits êtres (nous, là, les humains, les vrais) qu'il entendait protéger. Le Doctor de Tennant était peut-être le plus émouvant, certainement le plus émotif aussi, mais c'était surtout le plus héroïque, épique, sensationnel – il est d'ailleurs le seul à pouvoir se targuer d'avoir littéralement sauvé l'univers, non pas une, non pas deux, mais trois fois. Pour toutes celles et ceux, nombreux, à avoir découvert Doctor Who avec sa version moderne, il est le Doctor absolu et indépassable ? Soit mais même des autres, rompus à une ou deux ou X autres incarnations, il fit vaciller les préférences, ce qui en dit finalement plus qu'un long discours sur l'impact qu'aura eu Tennant sur une série débutée presque une décennie avant sa naissance.

Smile When You're Whining

Un épisode : "Midnight" (4x10), pour cette prestation extraordinaire autant que pour la fabuleuse et angoissante étrangeté de cette intrigue.

[CTW? - N°3] Alone with Everybody

Doctor #12 – Peter Capaldi (2013-17 – saisons 8-10)

Peter Capaldi est un homme discret, humble et franchement sympathique. En toute logique, son Doctor ne pouvait être que coléreux, torturé et extrêmement cassant. Potentiellement détestable, #12 réussit la prouesse de se fait adorer d'une large part du public, tout particulièrement âgé, ce Doctor étant à l'évidence le Doctor moderne préféré... des fans de la série classique. Comment s'en étonner lorsque l'on sait (et beaucoup ne le savent pas tant Capaldi semble avare de confidences) que son interprète, qui avait cinq ans en 1963, est le premier die-hard fan de la série à avoir incarné le personnage (succédant, la vie est ironique, au premier Doctor à n'avoir pas connu la série dans son enfance). Il n'est donc en rien surprenant que l'on retrouve chez lui une synthèse des trois premiers comédiens, le côté cassant de Hartnell, le côté introverti de Pertwee et le côté théâtral de Troughton. On aurait tort pourtant de résumer la prestation de Capaldi à un simple retour aux sources ou à un contre-pied aux joviales périodes Tenant et Smith. Dans un mélange assez inédit de sobriété et d'intensité, Capaldi sut rebondir sur la mêlasse scénaristique de la fin de l'ère Smith et le don lourdingue d'un nouveau set de régénérations pour camper un Doctor plus vieux (dans tous les sens du terme), plus abîmé voire à l'occasion carrément désespéré, ce sans jamais trahir la nature profonde du personnage. Une véritable gageure qui en fit, avec le recul, l'un des Doctor les plus singuliers, qui ne manqua guère de compagnons (quatre en comptant Misty) mais fut finalement toujours seul avec lui-même, dont la quasi totalité des moments les plus marquants s’avérèrent des monologues et dont l'épisode le plus extraordinaire avait pour pitch "Le Doctor est tout seul dans un château durant mille ans et cinquante-cinq minutes". S'il n'eut certes pas que de bons scenarii à se mettre sous la dent, Capaldi sut briller dans les épisodes les plus médiocres et restera quoi qu'on en dise associé à l'une des meilleures saisons de la série moderne, ce qui n'est tout de même pas rien. Ainsi qu'à l'une des plus émouvantes scènes de régénération de l'histoire de Doctor Whoun monologue, bien sûr, quelle surprise.


Accessoirement, #12 est le Doctor qui a changé le plus souvent de look et de coiffure. Un mec instable, on vous dit.

Un épisode : "Heaven Sent" (9x11), candidat très sérieux au Top 5 (voire 3) des meilleurs épisodes de toute l'histoire de la série.

samedi 6 octobre 2018

[CTW? - N°4] Mal aimé, je suis le mai aimé

Doctor #7 – Sylvester McCoy (1987-96 – saisons 24-26 + téléfilm de 96)

