samedi 12 septembre 2009

The Philanthropist - Gauche caviardée

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La saison 2008/09 aura été marquée par le retour de plusieurs (plus ou moins) vieilles gloires des séries des douze dernières années. La saison 2009/10 prend tranquillement la même voie. Après les retours abondamment commentés de J.J. Abrams, Alan Ball et Joss Whedon, celui plus discret de Steven Bochco (avec Raising the Bar) et en attendant celui de Terrence Winters (The Sopranos)... c'est donc au tour de Tom Fontana de remettre le couvert après quelques années de relative discrétion. Oui oui : le Tom Fontana d'Oz. Qui en terme de carrière pourrait sans doute être plus rapproché de Whedon ou de Bochco que des premiers cités, qui comme eux eut beaucoup de mal à se remettre de la fin de sa série phare, et peine encore aujourd'hui à renouer avec le succès. La différence étant que si Whedon a galéré niveau audiences sa série (Dollhouse) est tout à fait intéressante, tandis que Bochco semble en revanche ne plus rien avoir à dire d'intéressant après des années de règne sans partage sur le monde des séries. Et Fontana dans tout ça ?

Eh bien jusqu'ici, on ne savait pas trop. En 2004, The Jury avait plutôt eu tendance à impressionner. Beaucoup moins The Bedford Diaries, arrêtée en 2006 au bout de seulement deux petits mois. Depuis Fontana semblait n'être plus qu'un vieux souvenir... jusqu'à ce qu'il refasse parler de lui au printemps dernier - et de quelle manière : l'intransigeant showrunner venait de claquer la porte de The Philanthropist, sa propre série. Ce pour mieux y retourner quelques mois plus tard, une fois un accord trouvé avec le Network. Bref : avant même que quiconque en ait vu un seul épisode, The Philanthropist avait déjà fait couler beaucoup d'encre. Et tout ça pourquoi ?


Rien. Ou pas grand-chose. L'unique intérêt de la série, soyons francs, est de confirmer simultanément et le déclin des productions Fontana et celui de NBC (qui après avoir été LE Network US dans les années quatre-vingt-dix se montre de plus en plus en peine de se renouveler). Ou comment l'association de deux gloires sur le retour a acouché d'un programme estival particulièrement indigent au terme duquel on aura peiné à déterminer s'il proposait plus de clichés ou plus de pathos. Le principe bien sûr s'y prêtait dangereusement : comme son nom l'indique, The Philanthropist raconte l'histoire d'un homme qui, s'emmerdant dans sa vie dorée et ne trouvant plus la paix intérieure dans l'argent, décide de changer la vie des plus démunis à coups de bons sentiments verts comme des billets de cent dollars.

Dès lors c'est parti pour huit épisodes de défilé de cartes postales misérabilistes, façon gentil blanc bourrelé de remords volant au secours des bons sauvages trahis en vrac et dans le désordre par : leur propre peuple, leur administration, la communauté internationale, les ONG... etc. Même l'Agence tout-risque était plus subtile ! Si le pitch en lui-même aurait pu être sauvé par quelque goût pour la nuance tristement absent du programme, c'est raté. Idem pour la charge contre les ONG, aussi violente que vaine, qui aurait pu déboucher sur quelques considérations intéressantes si les auteurs avaient pris la peine de se documenter durant plus de deux jours. Croûlant sous les bonnes intentions façon gauche bon-teint, The Philanthropist passe totalement à côté de son sujet... et en arrive même à faire l'éloge des self-made men et de l'initiative libérale ! L'espace d'un instant on se demande comment l'auteur d'Oz a ainsi pu sombrer... c'est oublier cependant que les travers de The Philanthropist étaient déjà contenus en germe dans cette série culte - Fontana s'étant rarement privé par le passé de jouer les moralisateurs à peu de frais. Mais ce qui était alors le simple élément d'un ensemble plus vaste, régulièrement relativisé par les faits ou les évènements... est ici le nerf de l'histoire. Imaginez, fans d'Oz, la même série ne reposant que sur McManus et ses bons sentiments parfois à l'extrême limite de la naïveté. Vous aurez une idée assez juste du ton général de The Philanthropist, qui ne tient somme toute que pour une Neve Campebll - comme toujours - délicieuse, et pour la qualité d'une réalisation évidemment nickelle... mais pas vraiment surprenante, ce qui était extraordinaire en 1997 n'étant fatalement plus aussi unique en 2009.

Et si sans le savoir et tout en s'en réclamant The Wire avait sonné le glas des productions Fontana-like ? A voir. En attendant il paraît que NBC hésite à prolonger ce naufrage. Quelle surprise...


The Philanthropist (saison 1), créée par Tom Fontana, Charlie Corwin & Jim Juvonen (NBC, 2009)

31 commentaires:

  1. C'est vrai que cette série est une cata. J'ai abandonné au bout de trois épisodes! Comment peut-on avoir Oz ET cette grosse daube? C'est dingue.

