lundi 23 novembre 2009

Dortmunder ! Dortmunder !

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Donald Westlake - et encore plus le Donald Westlake des aventures de Dortmunder - est un peu à la littérature ce que Neil Young est à la musique. Un gars qui va à l'essentiel. Qui ne s'emcombre pas plus de politesse que de digressions inutiles. Les ficelles sont vieilles et usées jusqu'à la corde, ce sont d'ailleurs presque systématiquement les mêmes (par exemple dans le roman qui nous intéresse plus de la moitié des chapitres commencent par une remarque burlesque sur le passé d'un des personnages), le style comme la construction sont à la limite du rudimentaire et le propos semble simple et monolithique. Comme une chanson de Neil Young avec ses trois accords, son couplet-refrain et ses paroles parfois éculées.

Or bien entendu comme dans les chansons de Neil Young, c'est un peu plus compliqué que cela. Un bon roman ne peut se résumer à la somme de ses qualités objectives - c'est encore plus vrai dans le cas de ceux de Westlake. En apparence très simple, The Road to Ruin semble avoir été entièrement écrit pour donner l'impression que rien n'est plus facile que de rédiger un bouquin. Vous trouvez une idée, deux trois personnages que vous caractérisez vaguement, vous mettez un peu d'humour, un zest de satire un peu facile... vous secouez... et c'est seulement là que vous vous rendez compte que vous n'êtes finalement pas Westlake (bon : il est possible que vous vous en soyiez doutés dès le départ). Parce que votre livre sera grotesque et superficiel, même si vous avez du talent... alors que même un Westlake mineur (celui-ci en est un) lui sera dix fois supérieur. Pourquoi ? Tout simplement parce que chez Westlake la simplicité n'est jamais que feinte. Il y a chez lui un art très particulier consistant à imbriquer ensemble des pièces de formes très différentes pour parfaitement emmener son intrigue du point A au point B. C'est assez difficile à expliquer (vous venez de vous en rendre compte...) mais c'est une évidence quand on prend la peine de le lire.

Bien sûr, les intrigues sont toujours assez simplistes. Celle-ci comme beaucoup d'autres chez l'auteur, qui raconte comment pour satisfaire à l'esprit de revanche d'un certain Chester Dortmunder va se retrouver à tenter de cambrioler le manoir d'un genre de Richard Fuld croisé avec Tony Soprano (oui, c'est possible). Le problème de Westlake (qui est parfois un peu aussi celui de Neil Young) c'est qu'il était tellement bon qu'il avait tendance à écrire à la chaîne en ne refusant aucune des facilités que son génie de la narration lui offrait. Westlake aurait pu écrire un bon livre les yeux fermés - ça ne lui aurait posé aucune problème j'en suis sûr. Le revers de la médaille est qu'il a écrit beaucoup de bons livres quand il aurait pu en faire d'excellents. Celui-ci est bon. Mais dans le fond peu importe qu'il soit excellent, ce n'est pas vraiment son but. Ce qui marche le mieux dans The Road to Ruin c'est clairement cette manière unique d'embarquer le lecteur, de le happer au point de le faire se tordre de rire quand les séquences burlesques arrivent (ce qui ne tarde jamais bien longtemps). Il y a ici un véritable génie pour créer une addiction. Pour vous donner une idée : je l'ai lu dans le train, en deux heures. Mais je n'ai pas levé les yeux une fois durant le trajet, et je suis sorti en dernier pour pouvoir le finir...


The Road to Ruin [Les Sentiers du sésastre], de Donald E. Westlake (2004)

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8 commentaires:

  1. Personnellement, je n'ai jamais compris le culte entourant Westlake.

    BBB.

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  2. Vous devriez lire l'article, BBB., Thom y explique très bien en quoi Westlake est un auteur exceptionnel ;)

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  3. Vous êtes taquine. J'aime bien ça.

    ;-)

    BBB.

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  4. Je le prends comme un compliment :)

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  5. Quel assaut de courtoisie ! C'est charmant, continuez :-)

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  6. Une petite wikirecherche pour savoir combien d'épisodes la série des Dortmunder comportait (la réponse est 13) et je découvre que les 2 derniers ne sont jamais sortis en France ! C'est quoi, ce scandale (quoi, on s'offusque pour ce qu'on peut !)!!
    J'ajouterai à ton article que parmi les plaisirs que l'habitué prend à chaque nouvelle lecture, il y a les passages obligés (comme la discussion de comptoir), mais aussi le fait qu'on lit en sachant parfaitement comment tout cela va finir. Ce qu'on attend, c'est de voir comment ça va se passer.
    Je crois que mon préféré reste "Histoire d'os", avec les reliques de la remarquable Sainte Ferghana, dont la seule vie vaut la lecture.

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  7. Oui, on est plus captivé par l'organisation du récit, la manière dont il se déroule, que par le but qu'il poursuit...

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