mardi 13 septembre 2011

The Jayhawks - Retrouvailles au coin du feu

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On le sait : avoir un bon copain, c'est ce qu'il y a de meilleur au monde. Et l'on ajoutera même, sans craindre de se montrer un tantinet subversif, qu'à deux, c'est mieux. La conclusion est syllogistiquement imparable : avoir deux bons copains, c'est le top du top.

Gary Louris et Mark Olson sont deux bons copains, qui sont aussi les bons copains de quelques milliers de copains qui les suivent depuis le bon vieux temps où les Jayhawks étaient sans conteste le meilleur orchestre folk-rock dudit temps. Ensemble, ils ont fait les quatre cents coups et les deux chefs-d'oeuvre Hollywood Town Hall et Tomorrow the Green Grass, jusqu'au jour où le hasard et la vie, comme souvent avec les bons copains, les ont séparés. Chacun s'est mis à vaquer à ses occupations, mais on n'a pas cessé de les voir pour autant - on s'est juste mis à les fréquenter séparément. Gary a continué avec les Jayhawks et publié un bel album solo (Vagabonds). Mark a pris des chemins plus tortueux (avec notamment les Original Harmony Ridge Creek Dippers) mais n'a jamais rien perdu de sa classe ni de son humilité. Jusqu'à ce jour de 2008 où leur amitié indéfectible les réunit à nouveau, le temps d'un album à tomber par terre (Ready for the Flood) et d'une victoire surprise - mais écrasante - au CDG.


Et ainsi donc, revoilà les Jayhawks. Un nouvel album pour lequel ils ont pris leur temps, Mockingbirg Time, comme une réunion de vieux copains d'avant, ou plus certainement comme le remariage d'un couple qui après des années à batifoler dans son coin, ici ou là, se serait aperçu qu'il s'aimait encore et avait décidé de se laisser une seconde chance. Après les retrouvailles discrètes, les voici qui repassent devant l'autel. On n'oserait parler de reformation. Ce serait cynique vis-à-vis d'un groupe dont la musique a toujours dégagé une sensible candeur. Ce serait stupide, aussi, tant le groupe n'a jamais brassé les millions. Et ce serait tout simplement faux, puisque les Jayhawks n'ont jamais splitté - Mark est juste parti pour mieux finir par revenir.

Le couple, on le savait donc, avait encore bien des choses à vivre. En avait-il encore à nous dire ? Pour quiconque n'aurait pas écouté Ready for the Flood (un fou, sans aucun doute), rien ne paraîtra avoir changé. Beaucoup plus pop que son prédécesseur virtuel, Mockingbird Time sonne à s'y méprendre du bon vieux Jayhawks, un peu Crazy Horse sur les bords ("Tiny Arrows", "Stand out in the Rain"), un peu Buffalo ici ou là ("Hide Your Colors"), beaucoup Byrds en son milieu ("She Walks in so Many Ways"). Pas si éloigné, ironiquement, des Jayhawks sans Mark Olson. Et assez différent, fondamentalement, de ce que le duo a publié sous "son propre nom". Une vraie bizarrerie, autant qu'une volonté farouche de marquer la différence (que l'on ressentait d'ailleurs en miroir sur Before the Flood, qui faisait d'immenses efforts pour ne pas sonner comme un disque des Jayhawks sans les Jayhawks). A la première écoute, on est presque déçu. "Presque" parce que le groupe n'a jamais été aussi immédiat que d'autres paragons de l'alt-country. Si les harmonies vocales sont (comme toujours) cristallines, les mélodies ne sont paradoxalement pas si évidentes, toujours un peu retorses ; elles demandent du temps, de l'attention, une certaine forme d'engagement. C'est sans doute aussi ce qui a toujours préservé les Jays des lourdeurs FM contaminant les albums d'un Whiskeytown (au hasard).

Alors on laisse passer les jours. Mockingbird Time est de ces disques qui s'écoutent peu, mais bien. Presque d'un autre temps, dans sa manière d'appréhender les choeurs ("Cinnamon Love", "Guilder Annie") ou de tresser ces textes simples, fragiles, touchants. Pas le genre d'ouvrage, vraiment, s'adressant au fanboy avide d'une quelconque "reformation". Plutôt de ceux que l'on réalise avec patience et amour, qui mûrissent à chaque fois que l'auditeur le copain y revient, pour finir par l'accompagner au fil des mois - puis des ans. Du vrai, beau folk-rock, somme toute.


Mockingbird Time, des Jayhawks (20/09/2011)

11 commentaires:

  1. Je ne savais pas qu'un album sortait bientôt. Je me réjouis d'entendre de nouvelles chansons, de ce grand groupe méconnu que sont les Jayhawks.

    BBB.

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  2. très sympa; par moments, ça me rappelle un groupe de rock de SF, Translator (sur un label légendaire appelé 415 records qui a aussi publié un monument de roky erickson).

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  3. Vraiment très chouette, ce nouvel album. Fou que ce groupe n'ait pas plus de succès, alors qu'il a tout pour ravir les amateurs de folk-rock "old school".

    Et Transistor c'était vraiment cool, ça fait plaisir de croiser des gens qui s'en souviennent!

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  4. je suis allé à SF en 1986 et c'est howie klein qui s'est occupé de mon hébergement chez bob darlington avec qui je suis devenu ami^^, c'était la grande époque du Wolfgang's, un club génial et john cipollina jouait encore dans les bars de quartier^^

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  5. Ca, c'est une anecdote classe à raconter ;-)

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  6. Bon... moi j'avoue en rougissant que je ne connais pas du tout Transistor, je suis même à peu près sûr de n'avoir jamais entendu ce nom. Enfin je rougis modérément tout de même, on ne peut pas tout connaître, et d'ailleurs je vais aller écouter ça.

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  7. transistor c'est la traduction psyché d'emily^^ (par curiosité, j'ai jeté un oeil sur wikimachin, leur topo sur 415 m'a impressioné, même s'ils omettent de parler du LP monstrueux de roky erickson)

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  8. Vraiment très chouette album, en effet, qui fait disparaître toute notion du temps qui passe ...
    Les Jayhawks furent / sont et seront ^^

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  9. gmc >>> Oui, c'est bizarre qu'ils ne l'évoquent pas, d'autant que The Evil One est quand même l'un de ses albums solo les plus connus (enfin disons : les plus cités)...

    Thierry >>> mince, j'aurais dû penser à ça comme titre !

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  10. Tu peux jusque demain matin. Je ne l'ai pas encore déposé ...

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  11. un retour a la pureté et aux harmonies vocales actuellement sans équivoques. on retrouve quelques clein d'oeil au grand neil young !

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