mardi 9 mai 2006

Mercury rêve

[Mes disques à moi (et rien qu'à moi) - N°6]
All Is Dream - Mercury Rev

Comme tous les vrais maniaques de musique, je suis un vieux con et j’ai parfois tendance à rester bloqué sur des vieux disques, ou tout du moins des choses remontant à mon adolescence. Dans le flot continu de disques sortis ces dernières années, celui-ci est un des seuls qui m’ait accroché au point de figurer dans mon Top 100.

Mercury rêve, le jeu de mot est facile j’en conviens. Mais le fait est que le mot onirique, que le concept même d’onirisme, semblent avoir été inventés pour ce groupe et plus spécialement pour cet album – le mieux nommé de tous les temps peut-être. Ce disque, je le chéris plus que tout. Souvent je le mets pour m’endormir. Pas parce qu’il est soporifique mais parce qu’il me berce.

La musique de Mercury Rev étant indescriptible je ne me risquerais pas à ce délicat exercice. Tout au plus vous dirais-je qu’avant 2001 c’était pour moi un groupe intéressant mais pas forcément vital. Je connaissais, j’écoutais à l’occasion mais il a fallu All Is Dream pour que je flashe totalement. Je suis ensuite tombé amoureux des autres albums, mais celui-ci garde une place totalement à part dans ma discographie – et dans mon cœur car c’est bien de cela qu’il s’agit.

On ouvre avec une grande orchestration symphonique, mais pas du symphonique balourd à la Queen, plutôt un truc genre Alice qui entre au Pays des Merveilles. Les merveilles de l’album étant bien sûr pour le moins secouées, car comme le laisse entendre la très belle ballade « Spiders & Flies » ce groupe a comme qui dirait une araignée au plafond.

La mélodie de cette ouverture, « The Dark Is Rising » (à traduire non pas littéralement par les ténèbres montent mais plutôt par la nuit tombe), est totalement pompée sur un titre de Neil Young de 1970. Je le savais déjà au moment où je l’ai entendue la première fois mais ça ne m’a pas vraiment empêché de dormir (c'est le cas de le dire) car ce morceau n’est qu’une petite mise en bouche avant la lente montée groovy de « Tides of The Moon ».


La voix vous semblera bizarre et c’est normal : Jonathan Donahue n’est pas vraiment chanteur. Il est… disons : interprète. Pour imaginer sa voix sans l’entendre il faudrait prendre Thom Yorke de Radiohead et le faire chanter volontairement faux, façon Neil Young justement, le tout noyé dans une pop luxuriante à la Beatles. Voilà, le décor est planté et les trois noms susmentionnés serviront de bornes pour définir une musique en elle-même indéfinissable et ne ressemblant à rien de connu (ou en tout cas à rien que je connaisse mais depuis le temps je commence à en connaître un rayon).

On enchaîne – « Chains » : guitare, piano, violon et même un soupçon d’électronique discrète… Mercury Rev donne l’impression d’utiliser tous les instruments qu’il a sous la main au moment de l’enregistrement. Quatre minutes plus tard un chœur étrange (à moins qu’il ne s’agisse d’un synthé bricolé) vient faire office d’introduction à une chanson de sept minutes étranges et volontiers angoissantes durant lesquels Donahue se la joue quasi incantatoire. Après un truc pareil, l’album aurait pu être plombé… même pas ! Car cet objet musical non identifié est enchaîné avec une chanson electro-pop parfaite, « Nite & Fog » - mélodie limpide et chant juste (une rareté dans le répertoire du groupe).

La seconde moitié de l'album suit la même logique, un titre barré puis une chanson pop catchy (« A Drop in Time ») qui ne manquera pas de séduire les amateurs de Yann Tiersen période chanson – à se demander d’ailleurs pourquoi il ne collabore pas avec ce groupe, ce serait sans doute nettement plus intéressant que de rappeler toujours les mêmes comme il le fait depuis presque une décennie maintenant. On repars ensuite des les sphères du rêve avec « You’re My Queen » : la mélodie s’envole, nos sens avec. On est là sans être là, on survole notre lit en même temps que la musique emporte nos états d’âmes sur son passage.

« Spider & Flies » puis le grand final, « Hercules », à la construction aussi alambiquée que fascinante et puis… plus rien. C’est le seul défaut de cet album en tout point remarquable : il ne compte que 10 chansons là où l’auditeur, immanquablement séduit, en voudrait des dizaines d’autres.

Dix chansons et cinquante minutes néanmoins amplement suffisantes pour se rendre compte que ce disque unique en son genre, ne trouvant d’écho que sur les autres albums de Mercury Rev, est un chef-d’œuvre total. Que vous aimiez le classique ou le death-metal, peu importe, du moment que vous êtes sensibles à la musique, il y a de très fortes chances pour que vous soyez sensibles à All Is Dream. En 2001, j’étais pigiste et j’avais écrit qu’il s’agissait sans conteste de l’album de l’année.

Cinq ans plus tard, je crois qu’il est en bonne place pour être l’un des (sinon LE) disque(s) de la décennie.


Trois autres disques pour découvrir Mercury Rev (même si c’est celui-ci qu’il faut avant tout) :

Boces (1993)
See You on the Other Side (1995)
Deserter’s Songs (1998)

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