mercredi 5 décembre 2012

Sympathy for the Devil

...
Je suis de Droite.

Ça m'a pris l'autre matin, comme ça, alors que je prenais mon café. Je regardais les infos, sagement, presque tendrement (vous n'êtes pas obligés de me croire, mais je ne vocifère presque plus devant ma télé depuis que Sarkozy est parti - je vous assure : vous ne me reconnaîtriez pas). Je ne sais plus de quoi ça causait et je ne sais plus exactement le genre réflexion que cela m'a amené à faire... tout ce que je sais, c'est qu'en sortant, je me suis dit Bah merde, alors... je crois que je suis Droite...

Bien sûr, ce n'est pas vraiment une surprise. Cela faisait un moment que ça traînait. Je vivais déjà depuis plusieurs années avec un homme de Droite en moi - ce n'est plus un secret pour personne. Mais là, tout de même, la mue m'a parue radicale, toute progressive qu'elle se soit avérée. Et bien évidemment, ma droititude (quoi ? ça ne se dit pas ? Excusez-moi : je débute en Droite) s'est d'abord exprimée à la marge, en rongeant mon Catholicisme. Quand j'ai entendu Cécile Duflot, que j'appréciais pourtant beaucoup du temps où j'étais de Gauche, mettre littéralement l’Église au défi d'aider les sans-abris, mon sang n'a fait qu'un tour. Parce que l’Église, elle a bien des défauts, qu'elle n'a pas manqué de nous rappeler ces derniers temps à propos du mariage et de la famille (au cas où on les aurait oubliés), mais s'il y a bien un truc qu'on ne peut vraiment pas lui reprocher, c'est de ne pas venir en aide aux plus démunis. Combien de prêtres/évêques/moines/nones font chaque année infiniment plus pour les gens dans le besoin que Cécile Duflot n'en a fait et n'en fera durant l'ensemble de sa carrière politique ? Et ce, la plupart du temps sans la ramener. Alors franchement, tout ça, ça fait un petit peu beaucoup coup de com' gratos sur le dos d'une institution vieillotte - l’Église - à l'image particulièrement désastreuse en ce moment et sur qui, bon an mal an, on sait tous qu'on peut taper sans grand risque politique : cela ne coûte pas grand chose, et cela peut rapporter gros - surtout quand on est de Gauche. Je sais de quoi je parle : je l'ai moi-même été durant des années.

Vous allez me dire que penser tout cela ne fait pas pour autant de moi quelqu'un de Droite. J'en ai bien conscience. Le problème... enfin, si tant est que c'en soit un car "être de Droite en 2012", mis à part que c'est un peu ridicule depuis quelques semaines, ce n'est pas non plus une maladie grave... le problème, disais-je, c'est que cette réflexion en a drainé d'autres dans son sillage, comme celle sur l'impuissance de plus en plus criante d'un État qui, ne pouvait faire quoi que ce soit au niveau économique, fait le plus de bruit possible sur les sujets sociaux (tout en ne faisant, d'ailleurs, pas grand-chose d'autre que du bruit : la dernière fois que j'ai vérifié, je n'ai toujours pas vu de gays mariés, d'étrangers votants, encore moins de couples de lesbiennes inséminées ou de cannabis en vente libre). Ça ne vous rappelle rien ? Mais si, souvenez-vous : il y a un siècle, un autre gouvernement faisait exactement pareil, balançant des fumigènes sur la scène médiatique lorsqu'il calait dans les côtes (c'est-à-dire souvent). A l'époque, j'étais de Gauche, et ça m'énervait beaucoup. Aujourd'hui, je suis de Droite, et cela me fait rire méchamment.