Grand acteur au demeurant, Sylvester McCoy porte depuis bientôt trente ans le terrible fardeau d'avoir été le Doctor de l'annulation. Pourtant, personne parmi les vrais fans ne le lui en a jamais tenu rigueur, et tout le monde était ravi lorsqu'il revint le temps du téléfilm de 96 passer le relai à Paul McGann. Pourquoi ? Parce que contrairement à son prédécesseur Colin Baker, il était réellement un excellent Doctor tombé dans la pire époque possible. Lorsqu'il arrive au début de la saison 24, il récupère un rôle dont plus personne ne veut, dans une série exsangue, menacée d'annulation depuis deux ans et dirigée par un producteur resté aux manettes avec un flingue sur la tempe qui continua durant trois ans tel un commerçant désolé cherchant en vain un repreneur pour sa boutique. La commande d'épisodes a été réduite de moitié, les scénaristes historiques sont tous partis, la compagne du moment est unanimement considérée comme la pire de tous les temps... et oh, aussi, il n'y a plus une thune. Bref, Doctor Who pue carrément la mort, et il faudra toute une saison à McCoy (et l'arrivée de nouveaux auteurs à peine nés au début de la série) pour réellement s'imprégner du rôle et délivrer une prestation qui influencera absolument toutes les incarnations futures, jetant en quelque sorte des ponts invisibles entre l'époque classique et l'époque moderne. Car personne mieux que McCoy, sans doute, n'est parvenu à capter toute l'ambivalence de ce personnage, génial, puissant mais ne s'entourant que de comparses très humains, faibles et faillibles. Souvent qualifié de « manipulateur », le Doctor #7 est surtout plus inquiétant, masquant son extrême cérébralité derrière une apparence plus clownesque que jamais. On apprendra par la suite dans des interviews d'Andrew Cartwell, head writer de l'époque, que la série était à l'aube d'un dark turn en bonne et due forme, ce qu'indiquent parfaitement les derniers épisodes (par exemple « Ghost Light », dans lequel un Doctor plus ambigu que jamais met Ace à l'épreuve en la confrontant à la plus grande frayeur de son enfance... sans aucune raison autre que son bon plaisir et son goût pour les challenges intellectuels). On ne saura malheureusement jamais ce à quoi ressemblera un vrai Bad Doctor – mais nul doute que McCoy l'aurait incarné à merveille.

Incarner le cool en étant aussi mal sapé : la marque des vrais, grands Doctor.

Un épisode : « Survival » (26x12-14), monument de bizarrerie typiquement whovienne, qui se trouve également être l'ultime épisode de la série classique. Dans l'ensemble et contrairement à ce qu'on raconte souvent, toute cette saison est de très bonne facture et fourmille d'idées.

[CTW? - N°5] Le Parrain

Doctor #2 – Patrick Troughton (1966-69 – saisons 4-6)

Nous entrons dans la dernière droite de ce cycle. Une séquence plus subjective, sans doute, et dans le même temps beaucoup moins relative : tous les Doctor restant paraissaient de toute façon, à tout le moins à mes yeux, incontestablement destinés au Top 5. Leur ordre a d'ailleurs changé à plusieurs reprises au moment d'établir la liste et, à l'exception du N°1, tous bougeront sans doute dans mon esprit d'ici à ce qu'il me prenne de relire tout cela dans deux ans. Ce qui nous amène à Patrick Troughton, interprète absolument fabuleux qui, s'il ne resta que peu de temps par rapport à d'autres et fut retenu par l'histoire comme "le Doctor dont il manque la moitié des épisodes", se trouve dans le même temps être l'un des seuls à ne quasiment jamais être cités en-dessous de la cinquième place dans tous les classements de tous les Doctor de l'univers. Ce n'est pas un hasard. Patrick Troughton fut assurément le plus important de tous. Celui qui, après les balbutiements de la période William Hartnell, aura su arracher le personnage au cahier des charges très rigide de la BBC, en faire le héros de la série, et en jeter l'essentiel des bases. Si la plupart des véritables gimmicks de Doctor Who furent introduits durant les mandats des Doctor #3 et #4, l'essentiel de la personnalité du héros, sa fantaisie contagieuse comme son ambivalence parfois inquiétante, furent définit avec et par Patrick Troughton. L'expression n'est pas très jolie, mais c'est lui qui a taillé le moule dans lequel macère depuis chaque Doctor. Pas un mètre-étalon, mais une référence absolue pour tous ses successeurs, y compris les meilleurs, et vous verrez qu'un de ces quatre, Jodie Whittaker, comme les autres avant elle, finira par vous raconter comment elle a maté ses épisodes en boucle pour réussir à cerner son nouveau job. Parce que c'est ainsi et parce que c'est tout. Les records étant faits pour tomber, le meilleur des Doctor pourra toujours être surpassé par un(e) autre, un jour. Troughton, lui, tout #2 qu'il soit, sera à jamais le (vrai) premier. Peut-être dans quelques temps faudra-t-il faire de la place dans le Top 5 pour installer Whittaker. Nous verrons bien qui il faudra alors dégager mais une chose est certaine : ce ne sera pas Patrick Troughton. Jamais.


