jeudi 3 mai 2012

CINQ SAISONS EN ENFER - Deuxième (et on espère dernière) partie

...
Suite promise, suite due à notre rétrospective golbo-sarkozienne. Un second volet plus sombre, plus tendu, plus difficile du coup à compiler (beaucoup d'éditos sont passés à la trappe pour cause de redondance)... mais qui heureusement, fleure bon le pot de départ en retraite.







V. National Front Disco

JANVIER 2010. Journal de Drob (2)

8 janvier. C'est au moment précis où je me demandais ce que devenait Hadopi que paf boum crac ! La commission Sarkoz... euh ! Zelnik, pardon... rend ses conclusions. Tous nos voeux les français, joie, rire et bonheur - voici nos conclusions... Effectivement ils n'ont pas menti : joie, rire et bonheur sont d'ores et déjà au programme de 2010. Entre l'idée de la taxe Google qui m'arrache des larmes de béatitude (ils hésitaient entre taxer les FAI et Google... finalement ils ont renoncé aux FAI, ce qui est presque un choix intelligent... qu'ils ont immédiatement assorti d'une imbécilité au titre ronflant qui ne verra jamais le jour, bien sûr) et le truc de la Carte Musique qui me colle des larmes de plaisir (Kevin, tu critiqueras Goldman à table quand tu auras atteint ta majorité musicale - maintenant file dans ta chambre !)... j'avoue que je ne saurais choisir. Les deux mon colonel ! Au moins maintenant on est sûr (on n'en doutait pas vraiment, hein : y avait Jacques Toubon dans l'histoire) que cette commission n'était qu'un canular encore plus drôle que l'Hadopi (qui dans le genre était tout de même vraiment poilant). […]

11 janvier. Youpi ! le retour de la burqa ! Bon d'accord : en fait, c'est surtout le retour du niqab. Je ne sais pas pourquoi ils disent tous burqa. Sans doute que leurs conseillers en communication ont commandé à Patrick Buisson une étude de marchée qui démontra que burqa vendait mieux que niqab. Ne riez pas, c'est fort possible. Enfin quoiqu'il en soit, grâce à Jean-François Copé le sujet cartonne aux infos du matin. Honnêtement je m'interroge sur les motivations d'Ardisson. Non que l'idée [mettre Copé face à une porteuse de burqa sur son plateau] d'organiser un débat soit stupide en soi ; on se souvient tous du débat Sarkozy/Ramadan il y a quelques années. Ce n'était pas inintéressant. La différence c'est que ce n'était pas dans une émission de divertissement d'une part, et que d'autre part Ramadan était un orateur/contradicteur autrement plus féroce, pas un vulgaire faire-valoir comme ce fut le cas pour Copé. A sa décharge il est vrai que Jean-François Copé, en dépit de ses quarante-cinq ans bien sonnés, a quel chose d'un petit garçon qu'il faudrait protéger avant tout de lui-même et de sa trop grande confiance en lui. On en a tous eu, des camarades de classe comme lui : raisonneurs, toujours premiers à répondre au prof (sans même lever la main), fayots avec les enseignants et lèches-cul avec les caïds de la classe, parlant à tort et à travers et finissant les salauds par avoir le bac avec mention. Grâce à Jean-François Copé nous savons désormais qu'ils ne changent pas devenus adultes.


FEVRIER 2010. Storytelling

[...] Depuis quelques temps l'actualité n'est pas très inspirante. Je me plaignais encore il y a peu de la trop grande vitesse de l'évènement, des séquences ultra rapides de la vie politique et citoyenne... maintenant que le débat sur l'identité nationale nous a trusté les gros titres pendant trois mois non stop, je regrette un peu mes ronchonneries passées. Déjà que j'en n'avais pas grand-chose à dire la première semaine, vous imaginez comme je suis sec au bout d'un trimestre. En fait comme beaucoup de gens, je ne suis jamais vraiment parvenu à comprendre de quoi il retournait dans ce grand débat national(iste). A en comprendre l'intérêt. [...] Au passage le journaliste d'I-Télé déclare fièrement ce matin plus de trois-cent-cinquante réunions dans toute la France... ce qui prête un peu à sourire quand même rapporté à la population totale du pays, surtout quand on sait - et on le sait tous si on a ouvert le journal - que lesdites réunions se composaient généralement de cinq peupleus votant effeuneu et trop heureux de s'exprimer, même devant une salle quasi vide [...] Et pourtant, le sujet a tout de même fait un peu débat - on ne peut pas dire le contraire. Au point que même le chauffeur de taxi ait tenu à s'en mêler l'autre jour, alors qu'il nous ramenait ma femme et moi après le (très bon) concert de Tue-Loup (pléonasme).

