dimanche 28 août 2011

Law & Order - Crépuscule d'un empire

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Au début des années quatre-vingt-dix est apparu un drôle de zigue au pseudo improbable et au credo invraisemblable. Le dada de Dick Wolf ? Le système judiciaire américain, sa politique et ses multiples ramifications. Pas de quoi en faire un doux illuminé en soi, bien sûr... sauf lorsque le garçon se pique de créer une série reposant sur ce seul et unique aspect, au générique basique, à la mise en scène épurée et au titre pour le moins austère (quoique finalement jamais traduit de manière correcte en français) : Law & Order. Et fermez le ban. Pas de stars, pas de personnages hauts en couleur, une action minimale et des intrigues dégotées dans la rubrique faits divers du journal de la veille... un slogan tout trouvé pourrait être le moins peut le plus, voire même le beaucoup plus puisque vingt ans plus tard Law & Order scotchera toujours chaque mercredi sept millions de spectateurs devant NBC, et ne se sera somme toute pas tellement éloignée de ses scores d'antan, ce sans jamais vraiment baisser en qualité et sans avoir pris trop de rides. Normal : de par son principe, Law & Order ne peut pas vieillir. Les épisodes de 1999 se regardent comme ceux de 2009, c'est à peine si l'on voit une différence dans les costumes. Passée la cinquième saison il n'y a déjà plus aucun personnage original ? Aucun problème : dans L&O (pour les intimes), le casting est à ce point fluctuant que l'interchangeabilité des "héros" a fini par devenir partie intégrante du concept. On se sera bien attaché à quelques uns d'entre eux au fil des années (Mike Logan, des saisons un à cinq ; Lenny Briscoe, des saisons trois à quatorze ; et bien sûr Jack McCoy, qui aura tenu la baraque pendant seize années), mais soyons honnêtes, ce fut plus du fait de leur longévité au générique qu'à cause d'un charisme affriolant ou d'un glamour affolant. Autres slogans possibles : only facts, crime is the star... etc.

Ce n'est pourtant pas Law & Order le véritable hit de Dick Wolf, mais bien ses spin-off, locomotives qui la tiraient depuis quelques années (précisément 2007, au moment où ce mégalo de Wolf avait menacé de mettre à mort toute la franchise si jamais le L&O "originel" venait à être annulé) quand survint l'inévitable, le 24 mai 2010. Un empire, un vrai, constitué de quatre shows en tout, cinq même, depuis les débuts de l'hélas médiocre - et rapidement annulé - Law & Order : Los Angeles (la délocalisation géographie sied mal à un concept dont la seule vraie tête d'affiche était finalement New York, ce malgré la présence réjouissante de Peter Coyote). Cinq shows qui tous présentent la curieuse particularité d'opérer des révisions majeures du concept. Quand L&O elle- même, à l'image d'un Sam Waterston qui semble quasi identique à soixante-dix ans qu'à cinquante, n'a pas bougé d'un poil durant deux décennies, ses spin-off, sans exception, semblent tous avoir eu pour but de contribuer à la ringardiser. Curieux personnage tout de même que ce Dick Wolf, tout à la fois pourvu d'un incroyable nez creux lui permettant d'épouser les modes avec génie (il était d'ailleurs scénariste de Hill Street Blues avant de créer L&O, ce qui témoigne d'une capacité d'adaptation hors du commun tant ces deux shows représentent les deux facettes inconciliables du même genre cop show), et capable à côté de cela de faire preuve d'une maniaquerie aux confins du fondamentalisme en tant que big boss d'une série dont l'intemporalité était devenue au fil des années plus qu'une qualité - une raison d'être.