Un épisode : "The Tomb of the Cybermen" (5x01-04), anxiogène au possible, totalement hypnotisant... et complet, ce qui est plus que rare sur cette période.

[CTW? - N°6] The PTSD Doctor

Doctor #9 – Christopher Eccleston (2005 – saison 1)

#9 est un peu le jumeau inversé de #5 (Peter Davison), tout en en étant l'héritier le plus évident. Là où Davison était un acteur peu charismatique paraissant perdu dans les fringues de son grand-frère, mais sauvé par des scenarii exceptionnels, Eccleston fut un acteur formidable qui mangea le pain noir du revival et porte sur ses frêles épaules quelques uns des plus mauvais épisodes de la série (franchement, avec le recul, il est incroyable qu'un show ayant proposé à la file « The Unquiet Dead », « Aliens in London » et « World War III » soit resté à l'antenne). Torturé, hanté par la Guerre du Temps encore toute récente, jovial mais demeurant capable d'éclats de colère directement hérités de chez... Colin Baker (!), son Doctor tout de cuir vêtu avait pour vocation de rénover tout en synthétisant, ce qui fut plutôt réussi. Pas franchement adoré du public, il a néanmoins frappé les esprit et a ses inconditionnels, souvent des gens plus fans de l'acteur que de la série elle-même. Il ne pouvait qu'échouer en milieu de classement puisque c'est somme toutes le Doctor qui déclencha les réactions les plus neutres, jamais négatives (il a le respect éternel de toute la communauté de fans pour avoir aidé au retour de la série), mais rarement passionnées, ses carences étant évidentes aux yeux de tous... lui compris, qui fut le premier à les reconnaître et à se décrire comme pas tout à fait sa place dans cet univers. Avouons qu'en dépit de son charisme, Eccleston péchait un peu, il l'admit par la suite, dans les scènes de pure comédie. L'impression qui demeure douze ans plus tard est celle d'un potentiel inexploité. On aurait adoré le voir plus longtemps et on signait tout de suite pour qu'il reprenne son rôle en tant que War Doctor dans l'épisode du 50e anniversaire, comme cela avait été envisagé au départ avant que ce grand acteur aussi exigeant que discret ne décline, à la surprise générale de personne.

Le cuir, ça vous change un Time Lord.

Un épisode : « Dalek » (01x06), le vrai début de la série contemporaine, et un résumé absolument parfait du court mandat de Christopher Eccleston.

samedi 29 septembre 2018

[CTW? - N°7] Who, Doctor Who

Doctor #3 – Jon Pertwee (1969-74 – saisons 7-11)

