mercredi 2 octobre 2013

Breaking Bad - The End Is the Beginning Is the End

[Taux de spoil : 0 ou 100 %, faut voir] L'anecdote est connue : lorsque parut Psychose, Hitchcock demanda expressément à ce qu'on ne laissât entrer aucun spectateur après le début de la projection. Sur des panneaux explicatifs, il fit inscrire un petit texte en forme de boutade justifiant ce choix auprès des spectateurs par le fait que Psychose, contrairement à la plupart des films, ne gagnait rien à ce que l'on en manquât le début. L'idée marketing était évidemment géniale, et le film devint le triomphe public que l'on sait. Ce que l'histoire ne dit pas, peut-être parce que le cinéaste lui-même l'ignorait, c'est que Psychose ne perd rien de son pouvoir d'attraction si l'on en manque le début. La scène de la douche est le centre névralgique du récit, mais ce qu'il considérait comme son coup de maître (tuer l'héroïne au tiers du film) n'est dans le fond qu'un geste d’esbroufe narrative auquel on aurait tort de résumer un film brillant tant par sa mise en scène que par sa lumière, sa direction d'acteurs ou son atmosphère.

Breaking Bad n'a jamais lésiné sur les flashforwards afin de renforcer la tension dramatique, tant et si bien qu'au moment où l'on visionne enfin son final, on se surprend à se dire que c'est presque facultatif. En dépit de faiblesses, la série de Vince Gilligan est demeurée d'une grande constance dans qualité ; pour autant, elle avait donné le meilleur d'elle-même au terme de sa formidable troisième saison. L'Homme en Noir, Heisenberg, Walter White ou quel que soit le nom qu'on lui donne avait achevé sa métamorphose. Il l’officialisait dans la saison suivante en scandant - dans ce qui restera peut-être comme la plus grande scène de la série - qu'il était le danger, et la messe était dite. La suite ne pouvait être qu'un lent épilogue, interminable comme une agonie, avec son lot de retournements inutiles et de figures imposées (déjà élevé au rang d'épisode culte, "Ozymandias" [5x14] n'en était pas moins attendu et ne doit dans le fond son statut qu'au fait qu'il aura donné aux fans hardcore exactement ce qu'ils attendaient depuis une bonne saison au moins - la mort de Hank - sans jamais atteindre l'intensité d'un "One Minute" [3x07] dans lequel, ironiquement, personne ne mourait à la fin). L'important est le voyage, non la destination. Un refrain d'autant mieux connu que dans le cas de Breaking Bad et de son terrifiant héros, la destination était connue de longue date, toute la virtuosité des scénaristes transparaissant dans le fait qu'ils soient parvenus à nous faire croire, à intervalles réguliers, que leur œuvre se terminerait par autre chose que la mort de Walter White. Comme s'il pouvait en être autrement. Comme si la série avait jamais parlé d'autre chose que de la dernière année de la vie de ce type paumé qui, acculé dans un coin du ring, se rendait subitement compte qu'il pouvait chausser les gants.