Ah ça, ils me font bien rigoler, ces ministres. La moitié d'entre eux ne sert à rien (quand j'ai voulu lancer un avis de recherche sur la personne d'Aurélie Filippetti, le gendarme m'a répondu qu'il y en avait déjà un sur la culture depuis dix ans), l'autre moitié passe son temps à ouvrir sa gueule sur tout et n'importe quoi, ça part dans tous les sens, ça s'agite dans le vide, ça botte en touche et ça communique (mal) plus que ça ne gouverne... incroyable tout de même de ressentir l'effet Madeleine d'une époque à peine vieille de huit mois. Quand hier, j'ai entendu un Jérôme Cahuzac droit dans ses bottes et prêt à attaquer tous les journalistes qui auraient le malheur de faire leur travail en enquêtant sur son supposé compte en Suisse, je ne vous dit pas le retour de refoulé qui m'a cloué sur place. Pas étonnant que Sarkozy manque à tant de journalistes : il a inventé la vie politique telle que nous la vivons désormais. Il est le John Lennon du storytelling politique français. Et je ne dis pas ça uniquement par que Carla Bruni semble née pour jouer le rôle de Yoko. La plupart des différences ? De simples de détails cosmétiques (entre le passé et le présent, pas entre Carla et Yoko... je vous vois venir, bandes de filous copéistes). Forcément, cela donne d'un coup vachement plus envie d'être de Droite. Non ?


D'accord, d'accord... il est possible qu'avant d'être de Droite, je sois surtout un Opposant génétique, un Contestataire Pathologique, un type qui, fondamentalement, n'est pas fait pour soutenir le Pouvoir En Place. Il est de même tout aussi possible que, fondamentalement, le Pouvoir En Place soit par essence incapable de correspondre à mes aspirations. Cela n'explique cependant pas tout à fait la compassion profonde que je ressens depuis plusieurs semaines pour les mêmes militants UMP que je voulais interdire de mariage et d'adoption il y a quelques mois, ni la manière dont je bois les paroles d'Alain Madelin sur BFM Business, ni de manière générale le temps que je passe chaque jour sur la même BFM Business, ni - et c'est sans doute le plus angoissant - l'étrange manière que j'ai, depuis quelques temps, de reconnaître qu'il y a eu un ou deux trucs que Sarkozy a eu raison de faire. Peut-être même trois. Oh bien sûr, nombre de mes positions et convictions dévient de la doxa de la Droite. Ceci dit, j'ai toujours un peu dévié de la doxa, même quand j'étais de Gauche. Si tant est que je l'aie jamais été, car je vous avoue que j'ai de plus en plus de doutes. Et si j'avais dans le fond toujours été de Droite ? Et si j'avais appartenu sans le savoir à la fameuse Droite complexée, celle-là même dont j'étais persuadé qu'elle n'existait pas ? Après tout, si je fais le calcul, j'ai fréquenté plus de femmes de Droite que de filles de Gauche. Enfin, dans l'absolu j'ai majoritairement fréquenté des femmes qui n'étaient ni de l'une ni de l'autre - donc qui étaient de Droite. La dernière en date, maintenant que j'y pense, était des plus centristes, tout de même. Et commerçante, en plus (tout est dit). Je me rappelle très bien qu'un jour, alors qu'enfant je demandai à ma mère qu'elle était la différence entre la Droite et la Gauche, elle m'avait répondu que la Droite, ils étaient égoïstes et que la Gauche, ils se préoccupaient des autres (cela avait scandalisé mon père, qui lui était de Droite et qui, contrairement à moi, en avait parfaitement conscience). C'est certain que présenté ainsi, j'ai vite choisi mon camp. Comme je devais avoir neuf ou dix ans à tout casser, il est bien possible que je me sois trompé, même si l'on peut supposer qu'aurait-on essayé de me faire saisir la complexité du sujet, je n'en eus probablement pas été capable. Il n'empêche que mon choix a été un peu orienté et qu'il aura fallu attendre que François Hollande soit élu pour que je réalise à quel point je m'étais fourvoyé durant toutes ces années (je soupçonne ma mère de s'être vengée sur la politique parce qu'elle s'était faite couper l'herbe sous le pied pour ce qui est de la religion).

