jeudi 28 avril 2011

The Pains Of Being Pure At Heart - Teenage Angst. Brigade

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J’ai treize ans. Bon je sais, c’est pas tout à fait vrai. Mais ce matin en me levant, je ne sais pas pourquoi, je me suis senti prêt à avaler des Choco Pops et à aller au collège avec mon cartable tout plein d’auto-collants Nirvana. Était-ce le soleil, qui me fait toujours un drôle d’effet ? Un vieux reste de gueule de bois de la veille ? Le début de la sénilité ? Le nouvel album des Pains Of Being Pure At Heart ?

Je vais vous dire, c’était sans doute un peu tout ça réuni. Belong, le nouveau Pains, est le genre de disque à vous rendre précocement sénile. Il y a bien des manières de se sentir vieux ou plus trop dans le coup, mais la plus violente et la plus cruelle de toute c’est assurément lorsqu’un groupe de jeunots débarque en jouant la même musique que vous adoriez lorsque vous étiez tout gosse. En l’occurrence, le premier album passait mieux. Il faisait appel à des références un peu plus anciennes. On sentait bien ici ou là des résidus de Pumpkins, de Ride voire de Placebo, mais cela restait suffisamment diffus pour que je ne me dise jamais « merde, voilà qu’on revivalise mon enfance ». Et puis il ne s’agissait pas encore de déterrer Flood, et pas pour faire genre, non non : on sent bien que l’immense producteur de Mellon Collie & The Infinite Sadness et de The Downward Spiral a reçu pour consigne explicite de regarder dans un rétroviseur qui, dans son cas particulier, est orné de diamants.

Le résultat, c’est un album que j’aime parce qu’il est nostalgique et que je déteste parce qu’il est nostalgique. Je sais gré aux Pains Of Being Pure At Heart de ne pas être tombés dans le piège de la superproduction sans âme (Flood a également joué les décorateurs d’intérieur chez U2 et les Killers, ce qui est autrement moins glorieux), d’avoir su trouver un équilibre entre emphase et délicatesse. Belong a beau se composer de dix pop-songs limpides, c’est un album vicieux auquel on n’adhère pas immédiatement, à plus forte raison lorsque l’on a adoré le premier album du groupe et que l’on ne peut donc s’empêcher de noter que son insouciance est passée à la trappe (on s’y attendait, ceci dit). Apprécier des choses comme "Even in Dreams" (dont le riff rappelle de mauvais souvenirs), "Belong" ou "My Terrible Friend" nécessite d’avoir conservé son âme d’adolescent, de ne pas chercher l’intellectualisation et de prendre les choses au premier degré. Ce n’est pas un album pour tous les vieux cons chroniqueurs comme moi (ni les vieux cons lecteurs comme vous), mais il est calibré pour changer des jeunes vies et accompagner des heures de révisions d’exams (ou à faire semblant de). Selon l’humeur, on le trouve délicieusement candide ou désespérément niais. Selon la personne, il sera adulé ou violemment rejeté, ce qui n’a rien d’étonnant venant d’un groupe qui dès son premier maxi était déjà sur la brèche.

Belong n’arrange rien, écartelé entre splendeur et goût douteux. Mais il est suffisamment chargé en Teenage Angst pour confirmer avec fougue que ses auteurs sont bien l’un des meilleurs groupes de sa génération. Qu’importe qu’on sache très bien que cela ne durera pas et qu’ils cédèront un jour ou l’autre à toutes les sirènes.

Pour l’heure, l’édifice tient encore.



Belong, des Pains Of Being Pure At Heart (2011)

15 commentaires:

  1. Ce que je trouve super bizarre, c'est que j'adore cet album, sans pourtant y voir toutes les influences qu'on me dit y être...
    Peut-être ne suis-je pas assez vieux con pour les voir, même si je pense les maitriser pourtant. Enfin je crois.

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  2. Si même toi tu n'entends pas les Pumpkins dans les deux premiers titres, c'est très angoissant quand même...

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  3. Plusieurs possibilités:

    1. Un blocage psychologique: mon cerveau se refuse à y voir les Pumpkins car ce groupe est unique et qu'il est hors de question qu'un groupe de jeunôts y ressemble.

    2. Ca ressemble à du Pumpkins première période, que j'aime mais dont je maîtrise moins les codes.

    3. La différence entre les voix l'emporte sur les similarités rythmico-guitaristiques. (A l'heure actuelle, je pense que celle-là l'emporte)

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  4. Je ne connais pas assez les pumpkins (j'ai fait le plein à la pompe Guchounienne à Noël et ce sera ma campagne découverte de l'été 2011).

    reste que oui, il y a un petit quelque chose quand même.