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  2. Je crois que c'est la question que tout le monde s'est posé...

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  3. Un cauchemar éveillé pour tous les (nombreux) fans d'Oz. Moi j'ai été au bout, mais au prix d'une intense souffrance.
    D'ailleurs, je me demande : ils ont vraiment fini la saison, ou bien ils se sont arrêtés en cours de route ?

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  4. Je crois qu'ils ont diffusé tous les épisodes qui ont été tournés, mais que le tournage a bel et bien été "abruptement arrêté" après le huitième.

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  5. J'avais lu quelques critiques tellement mauvaises que j'ai fini par renoncer à regarder. Pas envie de voir un mec aussi grand que Fontana baisser dans mon estime (et c'est vrai que "The Jury" c'était très bien, trop méconnu à mon avis);

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  6. Tiens, c'est James Purefoy l'acteur ?

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  7. Bon ben direct à la corbeille aussi !
    Ca purge en ce moment : Dollhouse, Nurse Jackie, Philanthropist, ...

    Merci LeGolb 2 !

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  8. Oui enfin pour Dollhouse, c'est pas grâce à moi :-)

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  9. C'est vrai. J'assume complètement. J'ai tenu 2 épisodes ... et n'ai pas voulu encore souffrir plusieurs épisodes durant avant la fin soi-disant exceptionnelle. Une série doit former un tout à peu près cohérent et dans l'histoire et dans la qualité individuelle des épisodes.

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  10. "Une série doit former un tout à peu près cohérent et dans l'histoire et dans la qualité individuelle des épisodes."

    Je suis d'accord... mais je persiste aussi à dire que deux épisodes c'est trop peu pour juger de la qualité d'une série. Principalement à cause de la manière dont les séries sont écrites/produites/tournées... c'est un art paradoxalement produit à la chaine, avec énormément de contraintes souvent extérieures à la série elle-même... sans parler du fait que les auteurs changent souvent et qu'il est rare que les scénariste de la saison 5 soient ceux de la première :-/ Oh bien sûr, ça ne rend pas regardable ce qui ne l'est pas ^^ Mais ça justifie (de mon point de vue du moins) qu'on laisse à un programme le temps de s'installer sur la durée (puisque la durée est la notion la plus importante dans une série). Pour prendre un exemple avec une série que je sais tu affectionnes particulièrement : j'aurais pu arrêter In Treatment après le dixième épisode, c'est-à-dire au moment où l'intrigue se dilue dans un trip transfert érotique bourré de clichés en veux-tu en-voilà... j'aurais loupé le meilleur, notamment une seconde saison qui m'a carrément fait pleurer. J'aurais plein d'exemples comme ça, mais je sais que je ne te convaincrai pas, va ;-)

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  11. C'est vrai que produire une série sur un Network relève souvent du sacerdoce, je crois qu'on passe plus de temps à bouffer son chapeau et remiser ses ambitions artistiques au placard. Y a qu'à voir comment les gars de Lost ont dû batailler pour que la chaine arrête de leur imposer de rythmes de malades avec des tas d'épisodes de remplissages. Ce que je comprends pas dans le cas de Dollhouse c'est que Whedon s'entête à bosser avec la Fox qui avait déjà saccagé Firefly. Alors qu'en plus Buffy et Angel, c'était même pas sur la Fox...

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  12. Je me suis posé la même question. Mais je crois que la réponse est assez simple : il y a peu de place pour les séries SF aux Etats-Unis, et elles passent toutes à peu près sur les deux ou trois mêmes chaînes (dont la Fox)

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  13. Ben non, tu ne me convaincras, au moins pas pour Dollhouse. Je dois avouer ne pas être fan de Whedon au départ (ses oeuvres précédentes me laissent complètement indifférent. Problème de "génération" ? (je dois avoir 7 ou 8 ans de plus que toi). Je ne les ai en effet découvertes que très très tard, à 33 ou 34 ans, m'étant volontairement privé de télé de très longues années (il y avait tellement de distractions pendant la vie estudiantine ^^, et un peu après aussi ...).

    Et Eliza Dushku, une bien belle plante ... mais pas très expressive. Tru Calling, quelle horreur !

    Pour Firefly, je ne suis pas arrêté définitivement. Ca ne m'a pas trop déplu (pas emballé non plus), mais je suis partagé en raison de la VF ultra pénible. Pas encore eu l'occasion de le voir en VOST.

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  14. Je suis d'accord sur au moins une chose... Eliza Dushku. Et encore elle a fait des progrés (dans Buffy et Angel c'est une catastrophe, pas étonnant que Faith ne soit jamais devenu un personnage récurrent). Néanmoins je dois dire que dans Dollhouse, cette limite est plutôt tournée à son avantage... puisqu'elle joue une poupée totalement vide (ou du moins censée être vide) et dépourvue de personnalité. Du coup je trouve qu'elle colle assez bien au rôle, même s'il m'est arrivé à certains de moment de me dire que même le décor jouait mieux qu'elle...

