mercredi 14 septembre 2022

Je suis une Célébrité, sortez-moi de Moi !

[Mes disques à moi (et rien qu'à moi) - Hors-série N°16]

Richard Ashcroft m'est une énigme. Depuis le premier jour ou presque, lorsque je découvris ce jeune homme dégingandé bousculant sans sourciller les pauvres figurants d'un des clips les plus iconiques des années 90. Dans la fort prolifique histoire de la bousculade, personne n'avait jamais bousculé son prochain avec autant de classe. Ashcroft ne se contentait pas d'avancer : il fondait sur le monde tel un mort de faim, si ce n'est la Mort elle-même. Qu'on aime ou non la chanson – à vrai dire, je ne l'aimais pas tant que cela – on était immédiatement aimanté par son auteur. Un mec pareil ne pouvait être qu'un génie ou un branleur ou les deux à la fois. Bizarrement, à l’écoute de ses disques, il ne paraissait pourtant ni franchement l'un, ni tout à fait l'autre – les deux ? peut-être, oui. Seulement par intermittence.

Richard Ashcroft m'est une énigme car j'ai le sentiment de n'avoir jamais compris où il voulait en venir, ni si lui-même en avait la plus petite idée. Ses albums, comme ceux The Verve, m'ont toujours plongé dans des abîmes de perplexité, alternance presque métronomique de coups de folie et de pure platitude, chaque fois délivrée avec un égal enthousiasme de la part d'un interprète incontestablement habité, mais sans trop que l'on sache par qui ou par quoi. Passe encore pour The Verve, dont la trajectoire, à défaut d'être cohérente, demeure relativement lisible : celle du petite groupe indé lancé dans une quête effrénée de succès mainstream, décomposant avec autant de cynisme que de talent tout ce qui rend sa musique un tant soit peu spéciale pour raccrocher aux modes de l'époque. Écouter les trois albums à la file (écartons la reformation éclair des années 2000) permet de constituer un solide cas d'école. C'est un voyage à travers à peu près tout ce qui fut cool dans la pop anglaise des années 80/90 avant de sonner gentiment hors de propos à peine une poignée d'années plus tard. Ces disques, en particulier le second (A Northern Soul), sont parcourus de moments fous, improbables, fascinants presque malgré eux dans ce qu'ils racontent de leur époque (la folie ecstatyque de l'après Thatcher) autant que de leurs auteurs, jeunes prolos mégalos façon Oasis puissance dix – en plus d'être persuadé qu'il est une Star, Ashcroft est convaincu d'être un Artiste. On est presque dans la Dark Side of the Britpop tant l'ouvrage, durement usiné, recrache les influences les plus psychédéliques et funky pour en faire de la pâtée pour dépressifs. Tout groove mais tout tangue, une voix flamboyante y braille des textes à la noirceur presque improbable, les guitares ne sont qu'un constant dégueuli de frustration. Prenez tout ce qui était Happy dans les Happy Mondays, remplacez-le par de la morgue mal (voire pas du tout) contenue : voilà, vous avez A Northern Soul (et dans une moindre mesure son prédécesseur A Storm in Heaven).