A l'exact opposé de Law & Order, Special Victims Unit (SVU, premier spin-off) et Criminal Intent (CI, le second) seront donc des séries coup de poing, cherchant le soufre et louchant délibérément vers les faits divers les plus glauques. Comme le symbole d'un changement d'époque, elles totalisent à elles deux trois des meilleurs comédiens de série disponibles sur le marché : Mariska Hargitay et Christopher Meloni (pour SVU), et Vincent d'Onofrio (pour CI, où il est accompagné de Kathryn Erbe 1 , pour sa part d'une nullité stupéfiante). Des duos charismatiques, à l'alchimie essentielle au bond déroulement de leurs séries respectives (il suffit de voir le désastre que constituent les épisodes de CI sans d'Onofrio)... pas très Law &  Order, tout ça. Il est d'ailleurs intéressant de se rappeler qu'à ses débuts en 1999, SVU fut très fraîchement accueillies par les fans de la série originelle. Ces derniers lui reprochaient d'être un cop show trop traditionnel, s'attardant beaucoup trop sur les états d'âmes des personnages (le pilote commet même ce péché lawandorderien ultime que de montrer Elliott Stabler dans sa chambre avec sa femme !) Quant à CI, si la qualité des ses intrigues lui a assuré une cote de popularité plus immédiate, difficile de ne pas la considérer comme une auto-trahison tant elle repose entièrement sur le personnage de Robert Goren, plus proche en cela d'un Columbo que de ce bon vieux L&O.

Et il faut reconnaître que tous ces reproches - qui portent en fait sur les qualités de ces deux séries - étaient fondés. Si dans un premier temps SVU évoque beaucoup un mélange entre le "vrai" L&O et un genre de revival NYPD Blue (façon de parler, puisque le plus grand cop show de tous les temps était encore en activité en 1999), elle va rapidement trouver son rythme et s'éloigner de manière radicale et irrémédiable de sa grande sœur. Première anomalie, et de taille : SVU va casser le schéma narratif typique de L&O, qui consiste en un découpage de l'épisode en deux parties d'égale importance (l'enquête puis le procès) et un double casting (flics et magistrats) se côtoyant relativement peu sur l'ensemble des vingt saisons. Rien de cela dans SVU, qui dès le départ s'autorisera régulièrement à oublier la partie procès (il n'y a d'ailleurs pas d'Assistant District Attorney attitré dans la première saison, Angie Harmon ne faisant que de brèves apparitions en guest-star et Stephanie March n'intégrant que le casting que l'année suivante), et fera de sa paire de héros le véritable cœur de ses intrigues. Pis encore : ces deux imbéciles ne se contentent pas d'être des porte-manteaux-de-flics, ils interprètent, s'investissent et finissent même par faire évoluer leurs personnages, dans une étrange danse parallèle - mais en sens inverse. Olivia Benson s'endurcit de plus en plus, jusqu'à devenir limite réac' et insensible dans les dernières saisons. Stabler pour sa part perdra ses habitudes de branleur et avancera toujours plus près du gouffre à force de côtoyer l'horreur au quotidien (jusqu'à la formidable saison sept - probablement la meilleure de toutes - dans laquelle son côté profondément dérangé finit par éclater au grand jour). Oui car j'ai oublié de le préciser (mais ce n'est sans doute plus nécessaire grâce à DSK), mais l'Unité Spéciale pour les Victimes s'occupe uniquement des... victimes de crimes sexuels.


Outre l'extrême cohérence et la solidité de son casting (qui ne bougera plus qu'à la marge passée la seconde saison, à plus forte raison lorsque Stephanie March reviendra pour remplacer sa remplaçante), c'est bien entendu cet angle de vue qui fait de SVU la plus réussie (et la plus ancienne, à présent que toutes les autres se sont arrêtées) des séries de la franchise (en considérant, certes, que Trial by Jury et Los Angeles n'ont pas duré assez longtemps pour faire leurs preuves). Le choix de focaliser un show entier sur les crimes sexuels n'a évidemment rien d'anodin : s'il est bien un fait criminel qui a marqué les États-Unis (et l'Europe) dans la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, c'est la recrudescence des plaintes pour viol et/ou pédophilie. Mais ce choix constitue, accessoirement, la garantie de lancer une série qui, du moins dans ses premières saisons, ne ressemblait à aucune autre. Il faut se rappeler ce qu'étaient les séries en 1999, voire ce qu'était le monde, tout simplement. C'était avant l'explosion d'Internet (la série anticipe d'ailleurs grandement ce phénomène), à une époque, pourtant pas si lointaine, où les preuves ADN étaient encore sujettes à d'interminables polémiques. A la télévision, on est un an avant les Experts et le culte de la preuve scientifique. Et si tous les cop shows ont déjà eu l'occasion de traiter des affaires de crimes sexuels, ceux-ci demeurent marginaux et généralement traité par des personnages officiant dans des brigades chargées des délits mineurs. La meilleure preuve de cela, c'est que le tout premier épisode écrit pour Law & Order 2, qui selon la légende inspira Wolf pour SVU, concerne justement un crime sexuel élucidé par les gentils flics de quartier.

