dimanche 24 janvier 2016

The X-Files - La Vérité, c'est qu'on s'en foutait de savoir où était la Vérité.

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Revoir X-Files en 2016, c'est se plonger dans les méandres du souvenir, de la mémoire... c'est croquer dans une madeleine un peu rance (ce n'est ni très frais, ni très gai, comme souvenir) mais néanmoins goûtue en espérant ne pas être trop déçu ; ne pas se rendre compte, maintenant qu'on est devenu un grand spécialiste en madeleines, que la marque préférée de notre enfance était un produit bas-de-gamme à peine digne d'être trempé dans une tasse de Banania.

C'est que la série créée par Chris Carter fut la première à laquelle j'aie été réellement scotché, quasiment depuis le premier jour de diffusion sur M6. Le début d'une passion pour un genre que je n'ai cessé d’explorer et d'approfondir par la suite, alors même que je m'éloignais inexorablement de la série qui m'avait fait aimer les séries. Ce qui n'était pas grave : X-Files avait déjà largement contribué à réveiller mon imagination et m'avait accompagné durant fort longtemps. Pensez donc : neuf saisons. Une presque décennie ! Adolescent lorsqu'elle a commencé, j'étais un jeune adulte lorsqu'elle s'est achevée. Et si je ne l'avais jamais revue depuis, les retrouvailles ne m'ont pas réellement déçu. J'ai même été assez surpris de constater à quel point certains épisodes ("Tooms", "Drive", "Tunguska", "Pusher"...) étaient restés gravés dans ma mémoire. Au point qu'il me semble rétrospectivement que la série a en grande partie façonné mon imaginaire. Exemple parmi d'autres : j'ai toujours été fasciné par les histoires de quêtes désespérées et perdues d'avance : Twin Peaks, le Red Riding Quartet de David Peace, Zodiac, My Dark Places, Stephen King et sa Tour, L'Antre de la Folie et/ou Cigarette Burns de Carpenter... une liste très loin d'être exhaustive d’œuvres m'ayant particulièrement hanté (c'est le cas de le dire) parcourues de héros seuls contre tous ou presque, déphasés, obsessionnels, rendus malades par l'objet d'une quête généralement débutée sous les auspices les plus altruistes (résoudre un crime, sauver une personne. Voire le monde). Il est plus que probable que cette obsession pour les obsessionnels découle en fait de X-Files, première œuvre recoupant ces thématiques à laquelle j'aie été exposé (très jeune, de surcroît). Et non des moindres tant Mulder compose un remarquable prototype de héros christico-paranoïaque. Un adulte auquel n'importe quel enfant ou ado pouvait s'identifier, torturé mais rêveur, toujours en danger mais perpétuellement optimiste. Il n'est d'ailleurs pas interdit de supposer que le fait que je me sois progressivement désintéressé de la série à l'époque soit à mettre en regard de la manière dont sa quête se rapproche de plus en plus de sa résolution à partir de la saison six1.

Bien entendu, X-Files a vieilli. Et pas toujours bien, et pas toujours sur ce qu'on aurait supposé voir vieillir le plus vite. Ainsi la série a-t-elle pris beaucoup plus de rides en matière d'écriture qu'en ce qui concerne son esthétique. Revoir X-Files, c'est indirectement se replonger dans une époque révolue où l'écriture télévisuelle n'avait pas grand-chose à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui. On était loin alors de parler de Peak TV (tant mieux) ; c'est d'ailleurs à peine si l'on parlait de télévision tout court, en tout cas chez les plus de trente ans et autres personnes s'auto-désignant comme sérieuses. Avec ses bâtiments gris et sombres (les loueurs de hangars de Vancouver ont dû faire fortune dans les années quatre-vingt-dix), sa nature oppressante (mais combien y-a-t-il d'hectares de forêts dans le Maine ?), son esthétique froide et anxiogène... sans oublier son humour acide, le show de Chris Carter a réellement, profondément et durablement changé la manière dont on regardait une série télévisée - plus que celle dont on l'écrivait, à vrai dire. Visionnaire, il n'en est pas moins marqué par son époque, ne serait-ce que dans la caractérisation des personnages, qui à l'exception notable du versatile Mulder pourront avoir l'air assez simplistes, linéaires et archétypaux, avant tout entrés dans la légende de manière "sensible" - par le biais des mystères les enrobant (L'Homme à la cigarette, of course, mais aussi le glaçant Alex Krycek) ou parce que les comédiens les incarnant étaient particulièrement charismatiques (Gillian Anderson for EVER). S'ajoutent à cela quelques facilités scénaristiques qui ne pardonneraient plus de nos jours (le critique du dimanche qui snipe désormais tout ce qui bouge au bout de trois épisodes était de toute évidence moins casse-couilles et plus patient, autrefois), ce qui ne manque pas de piquant lorsqu'on se souvient à quel point, en son temps, ce programme fut novateur, ne serait-ce que par son ton en faisant en véritable monument de noirceur (et de drôlerie) par rapport aux standards des Networks de l'époque - et pas uniquement parce qu'il était le premier à représenter un homme et une femme à part parfaitement égale.

