jeudi 26 mai 2011

The Missing Season - Irascible mélancolie

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[Article précédemment paru sur Interlignage] Un de ces quatre, il faudra tout de même que nous prenions cinq minutes pour vous toucher un mot de Bruno Green. A force de parler tous les trois mois de tel album enregistré ou masterisé ou je-ne-sais-quoi par le désormais ex-Santa Cruz, son nom va finir par devenir familier à tous nos lecteurs sans que l’on n’ait jamais évoqué dans nos pages un seul de ses excellents albums 1. Ce serait d’autant plus nécessaire qu’en général, les mots « Bruno » et « Green » agissent sur le cerveau du chroniqueur comme s’il s’agissait d’un label de qualité. Non qu’on se mette à adorer automatiquement, on n’en est pas (encore) là (même si la qualité se dément rarement d’une contribution à une autre). Mais l’homme a suffisamment bon goût pour qu’un disque arrivant chez Interlignage en mentionnant Bruno Green à son casting ait tout de même de très grandes chances de passer directement en haut de la pile.


C’est ce qui est évidemment arrivé au premier opus de The Missing Season, groupe indie-folk-pop feutré déjà auteur l’an passé d’un EP éponyme particulièrement attachant. Il est arrivé en haut de pile, pistonné malgré lui par la présence de Green au mastering, et puis écoute après écoute, il a gagné sa place. On a commencé par se dire que c’était pas mal pour des français évoluant dans ce registre typiquement américain, puis on en est venu à se dire que c’était pas mal tout court, puis que c’était bien, puis que c’était un franchement bel album. Intimiste (l’atmosphère), chaud (le son), To the Fire est de ces ouvrages que l’on ne voit pas venir, qui ne paient pas de mine et ne font que se révéler au fil des écoutes. Un peu le même effet, dans un registre parent, que ressenti l’an passé en découvrant le très bel album de The Daredevil Christopher Wright.

Très peu groupes, à vrai dire, encore moins dans notre pays, semblent avoir à ce point compris et assimilé les enseignements de pointures comme Iron & Wine (auquel on pense immanquablement sur le premier titre) ou Low, dont on retrouve moins le son que quelque chose de son irascible et fascinante mélancolie (au hasard : sur "Morning Moon"). Entre des harmonies particulièrement soignées et des compositions habiles, The Missing Season donne même parfois l’impression d’avoir arpenté chaque recoin de la folk-music américaine des trente dernières années, jusqu’aux marécages d’Alice In Chains période Jar of Flies ("Isolated" ou l’excellente "Black Bride" en retrouvent la distinction et la pesanteur claustrophobe). Sur treize titres, quasiment pas de déchet (tout au plus un ou deux titres un peu en-deçà du niveau général), et même quelques beaux moments de grâce sur la fin, telle cette "Song for You" qui déraille en Crazy Horse, ou ces "Homeless Lovers" sensuels et désolés. Les références ont beau affluer (mais chez qui n’affluent-elles pas de nos jours ?), To the Fire séduit par sa sensibilité, sa cohérence sonique et la fragile beauté de ses voix. Vous pouvez d’ailleurs aller le vérifier par vous-mêmes, puisque l’album est en écoute sur le Bandcamp du groupe.

Attention : risque de révélation.

 

To the Fire, de The Missing Season (2011)



1. Allez, c’est le moment ou jamais, citons sa formidable Blue Void Trilogy, s’il ne fallait en garder qu’un.

7 commentaires:

  1. J'avais beaucoup aimé leur premier album, je ne savais qu'il en sortait un deuxième. Ca a l'air bien en tout cas !

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  2. Révélation, effectivement. C'est fantastique !

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  3. Très bon ce morceau (y a pas le titre mais je suppose que c'est Black Bride ^^), effectivement le petit côté AIC (ou premier Cantrell solo) est inattendu et surprenant, du coup on écoute tout le disque...et on découvre que l'album est très varié, c'est chouette et ça se remarque.

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  4. Eh bah... trois commentaires élogieux sur un album inconnu en 25 minutes, ça n'arrive pas si souvent ^^

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  5. Very nice en effet, on va aller chercher le reste. C'est marrant ca arrive dans une periode ou je reecoute Jar Of Flies en boucle.

    Merci beaucoup Thom

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  6. Très beau disque en effet. Je devrais aussi en parler un de ces jours...

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