C'est à partir d'Urban Hymns, album ô combien calibré pour séduire les groupies des potos d'Oasis, que les choses se compliquent. Un peu malgré lui, car le reniement n'y est pas si total que pourraient le laisser croire ses singles, Urban Hymns est devenu le symbole ultime de la britpop et de l'ère Cool Britannia. Son apogée autant que son cercueil. Ashcroft aura réalisé sa fameuse prophétie prédisant qu'il deviendrait une rockstar d'ici à son troisième album, mais il paiera très cher de s'être mis à faire ce style de musique-là au moment où le monde entier commençait à en avoir juste ras-le-cul de ce style de musique-là. L'histoire ne dit pas avec quel Diable ni dans quel pub fut paraphé le contrat ; il était en tout cas écrit que le signataire porterait dès lors "Bittersweet Symphony" comme une croix. Que plus aucun des albums suivant, jamais, n'effleurerait l'ongle du petit orteil du succès populaire d'Urban Hymns, au demeurant très inégal mais qui à en juger par sa colossale réédition 20th Anniversary (CINQ PUTAINS DE CDs) doit bien être légendaire pour deux ou trois personnes. Quand paraît Alone with Everybody seulement trois ans plus tard, Ashcroft est déjà en voie de ringardisation – et ce n'est que le début de la chute. Sa popularité et sa crédibilité vont continuer de s'effondrer à une vitesse d'autant plus phénoménale que dans le même temps, nombre de ses contemporains (à commencer par les Gallagher) conservent une cote d'amour presque démesurée en regard de la qualité objective de leur production. Ce site n'étant pas exclu de la réflexion : en 2007, le premier album de Brett Anderson aura droit à ses quelques lignes enthousiastes. Paru à peu près à la même époque, le Keys to the World d'Ashcroft n'aura pas un mot. Devinez lequel des deux est (de très loin) le meilleur disque ? Le fait est d'autant plus notable que Keys to the World n'est pas loin d'être le travail le plus réussi de son auteur, véritable rayon de soleil dans une discographie où le gentiment clinquant le dispute à l'insignifiant. Mais Ashcroft est chiant. Désagréable même lorsqu'il ne dit rien. Il n'est pas sympathique et ne fait rien pour qu'on s'attache. Particulièrement durant cette période où le revival garage-rock bat son plein et où tout le monde a mieux à faire que de savoir qu'il pense désormais être le prochain Todd Rundgren. Publierait-il un nouveau Revolver qu'on aurait la flemme d'écrire sur lui, juste parce que c'est lui.


Alors Ashcroft s'efface peu à peu. Sans disparaître complètement, il devient de plus en plus difficile à saisir, à suivre, à comprendre. Il devient cette fameuse énigme. Qui tient en peu de phrases, finalement : comment l'auteur de deux des plus belles chansons de tous les temps ("The Drugs Don't Work" et "A Song for the Lovers", au cas il serait utile de le préciser) peut-il à ce point paraître distant, inspirer si peu d'émotion et d'empathie dans quasiment tout le reste de son répertoire ? Richard Ashcroft m'est une énigme, disais-je plus haut. Pour cette rubrique, il est une impasse. Ses albums sont souvent admirablement pensés, plein d'idées, de chansons impeccablement torchées, mais il est quasiment impossible de se connecter à sa musique. Le type semble à ce point emmuré en lui-même qu'il ne donne rien, ne transmet rien, mis à part en de très rares occasions et alors même qu'il est sans doute d'un point de vue purement technique l'un des deux ou trois meilleurs chanteurs de sa génération. C'est particulièrement flagrant sur sa dernière publication en date, Acoustic Hymns, qui incarne presque à lui seul tous les paradoxes de son auteur en ce qu'il est exactement ce que son titre annonce (un disque d'auto-reprises) tout en n'étant absolument jamais ce qu'il promet (le terme acoustique doit être compris au sens littéral et on ne met pas plus de trente secondes à comprendre que ce disque sera aussi boursouflé que tous les autres). Fondamentalement complaisant sur le papier, l'exercice vire à la débandade la plus totale. Quiconque a déjà eu la chance d'entendre Ashcroft seul en guitare/voix sait que ce sont souvent des moments de pure grâce tant même à cinquante balais, son organe exceptionnel peut vous coller frisson sur frisson. Veut-il coucher cela sur disque qu'il s'enlise instantanément dans tous ses travers habituels : démonstration, pédanterie, surproduction, prétention inversement proportionnelle à la qualité de ce qui est offert – il faut avoir atteint un sacré degré d'hybris pour réussir à transformer ce qui aurait dû n'être qu'un banal best of en pareille Bérézina. Le tout vire même au pathétique quand sur "C'mon People (We're Making It Now)", l'autre grande voix du rock anglais des nineties – un certain Liam Quelquechose – débarque pour réduire Ashcroft au rang de vulgaire choriste sur sa propre chanson. Le masochisme pur et dur est frôlé de près – ce qui la fout tout de même un peu mal, pour un tel mégalo. 