Une nouveauté en amenant une autre, on s'aperçoit aussi rapidement que le titre original, Special Victims Unit, n'est pas anodin. L'autre innovation vis-à-vis des cop shows traditionnels, c'est que le traitement est compatissant. Contrairement aux autres séries de la franchise, les victimes de SVU sont des personnages à part entière, souvent plus importants que les criminels. Si la machine judiciaire occupe moins de place ici, c'est en grande partie parce que l'espace est déjà comblé par le suivi psychologique de ces femmes et de ces enfants (le psychiatre George Huang deviendra de fait l'un des piliers de la série). Olivia Benson constitue en ce sens un type de personnage, sensible et empathe, sans aucun équivalent dans les autres feuilletons de la galaxie Wolf. Les mauvaises langues ajouteront que ce protocole compassionnel sert à justifier tout et n'importe quoi, y compris certaines dérives ouvertement droitières ou une forme de didactisme qui, il faut toutefois le préciser, était absent de la série à ses débuts. C'est incontestable, de même qu'il est incontestable que la justice se doive d'être impartiale, ce que les flics de L&O:SVU ne sont pour ainsi dire jamais. N'allez pas parler à Stabler de la présomption d'innocence, il se contenterait probablement d'écarquiller les yeux et de vous répondre vous avez des enfants ? ou mieux encore : vous ne diriez pas ça si c'était votre fille que ce pervers avait violée. Peu importe que l'innocence dudit pervers soit démontrée quatre scènes plus tard (soit donc huit minutes, le montage de SVU étant - comme toujours dans L&O - ultra resserré).


Dernier point, et non des moindres alors qu'il est curieusement celui qu'on évoque le plus rarement, SVU fait le plus souvent preuve d'une rare virtuosité en matière de constructions narratives. Littéralement, un bon épisode de cette série (il y en a quelques très mauvais, surtout dans les dernières saisons) se termine par tout autre chose que ce par quoi il a commencé. Le point A entraîne le point B qui amène au point C, pour finir sur la conclusion D, voire sans conclusion du tout (laisser le spectateur sur le carreau sans épilogue ni morale est l'un des gimmicks favoris de Wolf depuis vingt-deux ans). Rois des scenarii à tiroirs, les auteurs de SVU arrivent encore, douze ans après, à prendre régulièrement le spectateur à revers. Autant dire que ce n'est pas courant. Après avoir été d'une incroyable constance dans la qualité durant les neuf premières années, elle commence tranquillement de s'essouffler, tout en restant largement recommandable (le dernier épisode magistral remontant tout de même à l'avant dernier de la saison onze, pas de quoi se priver). Bien entendu, la fin est proche : les spin off sont un peu comme les couples de petits vieux. Quand le premier meurt, le second a statistiquement de grandes chances d'y passer rapidement après. L&O annulée, les autres ont suivi à un rythme implacable (deux en quelques mois, LA, donc, et Criminal Intent, qui vivait certes sur sa gloire passée depuis pas mal de saisons). En toute logique, les départs en retraite de Meloni et Wong devraient sonner le glas de la franchise, une bonne fois pour toutes. Il était donc temps de lui rendre hommage sur Le Golb, avec le respect que l'on doit aux espèces en voie d'extinction.


👍👍👍 Law & Order [New York District] (saisons 1 - 20 ; 1990-2010)
👍👍👍 Law & Order: SVU [New York - Unité Spéciale] (saisons 1 - 12 ; 1999-2011)
👍 Law & Order: Criminal Intent [New York - Section Criminelle] (saisons 1 - 10 ; 2001-11)
👍 Law & Order: Trial by Jury [New York, Cour de justice] (2005)
Law & Order: Los Angeles (2010-11)



(1) On notera parmi les curiosités récurrentes de la série une obsessions de Wolf pour les comédiens issus des productions de son grand ami Tom Fontana. Le casting initial de Law & Order : SVU propose ainsi deux comédiens issus d'Oz et deux autres issus de Homicide, auxquels il  faut ajouter B.D. Wong, qui rejoint le casting dans la seconde saison, Erbe dans CI et Kirk Acevedo dans Trial by Jury, ce qui porte à sept le nombre d'acteurs vedettes de la franchise à avoir joué soit dans Oz, soit dans Homicide, soit dans les deux (et on ne comptera pas les innombrables guests). Le personnage de Richard Belzer,  John Munch, est d'ailleurs explicitement désigné dans le pilote comme étant le même que l'on retrouvait dans Homicide (et qui apparaîtra plus tard dans The Wire).
(2) Il s'agit non du premier épisode de la série, mais de la première version du pilote, tournée en 1988 avec déjà le plus gros de ce qui deviendra le casting de la saison un.

