lundi 21 avril 2008

Thin Lizzy - Hard'n'Heavy

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En 1975, Phil Lynott et son groupe ne sont déjà plus tout à fait des perdreaux de l'année puisqu'ils sévissent depuis six ans et quatre albums. « Whiskey in the Jar » leur a même déjà assuré, en 1972, une certaine crédibilité. Mais si quelques singles fulgurants (dont « Little Darling » l'année précédente) sont à mettre à leur actif, les irlandais ne sont pas encore parvenus à publier le disque. Celui qui leur permettra de passer au cap supérieur et d'être un peu plus que les chouchous de quelques aficionados. La faute à pas de chance ? La faute à leur redoutable leader, surtout : depuis quelques années déjà Lynott a pris la très mauvaise habitude de vouloir toujours tout mettre sur les albums de Thin Lizzy. Passionné de musique comme il y en a peu, le bassiste-frontman aime quasiment tous les genres et tous les styles... et quand il aime : il aime. Au point de vouloir toucher à tout ce à quoi il peut toucher. Sa passion sincère n'ayant d'égale que ses qualités d'instrumentiste...cela débouche sur des albums comme Night Life (1974) - pétris de choses intéressantes mais complètement hétéroclites, passant sans tambour ni trompette du hard au celtique puis du glam au funk.

Un recentrage s'impose ?

A partir de Fighting Thin Lizzy va clairement passer aux choses sérieuses. Lynott, qui avait presque tout écrit sur Night Life, accepte de laisser ses deux guitaristes surdoués prendre leur envol... et le résultat va très largement dépasser ses espérances. Non seulement le courant passe à merveille entre Robertson le fana de R&B et Gorham le métalleux en devenir, mais en plus leurs jeux, en apparence totalement antagonistes, s'avèrent parfaitement complémentaires. Enfin à l'aise dans ses souliers de bassiste-producteur, Lynott concote à des compositions globalement plus dures un son chaleureux, presque confortable... et les effets du recadrage ne tarderont pas à se faire entendre : une seule écoute de « Fighting My Way Back » suffira à balayer le souvenir de premières livraisons aussi sympathiques qu'inégales. Dans la lignée sonique du Slade d'après 72, musicalement plus proche des premiers Little Bob que des canons du hard de l'époque (qu'ils se nomment Aerosmtih, Kiss ou même Bad Company)... le Thin Lizzy seconde époque est bel et bien né et se démarque d'ores et déjà de la concurrence par un furieux attrait pour le rythm'n'blues originel. En témoigne la reprise imparable du « Rosalie » de Bob Seger en ouverture, ou ce nerveux « Suicide » - digne du meilleur AC/DC de l'époque.

Tout n'est pas encore parfait - soit. « King's Revenge » aurait pu être un peu plus solide et l'on reste dans l'ensemble encore loin de la force de frappe des classiques à venir (Jailbreaker ou Bad Reputation). Comment nier cependant que le virage heavy de Thin Lizzy tienne la route ? Le groove est là et bien là (« Freeedom Song », « Silver Dollar »). Les morceaux sont d'excellente facture. Quant au riff gras du redoutable « Ballad of a Hard Man », il vient rappeler que Robertson finira sa carrière chez Mötörhead. Certes, Thin Lizzy est en passe de virer gros rock calibré - du genre qui ne cessera jamais d'insupporter tous les G.T. du monde. N'empêche : de par sa simplicité et son efficacité, Fighting reste trente ans après un album de hard-rock chaudement recommandable.


👍👍 Fighting 
Thin Lizzy | Vertigo, 1975
 

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