Voilà a priori la première vraie (seule ?) surprise de ce classement – je vous avais prévenu, pour la mauvaise foi ? Pour tout fan digne de ce nom, placer Jon Pertwee si bas relèvera assurément de l’hérésie. Deuxième mandat le plus long de l'histoire de la série après celui de Tom Baker, et certainement le plus populaire auprès de la première génération de fans, Jon Pertwee était surnommé The Action Doctor mais ce n'est même pas pour cette raison qu'il n'est que septième (c'est vrai qu'il y a beaucoup d'action – et de flingues ! – dans la série de la fin sixties/début seventies, mais contrairement à ce qu'indique ce surnom ce n'est que rarement Pertwee qui s'y colle). Il n'est d'ailleurs pas du tout question ici de minorer la qualité des épisodes de l'époque, qui marquent un premier vrai tournant dans la série en faisant du Doctor un personnage réellement proactif, et introduit énormément d'éléments capitaux pour l'avenir (vous me direz, c'est pour ça qu'il ne se retrouve pas plus bas, hé hé). Je vous la fais courte : Pertwee, tout simplement, m'a toujours tapé sur le système. Presque instantanément, à la seconde où je l'ai découvert. Irritant au possible, pompeux, hautain, moralisateur... Pertwee a contre lui d'être le Doctor le moins drôle de tous, celui chez qui le second degré est le moins marqué et la loufoquerie, absolument absente. Avec lui, Doctor Who est souvent captivante et plein d'une tension impressionnante (voir des serials comme "Inferno" ou "The Ambassadors of Death"), mais, revers de la médaille, elle se prend aussi très au sérieux. Le scénario pousse en ce sens en adoptant une idée qui paraitrait contre-nature voire carrément stupide de nos jours : un Doctor exilé sur terre, lui retirant de facto son côté aventurier et voyageur pour en faire un justicier relativement classique au Service de sa Majesté, constamment flanqué de militaires en goguette. Ce n'est pas (complètement) la faute de l'acteur, mais le moins qu'on puisse dire est que son absence presque totale d'humour et de légèreté n'aide pas à dissiper cette impression bizarre que ce Doctor Who-là n'est pas vraiment, pas toujours ou jamais suffisamment Doctor Who tel qu'on l'envisage aujourd'hui. Alors oui, l'arrivée de Pertwee marque par ailleurs le début de l'Âge d'Or de la série, on ne compte pas les épisodes incontournables le mettant en scène, mais est-ce totalement grâce à lui ou n'est-ce pas plutôt parce qu'il bénéficia d'une des plus belles brochettes de scénaristes de l'histoire de la série ? Si je disais plus tôt que Jon Pertwee était extrêmement populaire, la phrase mérite d'être immédiatement nuancée, car cette popularité n'a rien de commun avec celle d'un Tom Baker ou d'un David Tennant : Pertwee, à l'instar de Matt Smith, n'est le Doctor préféré que des gens ayant découverts la série avec lui. Ce qui veut un peu tout dire.

On vous dira souvent que l'un des trucs les plus bizarres, chez #3, était qu'il avait une voiture ou un labo à la place du TARDIS. Mais moi, ce qui m'a toujours perturbé, c'est le temps qu'il passait à faire un truc aussi banal que téléphoner.

Un épisode : « The Green Death » (10x21-26), pour sa dernière scène, une des plus émouvantes de toute l'histoire de la série... en vrai, il y a plein de passages un peu nazes dans ce serial, mais du strict point de vue de la prestation, Pertwee est au top de son top.

[CTW? - N°8] The Zébulon Experiment

Doctor #11 – Matt Smith (2010-13 – saisons 5-7)

A la fin, on n'en pouvait tellement plus qu'aujourd'hui encore, on a du mal à croire que Matt Smith ne soit resté « que » trois ans et demi dans la série. Soit ni plus ni moins longtemps que son prédécesseur ou son successeur. C'est sans doute cela qu'on appelle le stress post-traumatique : vous m'auriez dit qu'il avait fait douze saisons que cela ne m'aurait pas choqué outre-mesure, surtout vers la fin, où chaque épisode comptait double tant la moindre minute de Smith à l'écran avait fini par devenir une véritable souffrance – sans jamais ou très rarement être absolument nulle, ce qui n'est qu'un moindre paradoxe en regard du reste. Parce qu'on l'a vraiment beaucoup aimé, Matt Smith. Dès sa magnifique première apparition. Il faut se pincer pour s'en rappeler, mais il fut un temps considéré comme l'un des meilleurs dans sa partie, les superlatifs ne manquant pas pour qualifier ses premières prestations. Mais il s'est très vite usé et, soyons clairs, c'est avant tout la faute de Steven Moffat. C'est lui et lui seul qui, croyant appuyer sur les qualités de son interprète jimcarreysque et à la fascinante bizarrerie en fit un personnage puéril, hystérique voire parfois limite débile, passant son temps à crier et hurler et bondir dans tous les sens. D'une certaine manière, on le savait avant même de le voir : ce n'est probablement pas un hasard si le pire du pire de Moffat sur Doctor Who coïncida avec la période Matt Smith, qui rappelons-le n'avait que 25 ans au moment de son casting. On image mal un acteur aussi expérimenté et sérieux (et fan de la série) que Peter Capaldi accepter les pitreries auxquelles Smith se prêta de si bon cœur, visiblement inconscient de ce qu'il était en train de ruiner la crédibilité immense que lui avaient valu ses premières apparitions. Alors oui, Matt Smith était, en soi, un très bon acteur composant un très bon Doctor, assez unique en son genre. Mais dont il ne restera sans doute pas grand-chose une fois que toutes ses groupies hystériques seront passées à une autre obsession.

