vendredi 27 octobre 2017

Dragon Quest VIII - Remake, Remodel


Si Nintendo elle-même ne semble plus trop savoir quoi faire de sa console portable depuis le bide de la New 3DS et la parution de la Switch, il est un éditeur qui n’aura eu de cesse de la pousser dans ses retranchements : SquareEnix, qui entre deux jeux originaux de premier ordre n’en finit plus de porter ou adapter ses innombrables catalogues. Final Fantasy III. Et IV. Et VI. Chrono Trigger. Dragon Quest IV. Et V. Et VI. Cette année, la franchise phare de chez feu Enix (les deux boites autrefois rivales ont fusionné au début des années 2000) aura carrément eu droit à deux remakes 3DS pour le prix d'un ses épisodes VII et VIII. Si le premier (auquel on n’a pas joué) était d’autant plus attendu que l’original, défoncé par le passage en 3D, avait laissé des souvenirs mitigés, le second faisait carrément office d’évènement interplanétaire chez les amateurs de J-RPG. Et pour cause : paru sur PS2 en 2005, Dragon Quest VIII est à sa série ce que Final Fantasy VII est à la sienne. L’épisode le plus connu, le plus populaire, le plus vendu, le plus mythique… ainsi que le premier à avoir été traduit en français1. On ne parle même plus là de qualité, mais de symbole. Une différence notable toutefois : issu d’une série réputée pour son conservatisme, Dragon Quest VIII ne marquait pas une rupture avec ses prédécesseurs, quand FFVII était une réinvention totale tant du système de jeu que de l’univers de la franchise (qui abandonnait l’heroïc fantasy pour la SF et le cyberpunk). Bien calé dans son tempo médiéval-fantastique, ce huitième opus se contentait pour sa part d'offrir une synthèse presque parfaite de tout ce qui faisait l’intérêt de cette saga méconnue (et très inégale). Peu importe : de même que tous les portages de FFVII se firent défoncer en leur temps, DQVIII version 3DS s’est attiré les foudres des fans avant même que quiconque y ait joué. A raison ?


Évacuons d’emblée le débat le plus stérile de l’univers (et le préféré des intégristes… innombrables de ce côté du continent SquareEnix) : non, une 3DS n’est pas une PS2, oui, cette adaptation est un peu moins fine visuellement. Le jeu n’en est pas moins l’un des plus beaux de la machine, le chara-design rend très joliment hommage au travail de Toriyama, l’architecture des villes et des donjons est toujours à tomber par terre. Les musiques sont splendides, l’atmosphère tantôt bouffonne et tantôt mélancolique parfaitement restituée (arf, ce passage désolant au Château de Trodain…), et les caméras, chose rarissime chez Nintendo, parfaitement réglées. Reste plus qu’à jouer en évitant de tomber dans le piège des sept différences, ce qui sera d’une grande facilité face à un jeu aussi riche, long et captivant2. Parce que tant qu’on y pense, il y a en fait une autre nuance de taille entre ce jeu et son homologue de chez Final Fantasy : FFVII n’est pas le meilleur jeu de la saga, il survenait même après celui que tout le monde s’accorde à considérer comme le chef-d’œuvre absolu de Square. DQVIII, en revanche, l’est bel et bien. Peut-être encore plus sur 3DS que sur PS2.


A l’instar de ses prédécesseurs et successeurs, cette Odyssée du Roi maudit n'a, pourtant, rien de très orignale. C’est la grande faiblesse de certains jeux de la franchise, c’est la grande force de celui-ci. C’est un J-RPG en 3D mais old-school jusqu’au bout des menus (très lisibles mais ultra primitifs), où les séquences de levelling sont légion et où l’on suit globalement l’habituel cheminement Ville —> Donjon —> Randonnée —> Ville —> Donjon —> Fausse quête annexe qu’on ne peut pas vraiment esquiver —> Randonnée —> Ville… etc. Si ses niveaux sont parfois assez tortueux, leurs énigmes sont plutôt sommaires et le principal enjeu demeure de survivre jusqu’à la sortie en évitant d’arriver au boss avec 5 PM et zéro consommable (les points de restauration sont extrêmement rares et servent le plus souvent de bande-annonce angoissante à un boss encore plus costaud que les autres). Dragon Quest IX étant sorti directement sur DS entre temps, ce vrai/faux successeur en reprend bien l’un des éléments les plus particuliers (à l’échelle de la série) : les ennemis sont visibles à l'écran (sauf quand on navigue sur les océans… où ils se trouvent aussi être les plus forts, vous voilà prévenus). Cela ne sera heureusement pas suffisant pour en faire en jeu ultra-assisté, la plupart des couloirs étant trop exigus pour que les monstres puissent être évités. Il y a même un petit jeu avec la fatalité là-dedans, d’autant qu’on peut assez facilement se faire surprendre par un adversaire en apparence faiblard qui vous abat comme des merdes au gré d’une succession de coups critiques que vous n’aviez pas vu venir, ou parce qu’il a brutalement augmenté sa tension (gimmick cher à la série qui sera plus souvent utilisé contre vous qu’à votre avantage).