36 commentaires:

  1. Chouette article dis (tu en sais des choses !)... mon préféré est sans conteste Criminal Intent, en grande partie à cause du personnage de Goren je l'avoue ;-)

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  2. Joli tour d'horizon (éloge funèbre ?) de la galaxie Wolf. Dieu sait qu'on a pu en rire, de ces séries, mais elles avaient, en effet, de vraies qualités.

    Bon dimanche.

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  3. C'est pas censé être super cliché Law and Order ?

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  4. Que de souvenirs devant cette série (que je ne regarde plus que d'un œil distrait aujourd'hui). C'est vrai qu'elle savait toujours surprendre, ce qui est vraiment rare sur une telle longévité. J'ai appris effectivement que Christopher Meloni avait démissionné, sûr qu'il devait en avoir marre après douze longues années. Il sera remplacé ? (cette seule idée me stupéfie)

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  5. Bon, plein de choses à rajouter, réfuter, récuser, refuser, MAIS !

    Mais, quand même, fondamentalement, une manière de synthèse totale sur ce monstre polypode qu'est L&O avec une maestria qui sauve le billet d'un chapelet d'anecdotes pour proposer des partis pris et des analyses assumées.
    Et brillantes.

    Brefle : du Sinaeve comme on les aime et qu'on se dit que décidément, heureusement que ce mec est payé à rien à foutre, cela nous offre gratos parmi les meilleurs points de vue sur la culture de notre époque (télé, musique, littérature).

    Ce coup de cirage étant passé (et avec sincèrité), je pointerai ici juste 2-3 avis de nuance :

    1° Comme toujours, je ne comprends pas pourquoi tu ne place pas CI en tête de tes suffrages, alors même que tu y reconnais la puissance de Goren.

    2° Pour Mc Coy, je ne suis pas d'accord : son personnage est intrinsèquement intéressant (passionnant pour moi, d'ailleurs) parce qu'il est certes implacable (hahaha, je me marre quand les méchants tentent pathétiquement des tours qu'on sait d'avance que Mc Coy s'amusera à les démonter jusque la dernière pièce) MAIS jamais sans triturer sa conscience, la mettre en balance (utiliser un artifice pour crucifier l'accusé ou l'épargner ? par exemple).
    Et la force de L&O est justement dans la partie justice, et pas tant le procès que ce qui fonde la stratégie d'approche du bureau du procureur. Et là, Mc Coy est succulent.

    3° Bravo, tu a réussi à ne pas citer une seule fois l'affaire DSK ^^

    4° Et tout le reste n'est que futilité : j'adore ces séries (pas toujours égales) pour leur puissance qui ne repose pas sur une débauche de délires (24... ) mais au contraire sur une épure des intrigues et de leur mise en scène.
    Ce qui les rend quasi indémodables.

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  6. Jack McCoy is my hero forever.
    J'ai toujours trouvé ça passionnant, Law&Order, ce qu'on sait, ce qu'on peut dire au tribunal, quel but veut-on atteindre et comment peut-on l'atteindre. Ce n'est pas établir la vérité qui compte, mais convaincre un jury. Je me demande toujours ce que je voterais, moi, si j'étais dans le jury.
    Je suis sûre que Section Criminelle est très bien, seulement je n'ai jamais vraiment suivi, du coup je m'y perds dans les évolutions de casting. Et SVU aussi est vachement bien foutu. Si seulement Stabler ne me tapait pas autant sur les nerfs ! Mais j'ai entendu dire que cette série a beaucoup aidé de vraies victimes de crimes sexuels, en particulier des gens qui ont été abusé étant enfants et qui avaient des difficultés à en parler.
    Est-ce que Law&Order UK ne fait pas partie de la famille aussi ?

