mardi 27 octobre 2009

Lydia Lunch - I Wanna Be Your Doll

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Adulte et rock sont deux termes rarement compatibles et leur addition donne l'un des qualificatifs les plus injurieux qui existent dans le langage plein de faux-amis des rockeux. Adult-rock, c'est très rarement un compliment... et par conséquent c'est avec une certaine jubilation qu'on l'emploiera pour qualifier l'excellent (quoique classé X) dernier opus de Lydia Lunch, véritable sommet de rock'n'roll presqu'aussi mature que destroy et cousin issu de germain des récentes escapades bûcheronnes de Nick Cave ("The Gospel Singer" aurait d'ailleurs très bien pu figurer sur l'album de Grinderman).

Une lignée glorieuse (ces disques comptent parmi ce que le rock a donné de meilleur ces cinq dernières années) autant que risquée. Il n'est jamais aisé de revenir à un rock dur et abrasif passé quarante ans (Lydia vient d'en avoir cinquante). La candeur et l'insolence de la vingtaine étant loin derrière soi deux hypothèses s'offrent alors : jouer la carte de l'éternel ado bourrin au risque de se couvrir de ridicule (à part Lemmy personne n'a jamais réussi... et encore Lemmy n'a-t-il jamais été jeune, comme chacun sait) façon reformation des Stooges ; jouer la carte de la maturité et compenser l'absence d'incandescence par de la sauvagerie pure - au risque d'être un peu juste pour jouer en D1. Pour savoir quelle option Lunch a choisi, il suffit de s'arrêter sur le titre de son disque : Big Sexy Noise. La couleur est annoncée d'emblée. Sex'n'roll. Trash-rock - dans tous les sens du terme. Lydia Lunch en 2009 a décidé de reprendre le rôle décliné par Siouxsie, celui de la femme mûre dont tout ado rêverait qu'elle lui arrache son pucelage avec les dents. Pas la vieille pouf à la façon de tant de rockeuses vieillissante (non ! qui a dit Courtney Love ?! Putain, z'êtes pas cool les amis...) ; la femme élégante, sûre de son charme et de son pouvoir de fascination, susceptible selon l'humeur de te faire l'amour tendrement ou de te décapiter d'une pichenette à coup de lyrics ravageurs... une Marianne Faithfull qui n'aurait pas encore sacrifié le plaisir sur l'autel de la nostalgie d'un bon vieux temps que son amant de vingt ans ne pourrait pas connaître. Et comme la vie est souvent moqueuse... c'est bien à Marianne qu'on pense à l'écoute de "Bad for Bobby" - une Marianne qui reprendrait Tom Waits dans un bar glauque du New Jersey plutôt que dans un luxueux hôtel deauvillois.

L'élégance destroy, en somme. Dont Lunch ne se départit à aucun moment sur cet album compact (six titres seulement) et puissant, plein de blues, de sueur et de souffre (Cf. la reprise possédée du "Kill Your Sons" de Lou Reed). La chaleur est étouffante (merci aux cuivres déjantés à la Fun House) ; l'ambiance, crépusculaire. Comme c'est un disque d'adulte, il est plus tendu qu'agressif, plus menaçant que violent - aspect qu'il partage en fait avec le dernier Arctic Monkeys. Soit deux générations que tout oppose, deux faces du rock dur souvent considérées comme antinomiques... et qui pourtant, cette année, se seront admirablement complétées et répondu. Grand disque.


Lydia Lunch's Big Sexy Noise, de Lydia Lunch (2009)




Plus chez ARBOBO et NYKO.
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11 commentaires:

  1. Superbe album, pour ma part découvert grâce au lobbying d'Arbobo.

    BBB.

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  2. "une Marianne qui reprendrait Tom Waits dans un bar glauque du New Jersey plutôt que dans un luxueux hôtel deauvillois."

    C'est tout à fait cela !

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  3. Ecouté deux titres sur myspace. Effectivement ça a l'air d'être du lourd.

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  4. je suis vraiment content que vous accrochiez à ce disque,
    après c'est marrant les perceptions,
    je me suis d'abord demandé à qui se rapportait ce "doll" du titre, car Lydia Lunch sera bien la dernière à endosser le rôle de poupée,
    pour la même raison qu'à 20 ans elle était déjà bien loin de l'insouciance (insouciance qu'elle n'a jamais connu, en fait).
    Elle s'est barrée dans la rue à 15 ans, pour fuir son père braqueur qui la violait depuis des années, et dans les années qui ont suivi a frôlé la mort et manqué de la donner un paquet de fois en fréquentant les milieux les plus interlopes de NY, Berlin, La Haye, Los Angeles, sauvée on ne sait comment par une passion artistique hors norme.
    Donc quand tu dis "trash" c'est clair, je ne peux qu'approuver et souligner :-)
    http://www.arbobo.fr/the-naked-lunch/

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  5. Content aussi que vous accrochiez !

    Arbobo , il me semblait que l'article était clair... le "I" désigne l'auditeur, pour ne pas dire... moi ! Et pas Lydia, qui est effectivement à mille lieu d'une "doll" ! :-)

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  6. Super papier :-)

    Pas encore écouté l'album mais franchement je vais pas pouvoir résister ;)

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  7. Et pourquoi pas Let me taste the whip pendant qu'on y est ? ;)

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  8. Ambalx >>> c'est gentil...

    Lil' >>> c'est une idée mais tu sais, je suis tellement douillé...

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  9. Et moi pas mieux que Benjamin :)

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