mercredi 23 mars 2011

L'Assourdissant vacarme de qui ne veut pas entendre

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Je ne sais pas, je l'avoue, dans quel monde nous vivons. Ces dernières semaines, j'ai regardé chaque jour les infos avec une forme de perplexité résignée, comme incapable de formuler un avis solide sur quoi que ce soit - peut-être même de simplement penser. La Lybie s'est mêlée au Japon qui s'est mêlé au FN - pas forcément dans cet ordre - et après : quoi ? Avais-je quelque chose à en dire ? En pensais-je même quelque chose ?

Sur tous ces sujets qui sont autant de questions imbriquées les unes dans les autres, la réponse m'est chaque fois apparue sous la même forme : NON. Non, je ne pense rien. Pour ne pas dire oui, je m'en fous. Ce qui serait excessif - pas forcément complètement inexact. Plus j'apprends et plus je me sens envahi par l'incertitude. Plus les années et plus les évènements s'enchaînent et plus je me sens dissocié, comme étranger à ce monde dans lequel je vis. Je me vois me refermer sur moi-même, mes préoccupations égoïstes. Je perds progressivement ma hauteur de vue. Je n'ai plus envie d'en avoir. La Lybie ? Comment pourrais-je regretter qu'on botte le cul de ce psychopathe de Kadhafi ? Il est des guerres plus justes que d'autres, et je ne suis pas le plus grand des pacifistes. Le Japon ? J'avoue (et j'en ai honte, je le jure) avoir passé plus de temps à pester parce qu'on ne nous parlait que de ça qu'à suffoquer d'horreur. La montée du FN ? J'ai l'impression que c'est une formule toute faite que l'on ressasse à mon oreille depuis toujours, et je me sens plus choqué par le racisme d'état instauré ces dernières années que par le racisme somme toute très conventionnel d'un parti dont le racisme est et sera toujours le fond de commerce. Un parti qui, je vais vous briser le suspens tout de suite, n'arrivera pas de sitôt au pouvoir. J'avoue qu'à ce sujet, ma première et seule pensée a été : fais chier, ils vont encore nous siphonner le goulot avec leur vote utile 1. Sans rire. Qui peut sérieusement croire que la poissonnière Le Pen représente une incommensurable menace ? Qu'il faille rester vigilant, bien entendu. Que la situation lui soit propice, sans aucun doute. Qu'on lui fasse barrage s'il le faut, j'entends bien. Mais lorsque j'entends expliquer à longueur de chroniques et d'interviews qu'elle serait plus dangereuse que son père, parce que plus présentable, plus douce, plus femme... j'ai juste envie de rire. Cette femme est l'incarnation vivante de la vulgarité, pas au niveau des idées, pas au niveau du physique - au niveau de ce qu'elle dégage. Ce que je disais il y a quelques semaines à propose de nos amis Égyptiens vaut pour nous-mêmes : qu'on cesse de prendre le peuple pour une assemblée de crétins congénitaux incapables de voir que Marine Le Pen a à peine la stature d'une conseillère municipale, qu'elle n'a absolument aucun début d'idée pour ce pays et que ses propos transpirent la bêtise à chaque virgule. D'une certaine manière je me réjouis du bon score du FN aux cantonales ; il faudra bien un jour forcer les pleutres des partis dits "républicains" à débattre sérieusement avec le FN, plutôt que se pincer le nez et de le victimiser encore et encore et encore. Après trente ans, ils n'ont donc toujours pas compris que cette technique ne marchait pas ?


Je reconnais que j'ai toujours été très partagé sur cette question. Je n'ai pas d'idée préconçue sur ce point, je ne peux que constater que je suis souvent extrêmement mal à l'aise vis-à-vis des formes que prend, généralement, la sacrosainte lutte contre le FN (et ses idées). J'ai grandi dans un environnement rural où lesdites idées, sans être dominantes, occupaient une véritable place, bien avant Sarkozy, le 21 avril 2002 ou les débats sur l'Islam. Au lycée, certains de mes amis étaient ouvertement racistes. Certains membres de ma famille, également. Je n'ai jamais été d'accord avec eux, bien évidemment, mais je n'ai jamais aimé voir les médias ou les politiques les diaboliser. Pas plus que la tendance inverse les déculpabilisant (et délégitimant leurs voix) en en faisant d'innocentes victimes votant sans savoir, les pauvres, pour un parti fascisant. Je voyais bien que ce n'était absolument pas le cas. Leur vote était peut-être protestataire - il n'en était pas moins idéologique. Je n'ai jamais aimé la manière dont Sarkozy et sa clique jouaient avec cela, instrumentalisaient cela... mais je les rejoins au moins sur un point, au risque de faire bondir la moitié de mes lecteurs : il faut arrêter de se voiler la face et reconnaître cette évidence qu'une partie de la population française - voire de l'inconscient collectif - est profondément xénophobe, trouve qu'il y a trop d'arabes, que l'Islam est une menace, que l'immigration est un problème majeur, qu'il faudrait fermer les frontières. Ces gens le pensent, peut-être contre l'évidence, mais c'est leur droit. Ils ne sont pas des brebis égarées, une population d'électeurs à reconquérir à force de pédagogie. Le fait que la xénophobie ait des causes sociales identifiables n'en fait pas une maladie à  laquelle on pourrait opposer un vaccin. Au contraire, si l'on devait absolument basculer sur le champ médical, il me semble qu'elle serait plutôt de l'ordre du symptôme, que les doctes "républicains" préfèrent traiter plutôt que ses causes. Il est vrai que créer un  climat de confiance sociale est bien plus difficile que de jeter des anathèmes, et la confiance sociale est en-dessous du niveau de la mer dans notre pays. Plutôt que de traiter le peuple français comme une assemblée de débiles, on devrait lui décerner une médaille pour avoir toujours su résister à la tentation de porter l'extrême droite au pouvoir, témoignant ainsi de son intelligence et de sa lucidité. D'autres pays ont été moins scrupuleux.
 
J'ai côtoyé bien des gens racistes, disais-je - je n'en ai vu aucun cesser de l'être par la seule magie de l'argumentation. De même qu'aucun n'aurait su me convaincre de le devenir. Dans les cris d'orfraies qui me cassent les oreilles depuis quinze jours, j'entends surtout, outre des stridences fort désagréables pour mes tympans, un regret et une envie. Un regret, inconscient, que le FN ne soit pas interdit, ce qui serait pourtant absolument honteux. Une envie, utopique, que les idées du FN soient éradiquées, ou jetées sous le tapis, ou que sais-je encore ? Absurdités. On parle d'une course de fond qui dure depuis la nuit des temps et qui durera encore bien après nous. La peur de l'autre ne disparaîtra jamais, et même des fois, je vais vous dire, elle l'emportera sur le reste, pas nécessairement parce qu'un parti xénophobe gagnera une élection majeure, mais tout simplement parce que tous, chacun à notre tour, nous sommes en proie à la peur de l'autre. C'est la chose la plus banale, la plus répandue et la plus humainement incontrôlable qui soit. La nature elle-même, dans son fonctionnement social, est xénophobe. Je ne dis pas que cela ne m'afflige pas ni qu'il faille se réjouir lorsque le FN fait du chiffre. Je ne vois simplement pas l'intérêt de dramatiser et d'adopter automatiquement des postures moralisatrices, de se lancer dans d'intenables numéros d'équilibristes où l'on tente simultanément d'évangéliser les foules que l'on condamne. Parce que je vais vous dire un secret : dans une démocratie, une vraie, on a le droit d'être raciste. J'ai moi-même un très bon ami raciste, qui n'a rien d'un sous-citoyen. Même cet embryon de polémique(s) sur le "front républicain" m'agace. Que les gens ayant méthodiquement institutionnalisé la peur de l'autre n'appellent pas à faire front contre le FN n'a rien d'une surprise, et s'il y a évidemment une profonde médiocrité à renvoyer dos à dos PS et FN,  je comprends l'argument du "faire coalition prouverait que le FN a raison de dire que nous sommes cul-et-chemise". Je le soupçonne de n'être qu'un fallacieux prétexte, dans ce cas précis, et il est dommage qu'une remarque discutable ne le soit pas parce qu'elle est énoncée d'une manière bien peu sincère. Mais je trouve le principe intellectuellement acceptable, a fortiori pratiqué dans le cadre d'une élection de moindre importance (aux Présidentielles, il va sans dire que je ne tenterais pas  le Diable... mais les dirigeants de l'UMP non plus, sans doute). Dans tous les cas, cela n'empêchera heureusement pas leurs électeurs de voter (ou non) en leur âme et conscience. J'ajouterai même, dans un élan de folie, que partager certaines idées de Marine Le Pen et voter pour elle au premier tour ne signifie pas automatiquement qu'on la rêve présidente, qu'on l'en estime capable, qu'on lui accorde une telle stature. Toutes proportions gardées (j'insiste), je vote une fois sur deux pour l'extrême-gauche au premier tour, cela ne signifie pas nécessairement que je rêve de voir Jean-Luc Mélenchon président ; il n'est rien de plus complexe et nuancé que ce geste simple voulant qu'on mette un bulletin dans une urne, et il m'est insupportable de voir des irresponsables politiques et des analystes labellisés le simplifier à l'extrême.

Alors je sais, c'est ringard, croire ainsi en l'intelligence collective, faire confiance au peuple. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu qu'on puisse totalement lui faire confiance. La seule chose dont je suis convaincu, c'est qu'il a le droit de faire ce qu'il veut. Même se payer des sénateurs FN si cela lui fait plaisir (la démocratie, ce n'est pas que quand ça arrange les-bons-citoyens-qui-savent-voter, et il est assez confondant de noter que les premiers à hurler que les républicains doivent faire front sont les mêmes qui veulent en temps normal renforcer la proportionnelle... ils veulent quoi, les mecs ? Une fausse proportionnelle où tout le monde pourrait gagner sauf les méchants ?). Quand je vote contre le FN, et cela m'est hélas arrivé plus d'une fois, je le fais parce que c'est ma conviction, pas parce qu'un front républicain (qui du coup ne l'est pas tant que ça) est venu me rappeler avec une argumentation proche du néant combien le FN c'était tout moche et trop pas bien, et certainement parce que des pères la morale m'ont cassé les oreilles toute la semaine pour m'expliquer comment voter 2. Et j'ai envie de croire qu'il en va de même pour l'écrasante majorité des citoyens de ce pays.

Je sais, je suis dingue d'avoir foi en des gens ayant élu Sarkozy.

J'imagine qu'on ne se refait pas.


(1) Quel horrible expression, soit dit en passant. Comment s'étonner que les gens s'abstiennent quand  un parti, et non des moindres, leur explique depuis près de dix ans qu'il est un vote utile et donc, par extension, des votes inutiles ? Il serait donc inutile d'exprimer ses opinions si elles ne vont pas dans un certain sens ?
(2) Si j'étais électeur du FN, je vous garantis que ce serait le meilleur moyen de s'assurer que je voterais pour le FN à chaque fois. 