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  7. Parler de L&O sans évoquer la vraie raison de son succès est presque criminel. Je parle bien sûr des ADAs super sexy dans leurs petits tailleurs!! ^^ Ah! Angie Harmon! Ah! Carey Lowell!! :)

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  8. "N'allez pas parler à Stabler de la présomption d'innocence, il se contenterait probablement d'écarquiller les yeux et de vous répondre vous avez des enfants ?"
    Tellement vrai. Je vois d'ici très bien sa tête culpabilisatrice et cette phrase dans sa bouche.

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  9. @Leïa : c'est Danny Pino qui remplace Christopher Meloni.

    http://teleobs.nouvelobs.com/articles/danny-pino-et-kelli-giddish-rejoignent-new-york-unite-speciale

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  10. Danny Pino ? arf...

    remarque, dans The Shields, il fut un parfait psychopathe.

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  11. Merci, m'sieur Bloom !

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  12. le plus frappant je trouve dans ces séries, c'est que sous des dehors comparables,
    binômes de personnages, univers commun, habillage musical et visuel,
    elles ont toutes des ressorts profondément différents,

    L&O porte sur une conception de la justice et comment l'exercer au mieux, avec l'une des plus réacs de toute l'histoire de la télé, Carmichael (jouée par Angie Harmon, qui rêve de procéder en personne à des injections léthales)

    SVU est l'exact envers, l'accent est mis sur le vécu des individus, la souffrance et comment la consoler (puis progressivement la venger, évolution bien vue de personnages qui n'en peuvent plus et dont la compassion se mue en colère parfois aveuglante), on est aux antipodes d'une justice distante et froide, et pour cause, les flics ne jugent pas (ils aimeraient bien pourtant),
    et comme par hasard cela se ressent sur les personnages des procureures, comme par hasard des femmes, et des femmes qui dès leur arrivée "dans l'équipe" sont amenées à remettre en cause leur vision "objective" de la justice pour remettre l'humain au premier plan, comme les flics de l'unité. On ne verra que très rarement les incursions de la génétique déteriniste dans SVU, et c'est logique, alors qu'elle est d'une présence étouffante dans L&O et en fait la série la plus réac que j'aie jamais vue (ce qui ne m'empêche pas de la trouver super). SVU est la série la plus perturbante que je connaisse.

    Criminal intent, pour moi, est la plus abstraite et la plus étrange de toutes, et elle n'a qu'un seul et vrai personnage principal, l'inspecteur Goren, un des personnages les plus tarés et les plus dangereux jamais campés à l'écran, un psychopathe qui, ouf!, oeuvre du côté du bien et sous la garde de sa hiérarchie, mais ce type n'est que pure manipulation, il est doux, il est bon, il est puissamment intelligent et cultivé, mais... c'est un dangereux taré qui, à la manière de Dr House, est obsédé par la vérité et pour qui peu importe les moyens, d'ailleurs il prend un plaisir sadique à manipuler tout le monde. Ce qui finit par le ronger.
    De fait, en tant que série le fait que d'Onofrio ne soit que dans certaines saisons est plus qu'un handicap, c'est comme si dans Magnum on n'avait plus Magnum pendant la moitié de la série = ce n'est plus la même série DU TOUT. Les autres binomes fonctionnent, sont super bien interprétés, mais ça devient des cop shows traditionnels, ce que CI n'était pas avec Goren.

    la version "police judicaire" est encore différente !
    c'est la plus chorale, celle où les individualités dépassent le moins et sont abordées de manière la moins intime (je considère comme extrêmement intime la manière dont les procs de L&O dévoilent leurs cocneptions profondes de la justice et se battent pour elle). Il y a un côté chronique provinciale, un côté "NYPD blue" dans ce spin off, qui le renvoie plus aux polars pépère qu'on lit le dimanche, ou qu'on regarde sur FRance 3 avec Barnaby par exemple. Il y a toujours des histoires, mais les enjeux sont tenus à distance contrairement aux 3 autres qui sont très prenantes.

    au final, faire cohabiter sous la même bannière des approches du récit et des idéologies aussi éloignées tient de l'exploit.

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  13. Quoi? Kelli Giddish aussi? Noooooon!