Car un bon Dragon Quest naît avant tout des contraintes qu’il impose - et un très bon, de la manière dont il équilibre le tout. Le huitième épisode est au-delà du bon : l’on y souffre le sourire aux lèvres, émerveillé par l’environnement, captivé par une trame ni trop simpliste ni trop touffue, sans jamais resté bloqué mais en n’ayant aucun véritable sentiment de facilité (si ce n’est peut-être au tout début du jeu). S’il ne s’agit pas d’open-world, on ne peut pas dire que le joueur soit limité dans ces mouvements : les continents sont vastes, variés, pourris de secrets, on a parfois l'impression qu'on n'en aura jamais fait le tour, a fortiori parce que chaque nouveau moyen de locomotion ouvre d'innombrables perspectives en plus des lieux de passage obligé. Même celui qui n'a pas l'âme d'un aventurier s'y retrouvera : chaque fragment d'univers propose suffisamment de lieux pour que l’on ait largement de quoi s’occuper et/ou farfouiller entre deux donjons, d’autant qu’en dehors des séquences incontournables du scénario, très peu d’indications vous seront données par les PNJ quant aux différents secrets. Le levelling coule donc de source : sans être au niveau d’un Bravely Default, où les quêtes annexes sont si nombreuses qu’elles constituent un entraînement suffisant, le déroulement du jeu a été pensé pour encourager l’exploration, donc une autre forme de levelling « inconscient ». Bien sûr, il faudra toute de même en passer par quelques séances de cassage de monstres, car pour être progressive, la difficulté n’en est pas moins réelle ; arrivera un moment, dans la dernière partie du jeu, où quoi que vous fassiez, les ennemis vous sembleront toujours trop forts y compris et peut-être surtout lorsque vous aurez eu l’impression de vous promener cinq minutes avant.

Ne rêvez pas, avant de faire 180 de dégâts, vous avez un looooooooong chemin à parcourir.

C’est ici qu’entrent en ligne de compte les nombreux ajouts et modifications spécifiques à cette réédition 3DS, même s’il est assez difficile d’évaluer la réelle valeur ajoutée quand on ne connaît pas très bien l’original (d’autant qu’à l’inverse, certains éléments ont été volontairement rendus moins faciles). Les équipes de monstres sont franchement balaises et servent de plus en plus fréquemment au fil de la quête (on pourra d’ailleurs reprocher que leur importance ne soit pas assez soulignée, ce qui implique qu’on ait tendance à un peu les négliger au départ)3. L’alchimie est devenue instantanée (ce qui n'était pas du luxe même si c'est un peu moins rigolo) et les nouveaux personnages (optionnels) finissent par justifier un tout petit peu leur utilité lorsque vous découvrez qu’ils prennent le relais une fois votre équipe principale anéantie4 (vraiment un tout petit peu cela dit, car pour le reste, ils ne servent à peu près rien, ne participent pas vraiment à l’intrigue et arrivent bien trop tard dans le jeu pour qu’on ait réellement envie de les upgrader).

Special Guest Stars

Il est bien difficile de trouver un défaut à ce jeu dont chaque détail est extrêmement soigné, si ce n’est peut-être sa longueur extrême, ce sentiment que ça n’en finit plus de finir rappelant un peu le sympathique mais épuisant Breath of Fire 35. Mais ce commentaire est subjectif et variera beaucoup selon que vous avez fait ou non les quêtes annexes au fur et mesure quelles devenaient accessibles. Si comme moi vous êtes plutôt ce genre de joueur et pas celui qui va toutes se les faire une fois le jeu terminé, les derniers chapitres, assez avares en nouveautés, risquent de vous donner l’impression que les donjons et surtout les boss s’enchaînent à une vitesse effrénée, ce qui pourra sembler un peu lassant (même si le jeu se surpasse visuellement durant ces passages, et si les développements scénaristiques restent intéressants). Il faudra de fait une certaine motivation pour se lancer dans la dernière ligne droite, puisque c’est un chapitre tout entier, et non des moindres tant il recèle d’éléments clés de l’intrigue, qui vous attend une fois le mega-boss battu en serrant les dents. Mais le jeu en vaut sacrément chandelle, car au-delà de son gameplay soyeux, Dragon Quest VIII honore fièrement son sous-titre : c'est bien d'une odyssée qu'il s'agit, pleine de détours, de moments épiques ou de pur bonheur. Chaque arrivée dans une nouvelle ville, plus somptueuse que la précédente, est une récompense en soi aux efforts consentis. On n'a qu'une envie, l'arpenter de fond en comble, fouiller chaque recoin, parler à tout le monde même si l'on sait parfaitement que ça ne servira à rien du tout les trois quarts du temps. Peut-être est-elle là, la marque des plus grands jeux : ils savent rendre passionnant ce qui est chiant dans presque tous les autres jeux du genre.


