mercredi 3 août 2011

Mercury Rev - Out of Time

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Vingt ans presque jour pour jour après la sortie de son premier album (Yerself Is Steam, noise mutante et rock psyché dégueulant sur les murs du garage), songer à la carrière de Mercury Rev revient à méditer sur la notion d'équilibre. Ayant passé l'essentiel de son temps à jouer des balanciers entre l'harmonie et le chaos, le groupe de Jon Donahue a souvent donné le sentiment de ne s'exprimer que dans l'excès, quitte à soûler durablement, ses classiques pouvant probablement postuler au titre de disques que tous les fans de pop dignes de ce nom possèdent mais que quasiment aucun n'écoute régulièrement. Ce n'est pas tout à fait une critique ; c'est peut-être même une qualité : à sa manière, baroque, franchement too much, Mercury Rev a su rester un groupe résolument à part, en dépit de tout, du succès, des étoiles dans Télérama, de ses revirements stylistiques incessants ou de la qualité de plus en plus discutable de ses productions.


Régulièrement superbe, quoique moins que son prédécesseur (l'endeuillé et déchirant See You on the Other Side) ou que son successeur (All Is Dream, dont le titre dit tout de la quête d'absolu onirique), Deserter's Songs constitue en quelque sorte le seul véritable point d'ancrage discographique du groupe. C'est même très certainement le seul de ses opus qui met à peu près tout le monde d'accord : il est le plus populaire de tous et, en terme de démarche, probablement le plus important. Parce qu'il marque un tournant créatif autant que commercial ; parce qu'il trouve un véritable équilibre dans la profusion sonore du groupe, aussi et surtout. Foisonnant, plein de cordes, de clochettes, de flûtes, de scie musicale et de tant d'autre choses... il échappe malgré tout aux classifications rigides et à l'emphase lourdingue, presque miraculeusement. « Chamber » ou « orchestral-pop » semblent bien trop étriqués pour cet ouvrage ; « pop » tout court paraîtra immanquablement vague, même s'il renferme l'un des plus grands morceaux pop des années 90, ('Goddess on a Hiway'). Il n'est pas non plus prog (qu'importe que la tentation soit grande d'en parler), certainement pas folk (en dépit de l'influence évidente du Loner). Psychédélique ? A sa manière, sans doute, bien loin de celle de ses prédécesseurs.

En fait, Deserter's Song est surtout un voyage, en des terres bercées de ténèbres, avec pour guide un type à la voix d'oisillon tombé de son nid. 'Holes' le réveille brutalement. 'Tonite It Shows' le voit s'émerveiller du monde qui l'entoure. 'Endlessly' le montre partant pour une exploration des environs. Et ainsi de suite. C'est ainsi seulement que l'on peut/doit l'aborder, car son goût pour l'onirisme et la féérie le place de toute façon en marge de tout ce qui pouvait se produire à son époque. Tant pis s'il est imparfait, ou si cette réédition d'un disque jamais épuisé (et agrémenté de démos très dispensables) n'a qu'un intérêt très (très très très) relatif : peu de disques peuvent prétendre ainsi avoir su échapper au temps, aux modes, aux genres. Ni nous avoir gratifiés de chansons aussi sublimes qu''Opus 40'.


👍👍👍 Deserter's Song [Deluxe Edition]
Mercury Rev | V2/Cooperative, 2011 (1998 pour l'édition originale)

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