lundi 19 mars 2007

Fred Vargas - Ça pue la mort

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Allez savoir pourquoi, j’ai commencé à lire ce roman de Fred Vargas (le quatrième, si ça intéresse quelqu’un, ce dont je doute) avec un a priori positif. Allez savoir pourquoi, telle est l’expression consacrée, car les deux autres livres de Vargas que j’avais lus auparavant ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable. Cependant je n’avais pas détesté non plus : j’avais juste trouvé Pars vite et reviens tard et Debout les morts quelconques, des polars corrects dont je n’étais pas parvenu à comprendre ce qui justifiait leur succès.

Une chose est sûre, ce n’est pas avec Un peu plus loin sur la droite que je vais pouvoir m’expliquer le pourquoi du comment de la popularité d’une auteure qui me laisse totalement froid. Bizarrement j’arrive à comprendre les raisons du succès de la pire merde putassière des éditions XO ; pour Fred Vargas, c’est un peu comme pour mon vieux pote Richard Russo : ça m’échappe. En l’occurrence j’ai lu un polar totalement insipide, dont je peux à la rigueur comprendre qu’on puisse le trouver relativement plaisant (quoiqu’il m’ait semblé franchement moins bon que les deux livres de Vargas sus-cités)… mais de là à provoquer une telle unanimité ? Pourquoi tout le monde trouve-t-il Fred Vargas géniale ? Me manquerait-il un neurone pour apprécier cette œuvre capitale ?

Durant les trente premières pages, pourtant, j’ai trouvé Un peu plus loin sur la droite appréciable. En dépit du peu de sympathie que m’inspirait le personnage principal, Louis Kehlweiler (un type qui s’emmerde dans la vie et occupe ses journées en emmerdant les autres), je me suis laissé prendre par le rythme, la plume plutôt alerte, les dialogues parfois mordants… ça présageait le meilleur pour le moment où l’intrigue allait démarrer…

… et puis non : au fur et à mesure je me suis senti pris d’une hilarité de plus en plus difficile à contrôler. Comprenez-moi : Louis a trouvé un os qu’il identifie immédiatement comme un os humain. On se demande comment il a fait, parce que l’os est particulièrement endommagé… pourquoi ? Eh bien figurez-vous, et ce détail a sa petite importance, que c’est un bout d’os préalablement chié par un chien. Bon… on fait pas dans la grande finesse, mais après tout pourquoi pas ? C’est un fait : les chiens avalent des bout d’os (on n'en parle pas assez à la télé, heureusement Fred Vargas était là). A la rigueur, cette entrée en matière aurait pu être originale, si curieusement la terre entière n’avait pas trouvé totalement légitime que Louis (dont je rappelle qu’il s’emmerde dans la vie) se mette à remuer ciel et terre pour découvrir d’où vient cet os, persuadé (personne ne sait pourquoi) que ça vient du corps d’une femme assassinée. Donc le gaillard, il nous retourne tout le cinquième arrondissement, va emmerder les flics et mobilise pas moins de trois personnes parce qu’il a retrouvé un os dans une merde de chien ?! Non mais sérieusement ?

Jusque là, ça paraît à peu près aussi vraisemblable que si je croisais un mec dans la rue et décidais subitement que c’était un tueur. Mais le plus marrant, c’est que Louis n’a pas le commencement d'un début de preuve… alors vous savez ce qu’il fait ? Il demande à Marc (l’un des évangélistes de Debout les morts) de lui lister tous les chiens du quartier ! Là, j’ai commencé à avoir peur : j’ai cru qu’il allait réquisitionner les chiens pour faire des analyses ADN de leurs postérieurs avec l’aide de l’inspecteur Lanquetot (parce que dans les polars, c’est bien connu, les pires emmerdeurs de la terre ont toujours un copain flic vachement patient et disposé à les aider – surtout dans les polars bas de gamme d’ailleurs). En fait notre ami Louis ne pousse pas le vice jusque là, mais son enquête l’amène tout de même en Bretagne, après qu’il a passé pas moins de cent pages (j’exagère tout au plus d’une dizaine de feuillets) à disserter avec son pote Marc à propos d’une merde de chien. Ni plus ni moins. Si le livre avait été écrit la semaine dernière, on aurait pu à la rigueur le faire passer pour une parodie des Experts.

Ainsi donc au bout d’une exposition d’une centaine de pages (sur deux-cent-cinquante, ce qui fait un poil de chien trop long à mon goût) Louis et Marc se retrouvent-ils à Port-Nicolas, en Bretagne… oui : dans un petit village. Vous vous souvenez de la malédiction des petits villages dont je vous parlais il y a peu à propos de Murielle Levraud ? Eh bah nous y sommes : les voilà dans un petit village pour le moins hostile, à plus forte raison parce qu’en Bretagne c’est tout plein de Bretons, et les Bretons, comme chacun sait, sont des gens peu commodes. En tout cas ça vaut pour la grande majorité des Bretons croisés par nos deux héros. Qui par la même occasion nous font un coup de théorie du battement d’ailes de papillon : oui, un os chié à Paris peut provoquer la résolution d’un crime en Bretagne. Et toc : impressionnés, les sceptiques, hein ?

Impressionné, oui, je l’ai été, pour le moins. Surtout quand au bout de cent-vingt pages Fred Vargas ménage un rebondissement totalement inattendu, qui m’a littéralement laissé sur le derrière : l’intrigue reprend ! J’ai failli ne pas m’en remettre, ce qui eût été fort dommage puisque j’aurais loupé la partie la plus sympathique du livre, celle qui redresse le niveau, avec notamment cet échange savoureux entre Louis et le dénommé Sevran. Deux trois petits passages qui font sourire, avec des dialogues franchement enlevés laissant croire que Fred Vargas serait susceptible d’écrire des livres réussis (d’ailleurs, elle l’a fait, Pars vite… et Debout les morts, à défaut d’être géniaux, sont tout à fait lisibles). Ouf ! Manque de chance, ça, c’est les trente dernières pages. Personnellement j’étais déjà en train de me rouler par terre, et chaque fois qu’ils faisaient allusion à cette sombre histoire de merde de chien, le rire me reprenait. Impossible de m’arrêter, pourtant dieu sait que je n’ai rien d’un potache.


👎 Un peu plus loin sur la droite 
Fred Vargas | Viviane Hamy, 1996

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