👑 Dragon Quest VIII : L'Odysée du Roi maudit
J-RPG, Nintendo 3DS | SquareEnix, 2017


1. Il ne portait d’ailleurs pas de numéro chez nous au moment de sa parution, comme pour bien marquer le coup.
2. Pas le choix, de toute façon : je ne l’avais pas fini à l’époque, on me l’avait prêté juste suffisamment pour que je sache que c’était un super jeu, mais assurément pas assez pour que j’en vienne à bout… et pour cause, puisque dans cette édition 3DS, que je n'ai pas encore tout à fait terminée, j’ai dépassé les 61 heures de jeu.
3. Pour dire les choses clairement, cette quête beaucoup moins annexe qu’il y paraît est disponible assez tôt dans le jeu : vous pouvez capturer des Pokemon monstres et les faire se battre dans l’arène assez rapidement (si vous n'oubliez pas de vous y arrêter car elle semble fermée de prime abord)… mais vous ne découvrez que vous allez pouvoir les utiliser dans de vrais combats qu’au moment où vous accédez à cette capacité qui aurait pu s'avérer très utile genre... là, il y a cinq minutes. D'une manière générale, si cette back-up team est relativement peu efficace contre les boss, elle est un vrai don du ciel pour s'économiser dans les donjons.
4. J’ai battu deux boss de suite comme cela, la première fois totalement par hasard : j'hésitais à éteindre la console vu que clairement, je ne pouvais pas gagner le combat, mes héros sont morts et là, magie ! Rubis et Morry entrent en piste et portent le dernier coup (littéralement : il n'en restait qu'un pour tuer le boss).
5. Paru en 1998 sur PlayStation, Breath of Fire 3 est l'un des jeux les plus faibles de cette excellente franchise, mais est assurément l'un-des-sinon-le J-RPG le plus long de tous les temps - presque 100 heures pour tout finir, et encore, si vous ne galérez pas trop.

15 commentaires:

  1. Désolé de faire intégriste mais les graphismes ont l'air très laids par rapport à l'original...

    Mais bon, que de souvenirs avec ce jeu !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ils sont moins beaux c'est certains, mais ils ne sont pas laids du tout, il faut voir aussi que les captures de DS sont souvent beaucoup plus pixélisées (vu que les écrans sont tout petits).

      Supprimer
  2. Très bon jeu, sans aucun doute le meilleur Dragon Quest, mais il conserve une certaine rigidité typique de cette série. Je le placerais tout de même assez loin derrière les meilleurs FF ou un Chrono Trigger.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En même temps tu sais, je fais partie de ces connards qui trouvent un FFVII ou un Chrono Trigger surestimés ^^

      Supprimer
  3. Excellent jeu, avec lequel j'ai découvert (il y a quelques années seulement), le principe du RPG. peut etre pour ca d'ailleurs que j'ai trouvé le début très difficiele (je ne connaissais pas le principe du upgrading, j'ai failli abandonner). j'ai passé de très bonnes heures de jeu, mais j'ai arrêté au boss final (je crois que je ne l'avais pas vaincu), tout en sachant que ce n'était pas la fin... et je crois qu'il y a pas mal de chose que je n'avais pas faites, comme les arènes...
    tu me confirmes que c'est le seul de la série à être sorti sur la PS2 ? j'en aurai bien essayé un autre, malgré le manque de temps (cela dit je pourrais le retenter, je crois que je ne l'ai pas revendu)

    sinon en RPG je viens de commencer Mario, suite à l'acquisition un peu par hasard d'une mini Super Nintendo. c'est marrant pour l'instant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui, évidemment en ne connaissant pas les principes de base, ça doit être coton. D'autant que beaucoup de choses dans le jeu ne sont tout simplement pas expliquées. En tout cas chapeau, j'avoue que même en sachant que la version PS2 est un peu plus facile que la version 3DS, j'ai du mal à croire que tu aies réussi à aller aussi loin sans faire les arènes !

      Je te confirme que c'est le seul Dragon Quest paru sur PS2, et pour cause, contrairement à Final Fantasy, c'est une série peu prolifique, douze ans après le 8 ils n'en sont qu'au 10 (paru sur Wii il y a déjà un bail).