– Moi j'vais vous dire : c'est des conneries tout ça. Ces gens-là, y s'racontent des histoires. [...] On va dire que par exemple, vot' femme : elle rencontre quelqu'un d'autre. C'est un exemple, hein. [...] Mais comme elle assume pas, elle va s'inventer une histoire et raconter des problèmes qui existent pas avec vous, comme ça elle assumera mieux. La burqa, c'est pareil. Ces gens-là ils se racontent des histoires. Jamais tu auras vu la burqa dans le Coran, Monsieur. Jamais. Moi je suis mulsulman pratiquant, monsieur, mais ma femme jamais elle mettra la burqa ni le voile, jamais, elle se maquille, elle s'habille bien, elle est jolie tout comme ta femme, Monsieur. [...] L'identité national, c'est pareil. Moi Monsieur, je suis Algérien, on m'a proposé la nationalité française mais j'ai refusé. Pourquoi je voudrais devenir français si je suis content d'être algérien ? Hein, pourquoi ? [...] Alors tous ces gens qui jurent contre ce débat, moi j'dis ils se racontent des histoires, ils oublient l'important. Une nationalité c'est pas rien, c'est pas un truc qu'on prend comme ça sans réfléchir. [...] Moi je vais te dire Monsieur, je serais Sarkozy ces gens-là je leur enleverai leur identité nationale (Note du chroniqueur : il a peut-être dit je leur interdirais de manger du camembert et d'avoir un drapeau français dans leur salon, hein... de toute façon c'est un peu ça l'identité nationale, pour ce que j'en ai compris des débats). Et encore ça leur plaît pas qu'on leur demande de la prouver, leur identité nationale ? Mais moi Monsieur, chez moi en Algérie, pour avoir la nationalité c'est beaucoup plus dur que ça. Il faut parfaitement - j'ai bien dit parfaitement - parler la langue, il faut prouver qu'on veut être Algérien et habiter ici et travailler et payer ses impôts.

J'avoue que je n'ai pas répondu car, enthnocentriste comme je suis, la simple idée de milliers d'immigrés souhaitant obtenir la nationalité algérienne ne m'avait jamais effleuré. Allez comprendre pourquoi.

AVRIL 2010. Journal de Drob (3)

25 mars. Ainsi donc hier, à l'heure où nous publiions le dernier édito, avait lieu une allocution Présidentielle. Juste pour savoir : quelqu'un l'a vue ? Non, bien sûr. Personne ne l'a vue, pour la simple et bonne raison qu'elle a été organisée dans l'urgence et diffusée à une heure où personne ne regarde la télé. Même pas au journal de 13 heures - non : à 11h45 précises. C'est peut-être un détail pour vous ; pour moi, ça veut dire beaucoup. Cela dit tout, même, du mépris et de l'indifférence qui trônent désormais au sommet de l'État. On n'a plus besoin d'eux, ces gens... ce peuple (eurk) d'ingrats qui zont même pas voté pour nous. La rupture, vous la vouliez ? Vous l'avez. J'avoue que face à cela, je me sens bizarre. [...]

27 mars. Six jours après on en cause encore. De Besson. De Guillon. Surtout de Besson, vue la belle unanimité s'étant rassemblée autour de l'humoriste (ce qui fait plaisir à voir en ces temps où crier haro sur le baudet est devenu un sport national). [...] Quel crime à commis Guillon ? Celui que j'ai déjà commis moi-même, celui que beaucoup d'autres ont commis : s'être fait le réceptacle du sentiment général, projeter une reproduction fidèle de la haine qu'Eric Besson, son ministère indigne et son débat nauséabond inspirent à une majorité de français. Réécoutez cette chronique : cette haine profonde, viscérale et déraisonnable est palpable. On aimerait regretter que certains y cèdent, mais lequel d'entre nous ne s'est jamais laissé aller à ce sentiment au moins une fois, depuis l'inauguration du pseudo débat sur la putain d'identité nationale ? Besson est l'homme le plus haït de France et franchement, il ne l'a pas volé. Qu'il ne veuille pas l'entendre est une chose. Qu'il mobilise la noble idée de Service Public pour justifier son incapacité à se regarder dans une glace en est une autre. Vous me direz : il a déjà sali l'identité et la Nation. Souiller le Service Public ne doit pas lui faire peur.
[...]

1er avril. Non mais alors là c'est pas du jeu ! Si même Les Echos s'y mettent... on ne peut plus compter sur personne ! Tu parles d'un poisson d'avril. Voici qu'ils révèlent ce que tout le monde savait (mais que beaucoup ne voulaient pas entendre), à savoir que : "les 1 000 ménages qui possèdent les plus hauts patrimoines captent, à eux seuls, 63 % du coût du bouclier. Ils ont ainsi récupéré 368 millions d'euros l'an dernier, soit encore plus qu'en 2008. La plupart d'entre eux sont redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune dans la dernière tranche (patrimoine supérieur à 15,8 millions d'euros)." Ca commence à craindre un peu du boudin, là. Parce que Les Echos, on peut difficilement les suspecter de communisme.


VI. Putain, deux ans !

AVRIL 2010. Don't it Make You Smile?