Sans doute l'explication relève-t-elle de la maladie mentale plus que de la critique musicale, fut-elle bienveillante et donc issue d'un autre site. D'autres ont démontré avant lui que du psychédélique au psychiatrique, il n'y a souvent qu'un pas de côté. Il y a du Brian Wilson chez Ashcroft, malheureusement plus souvent celui de la mauvaise période que celui de "God Only Knows" (ceci étant écrit par quelqu'un considérant que "The Drugs Don't Work" est un des rares morceaux des vingt-cinq dernières années à s'approcher un tant soit peu peu de la majesté et de la puissance d'évocation quasi divine du chef-d’œuvre des Beach Boys). Une tendance, présente dès le premier disque mais exacerbée depuis qu'il n'a plus de groupe autour de lui, à noyer toute forme de spontanéité dans des productions démentielles et stériles, tellement travaillées et retravaillées que plus un poil d'air ni de vie ne parvient à s'en échapper. Dès l'époque d'A Northern Soul, Ashcroft usait régulièrement du champ lexical de la claustrophobie pour définir son travail. A partir de Human Conditions, second (et dernier) album solo à avoir vaguement fait frétiller critiques et auditeurs il y a de cela déjà vingt ans, le champ lexical se substitue définitivement au lexique. Personnage torturé, volontiers dépressif (quoiqu'assumant de ne strictement rien faire pour y remédier), l'artiste s'éloigne dès lors chaque année un peu plus du music-business. Les albums s'enchaînent, toujours plus légers, surjouant la pop quand on devine derrière les éternelles lunettes de soleil des fêlures si profondes que même la musique ne semble plus en mesure de les exprimer. Les interviews se raréfient (et lorsqu'elles ont lieu, les propos sont surréalistes). Les projets se cassent la gueule les uns après les autres (oserons-nous évoquer le terrible United Nations of Sound ?) The Verve se reforme le temps d'un album fulgurant que pas mal de gens achètent, mais que très peu écoutent, avant de re-disparaître presque aussitôt dans les limbes de l'histoire du britrock. Petit à petit, Ashcroft entre dans cette catégorie de musiciens que tout le monde connaît mais que personne n'écoute. Il devient "le mec de The Verve". Voire : "le mec qui bousculait des gens dans ce clip, là, putain mais comment ça s'appelait ? Tu sais, c'était un plagiat des Rolling Stones...". Il devient ce type dont on se demande ce qu'il devient – et tiens donc : figure-toi qu'il vient de sortir un nouvel album. Ah bon ? Ah ouais. J'écoute là, ouais. C'est pas mal mais c'est pas terrible en fait, non ? Enfin c'est pas mal quand même. Enfin je crois – j'ai déjà oublié. Le cap des trente ans de carrière a été franchi, plus de dix albums ont été publiés au dernier décompte, et on aura du mal à lister plus d'une trentaine chansons réellement mémorables quand même les seconds couteaux de cette génération tapent dans le cinquante (y compris ceux morts avant leur quarante ans). Et pourtant étrangement, on n'aurait pas l'idée saugrenue de ranger Richard Ashcroft dans ce tiroir-là. Ce serait presque blasphématoire. L'homme a écrit "The Drugs Don't Work" et "A Song for the Lovers". Et la cynique "Lucky Man". Et "This Is Music", "No Knock at My Door", "Check the Meaning", "Why Not Nothing?", "Nature Is the Law", "Simple Song", "Everybody", "A New Decade". Depuis un jugement de 2019, il a même officiellement écrit "Bittersweet Symphony". Richard Ashcroft est un géant, mais un petit géant. Un géant discret. Un géant énigmatique. Un géant dont j'écouterai sans coup férir le prochain album, et le suivant et sans aucun doute celui d'après, en quête d'un de ces instants rarissimes où la carapace est fendue, la production relâchée et les plaies béantes. En un sens, il est un géant parmi les géants puisqu'une poignée de titres suffisent à le placer à ce point au-dessus du lot. Quand j'écoute "A Song for the Lovers", il arrive même que je me dise qu'il est mon géant préféré. Malgré tout le mal que je viens d'en écrire, malgré mon incompréhension profonde de son art et malgré son goût assurément douteux, il méritait sa place ici. Il l'a désormais, pour le meilleur et pour le pire – de ce point de vue au moins, nous sommes en phase. 

