vendredi 20 mai 2011

Speed Trials (M9)

...
Oy Division, d'Oy Division (2011)

"Le kezmer est devenue un label marketing et une posture hype", déplorait Christophe à propos de l'album d'Yom & The Wonder Rabbits. Sans doute pas à tort tant ce dernier, pour plaisant qu'il soit, a en effet quelque chose d'un peu toc. Nulle trace de ce syndrome cependant chez Oy Divison, qui bien que tirant son nom des légendes de la cold-wave emprunte des voies beaucoup plus traditionnelles, avec certes une bonne louche de musiques slaves et d'énergie punk crânement revendiquée, mais sans jamais trahir l'esprit ni la lettre. Dansant, pour ne pas dire carrément festif, le résultat manque peut-être un peu de mélancolie pour cimenter le tout, mais sauf à être complètement réfractaire à toute forme de folklore, difficile de ne pas se laisser emporter dans son tourbillon.

Michel Poicard, de The Death Set (2011)

Il paraît que les contraires s'attirent, et certains albums donnent envie d'y croire. Sur le papier, ce Michel Poicard a tout de la bouillie indigeste et irritante : bourrinage gratuit, esthétique en toc, production clinquante et superficielle. Mais mélangé à une hargne rappelant immanquablement ... And You Will Know Us By The Trail Of Dead, ce qui seraient des défauts chez d'autres se transforment en qualités. Michel Poicard est un album bête, brutal, éparpillé et invraissemblablement jouissif. C'est deux fois trop long, parfois d'un goût douteux, la plupart des chansons semblent n'être que l'esquisse de ce qu'elles pourraient être... mais ça le fait, tout simplement. Chaudement recommandé au réveil.



13 Reasons to Fuck, des Horny Bitches (2010)

Que c'est bon, un peu de vraie morgue de temps en temps ! Que c'est plaisant, du bon vieux punk qui tache, avec des voix qui braillent et des riffs qui déchirent. Trio de Quebécoises déchaînées, les Horny Bitches envoient la purée avec bonheur, reprenant un flambeau de punk trash et féminin qui vacillait un peu depuis que le split des Distillers (et même depuis un peu avant, en fait, puisque leur troisième album était déjà assez loin de la rage des débuts). Hymnes en puissances ("Lesbians Are Lesbians"), morceaux pugnaces dont les simples titres font figures de dangereux avertissements ("Chicks with Dicks", "Nympho Can't Say No"), le tout baignant dans une parodie poilante de cette esthétique porno qui excite tellement ces beaufs de mecs. Un ravissement.



Creep on, Creepin' on, de Timber Timbre (2011)

Cet album et moi, ça fait un petit moment qu'on se regarde en chien de faïence, qu'on se tourne autour, qu'on communique par la pensée (et un peu par la musique, ok). "Chronique-moi !", qu'il me répète... "Chronique-moi car j'ai tout pour te plaire." Et c'est vrai qu'entre une ouverture dégoulinante de Black Heart Procession, une atmosphère plus lynchienne encore qu'un album de Lynch (ce qui en fait n'est pas dur) et un côté délicieusement rétro, presque orbisonnien par instant... Creep on Creepin' on a de quoi affoler mes compteurs. Et d'un autre côté, à aucun moment des 18 000 écoutes l'aiguille n'a grimpé dans le rouge. Sans doute, il manque à Timber Timbre un petit quelque chose pour être parfaitement à la hauteur de ses modèles. On ne trouve pas, sur cet album élégant et lettré, le danger que peut parfois dégager BHP, l'aura de mystère inhérente à l'oeuvre de Lynch, ni la candeur poignante des mélodies d'Orbison. Cela ne le rend nullement mauvais : Creep on Creepin' on est une espèce d'illustration vibrante de l'expression "avoir la classe". Simplement à trop soigner son esthétique, le groupe semble avoir oublié de mouiller son beau costume. Dommage, mais prometteur.



