lundi 9 mai 2011

Capillary Action - 2011, l'année du cheveu

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En matière de musique, il est des choses insupportables que l'on supporte cependant avec une désespérante régularité. La première est la valse aux étiquettes ; soit qu'elle s'avère trop rigide (At the Cut, c'est un album de folk, de jazz ou de post-rock ?...), soit qu'à l'inverse elle pourrisse en d'improbable micro-chapelles de sous-courant de sous-sous-genres (on en découvre de nouveaux chaque semaine, et ils en est je l'avoue dont j'attends toujours de lire une définition qui serait autre chose que ridicule). La seconde, c'est évidemment et à l'exact opposé la cohorte des groupes prétentieux se prétendant qui "singulier", qui "transversal", qui "inclassable"... alors qu'ils ne le sont que trop.

A ces deux pôles d'idiotie, antagonistes mais également irritants, les Américains de Capillary Action viennent d'opposer un formidable bras d'honneur, s'inscrivant dès les premières mesures de l’ébouriffant "Methheads & Mormons" dans le club très fermé des Groupes Inclassables Qui Le Sont Vraiment Et Qui Vous Emmerdent. Et bien sûr, comme tous les gens ne sonnant vraiment comme personnes, ils se garderont bien de le dire : ne se prétendent officiellement inclassables que les groupes que n'importe qui serait susceptible de classer après dix minutes d'écoutes (le plus souvent en prog, d'ailleurs - mais ne soyons pas salauds : ça marche aussi avec le hardcore ou le post-punk). Le journaliste musical fatigué de bondir sur son siège et de lancer, dans cette novlangue que seuls ses semblables comprennent : "Tout cela est bien joli, mais concrètement, ils font quoi, comme musique ?


Eh bien cher journaliste, je suppose qu'on pourrait dire concrètement que Capillary Action, déjà auteur de deux albums prometteurs quoiqu'assez différents de ce nouveau Capsized, joue du math-jazz. N'arrondit pas les yeux ainsi, je sais bien que cela n'existe pas, et je suis tout prêt à reconnaître que l'on frôle de très près la formule pléonastique. C'est pourtant l'expression la plus plausible, un morceau comme l'alambiqué (mais percutant) "Phanatical" donnant une idée somme toute assez juste de ce que produirait un We Insist! s'il troquait ses instruments électriques contre une formation jazz. La structure des morceaux ou la voix rappellent immanquablement le math-rock, mais le tout est passé à la moulinette free-jazz (voire jazz tout court, paradoxalement sur les titres les plus zarbis, "Stock in Shorts Supply" ou le tribal et excellent "Feeding Frenzy", hommage goguenard à l'ultime chef-d’œuvre de Hitchcock).

"Ah mais en fait... c'est un peu du post-math-rock, alors !", ne manquera pas de s'écrier notre ami journaliste, qui il n'y a pas à dire s'y connaît mieux que moi en matière de formules choc et toc. Eh bien, petit journaliste... peut-être, oui. J'avoue que je ne sais pas et m'en fous un peu. Je t'invite à écouter et à trouver toi-même tes propres analogies pourries. Et de grâce, épargne nous les lieux communs du style Wow ! C'est trop bien et en plus même si c'est jazz c'est hyper puissant et violent", les mêmes sornettes que tu nous sortais déjà quand Apocalyptica reprenait du Metallica en formation classique et que toi, tu t'extasiais de ce que ça claquait alors que, par définition, le classique est susceptible d'être cent fois plus puissant que le metal. Capsized mérite infiniment mieux que d'inspirer de telles âneries. C'est un album fort et singulier, dans lequel le groupe ne réussit pas tout mais a ce mérite d'essayer dix fois plus de choses que la plupart de ses contemporains.


Capsized, de Capillary Action (2011)

6 commentaires:

  1. A lire ton post je m'attendais vraiment à aimer ce groupe, mais en fait il m'est totalement hermétique, autant pour son côté jazz que son côté math-rock. C'est à dire que le jazz (un peu trop "free" à mon goût) me perd musicalement, et le math-rock (qu'il m'arrive d'aimer) qui me perd rythmiquement. Au final j'écoute et je ne sais pas du tout ce qui se passe, mais pas dans le bon sens de la chose, donc ça m'énerve. ^^

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  2. J'aime beaucoup. Le côté jazz y est très certainemenr pour beaucoup ;-)
    En tout cas, ça me réconcilie un peu avec cette "sphère indie" qui m'a encore fait désespérer ce matin avec la 3ème écoute ... d'une pénibilité extrême du nouvel album de Man Man.

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  3. ah ah les noms de courants,
    en général je les découvre, ces noms, quand le mouvement est déjà sur le déclin, et je comprends ce qu'ils veulent dire après leur acte de décès, je ne dois pas lire suffisamment pitchfork :o/

    cela dit, avec Cheveu et eux on tient peut-être un courant "Ray sur le côté"

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  4. Putain de bon album, en tout cas à la première écoute !

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  5. si je comprends bien, le jeu consiste à mettre Ray au milieu.

    et écouter le disque, accessoirement, mais ça c'est prévu :-)

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  6. Joris >>> pourtant je ne trouve pas que Capillary Action soit si difficile d'accès que cela (au contraire). Mais bon, chacun sa sensibilité...

    Thierry >>> je n'ai pas encore écouté le nouveau Man Man, mais je vois un peu de ce que tu veux dire, et il est certain que le côté jazz de Capillary Action leur donne automatiquement une originalité que d'autres n'ont pas. Ceci dit la scène math-rock est très marginale par rapport à ce que tu appelles "cette sphère indie".

    El-JAM >>> rassure-toi, ça marche aussi après trente.

    Arbobo >>> je te mettrais tout ce monde-là en première partie de Fever Ray qu'on en parlerait plus ;-)

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