lundi 2 mai 2011

Waldner - Je règle mon pas sur celui de mes pairs (mais j'ai de trop grandes jambes)

...
La litanie des bonnes surprises 2011 continue sans relâche, et pour le brave chroniqueur c’est à en perdre la tête. Vivons-nous vraiment dans ce monde où le moindre gars sorti de nulle part peut publier, sans prévenir et presque sans avoir l’air d’y toucher, un disque tenant la dragée haute à ceux des pointures de son genre ? Il faut croire, puisque cela n’arrête pas de se produire depuis quelques mois. Il est vrai aussi que le niveau des « pointures », en 2011, est en chute libre, et que l’écart avec les nouveaux venus aux dents longues n’a de cesse de se resserrer.

Waldner, David de son prénom, sort donc plus ou moins de nulle part (ce Canadien s’est exilé à Londres et est purement et simplement inconnu au bataillon), avec sous le bras un joli premier album à la pochette en trompe-l’œil : champêtre, elle laisse supposer un disque de folk-rock, quand l’univers de Waldner, en dépit de vagues relents celtiques sur le premier morceau ("Going up Against Goliath", qui revendique de toute évidence l’influence de Richard Thompson… même s’il sonne plutôt comme du mauvais Decemberists), est résolument tourné vers la pop. De la pop un peu croonée parfois, de la pop raffinée souvent, de la pop joliment songwritée et au potentiel commercial évident dès la plage 2 ("The Wait", entêtante et parfaite pour les matinées brumeuses). Le terrain de jeu n’est pas nouveau, et son actuel souverain se nomme Ron Sexsmith, artiste qu’on aime d’amour par-ici, mais dont on doit bien reconnaître que son dernier opus, plutôt sympa au demeurant, s’avère au fil des écoutes relativement loin de son meilleur niveau.


Vous me voyez venir : j’ai écrit cette phrase vingt fois cette année, avec juste des noms différents à chaque fois ; Le chanteur B [Waldner] vient de publier, en 2011, l’album que l’on attendait du chanteur A [Ron Sexsmith]. Il a même pris encore un peu d’avance, puisque ma boule de cristal est formelle : je puis d’ores et déjà affirmer que ce Found & Lost est meilleur que le prochain Springsteen avec l’E-Street, nettement plus convaincant que le prochain Ryan Adams, bien plus touchant que les quatre eels de l’année à venir et, sans le moindre doute, bien mieux fichu que le prochain Ed Harcourt.

On pourrait continuer ainsi durant des heures. Le fait est que Waldner a, en plus de qualités mélodiques parfois franchement bluffantes (notre machine à détecter les tubes en puissance a sonné deux fois au cours de cet article), ce qui manque désormais – à différents niveaux – à chacun des artistes susnommés : une fraîcheur, une spontanéité… un sentiment que l’artiste est tout entier investi dans son disque. Celui-ci n’a rien de spécialement original, il est de surcroît assez loin d’être parfait, mais il a une âme et se situe, même dans ses passages les plus faibles ("Going up Against Goliath", donc, ou "In Stone", ballade un brin lourdingue), aux antipodes de ces albums dont les auteurs ont des noms connus mais ressemblent un titre sur deux à des robots en pilotage automatique (ce qui n’empêche pas de leur trouver des qualités, du reste). C’est humain, c’est charnel, c’est vivant. Waldner n’a sans doute pas l’étoffe d’un Peter Buck, mais "Undone" n’en demeure pas moins le meilleur titre que R.E.M. ait oublié de mettre sur son dernier album. De même, le jeune (?) homme n’a probablement pas le charisme d’un E – il vient malgré tout de signer le meilleur single d’eels depuis des années ("Rude Awakening"… et le commentaire fonctionne aussi, évidemment, avec Sexsmith V.S. "Wilderness"). Voilà ce qui arrive lorsque l’on se repose sur ses lauriers : un inconnu débarque et c’est à lui que le brave chroniqueur va jeter des fleurs. Ce job est vraiment impitoyable avec les paresseux. Mais il sait aussi, et c’est heureux, récompenser les bosseurs et leur promettre un bel avenir. C’est ce que l’on fera aujourd’hui avec l’attachant Waldner, dont on espère ne pas avoir fini d’entendre parler.


Found & Lost, de Waldner