C'est sans doute pour cette raison, ainsi que pour quelques autres, que l'on regarde le final de Breaking Bad avec plus d'admiration ("cette photographie, décidément") que de passion ("oh ? c'est fini ?"). En fait, au vu de ses deux ou trois premières scènes, on en vient même à échafauder une théorie aussi étrange que séduisante : contrairement à la majorité des histoires (dont Psychose, selon son créateur), celle-ci ne gagne pas particulièrement à être regardée dans le bon ordre. On pourrait tout aussi bien imaginer une autre série, qui serait pourtant la même, s'ouvrant sur le mémorable pilote pour s'enchaîner directement avec ce "Felina" aussi efficace que décevant (comment pourrait-il ne pas l'être ?), tel un flashforward brutal balancé d'entrée sans raison apparente, si ce n'est la dimension tragique de l'affaire1. Si j'ai été le premier à pester contre les spoilers fleurissant de-ci de-là dès à peine la diffusion de l'épisode passée, j'ai bien dû me rendre à l'évidence qu'il n'y avait pas grand-chose à spoiler que le spectateur de base - celui qui a deux sous de cervelle voire qui sait ? de culture - n'eût été capable de deviner tout seul comme un grand. Walter White meurt en homme libre, doucement, sans crier gare. Jusqu'à la dernière seconde on s'attend à ce qu'il reprenne sa cavale, et puis finalement non - et puis à vrai dire : quelle importance ? Tout cela ne change rien à l'affaire, et c'est bien pourquoi ce dernier épisode aurait tout aussi bien pu être le premier. Sous son apparente simplicité, presque décevante lorsque l'on réalise qu'il ne s'y passe pour ainsi dire rien, "Felina" vient témoigner de la cohérence absolue d'une série qui, si elle avait un peu perdu de son pouvoir de fascination depuis quelques années, a toujours su rester d'un niveau d’exigence hors du commun. Dans le fond, les faiblesses de ce final sont ce qui aura fait la force du show une fois qu'il a été acquis que Walter White était un monstre irrécupérable, qui plutôt que de vendre son âme au Diable la jeta en pâture à ses pulsions les plus sombres : Breaking Bad a liquidé ses personnages les plus mythiques pour ne garder, in fine, que Walt, seul avec lui-même, comme il l'a en réalité toujours été. Gus est mort en haïssant celui en qui il s'était autrefois reconnu. Mike est mort en haïssant celui qu'il avait longtemps protégé. Hank est mort en suffoquant de mépris pour son beau-frère (ex-)adoré. Saul et Skyler sont partis, à la fois terrifiés et écœurés. Jesse n'est plus qu'un boulet (pour Walt comme pour les scénaristes) depuis la quatrième saison, au point de n'être quasiment qu'un figurant dans le grand final de sa propre série. Ce pourrait être une déception ; cela l'aura été, sans doute, pour de nombreux spectateurs adorant ce personnage. Mais ce n'est en aucun cas une surprise : voilà bien longtemps que Breaking Bad ne racontait plus l'histoire de cet improbable duo de bras cassés qui se formait dans les premiers épisodes - si tant est qu'elle ait jamais raconté cela. Au propre (dans l'intrigue) comme au figuré (dans le show), Walter White a dévoré Jesse Pinkman comme il a vampirisé tous ceux qui l'entouraient. Son ex-élève aura juste été un peu plus long que d'autres à mâcher, au point d'être le seul de ses acolytes devenus sous-fifres devenus victimes expiatoires à lui survivre2, et s'il y aurait beaucoup à écrire encore sur la relation unissant "le Diable" à son mauvais fils3, quand il passa cinq saisons à négliger ses véritables enfants ou laisser mourir froidement ses disciples les plus fidèles4... tout cela, dans la dernière ligne droite, n'aura eu qu'une importance bien secondaire. Breaking Bad l'annonçait dès son titre : elle allait nous raconter l'histoire d'un type qui sortait des rails et qui risquait bien d'y prendre goût. On devinait pourquoi (le cancer, ces années de frustration accumulée, cet égo écrasé par la société), restait juste à voir comment. On ne saura sans doute jamais si ses scénaristes avaient la moindre idée du monument de noirceur dont ils s'apprêtaient à accoucher5, mais ce que l'on sait en revanche, c'est que le pilote lui-même s'ouvrait déjà sur un flashforward. Dès lors, il n'est pas interdit de penser que contrairement à la plupart des séries, Breaking Bad aurait tout aussi bien pu commencer par sa fin.


👍👍 Breaking Bad (saison 5)
créée par Vince Gilligan
AMC, 2013


1. Hormis la partie de l'intrigue concernant Lydia, trop complexe pour être condensée, quasiment tout dans cet ultime épisode pourrait d'ailleurs faire office de "flashforward" d'exposition.
2. Il est entendu que Saul Goodman ne compte pas vraiment dans cette équation ; son rôle de dernier fidèle ne lui aura d'ailleurs été dévolu que par accident, parce qu'il fut bon dernier à mesurer la dangerosité de son client - au point de ne plus pouvoir s'en dépêtrer.
3. A lire, l'article consacré au sujet par mon camarade Jeoffroy sur le Monde des séries.
4. Finalement Todd, comme Gail avant lui, aura été un fils spirituel bien plus acceptable, admiratif et loyal que ne l'aura jamais été Jesse. La créature de Walt. La vraie et peut-être seule, pour laquelle il n'aura jamais ressenti que mépris et indifférence.
5. Au début de la série, beaucoup - dont votre serviteur - s'étaient étonnés du changement de ton brutal qui survenait au bout de deux ou trois épisodes.