Oui. Après y avoir réfléchi longuement, tout cela fait sens. A un petit détail près : je m'apprêtais à rebaptiser Le Golb "Le Blog", histoire de le remettre à l'enDroit, lorsque je suis retombé sur un ancien article consacré à Louie. Je l'ai évidemment relu, car je ne suis pas un de ces faux humbles de Gauche, qui ont peur de la réussite et sont tétanisés par le talent : j'adore relire mes vieux articles, parce que ce sont les miens et parce que je suis le meilleur. Cela ne m'empêche d'ailleurs pas d'être lucide, la preuve, je n'ai aucun problème pour reconnaître que c'était un de mes articles les moins géniaux. Pourtant, il m'a mis mal à l'aise (comme la série, au demeurant, me met souvent mal à l'aise, parfois presque physiquement). J'avais enfin accepté l'idée d'être de Droite, et voilà que je découvrais une autre explication possible à ma droititude (re)trouvée : mon intarissable sympathie pour les losers. Toutes ces émotions contraires que je ressentais ne venaient-elle pas un peu de là ? Je suis comme n'importe quel Français, vous savez. En mieux, soit, mais comme n'importe quel Français tout de même. J'ai donc une certaine tendance à aimer ce qui ne marche pas, ou bien ce qui marche presque, ou encore ce qui marche quasiment, si ce n'est ce qui foire à la dernière minute. Bref, j'ai une sympathie naturelle pour les équipes de foot qui perdent (le Barça m'irrite alors que j'adorais cette équipe il y a dix ans, au plus fort de sa période lose), les acteurs ayant foiré leur carrière, les artistes qui auraient pu mieux faire, les gens auraient dû, les œuvres potentielles ou les chefs-d’œuvre inachevés. Ce sont des choses qui me bouleversent infiniment plus que la réussite, la brillance, la perfection. Il n'est donc en rien surprenant que je me mette à éprouver une certaine attirance pour la Droite aujourd'hui qu'elle ne ressemble plus à rien, que ses dirigeants se couvrent de ridicule, que son ancien chef nous tente une jospinade et que ses théoriciens sont en état de mort cérébrale. La Droite n'a pas de chef, pas d'idées, pas de projet... c'est en soit sympathique et en plus, cela me rappelle fortement la belle époque où j'étais de Gauche. Enfin : où j'étais de Gauche décomplexée, s'entend. Car je suis toujours de Gauche, la preuve est faite désormais : j'ai de la sympathie pour cette Droite agonisante, faible, perdue, consumée, moisie, loseuse. Et autant dire qu'avoir de la sympathie pour la Droite lorsqu'elle est dans cet état, ce n'est franchement pas une émotion de Droite.

28 commentaires:

  1. "la dernière fois que j'ai vérifié, je n'ai toujours pas vu de gays mariés, d'étrangers votants, encore moins de couples de lesbiennes inséminées ou de cannabis en vente libre"

    J'ai comme un doute sur ta droititude là :-)

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  2. http://www.youtube.com/watch?v=Ktbhw0v186Q

    Toi tu n'as encore rien compris au troisième sexe...

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    1. Tu sais que j'ai eu très peur que ce soit un lien vers un clip d'Indochine...

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  3. yesssssssssssssssssssssssssssssss !

    "l'impuissance de plus en plus criante d'un État qui, ne pouvait faire quoi que ce soit au niveau économique, fait le plus de bruit possible sur les sujets sociaux"

    ca se voit quand meme beaucoup.... du coup c'est pas toi qui est à droite, c'est plutot ce prétendu gouvernement de gauche qui l'est. il n'y a guère qu'au niveau de l'éducation qu'on y aura peut etre gagné. (ce qui est déjà pas mal, je te l'accorde)

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    1. On y a sans doute gagné sur plein de sujets périphériques, mais sur les sujets fondamentaux, pas sûr.

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  4. Comme je vous comprends.

    A une époque, j'ai cru que j'étais de gauche.

    Cela m'est heureusement vite passé.

    BBB.

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    1. Mais non Monsieur B, c'est l'inverse : vous croyez depuis des années que vous êtes de droite ;)

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  5. Disons que si la politique française était un film ou une série, on se rendrait vite compte que les personnages de droite serait les plus intéressants.
    Les Socialistes seraient les gentils impuissants, toujours le cul entre deux chaises, qui voudraient être sur l'une mais qui glissent immanquablement sur l'autre. Quel glandu aimerait ces personnages là ?

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  6. "D'accord, d'accord... il est possible qu'avant d'être de Droite, je sois surtout un Opposant génétique, un Contestataire Pathologique, un type qui, fondamentalement, n'est pas fait pour soutenir le Pouvoir En Place."


    J'ai peur. C'est dur à dire, mais... je crois que ça veut juste dire que t'es français, non? ;-)

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    1. Hum... moui, je ne suis pas tout à fait sûr que ce ne soit pas un raccourci, de dire ça. A méditer.