On n'en a pas beaucoup parlé, mais il y a quelques semaines le médiateur de la République (Jean-Paul Delevoye, nommons-le, vu que personne ne le connaît) a rendu un rapport qui disait en substance : oh là là, ça va pas fort, les français sont déprimés. Rassurez-vous, ma première réaction a été la même que la vôtre : nan ? sérieux ? Ouh là là, fallait bien que le contribuable finance un rapport pour le savoir... tu m'étonnes qu'on soit déprimé, aussi, à financer des trucs inutiles comme ça... Et pourtant, au fil des jours, l'idée s'est insinuée dans ma petite caboche. Tenace (l'idée, mais ma caboche aussi ceci dit). S'agissait-il - comme il le semblait - d'un formidable enfonçage de porte ouverte ? Ou bien ce rapport traduisait-il autre chose, une certaine réalité qui nous aurait jusqu'alors échappée ? Difficile à dire. Mais comme cette info a priori anodine (après tout, le médiateur rend le même genre de rapport une fois par an) ne voulait pas plus me lâcher que je ne lui trouvais de sens, j'ai fini par tout bêtement... aller lire ce rapport, que l'on peut librement télécharger sur le site dudit médiateur (mais ça non plus, personne ne le sait... ce qui d'une certaine manière illustre merveilleusement une bonne partie du texte, qui évoque entre autres la méconnaissance et l'incompréhension que les Français - vous et moi - ont - avons - tous plus ou mois de leurs droits/institutions/administrations). [...] Fatalement, lorsque Jean-Paul Delevoye écrit que la société français est "fatiguée psychiquement", le poids est autre que lorsqu'il s'agit d'un simple sondage, d'une enquête d'opinion, d'un article de presse. Il est d'ailleurs intéressant de noter l'emploi de ce mot, psychiquement, qui est tout sauf un mot comme un autre. C'est l'intégralité du processus intellectuel qui est mise en cause. Comme une énorme torpeur mentale. [...] Aussi me suis-je posé la question en ces termes : m'estime-je fatigué psychiquement ?[...] Bien sûr, dans les médias, on verra des gens prendre position. Des opposants débattre, des gouvernements battre, des syndicalistes rebattre. Mais si l'on s'éloigne de la lumière, qu'entend-on surtout ? Rien. Ou plutôt un vague murmure désabusé, résigné, sans illusions certes - sans grande révolte surtout. La fameuse fatigue psychique semble tout étouffer. Comment s'en étonner ? Nous vivons dans un monde si totalement anxiogène. On nous explique à longueur d'année que la crise, le chômage, le recul de l'âge de la retraite, le déficit (voire la faillite), j'en passe et des encores moins mûres... on nous explique à longueur d'années que de toute façon c'est plié - on n'y coupera pas. Bon bah... ok. A force, les français, ils ont fini par comprendre le message. Faut pas s'étonner qu'ils soient déprimés, les pauvres.

JUIN 2010. Demain ne meurt jamais

On n'a pas le choix... comme je hais cette expression. On l'entend souvent ces derniers temps, à propos de nos retraites. Enfin, celles de nos enfants. C'est l'argument imparable : On n'a pas le choix, il faut faire cela pour nos enfants. Ah la vache. Si c'est pour nos enfants, alors... mais dites, même si on ne veut pas d'enfants on est quand même obligé de travailler plus longtemps pour gagner moins ? Oui ? Bah oui : On n'a pas le choix, c'est pour l'équité. Et là en général, le gars vous balance dans la foulée On est tous le même bateau. Tiens donc. Et vers où vogue-t-il donc ? Et à quoi carbure-t-il ? Car en admettant que nous soyons tous sur le même bateau, il faut bien dire que nous n'y occupons pas tous la même place. Celui qui se fait dorer la pilule sur le pont voit tout même la perspective d'une meilleure traversée que tous ceux qui sont aux galères, qui rament un boulet au pied [...] C'est un peu facile de dire qu'on est tous dans le même bateau quand on n'assure pas le service dans la cabine restaurant, qu'on ne nettoie pas le pont et qu'on tient le gouvernail plutôt que de pagayer. Seul Maître à bord après Dieu. Bah tiens. Nous sommes tous dans le même bateau, dans la bouche d'un Fillon ou d'un Sarkozy, ça veut dire ce que ça veut dire. D'expérience, j'ai constaté que les capitaines n'aimaient pas trop partager le gouvernail avec les galériens d'en bas.


SEPTEMBRE 2010. Tout cracher

[...]  N'importe quelle rock star (et même n'importe quel rocker débutant) peut faire un doigt à un photographe juste pour la pose, mais que William Gallas s'avère faire de même et il devient le symbole de cette France des  racailles qui ne connaissent pas plus la politesse que l'effort. [...] Voir le sous-texte profondément raciste qui est venu se greffer par-dessus. Les voyous, les caïds, on sait quoi à cela renvoie. C'est la novlangue officielle du gouvernement lorsqu'il entreprend de stigmatiser les plus faibles et les plus colorés, lorsque vraiment il ne peut plus se retenir et a besoin de soulager ses besoins naturels. [...] Au moins l'Équipe de France a-t-elle chauffé ce terrain-là, bien malgré elle quoiqu'on en dise. Les pauvres se croyaient sans doute arrivés, parvenus, blanchis par leur argent et leur succès, post-raciaux (non, n'abusons pas, ils ne connaissent sans doute pas ce mot-là). On s'est bien chargé de leur rappeler qu'ils n'étaient que des Noirs, des Musulmans, des sous-citoyens. Voire le montage en épingle de la pseudo "lutte ethnique" entre les bons Blancs Toulalan et Gourcuff et les vilaines racailles d'origines non contrôlées. Lire les commentaires sur Internet - n'importe quel site - à ce moment m'a filé une boule à l'estomac, et j'ai mis du temps à pouvoir enfin la vomir. Difficile de ne pas voir dans l'explosion xénophobe du mois dernier la suite logique à l'épisode de l'Equipe de France, qui s'inscrit d'ores et déjà dans le feuilleton plus global du retour de la haine raciale sur le devant de la scène. Les cyniques argueront à raison que lorsque l'on nourrit le peuple de chimères aussi grotesques que celle de la France Black-Blanc-Beur, le retour de flamme est forcément terrible. Je dirais bien que c'est la faute du gouvernement et du climat tout pourri qu'il entretient, mais la démagogie est affaire de couple : les torts y sont toujours partagés. Ou bien, pour adopter un langage que l'UMP comprend mieux : une affaire d'offre et de demande. Après un spectacle aussi navrant que les Français les plus viles dégueulant à longueurs de forums sur une Équipe de France trop foncée et banlieusarde [...], les beaufs incultes qui nous dirigent jouaient sur du velours. Il faudra bien un jour cesser de déresponsabiliser cette partie de la population qui craint tant ses voisins, et qui s'excite comme un seul homme à l'idée d'opposer les bons et les mauvais Français - reconnaissables à leur couleur distinctive. [...] les bons et les mauvais Français n'existent que dans l'imaginaire malade d'une population repliée sur elle-même. Je suis l'archétype du bon français, en blind-test on ne saurait différencier mes yeux de ceux du gentil Gourcuff. Pourtant je bois, je fume, je dis vas te faire enculer sale fils de pute, je parle même en verlan parfois, je fraude dans le métro à longueur d'années. Mais quand je fraude dans le métro ce n'est pas grave, je ne me fais pas prendre. Je m'assois à côté d'un ou deux Blacks de préférence jeunes, comme ça le contrôleur à peine entré dans le wagon ira directement vers eux et j'aurai tout loisir de descendre du train pendant qu'il constatera qu'ils ont un passe Navigo.


