dimanche 22 août 2010

Spectres - De l'art de bien choisir son nom de scène

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Il y a des groupes, on a vraiment du mal à comprendre comment ils ont dégotté leur nom. Pas que celui de Spectres manque de classe. Mais ce qu'il évoque immédiatement n'est pas forcément ce que l'on entend une fois entammée l'écoute de ce premier LP au titre se voulant (on le suppose) menaçant : Last Days (bouh !). Pour vous dire, en farfouillant sur le Net, on découvre sans surprise qu'il existe déjà deux autres spectres musicaux, dont un groupe de... black metal. Comme quoi tout n'est pas toujours dans le titre (quoique... reconnaissons que Last Days serait un parfait titre d'album de black).

Toujours est-il que la musique incisive du quintette n'a pas grand-chose à voir avec le genre, pas plus d'ailleurs qu'avec la musique spectrale, fantômatique, éthérée que peut suggérer son nom. Bien au contraire : son rock est dur, anguleux traversé par une rage peu commune. Le plus court résumé serait sans doute de préciser que le meilleur titre de l'album s'intitule 'Stazi', et que cette scie punk et martiale est affreusement bien nommée.


A ce stade, on doit donc étudier l'hypothèse voulant que le groupe ait choisi son nom à cause du spectre de Joy Division ? La possibilité tient la route, même si Last Days évoque globalement plus souvent The Fall, voire carrément Warsaw. Mais ce serait d'un incroyable culot, d'autant que Spectres s'autorisent déjà à citer explicitement le groupe post-punk ultime dans un morceau - 'City of Ghosts' - dont la ligne de guitare frôle l'outrage à sa Majesté Sumner. Et le pire, c'est que cette chanson est excellente et qu'on n'arrive pas à se l'enlever du crâne, même en sachant qu'on est à l'extrême limite de la pompe la plus éhontée.

Reste une dernière hypothèse : il faut prendre le nom du groupe au sens propre ; c'est simplement l'acceptation du terme qui change. Pour ces gens-là, de toute évidence, un spectre est un méchant fantôme, pas un ectoplasme serial-killer comme chez le susmentionné groupe de black, mais un du genre teigneux et vengeur comme un nain présidentiel. Cette théorie est sans doute la plus probable. Elle colle en tout cas parfaitement à un album qui fait feu de tout bois, compact et abrasif, urgent et viscéral. Soit donc une demi-heure d'un rock sépulcral particulièrement maîtrisé (surtout pour un premier LP), huit titres sans temps mort et tendus comme des arcs. S'il n'a ni l'originalité de celui de Swans, l'efficacité mélodique de celui d'Interpol ni la déjante de celui des excellents Frustration, le post-punk de Spectres n'en est pas moins racé, brillamment écrit et des plus percutants.

Pas de quoi changer la face du monde ? Soit, mais largement de quoi lui refaire la tronche à coup de marteau-piqueur.


Last Days, de Spectres (2010)

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