60 commentaires:

  1. Tu t'avances en terrain miné mon ami. Tu le fais bien (meme si je ne suis pas d'accord avec tout), mais je te promets quand meme quelques baffes. Enfin tu le sais et je sais que tu le sais. Je te rejoins tout à fait en tout quand tu rappelles la complexite de l'acte de voter qui est toujours reduite dans les analyses, comme si voter etait quelque chose de simple auquel on ne reflichissait pas.

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  2. Je ne me sens pas spécialement habitée par la peur de l'autre, mais peut-être que la remarque doit m'amener à une réflexion profonde que je n'ai pas du tout envie de faire. Bel article au demeurant, même si je suis en désaccord avec quasiment chaque mot.

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  3. Je ne trouve pas que ce soit un "bel article", moi. Enfin, formellement, oui, tu as toujours ce sens de la formule terrible, mais je ne comprends pas réellement où tu veux en venir, et ce que tu veux nous dire. Pour moi, ça tourne un peu en rond. Ne le prends pas mal.

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  4. Je trouve au contraire cette démonstration magistrale; Sans doute parce que moi aussi j'ai cotoyé et cotoie encore certaines personnes votant FN (qu'elles soient ou non racistes d'ailleurs). Ce qui me fait appuyer ton PS 2 d'ailleurs, essayer d'argumenter pour faire changer le vote d'un frontiste, c'est le conforter dans son vote...
    Effectivement, il est bien plus facile aux partis politiques en place de stigmatiser le vote extremiste plutot que de se bouger et d'etre exemplaire afin que les gens soient tenté de voter pour eux. Franchement ca fait belle lurette que je n'ai plus fait un vote d'adhésion, et ca commence à me gonfler. d'où une certaine indifférence, aussi...

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  5. Mmmh. J'ai tendance à rejoindre C-U-L-P. Je ne sais trop qu'en penser. Le fait est que je ne souscrit pas à toutes les idées que tu as développées, mais j'aurais du mal à y répondre car je ne suis pas sûre de la conclusion à tirer de ton texte.
    Je pense n'être pas tout à fait d'accord sur l'entière liberté d'opinion. Mais je ne suis pas réellement démocrate non plus, alors ceci explique sans doute cela.
    Beaucoup de gens sont très cons, selon mes propres critères. Mais tu as raison, pas dans le sens où l'entendent nos dirigeants.

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  6. Faire confiance au peuple tu parles.

    Excuse-moi mais c'est cette attitude là qui est lâche.

    Rien de personnel mais c'est vrai quoi.

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  7. Je suis d'accord avec certains points, notamment avec l'instrumentalisation politique du vote FN , mais sur le fond je ne suis pas certaine de te suivre...

    "Parce que je vais vous dire un secret : dans une démocratie, une vraie, on a le droit d'être raciste."
    Indéniablement. Mais en même temps quelles sont les conséquences d'une telle affirmation? Que si les racistes et autres fascistes deviennent majoritaires, tant pis pour les autres? Le principe de la démocratie n'est-il pas au contraire, pour chacun, d'essayer de convaincre les autres du bien-fondé de ses idées?

    Pour moi, dans une vraie démocratie, on a peut-être "le droit d'être raciste", mais on assume aussi ses opinions. Et donc on assume de se faire stigmatiser quand 80% des gens ne votent pas pareil.

    "La peur de l'autre ne disparaîtra jamais, et même des fois, je vais vous dire, elle l'emportera sur le reste"
    Je suis d'accord, mais je crois que je tire des conclusions différentes. Personnellement, j'en conclus que c'est bien pour ça qu'il ne faut jamais laisser les idées d'extrême-droite se "banaliser", quelles que soient leur forme et leur portée. Que Marine Le Pen arrive un jour au pouvoir, c'est effectivement peu probable. Que ce qu'on entend depuis 20 ans, à savoir le "le vote FN n'est pas si terrible, on a le droit d'être raciste en démocratie" ait conduit à une banalisation des idées d'extrême droite, c'est certain. La première étape de cette banalisation est justement l'élection d'un type comme Sarko (et son utilisation des idées d'extrême droite).

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  8. "Je sais, je suis dingue d'avoir foi en des gens ayant élu Sarkozy."

    certainement ^^

    avoir espoir en nos contemporains, et croire que tous sont capables du meilleur, même ceux qui ont déjà fait le pire, c'est plus vers la voie que j'emprunte. J'ai connu et cotoyé la foi, fut-elle laïque et gaucho, et je m'en tiens soigneusement éloigné depuis

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  9. la démocratie, c'est le moins pire des systèmes. chacun a le droit de voter ce qu'il veut. mais ce n'est pas pour autant qu'on doit rester bras croisés si les extrêmes prennent leurs aises dans les travées du Parlement ou dans les idées des partis majoritaires. personnellement, je ne pense pas qu'il faut avoir peur du FN qui aurait fait une métamorphose pour passer de l'extremisme populiste et raciste à un programme étudié en soufflerie qui répondrait à la fois aux "réels problèmes des Français" en posant enfin démocratiquement les bases de réponses "dures" mais correctes. Leurs putains de réponses seront toujours simplistes et grossières au vu des problèmatiques qui traversent la France et l'Europe. Le débat sur le "Front républicain" est un faux débat. Déjà le titre : "Front républicain"... Ca fait appel à des références du genre "Front populaire" etc.
    C'est se donner bonne conscience à peu de frais. A quoi sert de faire dans le front populaire quand les idées populistes ont fait leur chemin dans les programmes de l'UMP & consorts? Les problèmes ils existent : l'emploi & le libéralisme qui délocalise même qd les entreprises font des bénefs, qui suce les ressources publiques (qui a vu hier soir la belle aventure de l'eau avec Suez et Veolia, sur arte?), qui abêtit les masses au travers du "temps de cerveau disponible" comme disait l'autre. la financiarisation de l'économie, qui s'accomode sans problème du travail en noir et donc de l'immigration clandestine, la paupérisation des plus faibles, le "bien commun" devenu un gros mot, etc. S'opposer au FN, c'est juste un petit truc à faire qui ne devrait pas créer de débats outranciers et à la mort moi-le-noeud au sein des partis démocrates et auprès des citoyens... C'est un peu comme se moucher quand on a un rhume : ca soulage sur le moment mais ca ne soigne en rien. Mais il faut le faire (même sans la foi) tout en se disant qu'on a encore rien fait à partir de là.

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  10. Serious >>> des baffes ? Écoute, ce serait un peu ridicule d'écrire que je crois en le peuple et de ne pas croire en la capacité des lecteurs de ce blog à discuter posément, même s'ils sont en désaccord. Non ? ;-)

    Lil' >>> réfléchis encore ^^

    C-U-L-P & Kalys >>> je crois que je ne cherche pas à dire quelque chose de particulier (mis à part que tous ces piaillements anti-FN me fatiguent, tant par leur stridence que par leur stérilité). Je pose juste un constat : la diabolisation est échec total, et cela ne date pas d'aujourd'hui. Il serait temps je pense de réfléchir à ce problème autrement, voire de l'envisager dans sa globalité (y compris en admettant que le racisme existe et occupe une très large place dans le vote FN, plutôt que de jouer les contorsionnistes entre, d'un côté se pincer le nez, et de l'autre faire la morale aux mêmes personnes à qui on explique qu'elles puent... on ne peut pas établir un dialogue constructif, encore moins pratiquer la pédagogie en méprisant le récepteur, c'est absurde). Or quand j'entends tous ces piaillements, je n'ai pas le sentiment qu'on aille dans cette direction et que les objecteurs de conscience du dimanche (de vote) soient prêts à sortir des postures confortables de type "bouh, le racisme c'est dégueu et il faut combattre le FN de toutes les manières possibles". Après il ne faut pas écarter que mon propos contient une large part d'auto-interrogation.

    Xavier >>> voilà !

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  11. EL-JAM >>> lâche ? Si tu veux, mais alors explique-moi le courage qu'il y a à bêtement stigmatiser telle ou telle personne et à se pincer le nez quand le sujet est abordé ? Ca me fait un peu marrer, la plupart des gens que je connais qui prétendent "lutter contre les thèses du FN" n'ont jamais croisé un électeur FN de leur vie, et s'ils l'ont fait ils n'ont jamais discuté avec lui sans s'engueuler. Quel courage, en effet.

    Melou >>> je ne vois pas en quoi les électeurs du FN n'assumeraient pas de ce faire stigmatiser... et quand bien même, la stigmatisation est un concept inique, peu importe qui en est victime. Et surtout, la stigmatisation ne sert strictement à rien, sinon à faire se refermer les gens sur eux-mêmes et leur faire fermer les écoutilles. En avril 2002, il y avait beaucoup d'électeurs FN dans mon entourage (il y en a beaucoup moins maintenant) ; j'ai bien vu l'effet qu'avait sur eux cette stigmatisation, ces manifs auxquelles, après un tel article, personne ne sera surpris d'apprendre que je ne participais pas. Ca les blessait, les braquait, ça ne les a aucunement fait changer d'avis ou se remettre en question. Ce genre de trucs ne prêche que les convertis et, oserais-je même, ne satisfait que l'égo de ceux qui y contribuent. En aucun cas ça n'est constructif. Et ça fait 30 ans, au bas mot, qu'on sait que ça ne l'est pas et qu'on continue comme si de rien n'était.

    Je suis d'accord, la limite est extrêmement tenue entre ce que je dis et la banalisation pure et simple des idées même du FN. Mais je persiste à croire que traiter ses électeurs comme des sous-citoyens irresponsables et inconscient n'est assurément pas la bonne manière de lutter. C'est juste tomber dans une expression protestataire stérile, c'est-à-dire très exactement ce que pratique continuellement le FN. Tu me parles d'"assumer", pour les électeurs du FN, mais justement voilà trente ans que toutes ces postures concordent à déligitimer leur vote, et donc à les déresponsabiliser.

    Dernier point (je réponds longuement, mais ton commentaire le nécessitait), ce qui me dérange également depuis un moment, et que j'avais d'ailleurs déjà soulevé dans le tout premier édito de la saison, c'est que l'expression "banalisation" est utilisée, systématiquement, comme si ce n'était pas déjà le cas. Or, les idées du FN, dans l'absolu, sont banales. Quand on grandit au fin fond de la Normandie comme moi, entendre énoncer des propos racistes (y compris par des gens qui, souvent, ne votent pas FN) est quelque chose d'extrêmement banal et quotidien. Le racisme concerne une frange importante de la société française depuis longtemps, et là-dessus les "décideurs" sont dans un déni absolu. Je différencie donc nettement "instrumentalisation" et "banalisation" des idées en question ; l'UMP a largement instrumentalisé ces idées, mais comme je l'écrivais il y a quelques mois, l'offre de l'UMP a pris parce qu'il y avait une demande importante. Je n'ai pas tellement changé d'avis cet édito-là, je ne fais que prendre le même problème par le versant opposé...

    Arbobo >>> arrête, tu as la foi, tu as mis un 7.5 au dernier Radiohead :-D

    Alf >>> c'est marrant, finalement on est plus d'accord que je l'aurais cru !

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  12. l'intelligence collective...belle idée. Perso, quand j'entends des gens parler autour de moi, je doute fortement du concept.