Septembre 2010 fut un mois chargé. C'est dans ce contexte que paraissait la première édition de notre indispensable lexique du français nouveau

Ça va pas du tout

Ca va pas du tout. [...] Ma vie privée est dure, mais il n'y a pas que cela. Il y a aussi le sentiment que la société entière est asphyxiée, qu'une cassure profonde a eu lieu et que nous sommes désormais plongés, en France, dans un délitement des plus effrayants. Ce n'est pas la première fois que j'ai cette sensation ces dernières années ; là, pourtant, je la ressens vraiment profondément, l'impression qu'un gouffre s'est ouvert sous nos pieds. Que rien, jamais, ne va s'arranger. Ainsi s'achève le monde. Pas sur une détonation, mais sur un piaillement. [...] Et c'est là que j'ai compris. Moi avec ma vie agréable. Moi avec mes amis. Moi avec mes grandes idées. J'ai compris que le mec qui est au chômage, qui a un boulot de merde... que le mec qui est en train de divorcer, a découvert qu'il était cocu ou vient de perdre son gosse ou vient d'être licencié ou est en dèche de fric ou que sais-je... j'ai compris que ce mec-là, qui n'est personne et qui est tout le monde, puisse avoir envie de péter les plombs quand il rentre chez lui et entend les dernières nouvelles du pays, les histoires de flicages et d'enquêtes illégales (avérées ou pas), les histoires de conflits d'intérêt et de trafic d'influences (avérées ou pas), les histoires de président-avec-un-tout-petit-p qui ridiculise son pays ou méprise ceux des autres (à raison ou pas). Il peut péter les plombs, ce mec, parce qu'il y a largement de quoi péter plombs. Il y a largement de quoi avoir envie de cracher à la gueule de tous ces gens. Il y a largement de quoi avoir envie de s'immoler par le feu, de casser des trucs ou des gueules. Il y a largement de quoi en avoir assez et perdre la boule. Non, ça ne va pas du tout. Et quand votre vie ne va pas du tout et qu'en plus vous avez l'impression que rien ne va, nulle part, que tout le pays prend la flotte de tout côté, que ce qui devrait vous rassurer profondément, vous faire vous sentir mieux, moins seul ou en sécurité, est en train d'imploser... il y a largement de quoi avoir les fils qui se touchent. [...] Je m'étonne sincèrement que jamais, aucune étude n'ait tenté de rapprocher le gouvernement actuel, qui au-delà de sa politique a un véritable don pour déclencher des haines viscérales et provoquer des blessures profondes, et l'état de santé réel de ce pays. Des gens qui y vivent. Je suis persuadé que ce gouvernement est celui qui aura déclenché le plus de dépressions et de suicides, bien évidemment de manière indirecte et totalement involontaire, n'empêche : il y a là pour moi une forme de négligence que l'on ne peut feindre d'ignorer. On nous néglige et l'on nous méprise, et avec le contexte pourri, odieux, anxiogène, délétère, insupportable que ces gens injectent dans le pays... comment ne pas s'interroger sur la déprime généralisée de nos concitoyens ? Je veux dire... à un moment ça suffit. Va falloir que ça s'arrête. Ce pays est en train de devenir absolument INSUPPORTABLE. Depuis six mois je n'ai pas croisé UNE SEULE personne qui puisse me dire sans baisser les yeux "oui, je me sens bien, en France, je suis content de vivre ici, et la vie ça peut aller". Pas UNE SEULE. [...] il faut EN PLUS qu'on supporte ce président indigne, ce gouvernement méprisant et méprisable, leurs écarts de langages, leurs lubies, leurs calculs politiciens, leurs dérives, leur intolérance et leur racisme ? [...] Et d'ailleurs qui sont-ils, ces gens ? Pour qui se prennent-ils et que nous veulent-ils ? Et surtout : quand est-ce qu'ils dégagent ? [...] Quand est-ce qu'ils vont piger que la pays entier ne peut plus supporter de voir leurs tronches ? Que c'est devenu physique chez une incalculable partie des gens ? Faut-il qu'un type pète les plombs et les agresse physiquement pour qu'ils comprennent que la plupart des français, lorsqu'ils les voient à la télé ces temps-ci, ont envie de leur jeter des trucs à la gueule ? Léotard l'avait écrit (prédit) il y a deux ans : Ça va mal finir.