      Je garde un très bon souvenir de Super Mario RPG, c'est dommage que tu te sois fait DQVIII en premier car là, pour le coup, c'est un excellent jeu pour débuter avec le genre.

      Supprimer
    2. (EDIT : je dis une bêtise, le XI vient de sortir Japon... évidemment par sur PS2 ^^)

      Supprimer
    3. Oui, on apprend tout sur le tas, c'était chaud, surtout les premiers combats! si tu as du mal à croire que je sois allé aussi loin sans les arènes, c'est très certainement que j'ai du les faire et que je ne m'en rappelle plus. Ou pour etre exact, je m'en souviens vaguement mais comme d'un truc découvert très tardivement dans le jeu, et que j'avais délaissé rapidement. mais ce ne dois pas être ce qui s'est passé à l'époque !

      un RPG que j'avais encore plus aimé, et celui là je suis allé au bout, c'est Rogue Gallaxy. maintenant que j'y pense c'est sans doute lui que j'ai gardé plutot que Dragon Quest, faudrait que je vérifie ca...

      je te dirais pour Mario, mais bon au rythme où je joue je suis pas près de le finir. et en plus je me suis déjà planté deux fois au moment de la sauvegarde, tout à refaire !

      Supprimer
    4. En même temps, le Super Mario RPG est assez court, dans mon souvenir. Moi la cartouche qu'on m'avait prêtée à l'époque buguait, je restais coincé sous une poutre et impossible d'aller plus loin ! Je ne l'ai terminé que des années après sur émulateur (très facilement au demeurant).

      Supprimer
  4. Ah tiens, un que je connais pour une fois! (mais j'ai pas fini)(je confirme qu'il est super long)(et qu'il est très bien même si je me suis lassé sur la fin)

    RépondreSupprimer
  5. Han, c'est rigolo je joue à ce jeu en ce moment :)

    C'est clair qu'il a l'air long, je viens de finir le labyrinthe de finelame et j'ai l'impression que l'histoire commence alors que j'ai déjà des heures de jeux derrière moi.

    "en dehors des séquences incontournables du scénario, très peu d’indications vous seront données par les PNJ"

    Même en comptant le scénario en fait. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant tourné en rond. On voit à cela que c'est malgré tout un vieux jeu ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne me rends pas compte, il y a quand même beaucoup de choses qui m'ont parues suffisamment évidentes pour que je n'aie pas à regretter le manque d'indications des PNJ. Cela dit, il y a beaucoup de trucs que j'ai découverts un peu par hasard ou juste tardivement parce qu'à partir du moment où tu récupères le bateau, les lieux deviennent aussi innombrables que les sub-plots et on a tendance à oublier des trucs (par exemple le casino - tu n'y es pas encore mais ça va venir - qui est fermé pendant tout le temps où l'intrigue principale nous amène dans ses environs... et où l'on ne pense pas forcément à retourner une fois qu'on est parti dans une autre région, tout simplement parce qu'il se passe beaucoup de trucs entre temps et qu'on oublie).

      Effectivement, le labyrinthe de Finelame se situe plus vers le début du jeu ;-)

      Supprimer
  6. Bon article qui prend le contre pied des critiques que j'ai pu lire. Tu me confortes dans mon idée qu'elles étaient très sévères, je trouvais certains reproches stupides (la fin des combats aléatoires (une horreur dans le jrpg classique) ou la censure des costumes sexy de la fille (pas touche à ma misogynie!)

    J'avais beaucoup aimé ce jeu à l'époque mais il n'était pas sans défaut. Je pense à la difficulté qui était complètement irrégulière, c'était très dur au début puis très facile pendant un bon moment puis limite infaisable...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est marrant parce que du peu que je connaissais du jeu original, il ne m'avait pas marqué par sa difficulté.

      J'ai effectivement lu que celle-ci avait été en quelque sorte égalisée. Certains coups spéciaux notamment, jugés trop puissants sur PS2, auraient été "affaiblis". Et surtout, double-écran oblige, la carte de chaque donjon n'est plus cachée dans un coffre, elle s'affiche automatiquement en entrant dedans. Pour moi c'est peut-être ça la différence la plus notable, d'autant qu'à la place, le coffre autrefois dévolu à la carte donne... des pièces d'or, ce qui n'est jamais du luxe dans un Dragon Quest ^^

      Pour ce qui est des tenues sexy de Jessica, tu imagines que ça ne m'a pas particulièrement manqué...

      Supprimer

Si vous n'avez pas de compte blogger, choisir l'option NOM/URL et remplir les champs adéquats (ce n'est pas très clair, il faut le reconnaître).