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  13. Thomas,

    Je ne suis pas d'accord avec tout, mais pour rester dans le ton, je me montrerai un peu provocateur :

    C'est l'abstention qui vient de faire prospérer le FN. A mon sens, ce sont ceux qui pleurnichent aujourd'hui, alors qu'ils n'ont pas été voter, qui devraient avoir honte. Pas les électeurs du FN, qui ont fait leur devoir de citoyens, ont fait entendre leur point de vue, et ne méritent, en effet, pas qu'on les traite "en sous-citoyens". Là-dessus, je vous rejoins assez. Ceci dit, ce n'est pas nouveau, nous vivons dans un pays où, traditionnellement, on ne respecte jamais le vote du voisin, fût-il majoritaire.

    Je suis en revanche plus réservé, quant à votre salve "anti front républicain". Je trouve admirable de savoir dépasser ses différences, pour se réunir autour de ce qui nous rapproche. Vous connaissant, je suis assez étonné que ce ne soit pas votre cas.

    BBB.

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  14. A l'inverse de Lil', je suis en accord avec quasiment chaque mot. Disons avec 90% des mots, comme dans 98% de tes éditos (oui, soyons précis, sinon, c’est le bordel).

    Moi aussi, ça me gonfle, cette façon de « diaboliser » continuellement le FN. Non pas que les idées du FN ne soient pas méprisables (j’aime les doubles négations), mais, franchement, ça me rend le FN presque sympathique, à force. Je trouve pathétique cette façon qu’ont tant de politiques et de personnalités diverses de se draper dans leur « vertu humaniste », se boucher le nez et se scandaliser dès qu’il est question du FN. Ils ne font que les renforcer, ils ne font que donner du grain à moudre aux gens du FN qui se posent en victimes de l’« intelligentsia », du pouvoir médiatico-politique, d’un système où ils sont rejetés, traités plus bas que terre etc. Je ne dis pas qu’il faut leur dérouler le tapis rouge et les rendre sympathique, juste qu’il faut pouvoir débattre avec eux plus sereinement, et les laisser exprimer leurs idées « comme les autres ». C’est la meilleure façon de désamorcer la parano qui est à la base du FN.

    J’irais même encore plus loin que toi, je ne considère pas le racisme comme une tare, un symptôme, mais un état naturel. La nature est raciste. Quand un animal passe dans le territoire d’un autre, il ne se fait pas accueillir à pattes ouvertes. Les animaux se tolèrent en tant que membres d’une même famille, d’un même clan, mais les intrus sont en général très mal reçus… pareil pour les gamins, dans une cour de récré, celui qui est « différent » de la majorité (par sa couleur de peau, son physique etc.) a de fortes chances de s’en prendre plein la gueule. On ne naît pas anti-raciste, on le devient. Par l’éducation, l’expérience, les valeurs qu’on nous a inculquées etc. Et s’il est très difficile de convaincre un membre du FN, c’est aussi parce qu’on a tellement, depuis 30 ans, tapé sur le FN, on l’a tellement présenté comme la chose la plus « monstrueuse » qui soit, qu’on a fait de leurs sympathisants des gens encore plus méfiants et paranos qu’ils ne l’étaient à la base, on a « renforcé » leur défense, et il devient très difficile de percer leur carapace. L’ironie de l’histoire, c’est que les jeunes maghrébins de banlieue et le FN sont un peu dans le même processus : ils ont eu à subir un sentiment d’exclusion très fort (économico-social et raciste pour les uns, idéologique pour les autres…), ils se sont recroquevillés sur eux-mêmes, ont eu encore plus besoin de se rattacher à leurs « valeurs fortes », et ont développé une haine de plus en plus puissante vis-à-vis du système.

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  15. Le FN et ses sympathisants, ce ne sont pas les odieux, monstrueux et inhumains racistes, fascistes et nazis que l’on nous nous présente depuis toujours. A moins de vivre dans un milieu « bourgeois de gauche » bien protégé, on connaît tous des sympathisants FN, des racistes (et encore, il y a racisme et racisme, entre un type qui déteste, viscéralement, de manière « animale » toute personne qui a une couleur de peau ou une origine différente que la sienne, et celui qui respecte les autres cultures mais pense qu’on est mieux « chacun chez soi », ce n’est pas tout à fait la même chose… je connais des sympathisants FN qui ont 10 fois plus d’excellents amis arabes que tous les donneurs de leçons « anti-FN »… on me dira « ah oui, c’est la fameuse excuse raciste du « j’ai un très bon ami noir »… sauf que si t’as de très bons amis noirs et arabes, c’est que tu n’es pas un raciste « viscéral »).

    On s’en fout du FN. Ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas « le » problème de la France. Y en a marre de nous agiter le « spectre du FN » à tout bout de champ pour nous faire croire à un terrrible danger pour la démocratie, la république etc. J’y croyais déjà pas dans les années 90, je n’y croyais pas plus le 21 avril, j’y crois encore moins maintenant. A force de le pointer du doigt et de le rejeter, on ne fait que le rendre plus « excitant » pour une partie de la population. Alors qu’il n’a rien de neuf ou d’excitant, il faut prendre le FN pour ce qu’il est, un parti qui se réclame d’une idéologie vieillotte… bon, c’est vrai que socialisme et libéralisme ne sont plus tous jeunes non plus, mais le monde occidental a, notamment du point de vue des mœurs, évolué de manière très spectaculaire ces 50 dernières années, et tout le monde n’a pas pu suivre… il y a des gens qui restent convaincus qu’il faut se dévouer pour la patrie, respecter les traditions, les hiérarchies familiales, qu’un homme doit subvenir aux besoins de sa famille et travailler dur pendant que la mère se charge d’éduquer les enfants, que l’homosexualité n’est pas naturelle, des gens qui restent attachés aux valeurs fortes de leur foi, qui pensent que les devoirs passent avant les droits, que les criminels devraient être plus durement punis et la justice moins « laxiste », qu’il faut privilégier la nation et ses membres aux étrangers etc, etc… et ces gens proches de l’idéologie « vieille France » se retrouvent assez naturellement au FN. Est-ce vraiment une idéologie si monstrueuse ? Pour moi, c’est avant tout un point de vue, assez rigide, certes, mais un point de vue qui doit pouvoir s’exprimer, un point de vue qu’on retrouve dans de nombreux autres pays, dans d’autres civilisations… Je suis en désaccord avec cette idéologie vieillotte et ces gens-là… et alors ? Je ne vois pas au nom de quoi il faudrait les mépriser et « diaboliser » avec tant de haine.

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  16. (suite et fin, promis^^)

    D’une certaine manière, les commentaires sont symptomatiques (et typiquement ce qu’attendraient des gens du FN, qui pourraient encore se dire : on a là un bel exemple de petits intellos de gauche lobotomisés par la pensée unique). On a tellement stigmatisé le FN que de simplement nuancer, comme tu le fais, et de poser un regard critique sur tout ce problème, ça a du mal à passer pour certains. Il ne faut pas banaliser les idées du FN, dit Melou… et pourquoi pas ? Est-ce qu’elles ne sont pas banales, au fond, les idées du FN ? Pas seulement depuis Sarkozy, la plupart le sont depuis des siècles…

    Il faut arrêter de faire du FN ce qu’il n’est pas : un parti rock’n’roll. Avant pour la jeunesse, ce qui dérangeait la société, « l’establishment », c’étaient ces chevelus sales et provocateurs qui balançaient des insanités à la radio et à la télé… maintenant, ça n’a plus rien de vraiment subversif, ça ne choque plus personne de voir un type aux cheveux longs et gras, mal rasé, avec un jean déchiré, qui gueule dans un micro. Le FN, a force d’être stigmatisé, a bien plus l’odeur de souffre, lui dérange vraiment la scène « politico-médiatique », voilà pourquoi il faut mieux le renvoyer à ce qu’il est : un parti rétrograde qui s’appuie sur une idéologie vieillotte et rigide.

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  17. Je n'ai pas lu la totalité des commentaires ci-dessus, mais j'aimerais quand même avoir une réaction à ton article.
    Je le trouve très intelligent - malheureusement : si c'était simple de lutter contre les idées du FN, on ne les trainerait pas depuis des décennies.
    Je suis militante dans un parti politique, et je me retrouve donc assez régulièrement sur les marchés à discuter politique avec les gens. Et souvent avec des électeurs du FN. C'est vrai, c'est pas facile de contrer leurs arguments. Ce que j'ai pu remarquer, c'est qu'il y a deux classes de militants FN : ceux qui sont dans une misère dont ils ne savent pas comment se sortir ; et ceux qui ne connaissent pas le monde autour d'eux et à qui il fait peur...
    Expliquer aux premiers que c'est pas le FN qui les sortira d'affaire est vraiment difficile quand les partis traditionnels ont montré leurs limites. Le cas des seconds est encore plus complexe car ils vivent dans un monde fantasmé, et que dire aux gens de mon bled paumé en Bretagne que, "non, le nouveau voisin qui s'est installé, c'est pas parce qu'il est algérien qu'il va avoir 4 femmes, en burka, et demander la construction d'une mosquée à côté de l'église", me donne l'impression de remplir le tonneau des Danaïdes...
    Pour moi, le vote FN est d'abord et avant tout l'expression d'une société qui déprime et qui se sent inadapté au monde actuel. C'est un cri d'angoisse, qu'on ne résoudra pas en disant "bouh, c'est pas bien !!" (et là dessus je te rejoins totalement).

    En revanche, ce qui me fait peur, dans le vote FN, c'est que le parti au pouvoir cherche à le récupérer en prenant ses idées. Certes, le FN ne sera sans doute jamais majoritaire. Mais le parti majoritaire reprend sa rhétorique, ses idées ... je m'inquiète. Et quand une députée du parti majoritaire propose de renvoyer les exilés tunisiens ou lybiens dans leur coque de noix, au milieu de la mer, histoire qu'ils se noient à coup sûr, l'humaniste en moi a un peu la nausée...

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  18. J'avais pas lu ton commentaire avant de poster le mien, et je vois qu'on se rejoint encore plus que ce que je pensais (on va dire qu'on frise les 95% d'accord, là^^)

    Pareil aussi pour les manifestations du 21 Avril, que je trouvais assez ridicules, ont permis à une jeunesse de se donner bonne conscience, de jouer les "gentils anti-racistes" à peu de frais, mais, à mon sens, leur seul effet a été de radicaliser encore plus une partie des membres du FN, qui voyait là une jeunesse lobotomisée et manipulée par le pouvoir "politico-médiatique".

    Quant à ce que tu dis sur le racisme qu'on ne peut balayer d'un revers de main en se bouchant le nez, je suis cent fois d'accord... Déjà qu'on trouve du racisme entre français de régions différentes (les bretons ne sont pas des gens comme nous^^), de villes, de villages et de quartiers, comment veux-t-on nous faire croire qu'il est naturel et facile d'intégrer des populations noires et arabes ? Et ce, pour les français "de souche" comme les immigrés... Par certains côté, je trouve que le communautarisme anglo-saxon a ses avantages... il est moins utopique, mais aussi moins hypocrite...

