samedi 30 octobre 2010

The L Word - Nulle. Donc formidable.

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The L Word, ou comment révéler un petit plaisir coupable juste avant de partir en vacances (à l'heure où vous lirez ces lignes).

The L Word (et non World, comme on l'écrit ou le prononce parfois) c'est bien entendu cette série narrant la vie (principalement amoureuse) d'une bande de lesbiennes de L.A., lesbiennes présentant la particularité d'être toutes belles, sexy, intelligentes et riches. Sans doute une stratégie militante : pour pousser les homophobes à accepter les homosexuels, mieux vaut en effet leur montrer ce genre de nana plutôt que des laiderons bêtes comme leurs pieds... non ?

Non, bien sûr. Par bien des côtés d'ailleurs, The L Word est une des plus mauvaises séries du monde : régulièrement invraisemblable, ne s'intéressant quasi exclusivement qu'à un milieu arty über-snob (un milieu, en fait, où l'homosexualité est parfaitement reconnue et ne pose que rarement problème)... dès le début, la série part avec un sérieux handicap, et ça ne s'arrangera pas avec les années. A partir de la saison 4, chaque fille croisée par une des héroïnes sera son amante dix minutes plus tard (maximum) (1), toutes les femmes hétérosexuelles seront devenues potentiellement bi, quant aux personnages secondaires... ils auront perdu toutes substance, notamment les hommes (car dans chaque saison de The L Word, sans doute par souci paritaire, il y a toujours un mec - un seul - qui généralement disparaît dix épisodes plus tard dans l'indifférence quasi générale, inversion des valeurs sérielles traditionnelles au début amusante, à la longue lassante).

Et pourtant... The L Word est une série formidable. Rarement - pour ne pas dire jamais - on aura croisé ailleurs une galerie de personnages aussi profondément sympathiques et attachants. Dans leurs faiblesses, dans leurs excès, toujours suggérés plutôt qu'assénés lourdement, Tina, Bette, Alice, Shane... sont terriblement humaines et touchantes, et le traitement réservé à leurs interactions, d'une rare subtilité. C'est même le principal paradoxe de la série : tandis qu'au niveau des intrigues principales tout y est de plus en plus effarant de lourdeur et de patauderie au fil des saisons (si on était mauvaise langue on se demanderait si, sous prétexte de tourner la première série L, les auteurs ne s'étaient pas sentis dispensés de travailler un peu les scénarii), les relations entre personnages sont pour leur part d'une (d'autant plus) étonnante subtilité, louchant sans honte vers la métaphysique, et ne souffrant de quasiment aucun défaut d'interprétation (la quinzaine d'actrices principales traversant les six saisons est tout bonnement irréprochable). Faut-il voir dans ces disparités le résultat de la rencontre entre des auteurs aux trajectoires diamétralement opposées ? Quand Ilene Chaiken, créatrice et productrice de la série, faisait ses armes en tant qu'élève d'Aaron Spelling et produisait Le Prince de Bel Air, Rose Troche, principale auteure des premières saisons, réalisait l'attachant film Go Fish avant de filer bosser sur Six Feet Under. Rien d'étonnant à ce qu'en mariant des influences presque antinomiques les deux femmes, chacune tout à fait douée dans son domaine, aient abouti à un véritable ovni, une série aussi irritante que touchante, aussi pathos que drôle, et très inégale d'un épisode à l'autre (un trait commun à toutes les saison de The L Word est notamment de commencer très fort avant de s'étioler dans leur seconde moitié).

Fort logiquement, après le départ de Troche (soit donc la fin de la saison trois, quoiqu'elle revienne de manière très ponctuelle par la suite), la série a commencé à décliner lentement mais sûrement, la cinquième saison touchant carrément le fond (le personnage de Jenny, notamment, y sombre dans le grotesque - perdant toute espèce de substance pour devenir la caricature d'artiste qu'elle avait jusqu'ici toujours soigneusement évité d'être (2)). Ce qui n'empêche pas d'être un peu triste lorsqu'arrive l'ultime épisode. Malgré ses défauts, The L Word méritait mieux que de s'achever après une saison réduite à huit épisodes pour cause de grève des scénaristes. Parce qu'elle fut une des séries les plus transgressives de la décennie (n'allez surtout pas croire que l'homosexualité féminine est un sujet mainstream aux Etats-Unis), parce que jamais elle ne sombra dans le didactisme maniéré de tant de productions censément engagées. Parce que, tout simplement, sa popularité (3) a largement dépassé le cadre de la communauté à laquelle elle s'intéressait, et que rien que ça est déjà, en soi, une preuve de sa qualité.


The L Word (saisons 1-6), créée par Michele Abbot, Ilene Chaiken & Kathy Greenberg (Showtime, 2004-09)



(1) L'apogée du schéma, ce sera pour le début de la saison 5, avec Helena en prison qui, bien entendu, deviendra la maîtresse de sa compagne de cellule - comme d'à peu près toutes les femmes qu'elle aura croisées durant sa carrière dans la série.
(2) En effet durant les quatre premières saisons l'héroïne incarnée par Mia Kirshner aura été le seul personnage d'écrivain réellement crédible qu'on ait vu à ce jour à la télévision.
(3) Sans être un carton la série a vraiment très bien marché aux USA, au point d'être régulièrement citée par le Dr House, notamment, preuve que là-bas tout le monde voit très bien de quoi il s'agit.