Unicorn Loves Deer, d'Alamo Race Track (2011)

Si la qualité d'un album se mesurait au nombre de fois où on l'a écouté dans une année, Unicorn Loves Deer ferait assurément un carton dans le Classement du Golb. Bien fichu, drôle, plein de mélodies finaudes, voici un de ces albums auxquels on n'adhère très vite, dont on se lasse peu, sans trop savoir pourquoi ni ce que l'on pourrait bien en dire de plus. Pas inspirant pour deux sous, donc, mais rien que le morceau éponyme, réjouissante comptine, on craque.



Dangerous, de Refrigerator (2011)

Le premier titre s'intitule "Be Positive" et ne peut être pris que comme une boutade. Parce qu'avec Dangerous, du bien nommé Refrigerator, on tient probablement l'album le plus dépressif de l'année. Minimaliste et grisâtre, sa pop donne l'impression d'avoir été enregistrée par Vic Chesnutt dix minutes avant de se donner la mort. C'est par conséquent très émouvant, mais le compliment est à double tranchant puisqu'on a bien du mal à l'écouter autrement que seul, le soir, autour d'une bière et/ou d'une boite d'anxiolitiques. Mais c'est très émouvant, hein. Ceci dit.



Simon Werner a disparu, de Sonic Youth (2011)

On peut reprocher beaucoup de choses à Sonic Youth, mais s'il en est bien une que l'on peut difficilement lui dénier, c'est sa remarquable régularité. Quand la plupart de ses contemporains se sont depuis longtemps assis sur un confortable trône de médiocrité, le gang de Thurston Moore, s'il ne surprend plus vraiment, reste synonyme de qualité et d'exigence. La B.O. de Simon Werner a disparu, ovni cinématographique français avant tout parce qu'il fait beaucoup d'effort pour avoir l'air américain, en est une bonne illustration. Ou plutôt non, justement, puisque Sonic Youth s'y est attelé à composer une véritable œuvre, refusant le piège de la banale illustration musicale. Le résultat, à l'histoire assez représentative de ce perfectionnisme (le réalisateur, Fabrice Gobert, avait initialement contacté le groupe pour être autorisé à utiliser certains morceaux pré-existants, et ne s'attendait certainement pas à se retrouver avec une BO entièrement composée pour lui), c'est un objet paradoxal, à la fois intrinsèquement lié au film (dont le score constitue quasiment un personnage à part entière) et album instrumental se suffisant à lui-même, dont on ne peut que comprendre qu'il soit édité comme tel. La mayonnaise prend étonnamment bien, notamment sur 'Les Anges au piano' et 'Chez Yves', pépites éthérées autant que nerveuses. Rien qui donne envie de se relever la nuit, soit. Mais peu de groupes, partant d'un tel exercice de style, auraient su aboutir à quelque chose d'aussi consistant.



Black & Blue, de What Would Jesus Drive (2011)

Un peu indie, beaucoup post-hardcore, pas mal power-pop... pour son premier album après quelques EPs plutôt prometteurs, What Would Jesus Drive (ce nom...) n'a pas choisi de faire dans la franche originalité (même le titre du disque est assez quelconque). Son crédo serait plutôt l'efficacité et la hargne joyeuse, et après tout pourquoi pas ? S'il ne peut jamais prétendre à jouer les premiers rôles, Black & Blue contient pas mal de titre franchement bien troussés ("Black & Blue", "Yourawful Kids", l'entêtante "The Girls Are in Charge") et convainc finalement, par sa dynamique séduisante autant que par l'utilisation habile des deux voix (féminine et masculine). On l'oubliera peut-être dans six mois, mais chaque fois que l'on retombera dessus, ce sera avec un plaisir sincère.



Maps, de Night (2011)

C'est le bon vieux disque de post-rock/ambient. Le typique, celui avec lequel on se sent familier dès la première écoute. Avec ses élans noise et ses montées en puissance. Sa langueur contemplative et ses bidouillages. Son minimalisme dans la forme et son emphase dans les mélodies. Un disque ordinaire, somme toute, mais qui fait bizarrement mouche. Qui emporte facilement et constitue la bande-son agréable de nuits sans sommeil et de jours gris. On aurait sans doute du mal à faire deux pages à son sujets. Mais on aurait de la peine de ne pas en toucher un mot, d'autant qu'il est disponible gratuitement ICI.