La seule chose dont je suis sûr à propos de ce reboot, c'est que les coiffures seront moins cools.

Alors que l'heure des retrouvailles approche à grands pas (la nouvelle mini-série, il faut vraiment avoir vécu dans un igloo depuis des semaines pour l'ignorer, débute ce soir sur la FOX), difficile d'anticiper à quelle sauce on va être mangé, ni de nourrir quelques inquiétudes quant au contenu. La nostalgie ne fera oublier à personne que la dernière réunion de Mulder & Scully s'est soldée par un film piteux2. On se demande un peu à quoi peut bien ressembler le Fox Mulder de 2016, lui qu'on avait quitté trentenaire éclatant de (fausse) candeur et que l'on va retrouver quinquagénaire bronzé et bodybuildé. On craint bien entendu que Carter, privé de ses meilleures collaborateurs des meilleures saisons3, ne nous bassine avec une énième revisitation d'une mythologie qui avait fini par lasser certains des fans les plus assidus. Mais qui sait ? Peut-être aussi que cela le fera. Peut-être que la nostalgie sera trop puissante et qu'il sera impossible de ne pas éprouver pour le duo reformé une coupable sympathie. Peut-être également - mais cela semble moins probable - que Mulder m'entraînera dans une nouvelle quête éperdue, dont je n'aurai jamais envie de connaître la fin. Dans tous les cas, on ne pourra qu'encourager les gamins de 2016 à (re)découvrir cette formidable série sans laquelle celles qu'ils adorent n'existeraient probablement pas, peut-être dans de meilleures conditions que nous-mêmes lorsque nous l'avons découverte. Il paraît qu'aujourd'hui, voire des épisodes dans l'ordre et en VO sans coupure publicitaire est devenu commun. Mine de rien, ça non plus, ça n'aurait peut-être pas été possible sans le prodigieux succès des aventures de Mulder & Scully.


👍👍👍 The X-Files (saisons 1 - 9)
créée par Chris Carter
FOX, 1993-2002


1. Pour ne pas dire que celle-ci est déjà largement accomplie, puisque "The Beginning" (6x01) inaugure un second mouvement de la série dans laquelle l'extension de la mythologie tente - pas toujours avec bonheur - de faire oublier que la saison cinq était conçue pour mettre un terme à la série (comme l'indiquait le titre de son épisode final, "The End").
2. Je parle bien sûr d'I Want to Believe, en 2008, et non du très chouette Fight the Future dix ans plus tôt, qui s'inscrivait dans la continuité de la série.
3. Kim Manners est certes décédé, mais ce comeback se fait aussi sans Rob Bowman, Frank Spotniz, Howard Gordon ou Vince Gilligan... pour ne citer que les plus fameux.

18 commentaires:

  1. Article sympa (et super titre)

    Je n'ai jamais été très SFFF, mais X-Files je dis OUI :)

    Vivement ce soir (enfin demain)

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    1. "Vivement", bon... n'exagérons rien, hein ;-)

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  2. " Un adulte auquel n'importe quel enfant ou ado pouvait s'identifier, torturé mais rêveur, toujours en danger mais perpétuellement optimiste."

    C'est exactement ça !

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  3. Salut Thomas,

    Désolée du hors sujet mais tu arrives à aller sur le CDB ce matin ? Impossible pour moi!