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  19. ('tain, j'aurais mieux fait de me relire avant de poster ce dernier comm, bonjour les fautes^^)

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  20. J'ai adoré ça: "fais chier, ils vont encore nous siphonner le goulot avec leur vote utile" Sinon, un peu comme C-U-L-P et Kalys, j'ai un peu de mal où tu veux en venir, mais en revanche je comprends très bien pourquoi et tu le dis toi-même: c'est typiquement le genre d'article où on ne peut s'empêcher de se faire rattraper par ses propres interrogations.
    Au final je suis globalement d'accord avec toi, particulièrement sur la fin de ton avant-dernier paragraphe (sur la complexité de l'acte de voter).
    Par contre, faire confiance au peuple, je ne peux pas totalement te suivre. Comme toi, je viens d'un milieu où les opinions racistes, que ce soit dans la cour de récré où dans les repas de famille, sont assez courantes. Je suis d'accord avec toi sur le fait qu'on ne les fait pas changer d'avis en leur sortant des "Tu ne sais donc pas que c'est mal, d'être raciste!" Mais je ne peux pas me sentir à l'aise en faisant confiance à l'intelligence collective.
    Je vais d'ailleurs te raconter une anecdote de la dernière campagne présidentielle. J'avais 17 ans, je ne pouvais pas voter, mais tous mes amis le pouvaient. Et j'ai dû supporter des mois durant des "débats politiques" dont personne ne semblait comprendre les enjeux, qui montrait une grande naïveté vis-à-vis de toutes les petites manoeuvres rhétoriques des programmes, aussi grossières soient-elles. On m'a même demandé si José Bové c'était le mec qui était "pour ou contre les OGM ?" Bref, fiers de leur droit de vote nouvellement acquis, mes camarades s'en allaient poser leur billet insignifiant dans l'urne, en me demandant de fermer ma gueule parce que de toute façon je ne votais pas.
    Tout ça pour dire que c'est le genre d'histoire qui ne me donne pas vraiment envie de faire confiance (mais pour ça, chacun ses expériences personnelles...)
    Je finirais par rejoindre Xavier, 2012 sera mon premier vote présidentiel, et je sens que ça sera le début d'une longue série de vote peu convaincus...

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  21. Mémé >>> laisse-moi mes illusions, je suis encore jeune :-)

    BBB. >>> vous êtes bon aussi, au jeu de la formule choc !

    GT >>> nous sommes encore plus en phase que tu le penses... car dans la première version du texte, il y avait une longue digression où précisément, j'écrivais peu ou prou ce que tu notes sur le racisme en tant qu'état naturel et le fait que la tolérance, la vie en communauté était très précisément des choses que l'on apprenait. Et de raconter l'émoi dans ma classe de CE1 quand nos correspondants ont débarqué à l'école... et qu'on s'est aperçu qu'ils étaient tous noirs. Je me revois, à 7 ans, dire à l'une des instits qui me demandait si mon correspondant était sympa que c'était "un noirot" et me faire engueuler comme du poisson pourri, sans même comprendre pourquoi (ma remarque relevait du constat étonné - je n'avais jamais vu un Noir de ma vie et ne savait même probablement pas qu'il existait des gens d'une autre couleur - et pas du tout du racisme, évidemment).

    Céline >>> mais je suis tout à fait d'accord avec toi, je l'ai écrit d'ailleurs : la récupération des idées FN au sein du gouvernement (rappelons que pendant des mois nous nous sommes traînés un ministre condamné pour injure raciste) me choque beaucoup plus profondément que le FN lui-même. Elle me choque d'autant plus que, s'il est vrai que la droite dite "républicaine" a toujours eu son lot de vieux bigots racistes, cette récupération est purement politicienne. Je doute que Sarkozy soit de quelque manière que ce soit raciste, et c'est bien pourquoi c'est grave : c'est devenu un argument marketing.

    Spiroid >>> oui mais là, c'est différent. C'est... la jeunesse. Un des grands paradoxes de l'univers : il n'y a pas plus politisé que les étudiants, et en même temps quand on les écoute on est désarmé face à tant de candeur. Heureusement ça se tasse en vieillissant. Et crois-moi je sais de quoi je parle, je ne brillais pas par mon sens de l'analyse politique à 18 ans ^^

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  22. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  23. Débat infini et fort déprimant ... oui, terrain très miné...
    Comme Spiroid, j'ai du mal à voir où tu veux en arriver même si j'ai saisi depuis belle lurette que diaboliser le vote FN ne mène à rien.
    Mais l'expliquer, l'analyser, voire le dédouaner (le pardonner?) aidera-t-il mieux ?
    À ce titre là, mieux vaudrait le vote blanc ou l'abstention, la grande gagnante de l'aventure qui est appelée à l'être d'ailleurs de plus en plus... Réjouissant, notre avenir démocratique, non ?

    Sinon, le truc qui en fait m'a poussé à commettre ce semblant de réaction - moi qui d'habitude évite ce genre de sujets autant que faire se peut - c'est qu'en début de post, tu avoues ne pas te sentir concerné par les catastrophes du Japon et l'explosion nucléaire qui menace.
    Moi qui me crois souvent trop détaché, voire blasé à l'occasion, j'avoue que là me suis révélé pas si blindé que ça...
    Alors, dois-je me réjouir d'avoir trouvé plus blasé en ta personne ou t'en vouloir pour tant d'indifférence, ou d'inconscience, même honteuse ? :-((

    Question finale : que faut-il faire maintenant pour éviter de se sentir, pour te citer, "dissocié, comme étranger à ce monde dans lequel je (nous) vis (vivons) ". Si quelqu'un a la réponse, je suis preneur ;-)

    (PS : mon message précédent était tellement truffé de fautes que j'ai préféré l'enlever, en espérant que celui-ci soit plus présentable)

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  24. @GT
    « Je ne dis pas qu’il faut leur dérouler le tapis rouge et les rendre sympathique, juste qu’il faut pouvoir débattre avec eux plus sereinement, et les laisser exprimer leurs idées « comme les autres » »
    Je suis d’accord, et je ne suis vraiment pas pour l’interdiction du FN. \ Ceci dit, tu reconnaitras que s’il faut leur laisser exprimer leur idée « comme les autres » partis, leurs idées ne sont pas vraiment « comme les autres » (puisque l’autre a un statut particulier pour eux).

    « comment veux-t-on nous faire croire qu'il est naturel et facile d'intégrer des populations noires et arabes ? » et « Par certains côté, je trouve que le communautarisme anglo-saxon a ses avantages...»
    Le système français est loin, très loin, d’être parfait. Mais celui des États-Unis ne présente aucun avantage (à part celui que les noirs et les latinos se tuent entre eux, et laissent les blancs entre eux, mais j’imagine que ce n’est pas ça que tu voulais dire). Et en plus, les US illustrent bien le problème du racisme actuel. On veut nous faire croire que ce n’est qu’une question de culture, et pas de couleur de peau. Aux US, les noirs sont là depuis 200 ans ; leur culture est hyper américaine, tout autant (dans leur genre) que celle des Rednecks ou des texans.

    @Thomas
    On stigmatise aussi la gauche. Quand on me dit que de toutes façons, la seule chose que je veux, c’est faire payer les riches, je ne crie pas au scandale.

    Je ne suis pas sure que la stigmatisation serve uniquement à faire se renfermer les gens sur eux-mêmes (ce qui est un de ses effets, je ne le conteste pas), elle leur sert aussi à réfléchir à ce qu’ils font, à ce que leur vote veut dire. Il y a beaucoup d’électeurs du FN, paraît-il, qui n’osent pas dire qu’ils votent FN. D’autres qui pourraient voter FN, mais qui ne le font pas par peur sociale. Je suis bien d’accord que le nombre de votants effectifs importe peu – puisque ce sont les idées qu’il faut combattre. Mais je pense que c’est important que des gens qui ont des idées racistes, jusqu’au vote, aient conscience que ce ne soit pas une position tout à fait « banale ».

    Ceci dit, tout ce que je disais s’appliquait au racisme en général, et pas seulement au FN. Je ne pense pas que les électeurs du FN sont des sous-citoyens ; je ne « déligitimise » pas leur vote non plus ; bien au contraire, il me consterne, et c’est bien pour ça que je le stigmatise. Mais je ne le stigmatise pas en soi comme un vote de parti. Je stigmatise aussi les gens qui ne sont pas choqués par la campagne de Sarko contre les Roms, par les propos racistes de certains de nos ministres, je stigmatise aussi ceux qui pensent qu’il faut nettoyer les banlieues au karcher, qu’on vole plus si on est arabe, et qui continuent à faire une différence entre un français et un noir (c'est-à-dire entre une nationalité et une couleur de peau).

    La vraie instrumentalisation se trouve chez les gens qui stigmatisent le FN tout en jouant sur le racisme ; qui stigmatisent le FN en aidant à banaliser ses idées. Que la demande soit importante, je n’en doute pas, malheureusement (pour reprendre l’argument du type qui n’est pas raciste pcq il a un ami arabe, certains membres de ma famille sont ouvertement racistes). Mais moi, personnellement, plutôt que d’admettre qu’elle est « banale », je préfère penser qu’elle est « répandue », et qu’on peut toujours la réduire. Et d’ailleurs, je reformule. La question n’est pas une éventuelle « banalisation » en cours, mais qu’il ne faut jamais les idées racistes devenir (ou rester) banales.

    Mais bon, tout ça venant d’une bobo de gauche bien pensante, je ne sais pas vraiment ce que ça vaut ;)

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  25. J'essaierai de revenir plus longuement demain, mais, GT : "Pareil aussi pour les manifestations du 21 Avril, que je trouvais assez ridicules, ont permis à une jeunesse de se donner bonne conscience, de jouer les "gentils anti-racistes" à peu de frais"...
    Désolée de tiquer sur des détails. Tu sais, j'y étais, j'avais dix-sept ans... C'était d'une naïveté sans borne, mais je n'avais pas voté, étant trop jeune, et je voulais juste dire aux adultes que leur monde était con et moche :)
    Y'avait pas de bonne conscience, j'étais en colère, et à cet âge-là je croyais vraiment que ça avait un sens, qu'on pouvait changer les choses.

    J'y reviendrai aussi, mais si une chose n'a pas changé dans mon esprit, c'est que, tout en étant capable d'analyser leurs raisons, leur background, etc... Les racistes me donnent la gerbe. J'en suis désolée, mais... à force de trouver des raisons à tout le monde (même si elles sont légitimes), on en vient à tout pardonner. Et pour moi, cela reviendrait à légitimer la médiocrité.
    Après, ça n'empêche pas que je suis d'accord, que ce n'est pas en stigmatisant les gens qu'on les fait changer d'avis... Mais je ne veux pas vraiment les faire changer d'avis. Parce que je considère qu'un raciste a le même cerveau que moi. S'il a fait ce choix, j'ai le droit de le mépriser pour ce choix.

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  26. Blake >>> je te remercie d'évoquer le début de l'article, car il m'amuse pas mal rétrospectivement. En fait au départ, je comptais vraiment écrire sur ce "blasage", et pas du tout sur le FN... et je me suis complètement laissé emporté au moment de recopier l'article (que j'avais d'abord gribouillé sur un bloc-notes). Ce qui tendrait à dire que finalement, si je ne suis pas si blasé que ça :-) J'ai hésité à laisser le début, et puis je me suis dit que ce serait marrant de ne rien changer...