Blood Pressure, des Kills (2011)

Ironiquement, voici sans doute le disque le plus consensuel de l'année. Toute la presse est d'accord, c'est un super disque (ah ah ah). La plupart des blogs sont d'accord, c'est un disque "bien mais pas top mais sympa mais banal mais cool mais vain", pour reprendre l'idéale synthèse de Benjamin. C'est surtout le typique album de rockstars fatiguées... le typique album "dix ans après" (enfin, vingt en ce qui concerne Hince). Et dix ans après, donc, ne reste plus grand-chose du groupe de Keep on Your Mean Side. La vie et le succès sont passées par-là, ma bonne dame, et d'une certaine manière Blood Pressures est la suite logique non de l'œuvre entamée en 2003, mais de la carrière des Kills telle qu'elle s'est emballée. On a légitimement le droit d'être déçu - on pourrait difficilement être surpris. Même s'il le voulait, le duo ne pourrait plus être cette formation proto-punk suintant le danger et la frustration en s'ébrouant sur des rythmiques décharnées. Ils sont devenus des professionnels à l'écriture carrée, bien fichue et sans folie, plus vite que certains - moins rapidement que d'autres. A tout prendre, dans le genre ex-espoir en pilotage automatique, Hince et Mosshart s'en sortent infiniment mieux que (au pif) les Strokes. Blood Pressures n'est pas exempt de bonnes chansons ('Future Starts Slow', 'You Don't Own the Road') et il n'est jamais déplaisant. Le typique disque de rockstars, on vous dit : solide, souvent efficace. Du placement sans risques. La presse adore ? Tu m'étonnes.

6 commentaires:

  1. C'est bien la première fois que sur un "speed trial" on te voit d'une si grande mansuétude, dis moi... Le retour du Printemps?

    RépondreSupprimer
  2. Un peu gentil le Death Set quand meme, non?

    RépondreSupprimer
  3. ah ui, beaucoup de 4/6. étonnant ! (super pour le kills, tu relâches l'exigence là)

    RépondreSupprimer
  4. En même temps un 4/6 contient plein de nuances, du 4 ou 4.75... je ne vois pas où le problème. Ma "mansuétude" vient juste du fait que je n'avais pas le temps d'écrire sur les merdes, et que je me suis limité à des disques que je trouvais intéressants.

    RépondreSupprimer
  5. Attends je ne te critique pas là, le constate (comme d'autres) l'étonnante haute valorisation dans cette série au regard de tes moyennes généralement un chouia plus basses, tout au moins plus différentes.

    Et mon étonnement allait davantage vers le fait que tu ne noterais ici que des albums qui te plaisent alors qu'habituellement tu mènent tes procès également contre des vilains que tu condamnent à des 2 diodes. Ou alors le hasard a bien fait les choses mais je ne te crois pas fils du hasard. Mais je me trompais : c'était le manque de temps et la sélection de juste monter du bon.

    Reste que tu aurais pu tâcler une ou deux bouses pour le plaisir de tes lecteurs, quand même.


    Nota : par ailleurs, tout système de note est réducteur par lui-même, et ce système heximal (on dit comment pour /6 ? va pour cette néologeure) doit bine te contraindre quand tu veux nuancer certains albums, non ?
    déjà moi pour m'en tenir à une certaine objectivité et constance sur 10, je n'y arrives pas... :o/


    PS : le nouveau This will destroy you est un petit bijou sonique, surtout le premier morceau à écouter à fond de ballon

    RépondreSupprimer
  6. En même temps lyncher une bouse en trois lignes, vous le faites tous les jours dans les commentaires. Permettez que je me réserve pour les grandes occasions ;-)

    RépondreSupprimer

Si vous n'avez pas de compte blogger, choisir l'option NOM/URL et remplir les champs adéquats (ce n'est pas très clair, il faut le reconnaître).