VII. Je suis sûr, sûr qu'on nous prend pour des cons

NOVEMBRE 2010 Vintage Violence

Quel automne, mes amis. Quel automne nous aurons eu. [...] Je ne sais pas vous, mais moi il me fallait au moins un remaniement pour surmonter cet automne. Là, je me sens déjà nettement mieux. Je me sens vachement plus considéré. C'est vrai, quoi : Nicolas Sarkozy a entendu ma colère de citoyen français, il en a tiré les conclusions qui s'imposaient, et il s'est débarrassé de Bernard Kouchner et de Jean-Louis Borloo [...] Alain Juppé, c'est un progrès. Moi, je me sens beaucoup plus considéré à présent. Je sens qu'on a fait un effort considérable pour appeler un ministre proche de mes préoccupations. Il est connu qu'Alain Juppé fut un premier ministre très concerné par la question sociale, adulé par l'opinion et qui sut toujours gérer les crises avec aplomb. Non mais vraiment. Alain Juppé ? Notre peuple est fou, il n'a ni mémoire ni jugeote. Ou bien très lucide, et il attend si peu que voir Alain Juppé redevenir ministre lui apparaît comme un progrès tangible. Au moins, lui, il n'est pas inquiétant comme d'autres. C'est un homme d'état, même si personne n'a jamais rêvé de vivre dans le sien. Celui-ci à une stature, dira ma mère. Après Kouchner et tous les autres, il pourrait même faire du bien à notre pays.  [...] La vérité, c'est que cela fait trois ans et demi que nous regrettons le vieux RPR. Il y a à peine douze mois, Chirac était la personnalité politique préférée des français. En pleine bataille de l'Hadopi, les jeunes redécouvraient éberlués l'existence du Conseil Constitutionnel et de son Président, Jean-Louis Debré, type unanimement détesté à l'époque de ses fonctions ministérielles, devenu le garant de la République et même, le cas échéant, de la liberté d'expression. Séguin, pour qui j'avais un certain respect par ailleurs, a été sanctifié par tous au moment de son décès. Villepin, au fil du temps, est devenu une quasi icône médiatique, celle de l'opposant ultime, rendant coup pour coup et prêt à souffrir sans compter pour sauver la France d'un problème. [...] Si on ne connaissait pas la versatilité de la presse dite d'opinion [...], on pourrait presque s'étonner qu'elle s'étonne, désormais, de voir ce "vieux RPR" revenir à la mode. Elle a en fait un objet culte. Dans une époque où l'on revivalise tout et n'importe quoi [...] pourquoi pas fantasmer (c'est de cela qu'il s'agit) sur un revival RPR ? [...] On nous a même arraché Charles Millon au formol ! Hier, 8h52, je finissais mon dernier café de la matinée, vous savez qui j'ai vu s'exprimer sur le sujet à la télé ? GÉRARD LONGUET ! [...] je ne prends même pas la peine de me perdre dans des insinuations abracadabrantesques. Les CV des individus cités parlent d'eux-mêmes. Je vais vous confier un secret : je n'étais pas spécialement nostalgique du vieux RPR. Cela dit, la nouvelle UMP n'a jamais été trop mon kiff. [...] Finalement le revival RPR, c'est un peu comme le revival disco. J'aimais déjà pas déjà la première vague, il m'a toujours semblé que le genre était totalement vicié à la base.


DÉCEMBRE 2010. Au mépris des clowns

Y a pas à dire, Canto n'aura pas été l'idole de mon enfance pour rien [...] Qu'est-ce qu'on a pu se marrer, depuis que le King (le seul) a eu cette idée folle, cette idée dangereuse, cette idée irresponsable, cette idée égoïste, cette idée qui ne peut pas marcher. Vous avez remarqué ? Ce sont toujours les mêmes mots, dans les mêmes bouches. Que l'on manifeste pour nos retraites, contre une politique sécuritaire ignoble, ou que l'on veuille tout simplement confisquer notre argent à ceux qui en font si mauvais usage... ce sont toujours les mêmes champs lexicaux qui reviennent, et les mêmes clowns qui paradent à la télévision pour les explorer [...] Que l'on m'explique en quoi il serait irresponsable de faire péter le système bancaire (en admettant que cela soit possible, ce dont je doute) ? On peut parfaitement faire péter le système bancaire en pleine connaissance de cause et en prenant ses responsabilités. Je ne vois pas où est le problème. De même que je ne vois aucun mal à être, occasionnellement, égoïste... surtout en face d'un système dont l'altruisme n'est pas la qualité la plus universellement reconnue. [...] Il fallait entendre (car les seuls mots ne reflètent pas toute la sècheresse du propos) le mépris avec lequel Christine Lagarade balayait cette affaire. "Chacun son métier : il y en a qui jouent magnifiquement au football, je ne m'y risquerais pas, je crois qu'il faut intervenir chacun dans sa compétence." Cela semble sans doute anodin, parce que l'on considère Cantona - à juste titre - comme une célébrité en ayant vu d'autres, et n'ayant pas spécialement de problèmes de découvert. Cela n'enlève cependant rien à la violence du propos et au mépris caractérisé qu'il affiche non seulement pour Cantona, mais pour toute personne ayant pu se sentir de près ou de loin touchée (ou intéressée, ou amusée) par son idée. D'abord, elle le ramène à son statut de joueur de football, autant dire de tas de muscles dépourvu de cervelle, ce qu'il a tout de même cessé d'être depuis plus de treize ans. Puis elle enfonce le clou en appelant chacun à rester dans son pré carré. Mais quel pré carré ? En quoi Eric Cantona, citoyen français, n'aurait-il pas le droit d'avoir un avis et de le partager avec les gens ? En quoi tout citoyen n'aurait-il pas le droit d'avoir un avis, et de vider son compte si cela lui fait plaisir ? Qui est Madame Christine Lagarde pour se permettre de décider quel citoyen peut s'exprimer sur l'économie, et quel el autre doit fermer sa gueule ?

