lundi 18 avril 2011

J Mascis - À vous fendre le cœur

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[Article paru le mois dernier sur Interlignage] C’est un petit album tout simple, tout doux, avec quelque chose d’enfantin, et malheureux comme les pierres. Qu’il soit signé J Mascis n’est pas véritablement une surprise, tant le leader de Dinosaur Jr semble avoir la mélancolie vissée au corps, bouleversant jusqu’au cœur de la plus insouciante... de la plus régressives des pop-songs adolescentes. Qu’il soit soit si poignant et survienne après plus de vingt-cinq ans d’une carrière n’ayant rien à prouver l’est un peu plus.

On avait quitté Mascis l’an passé empailleté dans le costume de Sweet Apple, exercice de style glitter à peu près aussi essentiel à nos discothèques qu’une perruque à une penderie, mais au mot d’ordre – gros riffs et fun fun fun – joyeusement communicatif. Le retrouver moins d’un an après en songwriter écorché vif à de quoi surprendre, d’autant que l’auteur des immortels "The Wagon" et "Start Chopin" se présente ici dans le plus simple appareil… c’est-à-dire comme le grand dépressif qu’il a toujours été.

Mais ça marche. Mascis, pourtant habitué à arracher quelques larmichettes, n’a sans doute jamais été aussi sublime que sur ces dix petites chansons au coin du feu, qui vous retournent le cœur en un clin d’œil. Les mélodies sont limpides et les arrangements (relativement) dépouillés, tout suinte la simplicité et le refus de toute prétention comme de tout pathos (l’un va souvent avec l’autre). C’est par instants d’une beauté à couper le souffle. Il se dégage d’un "Listen to Me" ou d’un "Is It Done?" une incommensurable détresse qui colle bien, trop bien avec ce titre malin : Several Shades of Why… et c’est vrai que de chanson en chanson, il en pose des questions, ce brave Jospeh, auquel il semble désolé de ne pouvoir fournir de réponses. « I’m feelin’ insecure » chuinte-t-il de sa voix de grand gamin paumé, qui n’a jamais sonné aussi juste que sur "Where Are You?" ou "Too Deep". C’est effectivement la sensation qu’il donne, celle d’une solitude et d’une urgence que l’on n’avait plus retrouvées sur un de ses albums depuis un bail (probablement depuis Martin + Me, son premier opus solo). Un vrai bel album de cœur brisé que celui-ci, du genre qu’on écoute en chialant dans sa bière parce qu’elle est partie et qu’on ne sait même pas pourquoi. Lorsqu’ils sont écrits avec un renoncement sincères, ce sont souvent les plus beaux.

La sincérité et la désolation de Mascis ne font pas doute.


Several Shades of Why, de J Mascis (2011)

Plus chez PLAYLIST et LITTLE REVIEWS ; voir également, sur INTERLIGNAGE, la chronique live.

5 commentaires:

  1. Très bel album, en effet, d'une simplicité et d'une douceur impeccables.

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  2. Dans la chronique du concert tu écris : "C’est un peu le Neil Young de la génération née après 75. Toujours tout seul, toujours triste. Toujours tous ces cheveux et toujours cette voix de casserole qui vous fout le frisson.", je tiens à te dire que c'est tout à fait ça, j'ajouterai qu'il y a pour lui une forme de respect admiratif dû au rang du gars qui ne s'est jamais compromis, et est toujours resté fidèle à sa ligne comme à son public.

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  3. Oui, toujours ce bon gros slacker ^^

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  4. Merveilleux album. Et puis voilà.

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