25 commentaires:

  1. Ça se termine assez platement, c'est dommage car la confrontation contrariée entre Hank et Walter m'a vraiment tenu en haleine. À côté, le gang auquel se confronte in fine Walter n'a pas vraiment d'envergure et le dernier quart d'heure et sa fusillade grotesque orchestrée par Walter tient de la mauvaise série Z. Comme tu le dis, Jesse paraît complètement sacrifié (on ne revient même pas sur la douleur consécutive à l'atrocité du meurtre perpétré dans l'épisode précédent). Impression d'un service minimum. Finir logiquement (à part ce contresens qui voit, grosso-modo, Walter liquider lui-même tout le monde), dignement (les tout derniers plans, assez beaux, dénués de pathos), mais sans éclat, sans surprise...

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    1. Peux tu éclaire le contresens ? Je ne l'ai pas vraiment relevé

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    2. Je pense que SKA veut dire que c'est un contre-sens car même si Walt clamait qu'il était "le danger", il ne l'a jamais été tant qu'il le croyait. Jusqu'alors, chaque fois qu'il tombait sur une opposition importante et frontale, il faisait dans son froc et ne se sortait que par la manipulation. On a du mal à croire - ou en tout cas à comprendre - qu'il rentre dans le tas des nazis alors qu'il a dû échafauder un plan pas possible pour venir à bout de Gus, un mec qui était la plupart du temps seul et désarmé.

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    3. Pardon, je n'étais pas revenu par ici pour répondre à Joris. Mais Thomas, oui, c'est exactement ça. J'ai beaucoup de mal à voir soudain Walter "prendre les armes" lui-même et dézinguer tout le monde. Je trouve que ce n'est pas très cohérent avec ce que la série a dessiné du personnage cinq saisons durant et que tu résumes très bien, Thomas.

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  2. Jolie analyse. Mais je m'inquiète parce que tu es en train de devenir spécialiste des articles où tu expliques que c'était décevant mais super bien quand même ^^

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    1. Ah non, je n'ai pas trouvé le final "super bien". Je l'ai trouvé honnête. Satisfaisant en cela qu'il ne cherchait pas à surprendre, qu'il était simple et direct et que de toute façon l'essentiel était dit depuis longtemps. Mais je n'échangerais pas le final de Breaking Bad contre celui de The Shield ou de pas mal d'autres...

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  3. Le pire c'est que c'est vrai que ça aurait pu être le premier épisode de la série...

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    1. Evidemment que c'est vrai : je le dis.

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  4. Vrai qu'il y avait peu de suspens (déjà, dans l'épisode d'avant).
    Il y avait même peu de surprises, à part la première scène. Assez facultative, finalement.
    Ce final est particulier; je sais qu'il est décevant, objectivement, sans pouvoir me sentir déçu. Bizarre, non ?

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    1. Non, en fait. Enfin, oui : bizarre, mais c'est un sentiment, je crois, assez partagé.

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  5. J'appréhendais le final, mais je le trouve assez paisible (ce que Ska appelle "plat" ^^). J'aime beaucoup la façon dont toute l'intrigue se décompresse, et au lieu de ressentir un vide, j'ai vraiment la sensation que l'histoire devait s'arrêter là, et que tout surplus serait superflu.

    Magnifique dernière saison en passant, même si sa deuxième moitié n'a pas pu surprendre autant que les autres, car on ne pouvait pas repousser indéfiniment les chutes attendues. Je suis d'accord avec toi sur Ozymandias d'ailleurs: bien qu'excellent, il ne doit toute son aura qu'au fait qu'il conclut 60 épisodes de rebondissement avec une tension croissante à mesure qu'on approche de la fin. One Minute me semble plus intemporel car moins dépendant d'un ensemble de connexions ascendantes. Cela fonctionne pour toute la saison d'ailleurs: bien qu'excellente, son inévitable noirceur et sa succession de fermetures (toutes les parenthèses ouvertes doivent se refermer) ne lui donnent pas le même cachet que la saison 2 ou 3, qui ont l'air bien plus vivantes. C'est là qu'effectivement on s'aperçoit que regarder cette série dans le désordre permettrait peut-être de voir certains épisodes sous un nouveau jour, en les libérant de toutes les attentes court-termistes qui ont guidé nos jugements au début. (j'ai personnellement tenté l'expérience sur les 3 premières saisons, et j'ai perçu une richesse de l'intrigue supérieure à celle que j'en avais eu à la première vision).

