mardi 24 mai 2011

Bill Wells & Aidan Moffat - Association de bienfaiteurs (?)

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[Article précédemment paru sur Interlignage] Insatiable… incurable Moffat. On a beau s’y attendre, on a beau, depuis le bon vieux temps d’Arab Strap, savoir que le garçon n’aime rien tant qu’à surgir là où personne ne l’a vu venir… cet éternel candidat au titre de plus grand (gentil) malade de la pop britannique réussit malgré tout chaque fois à nous surprendre, embarqué dans des projets aux antipodes les uns des autres et passé maître dans l’art délicat de l’auto-sabordage.

Dernière étape en date de son épopée aux confins de la normalité (après le talk-over salace, les chansons pornos de trente secondes et la parenthèse presque normale avec les Best Ofs, qui finira bien reniée un jour), son association avec Bill Wells, autre allumé notoire écossais, semble s’être fixée comme objectif de faire la démonstration par l’absurde de combien est ténue la frontière entre baroque et kitsch – romantisme et cuculterie. "Tasogare", l’ouverture de cet Everything’s Getting Older, en est peut-être le plus bel exemple, sorte d’invraisemblable compromis entre les Bads Seeds de la période Boatman’s Call/No More Shall We Part/piano-et-cordes-partout-je-suis-triste et le soundtrack d’un téléfilm du dimanche après-midi sur M6. Le ton est donné, qui s’affirme sur "Let’s Stop Here" : le romantisme écorché et le grotesque paraissent avoir décidé de faire cause commune, ce qui ménage quelques grands moments d’émotion… ou de sourire, ou de gène à l’idée d’une émotion provoquée par une mélodie ou des arrangements défiant le bon goût avec insolence.


Car les deux compères ne s’arrêtent pas là. Jubilant de jouer sur les ambigüités (les leurs… comme celles de l’auditeur…), voici qu’ils s’amusent à faire crooner Moffat et sa voix même pas vraiment jolie sur du simili jazz minimaliste ("A Short Song to the Moon"), à arracher des lignes de piano dont on finit par ne plus savoir s’il faut en rire ou en pleurer ("The Cropper Top"), ou à repousser les limites de la pop cheap ("Glasgow Jubilee").

La grande force d’Everything’s Getting Older, qui pourrait être un excellent concept album sur les rockers vieillissants et sucrant les fraises sans s’apercevoir, c’est de ne jamais, ô grand jamais sonner comme une parodie. "(If You) Keep Me in Your Heart" évoque sans doute une ballade de diva du début des années 90, Ballad of the Bastard chasse quasiment sur les terres d’Elton John… mais l’implication vocale de Moffat est telle que l’impensable se produit : on est ému et transporté par un album mettant un point d’honneur à se situer deux titres sur tois aux antipodes de ce que l’on serait tenté de désigner comme le bon goût (exemple encore avec "The Sadness in Your Life Will Slowly Fades", ampoulée autant que poignante… ou l’inverse).

Ce qui s’appelle flatter les plus bas instincts de l’auditeur et peut être, comme chacun sait, un régal pour ce dernier.


Everything’s Getting Older, de Bill Wels & Aidan Moffat (2011)

6 commentaires:

  1. Très très bon album, vraiment marrant et émouvant à la fois!

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  2. C'est vrai que c'est spécial, superbe et hideux en même temps :/

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  3. Oui. Et hype et ringard, aussi. On pourrait continuer des heures comme ça ^^

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  4. Enfin arrivé chez mon disquaire... Il y a vraiment à boire et à manger dans ce disque !

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  5. C'est ce qui fait tout son charme ;-)

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