JANVIER 2011. Journal de Drog (4))

Bah merde alors. Je tombe des nues. J'allume la télé ce matin, et là j'apprends, comme tout le monde, qu'en fait le régime tunisien serait très vilain et que Ben Ali - tenez-vous bien - serait un méchant dictateur. Les bras m'en tombent. Pourtant je n'ai pas rêvé durant toutes ces années. On nous explique bien depuis près de vingt-cinq ans que la Tunisie, ce n'est pas si mal, un régime autoritaire soit, mais surtout une quasi-démocratie résistant courageusement à l'islamisme, et où finalement les gens sont plutôt heureux ? On nous aurait... non, je n'ose le croire... on nous aurait donc menti ? Non. Je ne peux pas le croire. Ce n'est pas le genre de nos gouvernements de faire ami-ami avec des despotes lorsque ça les arrange. On ne fait pas ça, chez nous. Le doute me saisit, je dois le dire. Et Kadhafi, il est méchant ? Et Hu Jintao ? Et Poutine ? Non ? Pas Poutine, quand même ?...

FEVRIER 2011. C'est beau une révolution la nuit

Ah ça, les rois de la récup', on les a connus plus affutés. Des semaines qu'ils pataugent, les bougres, tellement pris au dépourvu [par le printemps arabe] et si profondément grotesques que l'on aurait presque envie d'embrasser le premier Tunisien qui passe - ne fût-ce cette évidence que le gouvernement de la France n'a jamais eu besoin de personne pour barboter de tartuferie en pantalonnade. Grâce soit rendue à Michèle, à François, à Nicolas : c'est tout un pan de la comédie classique qu'ils viennent de passer quinze jours à nous faire réviser. Polichinelle (et ses secrets), Gnafron (le bon gars paternaliste)... qu'on m'autorise à m'approprier le rôle du valet (à l'ancienne, hein, pas à la Pujadas) et à noter avec fourberie que tandis que l'histoire était en marche, Nicolas 1er taillait le bout de gras avec quelques faux-vrais français et Jean-Pierre Pernault, faux-faux journaliste de son état. Je n'ai pas regardé, je préfère Molière à Clavier - au moins l'imparfait du subjonctif y est-il bien employé.

MARS 2011. Le gouvernement ne se remet décidément pas du (des) printemps arabe(s). Le Golb, lui, dénonce publiquement la menace belge.

AVRIL 2011. So Long, Marianne

Madame Laïcité,

Vous voudrez bien excuser l'insolence de ma démarche, [...] je me permets de vous écrire car j'éprouve l'impérieuse nécessité de vous dire que je ne vous aime plus beaucoup. Alors j'imagine bien que venant d'un grand croyant comme moi, ça vous fait une belle jambe que je veuille résilier mon abonnement. Je vous demanderai cependant de bien vouloir lire cet e-mail jusqu'au bout, car je crois qu'il est certaines choses que vous devriez entendre, et que peut-être vos proches, intimidés par votre grand âge, n'osent pas vous dire. [...] Vous n'êtes plus toute jeune, je n'irai pas jusqu'à dire que vous êtes victime d'abus de faiblesse, mais il me semble assez évident que Monsieur Copé, pour ne citer que lui, abuse de votre tolérance et profite de ce que vous êtes très occupée pour parler en votre nom et vous faire dire n'importe quoi. Moi, ça me choque un peu. Il est vrai que ce Monsieur Copé, comme beaucoup de ses amis, souhaite inlassablement repousser l'âge du départ en retraite. Mais ne trouvez-vous pas suspect que parmi tous les piliers de notre pays, vous soyez à la fois le plus ancien et celui dont on discute le plus ? Il me semble qu'à votre âge, éminemment respectable et largement de raison, vous devriez être bien ancrée dans les mœurs ; que l'on ne devrait certes pas remettre en cause votre autorité, mais que l'on ne devrait pas plus éprouver le besoin de la réaffirmer à tort et à travers. Vous êtes encore belle pour votre âge, et c'est précisément pour cela qu'il m'est insupportable de voir tant de gens essayer de vous "refaire la façade" (vous me passerez l'expression), [...] Tout cela n'aboutit qu'à une seule chose : vous donner l'air d'un fake. Je n'ai jamais fait refaire mes seins, je le reconnais, mais il paraît que l'on y perd pas mal de sa sensibilité. J'ai l'impression que pour vous, c'est un peu pareil : à force de vous voir passer sur le billard, pour mieux vous exhiber un peu partout et à tout bout de champ, je dois bien avouer que vous ne me faites plus des masses d'effet. J'en viendrais même, parfois, à être un brin irrité lorsque j'entends votre nom, qui charria pourtant durant des décennies un idéal d'une beauté et d'une noblesse incomparables. Vous vous souvenez peut-être du jour où Monsieur Sarkozy, Président de notre République, avait déclaré qu'il voulait inaugurer la "laïcité positive" [...] N'avez-vous pas l'impression qu'il a fait exactement le contraire, et que votre nom n'est désormais plus brandi que dans un contexte où il sonne systématiquement de manière négative ?

JUILLET 2011. A Cheap Holiday in Other People's Misery

En parlant de [suicide], l'autre jour, ma femme me demandait dans un demi-sourire si je pensais que le taux de suicide allait exploser en cas de réélection de Nicolas Sarkozy. C'est con, mais j'ai trouvé que la question ne l'était pas (con). Des études très sérieuses démontrent que certains Français sont réellement obsédés par sa personne, au point d'en rêver la nuit (les pauvres). Je crois que je peux comprendre. Je suis convaincu que, même s'ils ne le disent pas, plein de gens fantasment secrètement sur la possibilité de lui casser la gueule. Le fait qu'il y ait des élections l'an prochain constitue une formidable occasion de le faire de manière symbolique. Les socialistes paradent en disant que l'anti-sarkozysme n'est pas une politique, et ils ont assurément raison. N'empêche que si on faisait un sondage pour connaître les motivations des gens aux prochaines présidentielles, je ne doute pas qu'une large majorité se dégagerait en faveur de l'option dégager Sarkozy et toute sa clique. Bon, je ne vais même pas vous mentir, ça va quand même être coton d'y parvenir.

