Doctor #4 – Tom Baker (1974-81 – saisons 12-18)
Longtemps, j'ai placé Tennant et Baker à égalité. Je n'arrivais pas à les départager et ils semblaient chacun le représentant du meilleur de deux mondes (séries) parfois assez difficiles à concilier. J'ajouterai également que, plus ou moins consciemment, l'idée qu'un interprète aussi ancien soit si fréquemment sacralisé et considéré comme indépassable me déplaisait, contraire en quelque sorte à l'essence-même de Doctor Who (et de fait, elle l'est). Et puis un jour, j'ai revu les saisons de Tom Baker de manière isolée, c'est-à-dire pas dans le cadre d'une intégrale. Juste les saisons de Tom Baker. Et j'ai réalisé à quel point j'avais tort. Tom Baker EST le Doctor, et il n'y a quasiment rien à dire de plus. Il n'est l'EST pas uniquement parce qu'il est celui qui l'incarna le plus longtemps (sept saisons) : après tout, c'est qu'il n'avait rien de mieux à faire (tous les autres – sauf l'autre Baker, Colin – sont partis de leur plein gré et son prédécesseur Jon Pertwee, on l'a dit, était extrêmement populaire également). Il l'EST parce qu'en un sens, il les synthétise tous. Beaucoup de choses ont été faites avant et après lui, mais il n'en est aucune qui n'ait été faite par lui. Toutes les facettes y sont : l'espièglerie, l'humanité, le génie, la bouffonnerie, l'intelligence, la bizarrerie, la colère aussi... tous les traits qui définissent habituellement un ou deux Doctor sont présents chez Tom Baker, pour la simple et bonne raison que Tom Baker ne joue pas le Doctor : de son propre aveu et de celui de tous ceux qui ont pu le côtoyer, il est exactement comme ça dans la vie. Avec ce dynamisme. Cette folie. Et cette voix profonde, unique au monde, que l'on retrouvait presque inchangée dans les dernières secondes de l'épisode du Cinquantenaire – les seules qui valaient dans ce gros machin pompier et emberlificoté comme pas permis. Si à la différence de la plupart des Doctor de la série classique, il n'avait jamais fait de come-back ou de cameo jusqu'alors, c'est sans doute parce qu'il n'avait rien à ajouter – il avait fait le tour, il avait tout dit, il avait tout compris mieux que les autres acteurs et, sans doute, que les showrunners eux-mêmes. « Un des problèmes du rôle », expliquait-il à la fin des années 70, « c'est que ce personnage est très, très sévèrement limité. Il y a des frontières qu'il ne peut franchir et des émotions qu'il ne possède pas […] En terme de jeu tel qu'on l'entend normalement, le personnage ne peut pas se développer. » Sauf bien sûr si vous êtes Tom Baker. Et si les émotions, vous êtes capables de toutes les faire passer simultanément en offrant un simple jelly baby.
Une journée normale dans la vie de Tom.