Pardonne, mais n'oublie jamais.

Un épisode : « The Eleventh Hour » (05x01), parce qu'en réalité, les meilleurs épisodes de Matt Smith sont rapidement devenus ceux où il passait au second plan.

samedi 22 septembre 2018

[CTW? - N°9] Too Less, Too Soon.

Doctor #5 – Peter Davison (1982-84 – saisons 19-21)

Mettre Davison si bas me fait un peu de peine. Souvent conspué (à raison) pour son manque de charisme, il m'a toujours inspiré une certaine sympathie et dispose à mes yeux de de trois grosses circonstances atténuantes : son jeune âge au moment de reprendre le rôle (trente-et-un an, ce qui fut longtemps le record de précocité), le fait d'avoir déjà été bien connu du public à cette époque (il jouait simultanément dans  All Creatures Great & Small, ce qui lui valut de puer des pieds auprès des fans durant tout son mandat), et bien sûr le fait de succéder à un Tom Baker qui resta si longtemps et livra des prestations si mémorables qu'il faillit bien figer le personnage. Las : quand tu joues le Doctor et que l'histoire la plus populaire te mettant en scène est celle où tu meurs, c'est quand même qu'il y a un truc qui cloche. Davison partait pourtant d'une bonne idée en tentant, pour faire simple, de prendre le parfait contrepied de Tom Baker : son Doctor est sans doute le plus introverti de tous, mais un Doctor introverti est-il encore un Doctor ? Oui s'il est joué par l'excellent Christopher Eccleston, acteur charismatique ayant déjà quelques beaux faits d'armes derrière lui. Non s'il est joué par un jeune premier à l'aura fluctuante. Davison voulait son Doctor à la fois héroïque et vulnérable, celui-ci fut surtout naïf et mou du genou, ce dès la première minute : dans « Castrovalva » (19x01-04), le héros fraîchement régénéré est totalement à la masse et/ou dans le coma et ce sont ses compagnes (dont une n'est là que depuis dix minutes) qui font tout le boulot, sauvent les meubles et même pilotent le TARDIS. Certain(e)s crurent à l'époque à un contre-pied : il s'agissait en fait d'une embarrassante bande-annonce des trois prochaines saisons, qui verraient la popularité de la série commencer à battre de l'aile sans qu'on parvînt jamais vraiment à mesurer sa responsabilité personnelle de l'acteur. Il se retrouve aujourd'hui coincé entre deux époques, personne n'étant totalement en mesure de dire s'il fut le dernier Doctor de l'Âge d'or où le premier de l'Âge Sombre. Ce qui est sûr, c'est qu'il aura malgré tout joué dans une palanquée d'excellents épisodes, même si ce fut la plupart du temps à l'insu de son plein gré.

En même temps, quand je le revois froncer si fort ses petits sourcils pour avoir l'air sérieux, je me dis que bon... neuvième, c'est pas si mal non plus.

Un épisode : « Four to Doomsday » (19x05-08), parce qu'il faut bien varier un peu les plaisirs et que « The Caves of Androzani » n'est peut-être pas aussi GÉNIAL qu'on le dit en général.

mercredi 19 septembre 2018

[CTW? - N°10] Something Else by the Doctor

Doctor #1 – William Hartnell (1963-66 – saisons 1-4)