    Melou >>> "On stigmatise aussi la gauche." Attends, j'espère que tu n'es pas sérieuse en écrivant ça... bien sûr, tout vote est plus ou moins stigmatisé, mais c'est tout de même sans commune mesure. Je me souviens d'une amie, en 2002, qui a fondu en larme en voyant ce que soulevait le vote FN - son vote. C'était une scène surréaliste qui me hante encore. Elle était dans une espèce d'incompréhension totale, blessée comme jamais la politique ou une élection ne pourrait me blesser, tant elle se sentait humiliée, insultée, conchiée par la quasi-totalité du pays (et ça ne l'a assurément pas fait changer d'opinion aux élections suivantes). Tu as déjà fondu en larme parce qu'on critiquait tes opinions politiques ? Tu t'es déjà sentie réellement opprimée ? Et là aussi, cela rejoint ce que disait GT : en adoptant ce genre de posture, on fait passer les électeurs du FN pour des victimes opprimées et résistantes, ce qui est tout sauf une bonne idée.

    Je te rejoins en revanche complètement concernant le communautarisme anglo-saxon. L'Angleterre a d'ailleurs subit un violent retour de bâton ces dernières années, après avoir été préservée pendant longtemps, et n'a pas échappée (non plus) à la montée de la xénophobie.

    Une fois encore, je ne prétends pas avoir de solution miracle. Je ne fais que constater que certaines postures ont largement démontré leur inutilité, et me dire qu'il serait peut-être temps de réfléchir à tout cela autrement. On ne dirait pas comme ça, mais je suis un type qui remet souvent ses idées en question. Je n'ai pas toujours pensé ce que j'écris aujourd'hui, et je ne le penserai peut-être plus demain. Je crois sincèrement qu'on peut tous se tromper et qu'il vaut mieux ça que camper sur des positions rigides (je parle en général, hein, pas de toi particulièrement).

    Kalys >>> mais en vrai t'es toute petite ^^

    Trève de plaisanterie, GT ne remettait pas en question la sincérité de cette colère (ni moi non plus). Mais une colère sincère et qu'on a le droit d'exprimer ne fait pas raison, encore moins construction. Et comme je le disais plus haut, d'une certaine, l'expression de cette "protestation" n'était pas beaucoup plus réfléchie que le vote FN "protestataire". Je crois qu'on apprend en vieillissant que protester, d'une manière générale, ne sert à rien si l'on assortit par d'une réflexion plus poussée. Ce qui n'empêche pas de râler à longueur d'année, comme tu l'as sans doute noté :-D Des fois, on n'a pas les moyens de faire autre chose que protester...

    C'est intéressant sinon, ce qui tu dis sur le choix. Je ne suis pas sûr qu'on choisisse d'être raciste. J'aurais même plutôt tendance, comme GT, à penser que la peur de l'autre est un instinct naturel, et que l'on choisit plus volontiers de ne pas l'être (parce que l'éducation, parce la société, etc.) que l'inverse. Mais cela nécessiterait une réflexion que je ne suis pas certain de fournir à 00h47 ^^

    On en reparle demain matin !

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  27. Sur ce, il faut encore différencier les électeurs du FN (et la palette de raisons pour lesquelles ils votent pour eux, les manières possibles d'éventuellement les "convaincre" du contraire) et le FN lui-même (son idélogie profonde, ses techniques, ses têtes pensantes et leurs "faits de guerre, leurs mensonges, comment ils les construisent, etc.). Pour le 2e aspect, il faut avoir beaucoup moins d'états d'âme et déconstruire, en avancant des faits et en démontant leurs pipeaux (voir pour le chiffre du jour relatif à l'asile, la rubrique desintox de libé (http://www.liberation.fr/politiques/01012323498-asile-les-grosses-ficelles-de-le-pen)

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  28. Oui, bien entendu, le parti lui-même et ses électeurs sont deux choses très différentes et je n'ai strictement aucune sympathie pour les vieilles raclures de l'extrême droite "historique" qui le font tourner.

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  29. Bon. Je vois mieux ce que tu veux dire, même si je ne suis pas convaincu de comprendre pourquoi tu éprouvais le besoin de le dire ;-)

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  30. Melou : Ce qui m’a fait un peu « bizarre » dans ton commentaire, c’est l’impression d’y trouver contre les gens du FN et leurs idées un peu le même genre de rapport qu’ont les gens du FN contre les immigrés et leur culture. Tu dis « on assume de se faire stigmatiser quand 80% des gens ne votent pas pareil. »… ce qui me fait penser à « on doit assumer d’être stigmatisé quand on ne fait pas partie de la majorité » (donc, quand on n’est pas un français blanc issu d’une culture chrétienne).

    Ou encore « Je ne suis pas sure que la stigmatisation serve uniquement à faire se renfermer les gens sur eux-mêmes (ce qui est un de ses effets, je ne le conteste pas), elle leur sert aussi à réfléchir à ce qu’ils font, à ce que leur vote veut dire. » qui me fait penser à « stigmatiser la délinquance des immigrés, c’est aussi pour bien montrer que l’on ne l’accepte pas, qu’on trouve intolérable que dans notre pays des jeunes viennent foutre le bordel, brûler des bagnoles etc. Ca les obligera à réfléchir à ce qu’ils font et se tenir à carreau »…

    Ce que vous dites, Kyralis et toi, ramène à la même question : « Faut-il, sous prétexte de promouvoir la tolérance, « diaboliser » les intolérants ». Vous répondez plutôt oui, Thom et moi répondons plutôt non.
    La tolérance n’est pas naturelle. On est naturellement méfiant avec l’autre, méfiant avec ce qu’on ne connaît pas, c’est normal et même naturel, indispensable pour toutes les créatures depuis la nuit des temps, indispensable pour leur survie. Après, il y a des gens qui (par leur éducation, leurs expériences etc…) ont une capacité d’ouverture plus grande que d’autres. Un fond de paranoïa moins important que d’autres. Mais qu’on le veuille ou non, on est tous bourrés de préjugés. C’est là encore normal, c’est comme ça que fonctionne notre cerveau, par associations d’idées, par l’expérience. Un jeune maghrébin de banlieue qui se fait contrôler par des flics peu sympathiques, qui entend dire qu’un de ses potes s’est fait frapper « sans raison » par un « sale flic raciste », qui entend ses rappeurs favoris cracher sur les flics et la société française, il en vient vite à considérer que tous les flics sont de « sales racistes », et que l’état qui les emploie aussi. Un type qui allume sa télé, qui y voit fréquemment des « jeunes noirs à capuche » se livrer à des actes de délinquance, d’autres « noirs à capuche » qui prennent des airs menaçant dans les clips de rap et parler de foutre en l’air la société, il en vient vite à considérer que ces « jeunes noirs à capuche » sont dangereux. Quand il en croise dans un wagon de métro, il a les boules, et change de wagon. Et ne se sent pas tranquille chaque fois qu’il est confronté à eux.
    Qui peut actuellement monter dans un avion, se retrouver à côté d’un arabe barbu, et ne pas être traversé par la pensée qu’il puisse être un terroriste ?

    On a tous des préjugés. Sur des gens de culture, d’origine différentes. Sur des gens de zone géographique différente (je le répète, les bretons ne sont pas des gens comme nous). Sur des gens de religions différentes, sur des gens de classes sociales différentes, de générations différentes. Il y en a même qui ont des préjugés sur les « racistes »^^

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  31. Bien sûr, il faut lutter contre les préjugés… facile à dire, beaucoup plus long à faire. La plupart peuvent être solidement ancrés, et ne reposent pas sur « rien ». Et de beaux discours ne suffisent pas à les faire disparaître. Pas plus que la « stigmatisation »… surtout avec les gens du FN ! Les diaboliser ne fait qu’entretenir leur paranoïa, cette idée qu’ils sont des « parias », que tout le monde les déteste, les rejette, les méprise. Plus tu tapes sur un paranoïaque, plus tu nourris sa parano. Ca ne signifie pas qu’il faille accepter et acquiescer à sa parano, mais qu’il doit y avoir un dialogue plus serein, plus ouvert. Voilà pourquoi je pense qu’il ne faut pas être intolérant avec les intolérants. On ne peut pas prêcher l’ouverture et la tolérance en crachant sur ceux qui ne sont pas d’accord. Pas plus qu’on ne peut apprendre à un gamin à être cool et plein d’amour en lui filant des baffes chaque fois qu’il ne l’est pas.

    Melou dit qu’elle stigmatise ceux qui « qui continuent à faire une différence entre un français et un noir (c'est-à-dire entre une nationalité et une couleur de peau) ». C’est bien joli, mais faut arrêter l’hypocrisie, cette différence est encore une fois quelque chose d’assez naturel ! Que leur jettent la première pierre ceux qui, lorsqu’ils croisent un asiatique qui leur dit qu’il est norvégien ne ressentent pas le moindre petit effet de surprise, et ne se disent pas, dans leur for intérieur, qu’il n’est pas tout à fait norvégien. On fonctionne de manière empirique, les préjugés nous viennent d’expériences, d’habitudes, quand on a l’habitude de voir des noirs africains, on imagine difficilement qu’un type qui n’est pas noir puisse être un africain comme les autres.
    Pareil pour un blanc qui t’assure qu’il est japonais. Un maghrébin qui te dit qu’il est polonais. Un noir qui te dit qu’il est mexicain. Même chose pour d’autres types de caractéristiques physiques, et ce, même au sein de l’Europe. Un grand blond aux yeux bleus qui te dit qu’il est espagnol ou portugais, il y a des chances que ça te surprenne un peu. Comme un brun petit, trapu, velu et à la peau mate qui te dit qu’il est suédois. Il y a des chances que tu te dises « ce n’est pas un « vrai » suédois, il doit être immigré, avec des origines autres ».
    Ce n’est pas « scandaleux » d’avoir ces préjugés, c’est naturel. On apprend et on construit son intelligence en mettant les choses dans des cases, en faisant des associations d’idées. Tous ces discours naïfs sur « il ne faut pas avoir de préjugés », il ne faut pas « ranger les choses dans des cases », les étiqueter, c’est de la… connerie. L’intelligence, c’est se servir de ses expériences, ses habitudes pour cataloguer, définir des typologies. Après, tout le monde n’a pas une intelligence suffisamment souple pour être chaque fois capable de nuancer, d’être ouvert à tout bouleversement de ses propres typologies… pour certains, il faut beaucoup de temps, pour d’autres, moins.

