lundi 11 mars 2013

Spectres - De la cold wave au surgelé

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Je ne sais pas pourquoi (je n'y ai jamais mis les pieds), mais j'ai l'impression que ça ne doit pas être très marrant comme ville, Vancouver. Une intuition, comme ça. Pourtant sur Google Images, ç'a l'air plutôt joli (non : toutes les villes n'ont pas l'air jolies sur Google Images, je vous assure - essayez avec Dunkerque ou Le Havre si vous ne me croyez pas). Mais chaque fois que j'entends un groupe de là-bas, ce qui d'ailleurs n'arrive pas souvent, celui-ci est soit d'une humeur égale et donc affreusement mauvais, soit bon tout en n'exprimant pas une incommensurable joie de vivre.

Prenez Spectres. Bon, déjà : ils s'appellent Spectres. J'ai raconté dans une précédente chronique comment ce nom digne des plus grands du black metal pouvait induire en erreur (ou pas). Leur premier album, blafard comme pas possible, portait tout de même le titre programmatique de Last Days, et son meilleur morceau s'intitulait 'City of Ghost'. Je vous laisse tirer les conclusions qui s'imposent.


Spectres, justement, publie ce mois-ci un nouvel opus dont le titre annonce une nouvelle fois la couleur : Nothing to Nowhere. Un bras d'honneur post-punk à l'office du tourisme local, qui n'a pas fait les réformes s'imposant depuis Last Days ? Peut-être. A moins qu'il ne s'agisse plutôt d'une main tendue à un autre office du tourisme, plus à l'est, du côté de Manchester. Si l'on ne sait pas exactement après écoute où se situe le "Nothing", il est en revanche assez évident qu'on localisera le "Nowhere" dans un périmètre d'environ 10 km autour de l'Hacienda. Plus encore que le précédent, ce second album sue le catalogue Factory par tous les pores, parfois à l'extrême limite du pastiche ('Remote Viewing'), ce qui déçoit un peu compte tenu de la bonne grosse trempe qu'avait été son prédécesseur. On aurait pu espérer du round suivant que le groupe s'élève, tranche la gorge à ses influences et donne la pleine mesure de son indéniable talent. Bah oui, mais non : Spectres préférèrent apparemment trancher leurs propres veines et laisser les dites influences se répandre un peu partout, quitte à savamment se les étaler après sur le bidon. Résultat ? Nothing to Nowhere offre un post-punk toujours aussi livide, toujours aussi teigneux, toujours aussi fort mélodiquement... mais sans l'effet de surprise qui avait fait du groupe les attachants outsiders d'un courant qui commençait à nous gaver les portugaises. Comme par le passé, c'est dans les passages les plus rageurs que les jeunes gens sont les plus convaincants, décidément très à l'aise dans le registre "missiles cold-wave" (bel - enfin : moche, donc bel - enchaînement 'Decompensation' / 'Missing Time'). Et comme par le passé, dès qu'ils lèvent le pied, on entend un chanteur fatigué et une section rythmique dépressive rappelant immanquablement l'un des plus grands groupes anglais de tous les temps (un indice : pas les Beatles), voire un deuxième sur le titre final (non, pas les Stones non plus). C'est efficace, bien fichu, inspiré. Mais on est vraiment désolé de dire qu'on attendait un petit peu mieux, la possibilité d'être élu "meilleur espoir cadavérique" deux fois en trois ans étant exclue pour d'évidentes question de décomposition des chairs.


Nothing to Nowhere 
Spectres | Deranged, 2013

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