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  7. Bon, OK, tu es de droite, mais tu es copéiste au fillonien ? C'est quand même ça qui intéresse le monde entier...

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    1. Attends, je suis évidemment gaulliste avant tout. Je n'ai aucune idée de ce que ça veut dire, mais je le suis. Si ça, ça ne prouve pas que je suis de Droite ^^

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  8. dans mon bistrot préféré, il y a un client - et ami maintenant - dont le surnom est "la force" et, lui, c'est un anarchiste de droite, il adore qu'on l'appelle monseigneur.

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    1. Et moi j'adore les anarchistes de droite. Sérieusement, ce sont les personnes avec qui j'ai le plus ri dans ma vie (pas un rire moqueur, hein, je le précise)

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  9. c'est quoi un anarchiste de droite? un rebelle en mocassins?

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    1. Comme un anarchiste de gauche, mais de droite.

      Après tout la définition de l'anarchisme n'a jamais été incompatible avec le fait d'être de Droite. Il a juste été "confisqué" par la Gauche. Certains libertariens américains, par exemple, sont très proche de l'anarchisme. Tout en étant franchement pas des gauchistes.

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  10. ah ouais, capté... pas d'état, chacun fait ce qu'il veut, que ce soit pour partager le pognon entre tous ou le garder pour soi au maximum. Du coup je suis pas du tout un anarchiste de droite. dommage....

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    1. Pourquoi dommage ? Tu trouvais que le nom sonnait bien ? ^^

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    2. enfin savoir à quel groupe j'appartiens... et tant qu'à faire avec un nom qui, effectivement, sonne bien !

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  11. Pourquoi ne pas envisager la possibilité que vous soyez maintenant à la gauche de la gauche, selon la formule consacrée un peu simplette ? Ce qui revient à dire "à gauche", vu la pantalonnade qu'est devenu la gauche "de gouvernement" ou "sérieuse".

    Sinon j'ai la solution pour vous : avez-vous entendu parlé du tirage au sort comme régime démocratique remplaçant ou complétant le régime de représentation politique (ou parlementaire - régime tendant plus vers l'oligarchie que vers la démocratie - comme on peut tous le constater...) ?

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    1. Le tirage au sort ? Moui, non, pas pour moi. Je suis très attaché au système de représentation malgré tout...

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    2. très bonne suggestion, déjà pratiquée ailleurs dans le passé: dans ce pays magnifique qu'est la france, l'intelligentsia se revendique de l'héritage grec, notamment en matière de ce qu'on a coutume d'appeler, la "démocratie". or, le système électif athénien avait eci de particulier qu'il se concluait par un tirage au sort.
      néanmoins, il serait surprenant qu'un de nos courageux politiques propose d'y revenir, nul doute que ça ne ferait pas recette^^

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  12. Ah quel plaisir de vous retrouver!

    J'avoue que j'étais curieux d'avoir votre avis sur la situation, maintenant que la gauche est au pouvoir.

    Pour moi, ce revirement ne me surprend guère,chez un admirateur de Celine,Flaubert, Mirbeau, Hyvernaud et bien d'autres encore se cache forcément une part maudite, de droite! :-)

    Ce qui me surprend plus (et encore, je me demande pourquoi, ce n'est quand même plus un secret) c'est le manque de mémoire des commentateurs...

    Quand Sarkozy arrive au pouvoir, et qu'il pratique "l'ouverture" tout le monde déclare alors la gauche finie, morte, dépecée, incapable de trouver un leader, etc...

    Or, cinq ans après, les faits se reproduisent à droite et les mêmes "analyses" sont tirées...(le spectacle offert etant quand même bien risible!)

    Donc non la gauche ne changera rien, les derniers leviers d'action au niveau budgétaire et financier étant de plus en plus restreint (règle d'or, euro,...). On aura droit en revanche à la valse des mesures "sociétales" comme écran de fumée.

    Ceci dit cela fait quand même du bien de ne plus voir partout le petit excité.

    A suivre...

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  13. Il va sans dire que je ne vous mets pas dans le lot des commentateurs manquants de mémoire...

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    1. Je ne l'avais pas lu ainsi, rassurez-vous.

      Et vous avez bien sûr raison, l'absence de mémoire des "observateurs professionnels" est parfois troublant. Mais ce n'est pas la première fois qu'on aura pu s'en étonner.

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