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  32. On pourra me rétorquer : ça fait tout de même de très nombreuses années que les français blancs voient beaucoup d’arabes et de noirs en France, et qu’ils devraient avoir intégré qu’ils puissent être autant français que nous. Encore une fois, ce n’est vraiment pas si simple. On ne peut pas se débarrasser comme ça de cette association d’idée de base : noirs = africains, arabes = pays du maghreb, asiatiques = asie, blancs = européens, latinos = amérique du sud, Espagne. Ce qui est tout de même marrant, c’est que sur la question de l’identité, les blancs ont tendance, en France comme dans la plupart des pays occidentaux, à nier pour eux ce qu’ils trouvent « normal » et compréhensible chez les autres. Quand un immigré, venu du maghreb, s’installe en France et se met à sympathiser essentiellement avec d’autres maghrébins, on le comprend, question de culture, ils sont un peu déracinés, et retrouvent un peu de leur identité d’origine en se fréquentant. On comprend aussi que dans certains pays, certaines tribus, les membres ont une identité culturelle –ethnique – religieuse forte, et ne peuvent intégrer facilement des gens dont l’identité est différente. Les mêmes qui pestent contre la mondialisation, l’impérialisme américain et leur culture « fast-food mondiale », qui pensent qu’il est nécessaire de préserver les particularismes culturels de telle ou telle zone géographique, les mêmes qui nous expliquent que le colonialisme a été terrible voudraient que les français acceptent tout à fait naturellement l’immigration ? Je précise que je suis fondamentalement anti-colonialiste. Et si je le suis, c’est parce que je crois à la puissance de l’identité des peuples. J’ai eu des discussions avec des gens qui ont pu m’expliquer autant qu’ils veulent que le colonialisme était plutôt positif que négatif, que, malgré quelques abus, il a permis la construction de nombreux hôpitaux, d’école, il a été extrêmement bénéfique pour l’éducation, le niveau de vie, la richesse etc… de ces pays... peu importe. Tout ça ne pèse souvent pas lourd face au sentiment de voir son « identité nationale » vaciller, cette impression de ne plus être vraiment chez soi… Il faut être cohérent, on ne peut pas d’un côté condamner fermement le colonialisme, et de l’autre penser que l’intégration et le multi-culturalisme ne posent pas de problèmes. On ne peut pas accepter l’idée de l’identité chez les autres, et trouver « monstrueux », méprisable, anormal, qu’un Pierre Dupont, blanc, dans un quartier avec une majorité de noirs, d’arabes, qui voit tous les jours des femmes voilées, entend parler arabe dans son immeuble se dise à un moment ou à un autre « putain,je suis bien en France, là ? »
    Je suis anti-patriotique, anti-nationaliste, je me fous que dans 50 ou 100 ans la France soit un pays majoritairement composé de noirs ou d’arabes, et où la religion musulmane serait dominante. Mais je comprends très bien qu’il y en a que ça dérange, qu’il y en a qui craignent vraiment de voir la France perdre une part de son « identité », qui ne se reconnaissent pas dans cette France. On voudrait nous faire croire que la couleur de peau est anecdotique, qu’il ne faudrait même pas la remarquer, c’est des conneries. Va dire à un algérien que dans 100 ans, l’Algérie sera composée en majorité d’asiatiques… à un kenyan que dans 100 ans, le type le plus courant dans son pays sera le type « latino ». A un Pakistanais que dans 100 ans, les blancs seront majoritaires dans son pays. A un mexicain que dans 100 ans, le mexicain-type sera noir… Et je ne te parle pas d’indécrottables racistes, ce peut être des individus assez ouverts, voire même qui se définissent comme « antiracistes »… mais si tu leur fais imaginer ça, tu verras que couleur de peau et nationalité ne se distinguent pas autant qu’on aimerait le croire.

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  33. Les noirs et les arabes qui ne comprennent pas que certains n’arrivent pas à les percevoir comme 100% français, va leur présenter un asiatique en leur disant qu’il est marocain, un blanc en leur disant qu’il est congolais… ils comprendront un peu mieux pourquoi c’est pas si simple.

    Le débat sur l’identité nationale a été une belle connerie… parce qu’il n’y a pas eu débat. Un débat, ce n’est pas « lancer un sujet en l’air », ça s’organise, on fait d’abord intervenir des spécialistes, pour donner des pistes, délimiter des lignes, puis d’autres spécialistes qui ont des avis divergents et s’expliquent. Là ce n’était – comme d’hab avec Sarkozy – qu’une manière de faire accroître les tensions pour des raisons électoralistes. Alors que c’est de l’inverse dont on a besoin. Les apaiser en discutant calmement, intelligemment, et avec une certaine ouverture… parce que « l’identité nationale », ça existe, et ça mérite d’être débattu…

    (voilà, c'est tout^^)

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  34. Je n'ai pas tout lu de ce passionnant débat. Je vois bien qu'il est confus mais tout embryon de questionnement audacieux et pertinent commence par là. La confusion même est revigorante dans la mesure où elle demande à être clarifiée. La seconde étape consiste à trouver le fil directeur, à tenir un point, poser des jalons. J'essaie, j'apporte ma contribution. Si ce n'est pas très bien pensé, on m'excusera, nous ne sommes pas à l'Assemblée.

    Ce que je lis dans cet article, en filigrane, c'est la question centrale de la démocratie, de la possibilité de son existence. Est-ce qu'une démocratie peut réellement exister? Ne sommes-nous pas inévitablement tentés par une dictature "éclairée"?
    La liberté serait alors l'apanage des gens éclairés et elle consisterait surtout dans l'acceptation bien comprise des obligations et des nécessités. Quant à son envers, l'esclavage, il correspondrait à cette même obéissance, mais mal vécue parce que vécue de façon coercitive par des individus "qui n'ont pas compris".

    Il me semble que les votants du FN se comportent plus ou moins comme des indigènes à qui on tenterait d'expliquer la civilisation. Autrement dit, que les xénophobes, les réac' de tout poil dont le contact avec l'humanisme de gauche fait ressortir - même à leurs propres yeux - le coté régressif, se sentent, au fond, colonisés. Et ce qu'il y a de particulier à ce sentiment, c'est le caractère trompeur de sa cause: les immigrés n'en sont pas responsables!
    Bien que les xénophobes, en apparence, les accusent de tous leurs maux, je crois qu'en réalité l'objet de leur haine se concentre plutôt sur les socialistes. Les immigrés, à y regarder de près, partagent un certain nombre de valeurs traditionalistes avec les votants du FN et on ne devra d'ailleurs pas s'étonner si certains d'entre eux en viennent à voter abusivement pour le parti de l'identité nationale ou si le FN finit par accueillir en son sein des gens de couleur. Le véritable problème pour eux ne vient pas de l'étranger, mais de l'intérieur, à l'encontre même de tout ce qu'ils prétendent. Il y a en effet en France un conflit, vieux comme celui qui oppose la province à Paris, la paysannerie à la bourgeoisie, qui résulte de ce que les votants du FN voient en l'adversaire socialiste le colonisateur qui dénature le monde des origines tandis que les socialistes voient dans l'homme de droite une régression vers le mâle dominant, le primitif dénué de l'esprit des Lumières. Le racisme n'est qu'un seul des visages que prend cette lutte, sans doute pas le moindre, mais loin d'être exhaustif.
    Enfin, il faut que j'en vienne à cette idée: il est faux de dire que les xénophobes ont peur des étrangers; au contraire, ils ont peur d'être à leur tour des étrangers. Et à chaque fois qu'ils rencontrent l'Autre, celui-ci leur rappelle qu'eux-mêmes sont des Autres. Et cela est, il faut en convenir, dur à admettre.

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  35. 2 points de vue intéressants (...et relativement concis ;-) :
    - celui de pas perdus :
    http://www.despasperdus.com/index.php?post/2011/03/23/au-service-de-l-oligarchie


    - celui d'Emmanuel Todd sur les réelles raisons sdu symptôme FN :
    http://www.marianne2.fr/E-Todd-Face-au-FN-il-faut-rompre-avec-deux-concepts-zombies-le-libre-echange-et-l-euro_a204202.html?preaction=nl&id=5919646&idnl=26276&

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  36. C-U-L-P >>> pourquoi ? Euh... je ne sais pas, pourquoi éprouve-je le besoin d'écrire les éditos habituellement ?...

    GT >>> tu pousses un peu, tout de même, avec ta comparaison entre colonialisme et immigration. Je vois où tu veux en venir et je comprends le paradoxe que tu veux soulever (même si je trouve le rapprochement un peu malheureux), d'un autre côté ce n'est pas équivalent ; le "colonisé" subit une oppression par la force, il n'a pas le choix et ce n'est pas sa parano qui lui rend cette occupation insupportable. Le gars qui disons "subi l'immigration" n'a pas un revolver sur la tempe, il a peut-être raison sur certains points de se sentir "occupé", mais il ne l'est pas de fait. Dans le premier cas, l'occupation est un fait, dans la seconde, elle est une interprétation (juste ou non, peu importe) des faits.

    Je te suis en revanche sur le reste, notamment les préjugés que nous avons tous plus ou moins implicitement. L'exemple-type étant l'image que l'on se fait du profil type de tel ou tel peuple. Si une amie me dit demain "viens boire un verre à la maison, je vais te présenter mon nouveau mec, Bjorn, il est Suédois", il est évident que je ne vais pas spontanément m'attendre à tomber sur un Black. Je dirais même qu'il y a une hiérarchie dans ce qui me surprendrait ou non (je ne m'attendrais pas à tomber sur un Black, mais je serai encore plus surpris s'il était asiatique, et ainsi de suite).

    En même temps, une fois qu'on a dit cela je ne sais pas si on va très loin. Je suis d'accord en revanche que le débat sur l'identité aurait réellement pu être un débat passionnant si son but avait été de l'être, et non de détourner des votes et de stigmatiser des populations. Je me demande souvent ce qui fait l'identité nationale, et j'ajouterai que parmi les choses que je considère comme caractéristiques de l'identité nationale française... il y a le rejet du concept d'identité nationale, un anti-nationalisme, un anti-patriotisme pathologiques et assez rare dans les autres pays, qui découle sans doute de notre vieille tradition révolutionnaire, anti-cléricale, etc. C'est d'ailleurs pourquoi ça m'amuse pas mal quand je lis que les jeunes "issus de l'immigration" (comme ils disent) n'ont pas sentiment d'appartenance vis-à-vis de la France... une écrasante majorité des Français n'en a pas non plus (on a déjà eu cette discussion à quasiment chaque compétition de foot... et c'est qu'on en a vu passer, mine de rien, depuis qu'on se connaît ! ^^). C'est d'ailleurs sans doute ce qui était biaisé dès le départ de ce soi-disant "débat" : en France, à part les réacs, tout le monde s'en fout un peu, de ce que serait "l'identité française". Rien que le mot, en français, sonne super bizarre :-)

    Matador >>> remarquable analyse, surtout la chute. D'ailleurs ce n'est pas spécialement inconscient, beaucoup d'électeurs du FN expliquent leur vote par la crainte d'être "étranger chez eux". Tu as absolument en ce qui concerne le conflit "ancestral". Est-ce que les socialistes sont LE principal problème des xénophobes... je ne sais pas. Mais ils les exècrent autant que les immigrés, c'est une certitude. Le problème de ce raisonnement, c'est que la xénophobie n'est pas circonscrite à l'extrême droite, il me semble que c'est quelque chose de beaucoup plus transversal.

    Al >>> merci pour ces liens, je vais aller voir.