VIII. The Time They Are-a-changin'

SEPTEMBRE 2011. La Majorité commence à sentir le vent du boulet, Le Golb publie l'édition revue et corrigée de son guide, et même l'homme de droite qui sommeille en moi songe à changer de bord.

OCTOBRE 2011. Voyage à la Droite de la Terre

Ç’a commencé très tôt, ce matin-là. Vers les 7h. Jean-François, à peine levé, avait déjà mal au crâne. Il n'avait pas trop bu, pourtant. Pas plus que de raison. Pas plus que d'habitude. Mais ça n'allait pas. Pour être franc, cela faisait des semaines que ça n'allait pas. La faute à ces foutus socialistes, bien sûr, et à leur foutue primaire "citoyenne". [...] Ça faisait des mois que Jean-François essayait de faire tourner tout ça en eau de boudin. Toutes les combines avaient été bonnes, mais aucune n'avait marché. Le coup de l'absence de programme et d'idées avait fait long feu. [...] Le coup du fichage politique, un coup de maître avait-il cru un temps, avait pour sa part un peu mieux marché, disons : raisonnablement, mais pas de quoi sabrer le champagne non plus. Oh, il y avait sans doute un fond de vérité, alors la mayonnaise avait certainement un peu pris, dans les zones rurales et tout ça... hélas, il ne fallait tout de même pas trop sous-estimer la capacité des gens à assumer leurs opinions (c'est qu'ils sont parfois étonnant, les gens). [...] Quelque part, Jean-François se disait que c'était peut-être une juste punition pour avoir si souvent et si bassement, ces dernières années, proclamé que le P.S. était archaïque ceci et d'un autre-temps cela. Peut-être que Dieu avait décidé de le punir, lui particulièrement, pour tous ces moments à refuser le débat d'idées, à louvoyer avec force mauvaise foi. […] En arrivant sur le plateau télé, Jean-François a croisé Fabius, qui l'a toisé de son petit sourire narquois (oui, Fabius toise du sourire, tout le monde, tout le temps, c'est pour ça qu'il est insupportable). L'air légèrement supérieur, ce qui est presque une forme de modestie de sa part. [...] Il a toujours eu horreur de ces soirées électorales à la télé […], c'est très déplaisant, désagréable. Surtout quand on a perdu. Ce qui, hélas, est arrivé très souvent à Jean-François depuis cinq ans. En fait, ça lui est arrivé à chaque fois, et à chaque fois il a dû aller faire semblant d'avoir gagné sur les plateaux télé. [...] les lèvres de Jean-François commencent à s'actionner toutes seules. C'est ça, homme politique. C'est tout un rôle. Et homme politique à la télé, c'est encore un peu plus. Une mise en abyme. Et sa parole, un mélange virtuose de sophisme et de litote : "4 Français sur 100 ont voté à ce scrutin... ça fait 96% des Français qui pensent que l'élection, c'est l'année prochaine, voilà. Donc, je crois qu'il faut peut-être relativiser un peu tout ça". Quand il est lancé, Jean-François est comme un chien fou sur la route des vacances. Il tente même des blagues ("Il y avait trois millions de Français à la Braderie de Lille !"), s'excite, fait quelques fautes, parfois ("Compte tenu que ça fait quand même six semaines qu'on a une campagne de primaires"), en rajoute légèrement ("Cette dinguerie de démondialisation")... l'important est ailleurs. L'important, c'est de remplir le silence avant le voisin d'en face - celui de la gauche du plateau. L'important, c'est d'avoir quelque chose à dire. Pour se sentir encore un peu vivant.


Journal de Drob (5)

Quelque part entre le 19 et le 20 octobre. Il est une heure du matin (un peu plus, en fait), et le chauffeur de taxi qui me ramène (légèrement éméché) après ma (très bonne) soirée m'annonce la bonne nouvelle : Carla Bruni a accouché. Ce qui ne l'émeut pas plus que cela puisque, même pas le temps de se lancer dans les félicitations de rigueur, il embraie déjà sur un démontage en règle de la politique gouvernementale. C'est la quatrième fois que cela m'arrive en quelques semaines, et j'avoue que c'est toujours un peu jouissif : comme ils passent leur temps branchés sur France Info, les chauffeurs de taxi sont toujours au taquet sur l'actu, incollables sur l'affaire Karachi ou les innombrables casseroles clinquant derrière Notre Bien Aimé Souverain. Laissez-moi vous dire que s'il n'y avait que les chauffeurs de taxi et moi, Sarkozy n'aurait aucune chance en 2012. Mais vraiment aucune.