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  14. -désolé je ne sais plus me tenir :)

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  15. yueyin >>> rassure-toi, le soir pour m'endormir je compte les choses que je ne sais pas. Bon ok, j'ai tendance à m'endormir facilement ^^

    Lil' >>> mais d'où tu sors, toi ? :-)

    Leïa >>> Bloom t'a répondu. Ajoutons juste que si Kelli Giddish intègre le casting, elle ne remplace personne, puisque Mariska Hargitay ne quitte pas la série pour sa part. Quant à ce brave Dr Huang, pour autant que je sache, il ne sera tout simplement pas remplacé (mais il n'est pas remplaçable ^^)

    Christophe >>> 1°) d'une certaine manière, je réponds à ta question dans l'article. L&O et SVU ont, pour moi, apporté quelque chose qui n'existait réellement pas dans les séries policières. CI, pas vraiment. D'une certaine manière, comme je le suggérais en citant Colbumbo, je trouve même que CI symbolise une relative régression du genre. Ses codes reposent d'ailleurs beaucoup sur "comment le coupable va se faire attraper", registre qui ne m'a jamais réellement touché dans la littérature policière. Si on ajoute à cela que dès la saison 6 la série commence à sévèrement décliner... son sort est fait, en tout cas pour ce qui est de ma hiérarchie personnelle.

    2°) Moui. J'aime bien Jack McCoy, je trouve que c'est un des rares personnages de séries des années 90 à avoir une véritable classe... mais je ne l'ai jamais trouvé passionnant.

    3°) Euh... si.

    4°) Non bah, j'ai rien à ajouter.

    Nataka >>>
    "Je me demande toujours ce que je voterais, moi, si j'étais dans le jury." Oui et d'ailleurs, l'un des tout meilleurs épisodes de SVU est celui où c'est le public (américain bien sûr) qui a voté pour déterminer l'issue du procès, et donc l'épilogue.

    Pour te répondre, je n'ai pas compté les adaptations et autres remakes étrangers (UK, donc... mais aussi l'inénarrable Paris Enquêtes Criminelles) parce que Dick Wolf ne s'est pas réellement investi dessus, il a signé des chèques et sous-traité, alors qu'il a toujours été assez présent sur les autres. Elles appartiennent bien sûr à la galaxie, mais elles sont des satellites plutôt que des planètes.

    Cissie >>> oui et d'ailleurs, l'inverse se produit aussi souvent : on lui dit "vous avez des enfants ?" et là, son regard se perd dans le vide, il se plonge dans une intense réflexion généralement uniquement interrompue par Olivia qui lui dit "Non, Elliott. Ce ne sont pas tes enfants."

    Arbobo >>> on n'aurait pu faire résumer plus parfait des différences de styles entre ces séries. Ce que tu dis sur Carmichael me fait penser qu'il y a un point d'évolution drastique que je n'ai pas évoqué dans l'article : la déclaration d'inconstitutionnalité de la procédure de peine de mort en 2004, à New York, une vraie bizarrerie (puisque ce n'est pas vraiment une abolition) qui a un impact extrêmement fort sur la franchise (même si on exécute en fait assez peu dans l'univers de L&O). Sur ce point, L&O est une parfaite illustration d'une fameuse plaidoirie d'Alan Shore, dans laquelle il explique qu'il est contre la peine de mort mais pour la loi du talion. Elliott Stabler n'aurait pas dit mieux.

    Serious Moon >>> ça va ? t'es en manque ? :-)

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  16. Putain... tu fais vraiment les choses à fond! Faut être vachement courageux pour toutes se les taper... en fait... je crois que tu es dingues...

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  17. merci, je n'en demandais pas tant ^^

    @nataka :
    "j'ai entendu dire que cette série a beaucoup aidé de vraies victimes de crimes sexuels, en particulier des gens qui ont été abusé étant enfants et qui avaient des difficultés à en parler."

    C'est vrai, et vrai à ce point que Marishka Hargithay, à force de recevoir du courrier de victimes d'abus, a créé une fondation, "Joyfull heart foundation", qui apporte un soutien aux victimes et les accompagne dans leur recontruction. Son travail d'actrice est devenu son combat de femme, excusez du peu, rarement public aura eu un tel impact sur un-e interprète!

    Elle a même été invitée à prononcer l'allocation d'ouverture d'un congrès de femmes policières, ce qui dit beaucoup de choses sur ce que la série et son personnage ont progressivement représenté pour une partie du public, y compris le plus "averti".