    Cet album ne m'a pas (encore emballé). De fait, je l'ai écouté 3 fois si je m'en réfère à mon compteur iTunes, avec àchaque fois presque un mois entre chaque écoute (la dernière ce week-end). Étrange, parce que je suis plutôt boulimique (puis je jette) sur ce genre d'album séduisant mais pas passionnant.

    un signe d'un bon album où on y revient ? Hm... on verra dans quelques mois. Vaut quand même pas le premier à mon goût.

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  5. Guic' >>> moui... enfin je sais pas, moi j'entends "Belong", je pense immédiatement à "Today". Et les arrangements sur le morceau en écoute, notamment les petits cuivres, ça me fait immédiatement penser à Corgan, et même à Zwan, pour tout dire.

    Christophe >>> oui, il est moins bon, d'ailleurs je lui ai mis une diode de moins. Ce qui est marrant c'est qu'à la première écoute j'ai carrément détesté, j'avais même prévu un TOTF où j'aurais commencé par citer un vieux commentaire de KMS où il disait (de mémoire) "profitons-en, le prochain sera nul". Et puis en fait, au fil des jours, je me suis rendu compte que j'aimais bien ce disque. Tout en le trouvant très irritant par instants.

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  6. J'aurais peut-être dû persévérer alors... Moi j'ai eu beaucoup de mal avec la chanson "Belong", puis avec l'album en entier. J'ai réessayé, sans succès. Même s'ils gardent un peu de charme, je pense que je ne le réécouterais pas. A quoi bon, alors que le premier est meilleur et que je n'y trouve aucune chanson qui vale "Young Adult Friction" ? J'aime pas trop sortir ces commentaires, genre "C'était mieux avant", mais là c'est vraiment ça pour moi.

    Sinon, moi aussi l'influence des Pumpkins m'a frappé. Et je suis pas un énorme fan des Pumpkins. J'aime bien, mais c'est pas mes albums cultes quoi.

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  7. C'est normal, c'est quand même le groupe générationnel par excellence. Personne ne vénère les Smashing Pumpkins en 2011 en dehors de la tranche 27/37 ans. Enfin, à part Guic' :-)

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  8. Tout ceci a attisé ma curiosité. Alors que j'ai été assez indifférent au premier album...

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  9. Tu penses donc qu'il pourrait y avoir démarche semblable entre "retour en enfance" et "début de sénilité"? C'est une hypothèse intéressante...
    :-d

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  10. Personne ne vénère les Smashing Pumpkins en 2011 en dehors de la tranche 27/37 ans. Enfin, à part Guic' :-)

    Vous verrez d'ailleurs cela dimanche, normalement.

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  11. 13 ans, c'est jeune quand même. A cet âge, il me semble que j'écoutais NRJ ou la B.O du Grand Bleu, voire I Am.
    Les Smashing Pumpkins sont venus plus tard mais je les trouve aujourd'hui inaudibles, sauf quelques morceaux (today par exemple). Pains Of Being Pure At Heart sont moins crispants mais leur efficacité relève d'une grille d'évaluation où chaque critère aurait été soigneusement coché. C'est pourquoi je ne crois pas en la possibilité de devenir un groupe générationnel: il manque un engagement, une prise de risque.

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  12. côté pochette, j'aime bien ce portrait , avec ces couleurs délavées...

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  13. Mmarsup >>> je ne crois pas avoir révélé un scoop ;-)

    Matador >>> j'ai même découvert le grunge et des albums comme Siamese Dream plus tôt que cela, pour tout dire... j'ai été très précoce mais à ma décharge, dans mon trou perdu, on ne captait pas la radio. Rétrospectivement c'était sans doute une chance.

    C'est intéressant ce que tu dis sur l'engagement et la prise de risque... je ne sais pas s'il faut encore ça de nos jours, pour produire un disque "générationnel". Regarde qui sont les idoles des gamins aujourd'hui... cela dit, je ne parlais pas de "générationnel" au sens de "fédérer la jeunesse" (pour moi ce genre d'album n'existe déjà plus, la fragmentation du public l'a rendu impossible), mais seulement au sens où je pense que pour réellement adorer cet album il faut être jeune et le prendre de plein fouet.

    Alf >>> je me demande ce qu'on fout ensemble, chéri... je déteste cette pochette :D

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  14. c'est vrai que l'intro fait très "tonight tonight", et globalement le morceau aurait pu etre écrit par Corgan. reste que la voix (trop juste, appaisée??) rend l'ensemble moins sincère, moins prenant.
    mais j'aime bien quand meme. je vais essayer de dénicher la suite...

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  15. c'est pour ça qu'on est ensemble mon chou; si on aimait toujours les mêmes choses, ça ne durerait pas, nous deux, tu le sais bien... ;))

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