    (mais qu'est-ce qu'elle est jolie, cela dit... ^^)

    Quant à Whedon... paradoxalement, je n'étais pas forcément un fan dans les années 90, je le suis devenu sur le tard. J'aimais bien Buffy, bien sûr... mais c'est seulement en revoyant la série par la suite que j'ai noté toutes ses qualités d'écriture, toute son inventivité (ainsi que, il faut bien le reconnaître... son incroyable supériorité par rapport à toutes les autres séries dudit Whedon). Tu sais quand on est jeune, que ce soit une série un film ou un livre... on voit juste l'histoire et les personnages et on est pas toujours à même d'apprécier certains éléments comme la mise en scène ou l'atmosphère (terme qui m'était totalement étranger quand j'avais 18 ans :-). Par exemple je trouvais les méchants totalement ridicules et je prenais ça vraiment au premier degré, pour moi c'était vraiment le gros point faible de la série (c'est dire si j'avais rien compris à la démarche !)

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  15. On dira donc que j'étais quand même trop vieux pour le premier "visionnage". Pas réussi à rentrer dedans, les séries whedoniennes, of course, pas Eliza.

    "le décor jouait mieux qu'elle" --> très bien vu ^^

    Aucun rapport : qu'est ce qu'il est bien le (double) nouveau Black Crowes !
    Tu as trouvé le Loudoon / Charly ?

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  16. Superbe décor, d'ailleurs...

    J'ai pas écouté le Black Crowes (en même temps moi, les Black Crowes). Quant au Loudon bah... non, j'ai eu beau cliquer désespérément sur ton nom toute l'aprem... rien n'y a fait ! ^^

    Plus sérieusement, j'ai juste pas eu le temps de chercher.

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  17. Black Crowes, John Fogerty, ..., j'adore !
    Le DNOTS, beurk. Comme quoi il me faut du basique ;-) Je commence même sérieusement à me lasser du Akron / Family !

    Pour le Loudon, le raccourci est désormais en place.

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  18. Non, j'déconnais. C'était pour le nouveau Vic Chesnutt, formidable également.

    Allez, ce coup-ci, sérieux, Loudon is in da house.

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  19. Hé Thierry, en fait tu fais Père Noël en fin d'année non ? ;)

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  20. Quand j'ai le temps, y'a pas qu'en fin d'année ^^

    Partageons la culture !

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  21. Merci, c'est clair. Il est magnifique ce Chesnutt!

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  22. J'ai presque fini la première écoute... et je commence à me demander si ce n'est pas l'album de l'année...

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  23. Pour l'instant, facile dans les 5 premiers du folk-rock-indé, en tout cas.

    Malgré le boulot avec Constellation, j'ai l'impression de réentendre (enfin) le bon vieux Vic qui me faisait vraiment tripper il y a déjà ... presque 15 ans. Merci à la Médiathèque et aux emprunts hasardeux !

    Et pourtant, il sonne "renouvelé" en même temps. Assez paradoxal pour moi qui le suis avec assiduité depuis Little. AAAAAAAhhhhhhhh Speed racer et son "I am not a victim. Iam an athei(ee)st."

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  24. Non pas que les albums récents m'aient déplu, mais depuis Silver Lake, je le trouvais un peu trop en roue libre (sans jeu de mots foireux, svp).

    Avec At The Cut, j'ai l'impression qu'il retrouve une véritable qualité d'écriture et une émotion ultra intense comme à la grande époque. Enfin, grande ..., pour quelques pelés tondus.

    Je l'ai vu en concert il y a un petit deux ans dans une petite salle à Lille, au 1er rang.
    Ambiance assez bizarre (les spectateurs étaient plutôt là pour Andrew Bird pffffffff et ses bandes pré-enregistrées) et se demandaient donc qui était ce gars un peu space en fauteuil roulant. Vic Chesnutt, ayant dû le ressentir et ayant probablement tâté du chichon, n'arrêtait donc pas de balancer des bêtises au public entre les morceaux.
    Côté musique, ce fut impressionnant et émouvant tout de même !

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  25. Je suis globalement d'accord. J'aime tous les Chesnutt à différent degrés, mais celui-ci, vraiment... quand je l'écoute j'ai presque l'impression de redécouvrir l'artiste (c'est sans doute dû à la production que je trouve vraiment excellente et qui capte la voix bien mieux que sur d'autres albums).

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  26. Du Philanthropist à Vic Chesnutt, si c'est pas un golb écart, ça !

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  27. En même temps ne sommes-nous pas un peu des philanthropes de la culture ?

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  28. Cela va sans dire !
    Quoi que ... en fonction du sujet et / ou de l'artiste en question, la philantropie s'égare parfois ^^

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  29. C'est beau comme du Pascal Nègre !

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