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  18. Arno >>> rassure-toi, je n'ai pas revu TOUS les épisodes de TOUTES ces séries pour les besoins de l'article (ce serait d'autant plus vain que, comme je l'explique en introduction, chacune sur un concept quasi immuable). En réalité j'ai surtout revu SVU (intégralement) et vu L&O:LA (qui était nouvelle), plus quelques épisodes de chaque. J'ai dû voir quasiment tout le L&O "normal" au fil des années, mais bon, étalé sur 20 ans (enfin, quinze, je crois que ça ne passe en France que depuis le milieu des années 90), ce n'est pas non plus une performance extraordinaire ^^

    Arbobo >>> effectivement. A tout point, Olivia Benson est sans doute le personnage de "femme flic" le plus important qu'il y ait jamais eu dans une série. Or ce qui est amusant, c'est qu'à la base il n'est pas forcément très bien écrit, il est même assez clichesque comparé à ses collègues masculins (Stabler ou Munch, par exemple, qui ont dès le départ une palette bien plus riche, Stabler étant indiscutablement le héros de la série dans les trois premières saisons). Le rayonnement de Benson et la manière dont elle s'est enrichit doivent énormément au charisme (il est vrai assez exceptionnel) de Hargitay, qui pourtant n'était personne (à part une fille de) quand la série a débuté. Ce côté extrêmement fort et décidé qu'elle dégage a vraiment contaminé le personnage.

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  19. "le personnage de "femme flic" le plus important qu'il y ait jamais eu dans une série."

    après Julie Lescaut, quand même !

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  20. (merde, je suis pris d'un fou rire du coup...)

    (Julie Lescault et Olivia Benson...)

    (on ne saurait trouver images de la femme plus inconciliables...)

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  21. Hm... ça va donner des idées à GT de nouveaux battles à la con :
    Lescaut vs Benson

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  22. Joëlle "Pause-café" Mazart vs Tim "Oz" Mc Manus

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  23. L'homme du Picardie vs L'homme qui tombe à pic

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  24. Je crois que tu as oublié Jack Bauer vs Le Renard.

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  25. Jack Bauer vs Le Renard

    !!!!!!!!!

    penser à ofrfir des boules quies à tous mes collègues de bureau ^^

    :-/

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  26. Je ne vois pas ce que tu veux dire, ils sont connus pour parler tous les deux en chuchotant ;-)

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  27. Article très intéressant et subjectif et moi aussi ma série fétiche est la deuxième car j'ai une passion pour les faits divers concernant les crimes sexuels mais ce commentaire sur l'excellente Kathryn Erbe : "d'une nullité affligeante", tu es qui mon grand pour juger de la qualité d'interprétation d'une actrice ? Tu t'y connais peut-être ? Je crois pas non. C'est une excellente actrice (les fans d'"Oz" ne diraient pas le contraire), magnifique en plus et super mignonne. J'aurais pu écrire "un article d'une nullité affligeante" mais je suis trop mature et pas assez prétentieux pour ça.

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    1. Tu es trop mature pour ça, mais pas assez quand même pour ne pas oser écrire que je ne m'y connais pas - alors que tu n'en as strictement aucune idée. Tu es trop mature pour ça, mais pas pour préciser en voulant défendre l'actrice que celle-ci est "super mignonne", comme si ç'avait la moindre importance concernant sa manière de jouer.

      Je n'ai du reste jamais dit que Kathryn Erbe - contre qui je n'ai rien - était nulle "dans l'absolu", je la trouve juste nulle dans ce rôle précis où elle se contente de renvoyer mollement la balle à D'Onofrio. Prends n'importe quel épisode (vraiment : n'importe lequel), et n'importe quelle scène où elle est présente à l'écran mais où elle ne parle pas (à sa décharge, il y en a énormément dans la série puisque D'Onofrio vampirise totalement ses partenaires)... et regarde sa tête si peu naturelle, ses mimiques toutes plus surjouées les unes que les autres... elle a fait énormément de théâtre avant de devenir comédienne de télé, et ça se voit, c'est un travers très répandu chez les comédiens de théâtre lorsqu'ils passent à des œuvres filmées, et qui explique que certains triomphent sur les planches et essuient bide sur bide à la télé ou au ciné. Ça passait dans Oz, parce que c'était justement une série très théâtrale, avec des textes souvent déclamatoires, de longs monologues, des émotions outrées, etc. Dans CI, non, ça ne marche pas, et on ne peut d'ailleurs pas dire qu'Alex Eames soit le personnage le plus mémorable de la franchise, de l'avis-même des fans les plus acharnés...

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