jeudi 12 janvier 2012

Speed Trials (L2)

ūüĎćūüĎćūüĎć The Spinoza of Market Street & Other Stories, d'Isaac Bashevis Singer (1961)

"Je suis Satan, le Serpent, le Mauvais. La Kabale me nomme Sama√ęl, et les juifs m'appellent parfois juste "Celui-l√†"."

Chaque nouvelle lecture d'Isaac Bashevis Singer fait le m√™me effet : durant les premi√®res pages on peine un peu, on se d√©fausse... puis on se laisse rapidement happer par l'intensit√© du r√©cit et la pertinence rieuse du propos. Certes, contrairement √† ce qui se raconte parfois Singer est bien meilleur romancier que nouv√©liste ; il n'emp√™che ! Port√© par une fable socio-fantastique absolument captivante (The Destruction of Kreshev), ce second recueil est une v√©ritable merveille qu'on sera bien incapable de l√Ęcher avant la fin. A d√©couvrir d'urgence, cet auteur fabuleux √©tant encore trop peu connu par chez nous...

ūüĎć Kenavo, de Serge Joncour (2000)

Chaque fois que je m'attaque √† un livre de Serge Joncour c'est la m√™me histoire : je ne sais pas trop o√Ļ je vais, je m'interroge... et je ressors conquis en me disant que d√©cid√©ment, cet auteur n'est pas comme les autres, que son √©clectisme et sa capacit√© d'adaptation √† tous les genres litt√©raires semble quasiment sans limites (√† quand un roman de cape et d'√©p√©e ?). Kenavo c'est tendre, c'est burlesque, c'est parfois bizarre. Ce n'est pas le meilleur Joncour que j'aie lu, mais c'est un bonheur quand m√™me. Un de ces romans tir√©s par les cheveux mais qu'on aime justement pour √ßa, une esp√®ce rare (surtout en litt√©rature fran√ßaise, les Anglais en publient plus souvent) que l'on ne rencontre souvent que par accident - mais que l'on quitte toujours √† regrets.

ūüĎć Soul Circus, de George Pelecanos (2003)

On y vient parce que l'on cherche comme un cam√© en manque √† retrouver l'extase de The Wire, √† laquelle l'auteur a particip√© ; on y reste pour la finesse d'analyse et la plume puissante de Pelecanos. Faisant subir √† Washington D.C. le m√™me traitement global que David Simon √† Baltimore, il peine un peu √† retrouver la classe de son tr√®s culte D.C. Quartet, principalement √† cause d'un duo de h√©ros assez clichesques et pas fonci√®rement int√©ressants, qui conf√®rent un peu trop de didactisme au r√©cit. En arri√®re-plan en revanche, Soul Circus d√©veloppe une gamme de caract√®res fascinants, jeunes livr√©s √† eux-m√™mes, ca√Įds au grand cŇďur et humanit√© √† chaque coin de rue. In√©gal, mais attachant.


ūüĎć Tu penses √† quoi, Papy ? - Plaisirs et tracas d'un grand-p√®re d'aujourd'hui, d'Alain Malissard (2010)

Le livre d'Alain Malissard m√©rite mieux. Mieux que son titre, mieux que son r√©sum√©. Mieux que sa couverture et bien mieux que d'en toucher un mot √† la va-vite faute de temps. Vivante, m√©lancolique, cette suite de chroniques que l'on aurait pu titrer Le Monde de Papy s'avale d'une traite, en d√©pit d'un style parfois un peu trop mani√©r√©. L'ensemble est souvent dr√īle, occasionnellement touchant, et l'on s'y sent bizarrement proche, quelque soit l'√Ęge, de ce papy au regard distanci√© et √† l'esprit des plus vifs. In√©gal sans doute, mais original et plut√īt plaisant.