20 octobre. Tandis que Kadhafi n'en finit plus d'être arrêté blessé de mourir, en France, les chaînes infos se font taper sur les doigts. Motif : les temps de parole n'auraient franchement pas été respectés depuis quelques mois. Il est vrai que toute intervention d'un socialiste sur l'affaire DSK a été décomptée sur le temps de parole du PS, tandis que celles de Sarkozy comptent pour du beurre deux fois sur trois. Mais la vérité que cache cette petite affaire médiatique, et de manière plus générale les récriminations de la majorité sur les temps de paroles, est somme toute assez simple : depuis trois mois, pour le pire (DSK) et le meilleur (les sénatoriales, les primaires), ce sont les socialistes et eux seuls qui font l'actualité. Pour la première fois depuis des années, l'UMP n'impose plus son rythme ni ses sujets. Pire, elle se les fait imposer lorsqu'il s'agit de parler de son actualité à elle - c'est-à-dire qu'elle n'a fait que naviguer d'affaire en affaire depuis des semaines. Forcément, ça énerve. Forcément, toutes ces émissions sur les socialistes, ça fait envie. Bon courage à l'émission spéciale avec interview de Jean-François Copé pour scotcher à leurs écrans des millions de spectateurs. [...]

23 octobre. Et voilà, c'est parti. "Lorsqu'un programme propose de sortir totalement du nucléaire et donc de renchérir le prix de l'énergie en France, ça pèse sur le triple "A". Quand un programme propose d'augmenter le déficit public, ça pèse sur le triple "A". Comme souvent, il est difficile de résister à une analyse percutante de Gérard Longuet (oui Mémé, il est toujours vivant, et encore pire, il est toujours au pouvoir). Pour son grand oral de ce matin, il a décidé de démontrer par triple A plus B que les agences de notations écoutent ce que disent les hommes politiques, de tous les bords, afin d'établir leurs projections. Je ne suis pas sûr qu'il se rende compte de ce qu'il dit, le garçon : les agences de notation écoutent les dirigeants politiques. Elles ne regardent pas ce qu'ils font, non non, elles écoutent ce qu'ils disent, elles suivent "leurs déclarations". On comprend mieux, subitement, pourquoi la situation est grave. Quand l'avenir du pays est entre les mains de gens qui écoutent ce que peut raconter Gérard Longuet en interview, on ne peut qu'être inquiet.

NOVEMBRE 2011. Nice Guys Finish Last

C'est donc vrai que les gentils ne gagnent jamais à la fin. Buisson a senti le vent du boulet, mais ce n'était qu'un trou d'air, et voilà donc que la cour d'appel lui évite de voir subitement plein de nez se pointer des affaires. Peu importe, dans le fond, qu'il s'agisse de Buisson ou d'un autre. C'est le principe même, rendant les collaborateurs du Chef de l'Etat intouchables comme par ricochet, qui paraît effarant. Dans le temps, les criminels se réfugiaient dans les églises ; aujourd'hui, on serait tenté de leur recommander d'aller se barricader à l'Elysée et de s'y faire embaucher comme domestiques - rien n'est plus flou que la notion de "collaborateur". N'était-ce pas déjà le statut de François Fillon, fut un temps ?

JANVIER 2012. La Technique du pipi dans un violon troué.

La stratégie de l'évitement, que l'on pourrait aussi appeler celle du pipi dans un violon troué, n'est pas une nouveauté inhérente à cette campagne qui n'en finit pas de commencer. Elle est l'arme absolue de la communication politique (post)moderne et possède même quelques champions régionaux (Morano, Riester, Wauquiez, Rosso-Debord et tous les pitbulls de l'UMP, passés maîtres dans l'art ionesquien de répliquer à toutes les questions sans jamais formuler la moindre réponse). Elle consiste, devant un fait important, à en choisir un d'importance moindre et à le faire enfler, enfler, enfler... non dans l'espoir de faire oublier le premier (ce serait trop facile et tout de même ! Les gens ne sont pas si cons), mais dans le but de lui conférer une importance supérieure ou égale. Ici intervient la réelle responsabilité médiatique du système, qui fait rarement preuve de discernement, notamment au cours de ces robinets à noms propres que l'on nomme, faute de mieux, journaux télévisés.

Épilogue

Comme l'a laissé échapper Laurence Ferrari pendant le débat, résumant malgré elle tout l'était d'esprit d'une nation : "Il faut vraiment qu'on avance, Monsieur Sarkozy". Tout est dit.


14 commentaires:

  1. Ah ! on a droit au chauffeur de taxi quand même !

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    1. Je ne pouvais pas le manquer, c'est quand même un des personnages les plus farfelus que j'aie jamais rencontrés.

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  2. Le crobard sur Besson, je m'en lasse pas!

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    1. Moi non plus. Un de mes préférés avec le mythique "Figures du socialisme" (qui malheureusement ne collait pas avec cette rétro)

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    2. Ah ouais, il était ENORME celui là!

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    3. J'adorerais l'avoir accroché dans mon salon.

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  3. On ne saurait dire quel est le meilleur, parmi tous ces textes. Il est un peu dommage, en fait, de les couper. Je pense notamment à celui sur Copé, qui était plutôt une nouvelle, et qui mérite d'être lu intégralement.

    BBB.

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    1. Je ne sais pas s'il le méritait vraiment. Ce n'est pas mon préféré en tout cas.

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  4. Ca a un côté presque irréaliste ce genre de rétrospective. Et en fait y a un côté grossier (pas dans la rédaction mais dans l'attitude décrite) qui dessert tellement la fonction politique.
    Au final jme tâte à rire ou pleurer.

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    1. Tu moment que tu ne ressens pas d'émotion...

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  5. C'est vrai que c'est assez et même très flippant quand on reprend tout comme ça !

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  6. ah ah ah , je te vois venir, mon Thominou ;)! p-ê, si tu es sage, pour ta Noël... et si le petit nerveux aux grandes idées est battu ce soir bien sûr!

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    1. Depuis le temps que je multiplie les appels du pied à propos de "Figures du socialisme"...

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