16 commentaires:

  1. Excellent texte (le meilleur depuis ton 'retour'.)

    J'adore Richard Ashcroft. J'ai acheté tout ses disques jusqu'à These People. Pourtant, je souscris à presque tout ce que tu écris.
    Je te trouve même trop gentil par moments. Moi, je l'adore, mais je ne sauve pas grand chose, dans ses trois derniers. These People était si mauvais, qu'il a marqué, pour moi, la fin d'une passion vieille de 20 ans.
    C'est difficile de voir ce qu'il est devenu, quand on se rappelle ce qu'il a été, et, surtout, ce qu'il aurait pu devenir. Quel potentiel gâché...
    Je n'y avais pas pensé en ces termes : c'est une énigme, mais, c'est vrai, tu as raison, c'est une énigme. On se demande ce qui s'est passé (dans sa tête.)

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    1. Trop gentil ? Mais n'est pas plutôt la fan qui sommeille en toi qui est trop dure ? (pas facile avec lui, hein ? tout est question d'équilibre...)

      Personnellement je ne trouve pas que ses albums à partir de These People méritent plus de tomates pourries que ceux parus avant lui. Son plus consternant reste pour moi, et de loin, United Nations, avec son concept complètement pété et sa prod tellement lustrée qu'on pourrait se contempler dedans (ce qu'il ne manque bien sûr pas de faire) (merde, encore une bonne punchline gâchée dans un commentaire). En comparaison, These People fait presque figure de retour à la normale. Si on oublie l'ouverture où on frôle la tétanie en croyant que le mec a décidé de se mettre à la synth-pop, c'est même quasiment son disque le plus classique et "thevervien".

      Natural Rebel me semble tout à fait écoutable également. En musique de fond, disons.

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  2. Super titre :)

    Sur le fond j'ai une analyse assez différente. Je pense que Richard Ashcroft ne cherche plus vraiment le succès. C'était son seul moteur à ses débuts mais une fois l'objectif accompli, il ne savait plus où aller. Alors il a commencé à partir dans tous les sens en pensant qu'il était suffisamment connu pour être suivi. Mais pour toutes les raisons que tu expliques dans le passage sur la fin de la britpop, ça n'a pas marché. Et là il s'est aperçu qu'il vivait très bien sans le succès. Enfin, c'est ainsi que je le vois!

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    1. Hé oh, doucement, hein. Jeoffroy toi-même, d'abord.

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  4. Richard Ashcroft m'est aussi une énigme, comme tu le dis si joliment. Je ne pensais pas qu'il l'était également pour les gens de sa génération. Assez contente de savoir que ce n'est pas moi qui ai un problème ;)

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    1. Ravi de te déculpabiliser, par contre n'exagère pas non plus, je ne suis pas de la génération de Richard Ashcroft... le mec a la cinquantaine, hein ;-)

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    2. Je parlais bien sûr de "la génération des gens qui l'ont porté aux nues". C'est mieux comme ça ? ;)

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  5. (Alors désolé pour la boulette ci-dessus. Et je fais partie des deux trois personnes ^^)

    Pour moi, mais cela reste évidemment subjectif c’est évident, The Verve est le groupe d’un album. Ce qui fait qu’Ashcroft est le type d’un album par définition (?). Le premier ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, le troisième je l’ai écouté avec autant d’enthousiasme égard à l’attente pour m’en détacher rapidement. Urban Hymns pour moi est un quasi sans fautes ; autant Bitter sweet oui mais The drugs don’t work moins. Y a plein de morceaux dingues (Catching the butterfly, Space and time, Lucky man bien sûr mais aussi Weeping willow) et un final (Come on) que j’ai mis longtemps à apprécier égard aux chansons forcément très pop (britpop comme on disait à l’époque). En fait, la quasi totalité du disque est pour moi une suite de single en puissance. Calibré mais ultra mélodieux. Il faut se rappeler qu’au milieu de la guéguerre entre Oasis et blur, The Verve tirait plutôt bien son épingle au milieu de la zizanie superficielle. D’autant que la même année que Urban Hymns, Radiohead sortait son OK Computer (qui boxe dans une autre catégorie mais, tout de même, les anglais avaient le vent en poupe).