Fuck America!, d'Edgar Hilsenrath (1980)

C'est l'histoire d'un type qui a la haine. Grave. Oblig√© de rester bloqu√© dans une Allemagne pers√©cutant les Juifs comme lui, Jacob Bronsky finit par obtenir son visa avec plus d'une d√©cennie de retard, et nourrit d√®s lors une certaine rancŇďur vis-√†-vis de son nouveau pays : les USA, qu'il emmerde donc - et bien profond. Fuck America! n'est pas un roman, c'est une B.D. avec juste des mots. Un implacable r√®glement de comptes qui, √† coup de chroniques d√©cal√©es et d'une rare violence, distribue une impressionnante s√©rie de mauvais points au pays de la Statue de la Libert√©. C'est souvent plus lourdingue que dr√īle, mais la caricature ne manque pas de verve.

Les Contes de Murboligen, de Frode Grytten (1999)

"J'ai quarante ans maintenant, le m√™me √Ęge que Morrissey."

C'est ce qui s'appelle donner le ton, en l'occurrence celui d'un roman noir, un peu po√©tique et un peu social, radiographiant avec une certaine tendresse une petite communaut√© norv√©gienne entre ennui et ch√īmage. Je pr√©cise bien norv√©gienne, car cela ne saute pas n√©cessairement aux yeux. En fait, Frode Grytten aurait voulu √©crire un roman social britannique qu'il ne s'y serait pas pris autrement. On peut consid√©rer cela comme une qualit√© ou comme un d√©faut selon l'humeur du jour ; peu importe, dans le fond. L'important est de noter que ce livre, en d√©pit de qualit√©s d'√©criture ind√©niables, est malheureusement trop in√©gal d'une chronique √† l'autre pour convaincre vraiment. Ce qui ne l'emp√™che cependant pas d'√™tre une lecture plaisante (principalement gr√Ęce √† la pr√©sence au g√©n√©rique des Smiths, soit).

Exercices de deuil, d'Arnaud Cathrine (2004)

Deux nouvelles parall√®les, deux deuils en exercice (plus que des exercices de deuil) reposant sur le m√™me constat : le deuil impose l'abandon, la noyade dans la d√©chirure, la destruction de soi pour mieux se reconstruire plus loin √† l'identique. La plume est belle (pl√©onasme - nous sommes chez Arnaud Cathrine), elle parvient √† d√©passer un propos dans le fond assez banal... sans toutefois le sublimer. Dans le genre, le m√™me Arnaud Cathrine √©tait all√© bien plus loin et avait frapp√© bien plus fort quelques ann√©es plus t√īt, avec sa superbe Route de Midland.


Prime [La Belle Rouge], de Poppy Z. Brite (2005)

Il para√ģt que ce roman de Poppy Z. Brite est assez diff√©rent, et plut√īt ambitieux. N'en ayant jamais lu d'autres, je serais bien en peine d'en juger. Une chose est s√Ľre, j'ai surtout eu l'impression de lire un Westlake de niveau moyen, dans lequel l'obsession pour la bouffe aurait remplac√© les bimbos √©cervel√©es. Ca tient la route et se lit assez facilement. Mais si l'on ne doute pas qu'une telle esth√®te du steak ait une d√©finition toute personnelle de l'expression "partir √† point", difficile de ne pas √™tre un peu perplexe face √† un livre de toute √©vidence trop long, auquel il faut presque deux cents pages pour vraiment d√©marrer. N'est pas Westlake, roi de la concision burlesque, qui veut.


ūüĎé Cat's Cradle [Le Berceau du Chat], de Kurt Vonnnegut Jr (1963)

Dans une √©poque ant√©diluvienne (au moins), j'aimais beaucoup Kurt Vonnegut Jr, auteur pop avant d'√™tre SF. J'aimais son go√Ľt du d√©calage, son sens de la formule, son imagination d√©brid√©e. Cat's Cradle n'est sans doute pas un mauvais roman, mais au bout de trente pages je voyais bien que l'√©tincelle entre nous avait disparu. Comme tous les auteurs √† gimmicks, celui-ci enthousiasme violemment au moment du premier contact pour finir par lasser, lecture apr√®s lecture. On commence √† voir de plus en plus souvent les ficelles, et qu'y-a-t-il de pire pour un auteur se faisant fort d'√™tre impr√©visible que de s'av√©rer sans surprise ? D√©cevant, donc. Mais probablement plus √† cause de moi qu'√† cause de Kurt lui-m√™me.