Quiconque a vu ne serait-ce qu'un seul épisode des premières saisons de la série classique comprendra qu'on puisse difficile mettre le vénérable William Hartnell plus haut. Acteur talentueux déjà pourvu d'une très belle carrière à l'époque, il n'a tout simplement pas joué le même personnage que ses successeurs, et si beaucoup de choses devenues incontournables de la série ont été créées durant cette période, lui-même n'a que très peu marqué le rôle (ou peut-être devrait-on dire plutôt dire qu'il fut très vite effacé par son successeur, le légendaire Patrick Troughton). Il est vrai qu'on ne lui demandait pas la même chose non plus : Hartnell travaillait avec un cahier des charges extrêmement lourd et partageait l'affiche avec trois autres comédien(ne)s aux rôles très stéréotypés, chacun devant, conformément aux standards non-écrits de l'époque, défendre dans sa zone (l'homme viril pour les scènes d'action, la femme sage pour les scènes de réflexion, l'enfant casse-burnes pour créer des situations de danger et poser des questions). Hartnell devait avant tout jouer le grand-père, tantôt sage, tantôt soupolait... toujours distant. Son idée géniale, qui ouvrit la porte à l'évolution du personnage, fut de lui passer une seconde couche en le rendant aussi étrangement couillon et formidablement maladroit par moments. Incapable notamment de piloter correctement le TARDIS, #1 fut sans doute, de tous, celui avec qui l'on n'aurait jamais été très confiants au moment de partir à l'aventure. Lassé par un rôle qu'il trouvait (à raison) très limité et en conflit avec la BBC, il décida de démissionner quasiment du jour au lendemain et devança un probable licenciement. Ce fut somme toute son plus grand apport à la série, mais quel apport, quand on y pense !

Sévère mais j... mouais, non, en fait.

Un épisode : « Planet of Giants » (2x01-03), un des premiers épisodes complètement chtarbés d'une série qui fut tout de même, dans l'ensemble, bien sage sous le règne de William Ier.

dimanche 16 septembre 2018

[CTW? - N°11] Tout faux tout flamme

Doctor #8 – Paul McGann (1996 ; 2013)

Right Man, Wrong Place, c'est souvent ce que l'on entend à propos de celui qui ne tint le rôle du Doctor que l'espace d'un téléfilm (et encore, durant les vingt premières minutes, c'est son prédécesseur Sylvester McCoy qui revient pour la passation de pouvoir). Plus de vingt après et bien que Russell T. Davies nous ait tous un peu forcés à reconnaître l'influence que cette tentative aurait sur la "nouvelle" série (en terme d'esthétique plus que de scénario, fort heureusement), difficile de comprendre pourquoi, tant Paul McGann paraît juste être the wrong man in the wrong place in the wrong time. Rien à sauver ou presque chez ce Doctor tout droit sorti d'un clip de Tranxen 200, qui en plus d'être niais comme pas possible (lui, il voulait avoir l'air doux) passe totalement à côté de la fantaisie qu'on s'attend à trouver chez le personnage. Si l'idée que The Master soit incarné par Eric Roberts-avec-des-yeux-verts-fluo est avec le recul assez déstabilisante, au moins semble-t-il s'éclater à jouer les méchants de cartoon, lui. Le pauvre McGann, aussi mignon que de toute évidence constipé, a l'air pour sa part de se faire chier lui-même (du moins d'essayer. Très fort). On a beaucoup dit au moment du (vrai) revival que Christopher Eccleston n'était pas à l'aise dans les scènes de comédies ; mais que dire alors de McGann, si peu à son avantage qu'on les lui réduisit au strict nécessaire. Bizarrement, il conserve une popularité inversement proportionnelle à son temps d'antenne (la plupart des fans avaient pourtant détesté ce téléfilm sur le coup – ne cherchez pas à comprendre...), et depuis deux décennies, tout le monde s'accorde à dire que si cette première tentative de revival fut un four, la responsabilité en incombait à la FOX et certainement pas au Doctor le plus insipide de tous les temps. Quand on pense que des années, sept Doctors et deux résurrections plus tard, certains reprochent encore au pauvre Colin Baker d'avoir tué la série... il y a quand même pas de justice.

L'individu à gauche de l'image n'est pas un vampire. L'individu à droite n'est pas un Time Lord.