    Ashcroft, c’est aussi/surtout une trogne. Une gueule de dingue à laquelle Oasis rend hommage sur Cast no shadow je crois. Ce qui ajoute de l’eau au moulin de ton article. Le peu, en effet, que j’ai entendu de celle d’Ashcroft n’était pas dingue et ne m’a pas du tout donné l’envie de redonner moult chances; c’est, une fois encore, subjectif.

    Tout cela pour dire – et histoire de relancer un peu le débat- que j’ai l’impression (je me trompe peut-être/sûrement) que d’avoir un frontman d’un groupe d’une renommée importante réellement transformer l’essai, pleinement, avec une carrière solo (alors que c’est peu ou prou l’aspiration de chaque artiste) est rare. Faut un alignement de planètes absolument dingues pour réussi sur ces deux plans. Honnêtement, Damon Albarn est-il aussi bon tout seul qu’en groupe ? Liam Gallagher ? Noël Gallagher? Si Chris Martin sortait un album solo, aurait-on vraiment envie de l’écouter par envie plus que par curiosité ? Chacun répondra comme il souhaite, probablement par la négative;) Tout cela pour dire que, toute idée d’énigme mise à part, être le mec de The Verve – et d’un album légendaire oui - est tout de même quelque chose de plutôt pas mal sur un CV ;).

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    1. Ta dernière remarque est exacte, c'est même marrant que je n'aie pas du tout pensé à emmener l'article là-dessus (sans doute parce que The Verve était avant tout le groupe d'un seul mec. Pour rester dans les exemples que tu cites, Oasis et blur reposaient sur des dualités très fortes, Radiohead lui est un groupe complet dont l'équilibre tient à chaque membre.) Donc oui, dans l'absolu, sur la question du succès post-groupe, tu as raison, je connais assez peu de contre-exemples passé un certain seuil de notoriété.

      Mais le succès n'est qu'une partie de l'équation, dans le fond je ne l'évoque que parce que c'est quelque chose qui a toujours été très important pour Ashcroft lui-même. Il aurait aussi bien pu devenir un de ces types qui, effectivement, n'ont jamais eu autant de succès en solo qu'en groupe, mais dont on respecte malgré tout le travail, voire l'admire à l'occasion. Et pour le coup, les exemples sont innombrables. Rien que pour rester dans la britpop : Jarvis Cocker, exemple d'autant plus parlant que Pulp est un groupe qui a eu environ douze-mille membres et dont il a toujours été le seul unique moteur. Oui, beaucoup plus de gens préfèreront aller voir Pulp reformé l'an prochain (ce qui en tenant compte de la phrase précédente n'a pourtant aucun sens), mais tous ses disques solo ont été accueilli avec chaleur et avec un plaisir non-feint par les amateurs, même les pas terribles, parce que c'est lui, parce qu'on l'adore et qu'on sait qu'il y aura toujours un truc à prendre sur un disque auquel il contribue. Ashcroft, lui, semble à peine avoir accumulé une fan-base modeste (alors que The Verve a eu deux fois plus de succès), et sa personnalité extrêmement froide et distante a certainement joué là-dedans, d'où... eh bien tout ce que je dis l'article, et l'importance pour moi de prendre le temps de parler de The Verve, et plus spécialement de leurs premiers albums moins connus, manière de souligner que dès le départ, il y avait un hiatus entre ce que l'on percevait de lui et ce qu'il proposait réellement.

      C'est vrai que "Cast no Shadow" est dédiée à Ashcroft, je l'avais oublié (probablement parce que je n'aime pas du tout ce morceau). Je n'avais jamais envisagé qu'il puisse être SUR Ashcroft, mais maintenant que tu le dis je trouve que son texte résonne parfaitement avec cet article. Un homme "qui essaie de comprendre ce qu'il a entre les mains", "écrasé par le poids de tout ce qu'il tente de dire"... tout est dit ou presque. J'ai toujours pensé que Nono était bien meilleur parolier que lui-même ne le disait ;-)