ūüĎéūüĎé Le Passager, de Jean-Christophe Grang√© (2011)

Je pourrais utiliser un subterfuge pour essayer de vous expliquer que le dernier Grang√© m'est tomb√© entre les mains de mani√®re tout √† fait accidentelle. Mais soyons honn√™tes, ses deux premiers romans (Le Vol des cigognes et Les Rivi√®res pourpres), lus √† l'√©poque de leur sortie, m'avaient scotch√© √† mon lit des heures durant. Quinze ans apr√®s, j'ignore lequel de nous deux a mal vieilli (je pencherais plut√īt pour lui - faut dire qu'il a un peu d'avance), toujours est-il que j'ai eu un mal de chien √† aller au bout de ce r√©cit pataud, au suspens occasionnellement prenant mais si affreusement mal √©crit que le bouquin faillit me tomber des mains √† un nombre incalculable de reprises. Jean-Christophe, si jamais tu lisais accidentellement ces lignes : arr√™te, par piti√©, ce langage pseudo parl√© et ces fausses grossi√®ret√©s. C'est grotesque, certains y arrivent mais quand c'est toi, on n'y croit pas deux secondes. Ni une.

10 commentaires:

  1. Thomas, je t'aime!
    Grangé c'est une grosse daube dont j'ai lu tous les bouquins sur une plage en été... Mais là pour celui ci, j'ai dit stop à la décérébration!

    ^^

    jgarde le lien vers l'article, j'ai décidé de me remettre à lire.. héhé!

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  2. Ayant lu pas mal de Poppy Z. Brite, j'ai complètement déconnecté quand elle (enfin "il" maintenant, mais c'est une autre histoire) a abandonné les histoires de vampires pour écrire des romans dans le monde culinaire. J'en ai lu un et je me suis ennuyée. Essaie "Lost souls" - "Ames perdues", qui fait très roman d'ado quelque part, avec une bonne dose de violence, mais qui m'avait passionné et donné envie de visiter La Nouvelle-Orléans.

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  3. Coucou Thomas,

    Grangé !!!? Toi ?!!
    Remarque, je viens bien de me taper Barbery... et moi aussi j'avais bien aimé Les Rivières Pourpres (en revanche, j'ai abandonnée en cours de route Le concile de pierre).

    Le Hilsenrath m'avait bien fait rire, même si l'humour n'y est effectivement pas très subtil...

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  4. Merde, je tombe des nues, j'ai toujours cru que Poppy Z Brite était une nana! :-/

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  5. ben oui, elle est devenue il.
    http://docbrite.livejournal.com/
    http://en.wikipedia.org/wiki/Poppy_Z._Brite

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  6. Kath >>> c'est bien première fois qu'on m'aime parce que je lis de la daube ^^

    Miss >>> je ne sais pas si je vais me jeter dessus tout de suite (en même temps en réalité ce ST a été commencé il y a pas moins de deux ans, donc ça fait déjà un moment que j'ai lu Prime ^^

    Thierry >>> on dit "I'd love to fuck America", voyons ;-)

    EL-JAMI >>> si ça peut te remonter le moral, je n'étais pas au courant non plus.

    Ing >>> j'avais lu Le Concile de Pierre également. Fini ? Je ne sais plus mais je n'ai effectivement jamais relu Grangé par la suite.

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  7. Bon eh bien vous m'avez appris un truc, les amis !

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  8. Quoi! Seulement 2 boules pour "Cat's cradle"? Tu veux me faire sortir de ma retraite, ou quoi? ;-)

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  9. Sache que je n'hésiterai pas à insulter Kurt tous les jours si tu ne reviens pas d'urgence :-)

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