lundi 2 novembre 2009

Un village français - À la hauteur des enjeux

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Assez bizarrement vu le nombre de réserves émises au terme de la saison un, c'est tout de même avec une certaine impatience (mâtinée il est vrai d'un soupçon d'inquiétude) qu'on attendait la seconde itération d'Un village français, tout à la fois la plus prometteuse et la plus décevante des séries de la saison passée. Comment allait donc évoluer le programme créé par Emmanuel Daucé et Frédéric Krivine ? Vers une plus grande prise de risques, quitte à désarçonner le public habituel de France 3 ? Ou au contraire vers une stagnation qui, le plaisir de la découverte passé, la condamnerait à plus ou moins brève échéance à la ringardise ?

A vrai dire... ni l'un ni l'autre. Stylistiquement parlant, les auteurs refusent toujours autant de trancher le duel homérique que se livrent depuis maintenant douze épisodes leurs ambitions et leur format. Comprendre par là qu'on trouve toujours dans Un village français ce mélange curieux de modernité (le propos, le côté résolumment post-manichéen) et de désuétude a priori involontaire (la mise en scène aussi sobre qu'une tenue d'écolier des années quarante, le générique aussi pompier qu'une marche militaire - ou qu'un générique de téléfilm historique de France 3...). Niveau contenu, en revanche... ce n'est quasiment plus la même série. Et je ne parle pas que du regain de sexe, de sang et violence... même s'il est indéniable que l'arrivée du soufre dans une série un peu plan-plan par moments est plus que bienvenue.


On avait déjà pointé autrefois le potentiel d'évolution des personnages et des situations ; le moins qu'on puisse dire est que de ce point de vue Un village français tient toutes ses promesses ! Avec le passage à l'année 1941 et l'heure du choix (parfois totalement inattendu, souvent issu d'un concours de circonstances ponctuelles) pour les antihéros, le feuilleton a résolumment gagné en tension dramatique, en suspens et en atmosphère délicieusement étouffante (sans doute ce qui lui manquait le plus jusqu'alors). Fini le bon temps où français et allemands se regardaient en chiens de faïence ; la première saison avait démontré par l'absurde à quel point le concept de Résistance était flou pour le français moyen (1). Il y était urgent de ne rien faire - et l'intrigue de se focaliser sur un croquis d'ensemble à la fois un peu trop académique et un brin trop chaotique ; il est désormais urgent de choisir son camp, et excellente (?) surprise : ce sont rarement les plus nobles idéaux qui motivent des décisions fort peu héroïques. Ce n'est pas la moindre des insolences de la part des auteurs que de montrer une Résistance interne au village se fondant bien souvent sur les intérêts personnels (voire la mesquinerie) ou l'inconscience - lorsque ce n'est pas carrément par le plus curieux des hasards. L'amour de la France, de la liberté ? L'héroïsme ? Mouais. Des notions franchement floues dans ce patelin dont chaque personnage transpire l'ambivalence (Marchetti embarqué dans une spirale que l'on voyait venir depuis un moment, façon héros tragique ; Larcher pris au piège d'une interminable partie de Ni oui ni Non...) et qui cherche avant tout à slalommer entre les nuages en attendant... quoi ? Qu'attendent-ils tous, ces habitants ? Rien dirait-on. Ou si peu. Ils s'adaptent. Ils font comme ils peuvent. Ce n'est pas par malfaisance que Jeannine, remarquable Emmannuelle Bach (2), lâche un mémorable (pour le spectateur !) "Si j'étais juive en ce moment je me tiendrais, quoi !". C'est juste de l'observation. De l'acclimatation. Et il serait trop commode de trouver cela facile et/ou méprisable.

La commodité, c'est justement ce qu'Un village français rejette en permanence. Rien que pour ça, on l'aime.


Un village français (saison 2), créée par Emmanuel Daucé & Frédéric Krivine (France 3, 2009)



(1) Par l'absurde car il s'agissait en l'occurrence de casser cette idée stupide véhiculée par tant de films comme quoi, le 18 juin 1940, tout le monde était à côté de son transistor au moment de l'Appel...
(2) D'autant plus remarquable que son personnage est le seul à ne pas franchement faire dans la dentelle mais qu'elle parvient malgré tout à le tirer vers le haut et à le sortir de la caricature dans laquelle le script la jetait bien volontiers...
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8 commentaires:

  1. Bon de qualité dans cette saison, en effet. Je reste sceptique sur bien des points, mais le niveau monte, le public est là, c'est bien, c'est bien.

    BBB.

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  2. J'ai avalé les deux saisons presque d'un coup. Très bonne qualité, très bons acteurs, écriture de haut niveau. Vraiment une excellente série française, comme il en faudrait plus.

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  3. Ah bien d'accord: ça commence à décoller, et oui, vive le post-manichéisme. Sur une période où les fictions télévisuelles étaient particulièrement schématiques, c'est effectivement bienvenu.

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  4. Une série découverte grâce à ton précédent article, et je ne le regrette pas !

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  5. Bon alors tout le monde est d'accord ? Mince, ça n'arrive pas tous les jours sur ce blog ! :)

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  6. Non non, tout le monde n'est pas d'accord. Moi, j'ai apprécié certains passages, mais j'ai continué à beaucoup m'ennuyer, par instants...

    Bonne soirée.

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  7. A t'ennuyer ? Mais c'est une pathologie, ça, aussi ! ^^

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