[CTW? - N°12] Quand ça veut pas, ça veut pas

Doctor #6 – Colin Baker (1984-86 – saisons 21-23)

Colin Baker a l'air d'être un brave un gars, c'est en tout cas ce que tout le monde raconte dans les conventions (où je n'ai jamais mis les pieds), mais il partait quand même avec de sacrés handicaps. Je parle évidemment du look cauchemardesque que lui imposa le showrunner John Nathan-Turner (qu'on peut considérer, à plus d'un titre, comme l'ancêtre de Steven Moffat, soit donc un type à l'égo surdimensionné qui embauchait des tâcherons pour que personne ne lui fasse d'ombre et s'appropria la série jusqu'à en faire son jouet quasi-exclusif durant près d'une décennie). J'aurais aussi bien pu parler de sa tronche, du fait qu'il porte le même nom que le plus populaire de tous ses prédécesseurs, de l'épisode complètement nawak au cours du quel il est introduit (« The Twin Dilemma », où saisit d'une crise de folie, il violente sa compagne) ou encore de son intronisation pour le moins brutale (il est le seul interprète avec le deuxième – dans un contexte très différent – à débarquer en cours de saison). Seule star de la série à avoir jamais été virée (EN 55 ANS !!!) Colin Baker coïncide avec sa pire période, ce n'est probablement pas que de sa faute vu la nullité abyssale de la quasi totalité des scenarii qu'on lui refila (et on ne parlera même pas de ses compagnons), mais cela ne l'exempte tout de même pas complètement de ses responsabilités. A la fois ahuri, cabot, pédant et extrêmement antipathique, particulièrement agressif et con comme une pelle à tarte à l'échelle du rôle, son Doctor était un fieffé connard que presque trente-cinq ans plus tard, tout le monde continue de détester de la première à la dernière seconde, même dans ses rares bons épisodes.

#6 dans sa posture fétiche : l'auto-satisfaction.

Un épisode à sauver : « The Two Doctors » (22x07-09), parce qu'il fallait au moins les retours conjugués de Patrick Troughton et du scénariste historique Robert Holmes pour réussir un truc potable avec ce gros balourd.

COUNTDOWN TO... WHO?

C'était maintenant ou jamais. Des années qu'on me le réclame, des années que je m'y refuse tout en sachant parfaitement qu'un jour ou l'autre, je finirais par céder... là, tout de suite, maintenant, alors que nous nous apprêtons à accueillir la 13e Doctor (et que vous m'enviez tous, désormais, de ne pas l'appeler « Docteur »), le moment était venu. Non parce qu'il s'agit d'une femme (encore que, dans la mesure où l'une des particularités du Doctor ait toujours été de prendre le contrepied des canons de virilité « classiques », cette incarnation sera inévitablement différente (et par le fait, obligatoirement réjouissante)), mais évidemment parce qu'il s'agit de l'incarnation numéro 13. Les habitué(e)s du Golb connaissent ma phobie à la simple évocation de ce nombre. Impossible... impensable de réaliser un Top 13 des Doctors ! Par conséquent, si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai pas avant la quinzième incarnation, dans une bonne décennie. S'il ne fait aucun doute que Doctor Who sera toujours diffusée d'ici là, Dieu sait où nous serons. Aussi vous proposé-je un petit compte à rebours en attendant la très... attendue saison 11 de la version moderne de la seule série où l'on prend la peine de dire qu'il y a une version moderne (ça ne manque pas de sel, s'agissant de voyage dans le temps). Du moins était-ce l'idée de départ : un post sur un Doctor chaque jour jusqu'à la diffusion du premier épisode avec Jodie Whittaker. Un projet successivement ruiné par a) le boulot, qui ne me laisse désormais plus le temps de publier un article par jour ; et b) la BBC,  qui a mis tellement longtemps à annoncer la date du season premiere (le 7 octobre prochain) que la possibilité de remplacer les douze jours par douze semaines s'est écartée d'elle-même. Qu'importe : puisque ces articles sont écrits, je ne vais pas les laisser moisir jusqu'au prochain changement d'interprète, donc on va se débrouiller pour les caser ici ou là. Accrochez-vous à vous siège, nous partons dès l'article suivant du pire pour arriver au plus fabuleux – la bonne foi étant, cela va sans dire, vendue séparément.

Ne seront pas classés : Peter Cushing et William Hurt, le premier parce que son rôle n'était pas officiel et que les deux films étaient quand même de bonnes grosses daubes indignes de son talent, le second parce qu'il n'a pas de numéro, n'a absolument rien d'un vrai Doctor et qu'en plus, l'épisode du cinquantième anniversaire était quand même une bonne grosse daube indigne de son talent.

Par souci de lisibilité, les épisodes 1 et 2 de cette série sont placés avant ce texte introductif (qui retrouvera sa place naturelle d'ici quelques jours).