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  37. Je suis tout à fait d'accord, d'autant plus que j'ai souvent, à des gens du FN ou des sarkozystes qui défendent le colonialisme et stigmatisent l'immigration, expliqué qu'ils ne peuvent d'un côté considérer que les effets "positifs" du colonialisme puissent prévaloir sur le sentiment de perte d'identité collective de peuples alors que de simples immigrants dans leur pays, qui n'ont pas le pouvoir, les fait déjà flipper.
    Ce n'est pas que ma comparaison soit "malheureuse" - je ne voulais pas comparer colonialisme et immigration - c'est surtout qu'elle ne fait peut-être pas apparaître clairement la logique que je voulais énoncer : si l'on accepte que le colonialisme, même le plus "bienveillant" et "constructif", est un mal, notamment parce que les peuples se sentent dépossédés d'une partie de leur identité, on doit pouvoir comprendre que des français "de souche", qui se retrouvent entourés dans leurs quartiers par des gens d'origines et cultures lointaines, puissent aussi ressentir cette "perte d'identité". Ce n'est certes pas du tout la même situation, mais ce sont deux situations qui montrent bien qu'on ne peut faire comme si des processus d'identités collectives ethniques-religieuses-culturelles n'existaient pas.

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  38. -----> Si tu veux, mais alors explique-moi le courage qu'il y a à bêtement stigmatiser telle ou telle personne et à se pincer le nez quand le sujet est abordé ? Ca me fait un peu marrer, la plupart des gens que je connais qui prétendent "lutter contre les thèses du FN" n'ont jamais croisé un électeur FN de leur vie, et s'ils l'ont fait ils n'ont jamais discuté avec lui sans s'engueuler. Quel courage, en effet.

    Mais j'ai jamais dit que c'était courageux. Mais je vois pas bien l'alternative que tu proposes. Ne rien faire et ne rien dire parce que c'est normal? Ne pas s'inquiéter parce que la xénophobie est dans la nature? C'est peut-être vrai, je veux bien dire que c'est vrai, mais en meme temps ça va nulle part comme raisonnement. Il n'y a pas pour moi de contradiction entre avoir ça en tête et afficher sa désapprobation vis à vis de la place occupée par le fn chez nous. Je suis complètement d'accord avec Melou, en fait.

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  39. je suis aussi totalement d'accord avec Matador, ça rejoint ce que je disais dans ma chronique de Gran Torino, qui, malgré son message antiraciste, met en évidence un point que les gens de gauche comme certains racistes de droite ne veulent pas voir, c'est qu'au fond, beaucoup d'individus "issus de l'immigration" sont bien plus proches - par leurs valeurs, leurs visions du monde, leur morale - des réacs de droite que des "tolérants de gauche". Valeurs familiales fortes, rejet de l'homosexualité, de la luxure et de ce qu'ils considèrent comme des "pratiques déviantes", importance de la religion, rapports hommes-femmes bien déterminés, patriarcat, éducation à la dure etc... C'est pourquoi des gens du FN qui sont amenés à cotoyer régulièrement des français issus de l'immigration peuvent sympathiser avec eux, avoir des amis "noirs et arabes", devenir moins racistes... sans pour autant se détourner du FN. Car on a aussi tort, comme le dit justement Matador, de limiter le FN au "racisme", c'est, je me répète, surtout un parti à l'idéologie vieillotte et réactionnaire, qui séduit beaucoup de gens qui se sentent perdus dans ce monde qui évolue vite et souhaitent un retour à des valeurs anciennes. Des valeurs "rassurantes" à leurs yeux, avec un ordre plus strict.
    Donc, en effet, ce que détestent le plus les gens du FN sont les socialistes (moins les communistes), avec, comme repoussoir absolu, le "bobo bien-pensant".

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  40. Le FN, c'est de la haine et ceux qui votent pour le FN ne sont des fafs dont je me désintéresse au plus haut point.

    Sinon, le dernier Anna Calvi est une tuerie que je vous recommande (je ramène à l'actu des arts pasque c'est quand même un bar PMU CULTUREL ici, rappelons le)

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  41. "ça m'amuse pas mal quand je lis que les jeunes "issus de l'immigration" (comme ils disent) n'ont pas sentiment d'appartenance vis-à-vis de la France... une écrasante majorité des Français n'en a pas non plus"

    mouais...
    j'ai des doutes parce que Jean-François Maugé (ou son frère Kevin, d'ailleurs ou sa cousine Anne Le Tallec), on les entend rarement dire "les français" en parlant des blancs qui ne sont pas enfants d'immigrés, et dire "les français" en désignant clairement une catégorie à laquelle ils n'appartiendraient pas alors même qu'ils sont nés en France et par conséquent de nationalité française.

    Cela dit on retrouve la même ambiguité identitaire avec l'outre mer, quantité de gens, outre mer comme en métropole, disent "la France" alors qu'en fait ils parlent de la métropole, et la désignent comme tel par opposition à l'outre mer.
    Et je ne crois pas que l'éloignement soit la seule cause.

    quant-à définir l'identité française, et quant-à savoir si elle serait nationale donc focalisée sur le concept de nation, je n'ai pas vraiment d'idée sur la question. Là où j'en ai une, c'est que parler d'identité "nationale" on donne sans en avoir l'air une grande partie de la réponse tout en prétendant en poser une ouverte.

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  42. Bon alors... Il y a maintenant tant d'intervenants au débat que ça devient difficile de suivre :) J'ai tout lu, et je trouve particulièrement dur de construire ma réflexion, parce que dans le fond, je suis d'accord avec tout le monde. Ça ne se veut pas consensuel, mais le fait est que les positions de chacun sont pertinentes. Le problème est bien de tenir compte des positions particulières de chacun, qui sont justifiées, pour les dépasser et élaborer une solution :) C'est là, à mon avis, la limite de tout débat, quel qu'il soit. C'est très enrichissant, c'est une véritable nourriture intellectuelle mais... que faire de toutes ces idées?
    (Je ne prétends pas avoir trouvé la solution et d'ailleurs je vais commencer par seulement répondre à GT. Je lui dois bien ça puisque son argumentation est solide et détaillée.)

    « Ce que vous dites, Kalys et toi, ramène à la même question : « Faut-il, sous prétexte de promouvoir la tolérance, « diaboliser » les intolérants ». Vous répondez plutôt oui, Thom et moi répondons plutôt non. »
    En fait, non, ce n'est pas ce que je dis. J'ai dit l'effet que me faisaient les personnes intolérantes, ça relevait plus d'un sentiment spontané que qu'un quelconque cheminement intellectuel. Je reconnais que ça n'était pas vraiment constructif, mais en même temps, c'est honnête. Je ne sais pas pour vous, mais quand j'interviens dans un débat, j'essaie de trouver le juste milieu entre mon ressenti et une réflexion plus approfondie. Sans quoi, je pense que tout ça n'est qu'intellection, sans prise avec le réel. Par ailleurs, j'aime aussi me faire l'avocat du diable, et prendre le contrepied de ce qui a été dit, quelle que soit ma position à moi. Si Thom avait tenu les propos de Melou, il y a toutes les chances pour que ce soit moi qui ais développé ton argumentaire, GT.

    « La tolérance n’est pas naturelle. On est naturellement méfiant avec l’autre, méfiant avec ce qu’on ne connaît pas, c’est normal et même naturel, indispensable pour toutes les créatures depuis la nuit des temps, indispensable pour leur survie. Après, il y a des gens qui (par leur éducation, leurs expériences etc…) ont une capacité d’ouverture plus grande que d’autres. Un fond de paranoïa moins important que d’autres. »
    Je ne sais pas. Je parlais de choix dans mon précédent message. Cela relève sans doute plus d'une foi personnelle que d'un constat, mais j'ai vraiment du mal à tout laisser au déterminisme. Il me semble que nos expériences ne sont pas uniquement le fruit du destin.
    Je ne sais pas comment résumer alors je vais prendre mon propre cas. Désolée pour le côté prétentieux. Je trouve que les Chinois sont des gens bizarres. A mille lieues de mon système de valeur et de pensée. Je ne comprends pas les musulmans, pas plus que les chrétiens d'ailleurs. Leur religion me semble obsolète et sclérosée. Bon, très bien. Ce n'est pas parce que je ressens cette méfiance fondamentale que je suis obligée d'en rester là. Il ne s'agit pas d'ouverture d'esprit. Il s'agit de vouloir toujours remettre en question ce qui semble acquis. Il s'agit de curiosité. J'ai du mal à admettre qu'il s'agisse là d'un processus acquis uniquement sur les bancs de la fac.
    Et puis je n'aime pas le mot tolérance. Tolérer, ça signifie admettre, bon gré mal gré, que des gens différents habitent la même planète que moi. Il me semble qu'en tant qu'êtres dotés d'un cerveau un peu plus élaborés que les autres animaux, on a les moyens de dépasser nos instincts primitifs. Il me semble que c'est par le même procédé que les hommes ne sautent pas sur la première femelle venue, tout ça parce qu'ils ont une montée d'hormones. Et si on a tous des préjugés, il ne me semble pas que cela demande un énorme effort intellectuel d'admettre que ce n'est que ça. Un préjugé.

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  43. Je suis donc d'accord avec toi. Je ne crois pas être intolérante envers les intolérants. Je suis parfaitement capable de comprendre les processus qui les amènent à penser ce qu'ils pensent. Seulement, dans les faits, le dialogue serein est difficile. J'ai eu l'occasion de discuter avec des membres d'Adsav (bretonnants-bretonneux) et ils tournent tout simplement en boucle. Il n'est pas possible d'élargir le débat. Intellectuellement, je trouve ça fatigant.

    J'ai un peu de mal avec la partie de ton argumentation qui concerne le colonialisme. L'immigration est une résultante de la colonisation, en grande partie. Ça n'a pas de sens de dire que puisqu'on est contre le colonialisme on ne peut qu'être contre l'immigration (je sais que ce n'est pas tout à fait ce que tu as dit.) Dans le cas de la France, le fait est que notre implantation au Maghreb est quasi-seule responsable du fait qu'aujourd'hui, des Maghrébins viennent s'installer en France. Bon an mal an, nous avons désormais une histoire commune.

    Bon, pour conclure, en revenant à ma question d'origine (et alors, que faire?)
    Est-ce que je suis d'une incroyable naïveté de croire que, si notre gouvernement commençait par inclure l'histoire arabe et chinoise (puisque ce sont eux qui font peur, parce que ce sont eux que nous sommes de plus en plus amenés à rencontrer) dans les programmes scolaires, cela désamorcerait ce sentiment d'inconnu? Est-ce que je suis naïve de penser que, plutôt que de débattre sans fin sur la légitimité de ces cultures, on devrait admettre qu'elles existent, un point c'est tout, et les étudier pour ce qu'elles sont, objectivement : une facette de l'humanité?

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  44. @Kalys : "si notre gouvernement commençait par inclure l'histoire arabe et chinoise"

    L'orient, la chine ou l'Inde font partie des programmes de 6° depuis deux ans et l'Islam fait depuis des années partie des programmes de 5°, il me semble...

    @G.T : bizarrement, par bien des côtés et s'il fait tout pour croire le contraire, le "bobo bien-pensant" serait facilement Vieille France...

    Sinon j'avais écrit ce com' sans le publier, je le jette en patûre...