    Enfin sur Jesse, c'est vrai que j'ai souffert de le voir si maltraité (par les scénaristes et par les personnages) mais encore plus du fait qu'il n'a plus rien à dire depuis qu'il s'est éloigné de Walter. La saison 4 parvenait à le raccrocher très bien au récit, mais cette saison n'a fait que nous montrer sa détresse. D'ailleurs, après l'avoir vu tant souffrir, je suis un peu déçu de voir la scène de sa libération coupée si abruptement.

    C'est malgré tout une remarquable performance pour les scénaristes d'avoir réussi à donner du souffle à tout le monde jusqu'à la fin, vu la densité de la série. Les 2 dernières saisons montrent leur limites de ce point de vue là, mais ça reste mineur.

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    1. "Donner du souffle à tout le monde"... je ne sais pas trop, je n'en suis pas certain, finalement. Jesse a été out toute la saison ou presque, et l'équipe nazis + Todd + Lydia me semble à peu près insignifiante depuis le début. En réalité seul Walt garde du souffle jusqu'au bout, et Hank dans une moindre mesure. Les autres personnages-phares de la série sont soit morts depuis longtemps, soit marginalisés.

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  6. Lucie Couvelaire2 octobre 2013 à 19:27

    Juste pour te dire : je te l'avais dit :-)

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  7. Breaking Bad est une tragédie, et il aurait été tout-à-fait anormal que la série se termine autrement. Elle fut trop longue pour être parfaitement parfaite. On ne voulait que la chute du héros. L'ascension puis la chute pour être exacte. Le principal (et seul?) défaut finalement de la série est d'avoir voulu trop longtemps maintenir Walter White comme le chef des truands, d'où des passages pénibles dans les saisons 4 et 5. Mais j'adore la fin et surtout les derniers épisodes.
    Breaking Bad only jumps the goldfishs.

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    1. En réalité WW n'est le "chef des truands" que dans la première partie de la saison 5...

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    2. Exact, J-C. Cela dit mon point désaccord avec ANONYME plus haut serait plus tôt sur le fait que Breaking Bad soit une tragédie. Je n'ai que très rarement eu ce sentiment. La série empreinte beaucoup plus aux codes du roman noir qu'à ceux de la tragédie, il n'y a d'ailleurs aucun héros tragique dans la série (hormis peut-être Jesse, mais il est plutôt une victime).

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  8. Comme souvent (et malheureusement ici), d'accord sur à peu près tout. Sur Ozymandia aussi mais les scènes dans la maison de Walt / du coup de fil sont quand même très fortes à mon avis.
    La saison 3 est aussi la meilleure à mes yeux. La plus fluide, qui a le mieux géré le modèle "rollercoaster" et dont les personnages principaux (Walt-Jesse-Hank-Gus) ont eu le plus de latitude/développement.

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  9. Moi j'ai préféré le final de Dexter. Devenir bûcheron c'est quand même plus classe. Non ? ^_^

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    1. Attends, Walt n'en est pas loin dans l'avant dernier épisode, quand même ;-)

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  10. Moi j'ai trouvé fort de liquidé si vite Hank alors qu'ils auraient pu faire durer le truc comme ils savent faire. Cette deuxieme partie de saison est aussi l'occasion de montrer le talent des scénaristes pour créer des monstres, Todd dans son inifini douceur presque bênet et dans une moindre mesure Lydia monstre car faible. J'ai été déçu par le finale sans l'être en fait, j'admire le fait qu'ils aient opté pour une fin prévisible plutot que pour un truc fou fou ridicule. B. BAD meilleure série pour moi.