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    2. Concernant ce que tu dis sur Albarn, il y aurait presque un article entier à écrire tant son cas me paraît particulier :
      - il semble avoir conservé une approche très collective de la musique : après son groupe il a surtout fait d'autres groupes (dont un qui a eu autant de succès que le premier), des tonnes de collaborations, et finalement très peu d'albums solo (deux en vingt ans et ils ne sont pas avares en featurings divers et variés).
      - paradoxa : son album le plus "solo" est peut-être bien Think Tank, où en l'absence d'un Coxon parti en désintox il prend toute la direction artistique sur ses épaules, et qui annonce bien plus la suite discographique d'Albarn que celle de blur (ok, il n'y a eu qu'un album depuis mais la touche de Coxon est partout sur The Magic Whip).
      - il s'est émancipé de blur en grande partie grâce à Gorillaz... dont le premier album est en réalité un album de blur sous pseudo avec Dan The Automator à la prod (enfin, ce n'est pas l'histoire officielle, mais les témoignages sont nombreux... il me semble que c'est Paul Weller qui enregistrait au même moment dans le studio voisin qui les avaient outtés dans une interview...)
      - blur reposait sur un fascinant attrait des contraires entre ses deux meneurs, mais la personnalité pour le moins "particulière" de Graham Coxon a bien contribué à laisser Albarn s'accaparer les spotlights et toute l'aura posthume du groupe... alors que dans tous les autres contre-exemples de ce type ça s'est plutôt fait au corps défendant des anciens partenaires... vas dire à Johnny Marr que Morrissey est un génie et l'âme des Smiths, pas sûr que tu repartes sur tes deux jambes ^^

      Bref pour répondre à ta question, je pense qu'Albarn à la fois n'a jamais eu de comparse aussi parfait que Graham Coxon et qu'il a largement gagné le droit d'être considéré comme un artiste à part entière. Un peu comme Bryan Ferry ou Morrissey, quoi (mais ne va pas le dire à Johnny Marr, ça reste entre nous ;-))

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  6. Que deux albums solo ? C’est drôle comme j’étais certain qu’il en avait sorti bien davantage. Bon faut dire qu’il ne chôme pas vraiment. Et que l’on ne peut pas reprocher l’appétence d’Albarn à vouloir bien s’entourer et à s’enrichir (comme lorsqu’il s’en va au Mali) pour mieux retrouver (?) son « comparse » comme tu le dis.

    Mais je n’arrive pas à adhérer émotionnellement à ses projets : Gorillaz, The Good, the Bad & the Queen...je ne sais pas. Cela ne me laisse globalement pantois. Il y a toujours évidemment deux trois titres qui me séduisent mais, globalement, pas autant qu’un album – même sommaire- de blur. Probablement parce que j’aime, comme tu le soulignes, la complémentarité entre Albarn et Coxon.

    Enfin, si tu me demandais - alors que tu ne m'as rien demandé ^^- de choisir entre Urban Hymns et l’album éponyme de blur, j’aurais du mal à me décider;)

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    1. Je te rassure, je n'adhère pas émotionnellement à ses projets non plus (même si dans l'ensemble je les trouve très sympas). Mais était-ce vraiment avec lui qu'on se connectait émotionnellement sur les albums de blur ? Au faîte de la gloire de blur, Albarn était plus souvent dans l'ironie, la satire sociale, le panache... que dans l'émotion. Coxon, quand enfin au bout de cinq albums il s'autorise à chanter une chanson, c'est "You're so Great" et on ne tape plus du tout dans le même registre. Une fois que tu sais que c'est SA chanson, tout comme "Tender", "Coffee & TV" ou "Battery in Leg" (meilleur titre d'un album sur lequel il ne joue même pas !), tu jettes tout de même un regard un peu différents sur les albums antérieurs du groupe (ceux sur lesquels les morceaux sont officiellement signés par les quatre), et un peu comme pour Lennon et Macca, tu devines assez facilement qui a réellement fait quoi.

      Tout ça pour dire qu'Albarn ne paraît dans le fond pas si différent aujourd'hui de ce qu'il était à l'époque. C'est le même mec cool et charismatique, un peu touche-à-tout, ouvert à toutes les influences, mais c'est certain qu'on ne peut pas attendre qu'il apporte dans ses projets actuels ce qu'il n'apportait déjà pas dans blur à l'époque.

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