    Dans l'ensemble, je suis plutôt d'accord avec Thomas et G.T. Deux points qui me semblent important :

    1.le côté « vieille France ». A mon avis au moins 60-70 % des français ont partiellement ce côté (on va dire VF à partir de maintenant), il n'y a qu'à regarder ce qu'ils aiment comme émission de télé, comme film ou comme musique. D'ailleurs, un bobo n'est-il pas un VF pour les 00's (parce que Bové quand même...), c'est à dire qui en a honte et qui fait tout pour faire croire le contraire. Ce qui n'a pas forcément un impact sur son vote : un ouvrier communiste de la ceinture rouge est-il moins VF qu'un paysan vendéen ? (oui, j'aime les clichés). Depuis des décennies, les VF votaient ainsi de tous les côtés (Georges Frêche, quand même...) pour la plus grande joie des notables en place. Et puis patatras, le FN ! Le problème est un peu comme pour les serial-killers (si on en croit les séries télé...), c'est à dire le passage à l'acte, soit le moment où le côté VF se traduit par un bulletin dans l'urne. Et comment obtenir que notre « déviant » retourne dans le droit chemin. Pas si facile quand les causes du passage à l'acte ont de bonnes chances d'être « personnelles »...

    2 le « racisme ordinaire », mélange de connerie, de peur de l'autre et du lendemain. N'oublions pas que quand les italiens, espagnols ou autres polonais sont arrivés en nombre, ils ont été très mal reçus (d'ailleurs comme le souligne G.T, un changement de région aussi peut être problématique) : les salauds allaient prendre le pain et le travail des "bons français" ! Et puis ils ont trouvé leur place, tout le monde a eu du boulot et en plus ils étaient bons en foot. Alors on a oublié les ritals, les polaks... Mais voilà, les africains sont arrivés et s'ils étaient aussi bon en foot (il y aurait une thèse à faire sur le fait que les pauvres sont bizarrement meilleurs en foot et en course à pied qu'en golf :-)) et bein... il n'y avait plus de boulot ! Alors le fait que ces immigrés soient les premiers à en souffrir, de cette crise, on s'en moque un peu non ? Oui, tout ça est réducteur, il y a d'autres facteurs comme des souvenirs colonialistes (chers à nos politiques de tout bord...), tout ça, tout ça, tout ça. Mais le principal problème est là : la crise : quand on est heureux et qu'on n'a pas peur de l'avenir, et bien on a moins peur des autres, on est plus enclin à leur faire une place.

    La solution ? Eh bien vu qu'on ne semble pas prêt de sortir de la merde, économiquement parlant, ça serait sans doute de discuter, d'expliquer, d'enseigner (sûrement pas de stigmatiser ou de diaboliser). Mais dans un pays où la gauche comme la droite affichent un peu plus chaque jour leur mépris de l'intelligence, de la culture, du patrimoine et de l'éducation, c'est pas gagné...

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  45. @Thomas: J'aimerais bien que tu m'expliques le rapport entre la tradition révolutionnaire anti-cléricale et un "anti-patriotisme pathologique" français... Parce que tu as sûrement quelque chose en tête mais là ça reste très obscur.
    Pour moi c'est justement tout le contraire, l'anti-cléricalisme va de pair avec un patriotisme exacerbé. C'est pas pour rien que les pays qui ont le plus pris leurs distances avec la religion romaine soient ceux qui ont le plus développé une certaine fierté nationale (France, Grande-Bretagne, Allemagne...), contrairement à l'Italie ou l'Espagne, pour lesquelles l'identité nationale est réellement plus discutable.
    D'ailleurs il y a une thèse (de Zeev Sternhell) qui montre que la France était un pays propice à l'émergence du fascisme (bien que seul Vichy en soit le témoin), justement parce qu'il y a en France une certaine idée de la nation et de la patrie. L'histoire du XIXe et du XXe fourmille de textes qui vont dans ce sens.
    Après, que la France actuelle rejette l'idée d'identité nationale pourquoi pas, même si je n'ai pas cette impression. Mais je ne pense pas que ce soit à mettre en relation avec les traditions politiques françaises.

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  46. Moi ça me fatigue tout ça.. je suis allée manifester samedi... ça a achevé de me décourager.
    Et pour tout dire je ne sais pas quoi voter dimanche

    voire même je m'en fous.

    Et vivement le prochain épisode de Fringe, ça me changera les idées...

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  47. Fringe ? ils ont recommencé sur TF1 la saison 3 ? meeeerde, c'est pas vrai ?!?!

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  48. Ben d'ailleurs l'épisode 18 est EXCELLENTISSIME!!!!

    mais je m'égare...

    revenons au sujet!

    :-)

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  49. Bon, ça y est : j'ai officiellement perdu le fil. En même temps comme vous parlez surtout entre vous ce n'est pas très grave.

    Spiroid >>> le cléricalisme et le patriotisme se rejoignent à mon sens dans leur fonction sacrée. Or il y a historiquement dans ce pays une méfiance vis-à-vis du Sacré. Comme tu le rappelles, nous sommes un pays profondément révolutionnaire, qui aime faire table-rase, renverser l'ordre établi, etc. C'était ça, mon idée.

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  50. Au fait, Lyle : je propose d'enseigner l'histoire des pays arabes et tu me réponds que l'islam est déjà au programme...?

    @Thom: ah, tu fais chier hein, j'ai pourtant essayé d'être bien claire et bien passionnante, et si, je m'adressais aussi à toi :D

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  51. @Kalys: Sans doute que ce sont deux choses différentes, mais enseigner l'histoire de l'islam (et donc une partie importante de l'histoire des pays arabes, et de leur religion) c'est déjà un bon point, et ça permet de se familiariser avec le peuple arabe. Et puis bon, y'a déjà des élèves qui rament sur la France alors que ça représente 80% du programme, si se met à rajouter l'histoire de tous les pays qui immigrent chez nous on s'en sort pas ! (c'est une boutade, mais tout de même)
    D'ailleurs c'est assez exaspérant que tout le monde ait le réflexe: "Mais pourquoi on leur apprend pas ça à l'école ?", parce qu'entre les pressions des associations, les devoirs de mémoire et les bonnes idées du ministère de l'éducation, les profs se retrouvent avec un cahier des charges impossible, et franchement ça donne pas envie.

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  52. L'Islam au sens des premiers empires islamiques. Il y a aussi depuis peu les royaumes africains dans les programmes. Quand à étudier l'histoire des pays arabes plus en détail, les élèves n'ont déjà pas le temps d'avoir une idée de l'histoire des pays européens... :-)

    Après on est en droit de penser qu'il serait fondamental que l'histoire de toutes les cultures soit davantage étudiée, mais comme c'est une des matières souffrant le plus de coupes sombres...

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  53. Arbobo >>> "Là où j'en ai une, c'est que parler d'identité "nationale" on donne sans en avoir l'air une grande partie de la réponse tout en prétendant en poser une ouverte." Bien entendu. A plus forte raison lorsque l'on réduit l'identité "nationale" à ses colifichets.

    Kalys >>>
    "Il me semble que c'est par le même procédé que les hommes ne sautent pas sur la première femelle venue, tout ça parce qu'ils ont une montée d'hormones." Alors là, tu as bien de la chance dans tes fréquentations, car je connais pas mal d'hommes qui font ça :-D

    Sur la question du "dialogue serain", je ne sais, je n'éprouve pas de difficultés particulière à discuter avec des gens dits "intolérants" (n'oublie pas au passage que quoi tu en dises, et même si tu as raison concernant le fait d'être des êtres civilisés pourvus de cerveau, on est tous l'intolérant de quelqu'un... notamment sur les blogs, où le procès en intolérance est très certainement celui qu'on te fait le plus régulièrement). Je vais continuer à me faire l'avocat du diable, mais je connais un gars qui est hyper raciste, tellement en fait que dans les réunions de famille, il y a consigne implicite de ne pas parler politique à table en sa présence, pour éviter les dérapages. Eh bien quelque part, je suis plus gêné par cette espèce d'omerta, cette manière de lui confisquer son droit à la parole et de se priver de certaines discussions, que par ses propos "racistes" en eux-mêmes. Que je n'approuve évidemment en aucun cas. Mais ce n'est pas le problème. Le racisme n'est quasiment jamais le vrai problème. Il n'est peut-être pas un simple symptôme, il est peut-être plutôt une cause... peu importe. On ne peut pas "combattre le racisme" et on ne peut pas "avoir un dialogue constructif avec ces gens" parce que le racisme n'est pas les immigrés sont un prétexte. Inconscient, mais un prétexte malgré tout.

    Je n'ai pas d'avis sur l'enseignement de l'histoire, vraiment, ma seule réponse sera "je ne sais pas". Mais je rejoins Spiroid sur le côté "il faudrait leur apprendre à l'école" ^^ En même temps, il y a de plus en plus de parents qui pensent que c'est aussi à l'école d'apprendre la politesse, (voire la propreté) à leurs enfants. A partir de là on n'a pas fini. Tu as peut-être raison, mais l'école ne peut être la seule réponse, elle sature l'école, et cela bien des années que la société civile lui délègue bien trop de choses.

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  54. "parce que le racisme n'est pas les immigrés sont un prétexte"

    Oh là ! Désolé, je baragouine. Enfin j'espère qu'on me comprend quand même !

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  55. fait confiance au peuple... mais pas aux politiciens... et le belge il s'y connaît bien en politique.

    Par contre ce qui est marrant avec la politique en France, c'est que vous avez 4 partis maximum est vous trouvez déjà ça compliqué... c'est bien pire dans la plupart des pays d'Europe... l'extrême à tout niveau se cache de manière bien plus sournoise! En France... les choses sont plutôt clair et le compromis n'est pas vraiment de mise.

    Sinon, c un billet responsable qu'il faut avoir le courage de sortir et le tact pour l'écrire. Et que celui qui n'accepte pas d'avoir en lui une toute petite part de racisme n'a pas vraiment une opinion objective de lui même ni de la nature humaine.

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  56. Quatre partis maximums ? Tu rigoles, on a des tonnes de partis en France, sans même compter ce qu'on appelle les "micro-partis"... et chaque parti de présenter un candidat. Aux dernières présidentielles il y en avait 12, et ce n'est même pas le record. Aucun autre pays au monde ne peut se targuer d'avoir eu dans une même élection cinq listes d'extrême gauche (!) et trois d'extrême droite ou assimilé (!!). Enfin, j'ai l'air indigné, je trouve ça très bien au contraire, que chacun puisse s'y retrouver quelque part. Quoique le nerf du vote FN est très certainement que les gens ne se retrouvent plus nulle part...

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  57. OK... au départ... mais ca se résume quand même à deux partis au final... quand bien même un parti ne finis pas avec une majorité absolue... C'est pas une question de nombre, c'est qu'au final, ça se simplifie fortement! Et c'est pas uniquement mon point de vue, c'est une caractéristique de votre système politique.

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  58. Oui, c'est sûr que comparé à d'autres pays (qui a dit l'Italie ?), c'est presque calme, chez nous...

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  59. Oui, sauf qu'en Italie, c'est pas de la politique... :-) ... c'est n'importe quoi... Comme quoi, ca remonte le moral parfois de regarder ailleurs ... LOL

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  60. Je ne voudrais pas être taquin, mais vu d'ici en Belgique aussi ^^ Jusqu'à ce qu'Alf m'explique un peu la situation l'an dernier, j'avoue que j'avais du mal à comprendre (en même temps, la couverture médiatique est assez mauvaise en France, les Belges ne sont sans doute pas assez glamour - et en plus ils ne tuent personne...)

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