5 commentaires:

  1. Hoho, la première ligne est rigolote, j'ai personnellement tendance à dire "world", sans doute par besoin de remettre un peu plus de L dans tout ça !

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  2. Je suis totalement d'accord avec toi M. Sinaeve : the L Word a également été mon petit plaisir car se passant dans un "milieu arty über-snob", "régulièrement invraisemblable", avec des "personnages aussi profondément sympathiques et attachants", toussa quoi...

    J'ai particulièrement aimé les 3 premières saisons, l'ambiance girlie féministe bobo (über-snob si tu veux ;-) ), les différents personnages, les intrigues... Effectivement, après la troisième saison, y'a eu une sorte de cassure et un petit changement de direction que j'ai notamment notés, moi, avec l'apparition toutes les 10 minutes de scènes de sexe (pour moi ça faisait un peu racoleur, alors qu'avant ça ne l'était pas, mais j'avais mis ça sur le succès grandissant de la série), le "départ en vrille" de Jenny et l'abandon des personnages secondaires tels que Moira/Max ou Helena qui était une réelle enfant gâtée imbuvable au début et qui devient subitement "plus ordinaire".

    ***légers spoils***
    Si elle avait eu un peu plus de profondeur, The L Word aurait été plus que parfaite pour moi et serait rentrée dans mon Panthéon. Il aurait fallu exploiter la composante trash/tragique du personnage de Jenny ou la tragédie de la séparation entre Bette et Tina, ou même le personnage de Bette elle-même (ils avaient d'ailleurs commencé à le faire), etc. (en bref, un peu de "nick/tupitude" ne lui aurait pas fait de mal), et le changement de cap a pour moi considérablement affaibli la série...
    ***fin des légers spoils***

    Ce que l'on ressent également dans The L Word, c'est que c'est une série qui a été créée par des femmes et ça fait du bien, c'est intelligemment fait, sans arrière-pensée sexiste, c'est beau et comme tu dis, ne tombant jamais "dans le didactisme maniéré de tant de productions censément engagées". Elle est étonnement simple et agréable à regarder, remplie d'optimisme (même si ce qui arrive aux personnages n'est pas tout le temps rose, mais c'est la vie), sans être mièvre...

    The L Word a été la première série girlie (quand je dis girlie, c'est qui traite des femmes et de leur environnement) que j'ai regardée et, paradoxalement, elle a également préparé le terrain pour que je puisse apprécier Sex and the City, car je n'ai "consenti" à regarder SATC qu'après avoir vu The L Word (je me souviens, c'était il y a 3 ans peut-être, c'était en redif sur M6, le soir tard, après une série quelconque).

    Une petite note pour dire que Showtime diffuse désormais une série de "télé réalité" (j'suis moins sûre là, car ça m'a eu l'air très scénarisé... en tout cas), qui s'appelle The Real L Word (créée également par Chaiken), qui est sur le modèle des "The Real Housewives of" et qui est censée porter sur les filles qui ont inspiré les personnages de The L Word. Je l'ai regardée et j'ai été agréablement surprise, car on dirait "réellement" The L Word (avec ok, le côté télé-réalité en sus et les filles sont un peu moins "fines" que dans The L Word -- le côté réel, quoi...).

    Bonnes vacances :-)

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  3. pour ce qui est du physique, je vois pas trop de raison d'en parler, dans les séries télé, sauf sujet "social" ou certains polars, la plupart du temps on met de beaux acteurs, au minimum de belles actrices, c'est vrai de Nip/tuck, de CSI Miami (mais aussi de pas mal de personnages des autres CSI ou certaines actrices de FBI portés disparus), c'est vrai dans Mad men, Lost, etc. etc.

    qui plus est, il faut bien avouer que les milieux artistiques ont tendance à laisser à la marge les personnes aux physiques moins glamour, c'est vrai en dehors de l'écran donc logique de le retrouver à l'écran ;-)

    pour le rste je connais encore mal cette série, elle est sur la to do list ^^

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  4. Comme Thomas est parti pour battre un record d'absence de commentaires, je me permets d'en faire un totalement inutile, pour dire que l'évocation de Mia Kirshner m'a fait me sentir subitement tout moite...

    (dommage qu'il n'y ait pas de smiley rougissant sur le Golb, j'en aurais fait tout un flood)

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  5. Au temps jadis, des reporters sillonaient le monde et faisaient des analyses pertinentes maintenant on a Thomas qui, perché sur son clavier, nous détaille les liens troubles qui unissent les séries télévisées U.S. en nous donnant en bref aperçu de la perception l'homosexualité féminine dans ledit pays. à propos combien de lesbiennes faut-il pour changer une ampoule ? Trêve de badinage, c'est en effet une série qui sur la forme est pénible et cliché mais qui dans le fond est très juste et a le mérite d'exister, et je ne dis pas ça pour avoir passé tout mes week-end et plus pendant 2 ans entouré de lesbiennes et dans des clubs L.
    Là dessus je vais me raser.

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