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    1. C'est vrai que c'était assez culotté de leur part de se débarrasser de Hank si rapidement. Le revers de la médaille, c'est que ç'aura été leur dernier vrai rebondissement et que les deux derniers épisodes auront été plus ronronnants, tout en étant très plaisants, ce serait difficile de le nier.

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  11. Je n'ai pas les réserves que la plupart d'entre-vous (à part Joris) ont sur cette dernière saison, ou sur les derniers épisodes. J'ai vraiment trouvé cette saison à la hauteur des précédentes. Et une parfaite manière de conclure la série. Mais bon, il est vrai que j'ai été un peu surpris que ça se termine de manière si "morale", pour une série si amorale et provocante... à demi-surpris, c'est une série américaine malgré tout, et on ne s'étonne pas que chacun paie pour ses "crimes", ou traverse un vrai chemin de croix pour trouver une forme de libération et rédemption (Jesse). Au fond, il m'a semblé plutôt bien que toutes les problématiques finissent d'une certaine manière par se résoudre, et d'une façon plutôt morale, même si c'est un peu en décalage avec l'esprit de la série. Après tout, pour une série qui a si souvent été surprenante et à contre-courant, n'est-ce pas un ultime pied de nez que de nous servir une fin morale et relativement apaisée ?

    Mais pas vraiment d'accord avec toi sur le fait que les 2 derniers épisodes étaient "ronronnants". A la fin de l'avant-dernier, la conversation téléphonique entre Walt et son fils est terrible, c'est à mon sens une des scènes les plus dures de la série. Car son fils, c'est peut-être ce qui faisait ressortir la meilleure part de Walt depuis le début, leur affection était essentielle, une des seules choses qui "sauvait" véritablement Walt jusqu'alors... et que tout ça s'écroule de cette manière, que son fils le rejette totalement et le haïsse, c'est vraiment une des pires choses qui pouvait arriver à Walt (et il n'aura pas droit à une scène de réconciliation).

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  12. Sinon, c'est aussi plutôt amusant de constater que la plupart des "méchants" de la série, depuis un moment, sont en quelque sorte des alter-ego, voire des "variations sur Walter White". Walt est un petit prof de chimie un peu terne qui se retrouve baron de la drogue, et prend la place d'un autre baron peu commun, Gustavo Frings, un type extrêmement subtil, posé, raffiné, doux et cultivé... très loin du cliché des grosses brutes maffieuses... Todd, c'est vraiment le "bon garçon", hyper-serviable, calme et courtois, jamais un mot plus haut que l'autre, toujours animé par le désir de bien faire... et Lydia une femme qui ne paie pas de mine, excessivement prudente, toujours un peu flippée... Walt, Frings, Todd, Lydia : des personnages très différents, mais qui fonctionnent de la même manière : ils analysent les situations, et réagissent de la manière la plus "efficace" possible. Ce ne sont pas des "monstres", ils ne sont pas rongés par un mal qui les pousserait à commettre des actes terribles, juste des êtres posés, raisonnés et prudents, qui cherchent à anticiper au maximum les situations et à prendre chaque fois la décision la plus logique, peu importe qu'elle soit morale, pour évoluer au mieux dans leur milieu et se protéger. C'est Lydia qui est prête à faire buter n'importe qui représentant le moindre risque de la faire tomber, ou Todd qui tue un gamin parce qu'il est témoin de leur vol... et Walt qui, sans vraiment l'approuver, s'accomode très bien de ce meurtre, parce qu'au final, ça leur évite un risque, et qui garde Todd parce que c'est la solution la plus rationnelle... à l'opposé de ceux-là, il y a Jesse. Une petite frappe, colérique et tourmenté, du genre à accumuler les erreurs plutôt qu'à anticiper et trouver des solutions... un personnage au sang chaud face à des personnages au sang froid... c'est aussi ce qui le "sauve" aux yeux du spectateur, car c'est le seul qui ne peut accepter, même si c'était la solution la plus "efficace", que l'on tue un gamin pour protéger son business. Et au final, c'est le petit branleur négligeant et râleur, l'électron libre puisqu'on est dans le monde de la physique-chimie, qui s'en sort, pas les calculateurs froids...

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