    En tout cas ce détour m'a permis de lire un très bon article ;)

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    1. Écoute, je ne sais pas ce matin, mais là je viens d'y accéder sans problème...

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  4. Et la série ne doit pas avoir vieilli tant que ça : cela fait deux années de suite que je la montre à des 4e dans le cadre de la séquence sur la littérature fantastique, et ça marche à fond !

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    1. Oui mais ils sont en 4e, en même temps ^^

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  5. que de souvenirs! certains épisodes me restent aussi en mémoire (notamment celui où des champignons poussent dans le corps de scientifiques et finissent par leur exploser la gorge, projetant des spores qui contaminent les malheureux à proximité). Malgré mon age, je flippais devant cette série!
    à l'époque la télé était dans la chambre de mes parents, donc j'enregistrais les épisodes, et systématiquement ma mère coupait le magnétoscope en se couchant car il faisait trop de bruit. Je te dis pas la frustration en regardant les épisodes amputés à chaque fois du dernier quart d'heure! C'est la seule série où j'ai regardé une saison complète d'affilée (la 2, que j'avais emprunté en dvd à un pote)

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    1. Je me souviens très bien de cet épisode également ! C'est "Firewalker", dans la saison 2. Un truc totalement traumatisant...

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  6. Grand grand grand fan devant l’Éternel, du moins jusqu'à la fin de la saison 6, par ailleurs excellente notamment pour ses épisodes comiques, que l'on oublie trop souvent.

    Je garde en souvenir beaucoup d'épisodes de la saison 2 (dont "Le Vaisseau Fantôme", stand-alone mémorable où les deux agents vieillissaient à mesure où ils buvaient de l'eau et "Faux-frères siamois"), une ambiance hors du commun qui a mis du temps à se désagréger, même au plus fort du succès de la série (qui, de mémoire, tournait quand même autour de 22, 25 millions de téléspectateurs), la musique de Mark Snow et, c'est clair, une alchimie rare entre deux personnes de sexes opposés. Limite je ne regardais la série plus que pour ça à la fin, même si Mulder restait mon personnage préféré: dormant sur son canapé, jouant au basket, regardant des films porno lors de ses plages d'ennui...

    Et puis il reste l'auteur d'une des vannes les plus sismiques de la galaxie (sur ce coup-là la traduction française s'est surpassée) : "Je ne parlerais qu'en présence de ma vodka" :)

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    1. "Faux frères siamois" c'est celui dans un cirque, où les artistes meurent les uns après les autres dévorés par un espèce de monstre rampant? celui là m'a carrément marqué aussi !

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    2. Et il disait quoi, d'ailleurs, en VO ?

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  7. Bon eh bien il était plutôt pas mal, cet épisode non ?

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    1. Franchement, j'ai trouvé ça limite mauvais. Tout ce que j’aimais dans la série d’origine (voir plus haut) ne figurait pas dans ce début très bavard et un peu vide, où on essaie de nous rappeler avec insistance que nous ne sommes plus dans les années 90 (merci de l’info) et dont le parti pris scénaristique, outre qu’il occulte en grande partie la fin (très sombre et plutôt réussie) de la version originale, m’a fait écarquiller les yeux tellement je l’ai trouvé inepte (en l’espace de trois secondes, Mulder est convaincu du contraire ABSOLU de ce en quoi il a cru – et dont il a été témoin – durant TOUTE SA VIE ? Mais N’IMPORTE QUOI. Qui peut gober un truc pareil ?) Même l’humour m’a paru un brin forcé et trop dilué dans le fan-service pour faire vraiment mouche. Après le contenu est joli, Duchovny et Anderson s’amusent de toute évidence, Joe McHale réalise le rêve de tout ado en joutant dans sa série préférée… mais tout cela ressemblait quand même plus aux saisons un peu balourdes de la fin qu’à l’âge d’or de la série. Au final, il n’y a que le fait qu’ils aient gardé le générique d’origine qui m’a fait frétiller :(

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    2. (oui, j'ai copié/collé ce que j'avais écrit dans le CDB, j'allais tout de même pas rédiger deux fois mon avis ;-) )

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    3. Tu as vu le 2e ? Il est beaucoup mieux.

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    4. "Beaucoup", faut peut-être pas exagérer non plus.

      Mais mieux, oui, clairement.

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