lundi 15 novembre 2010

Apprendre à finir...

...
Je triche un peu sur les dates. Quoique. "Officiellement", cet album est sorti en septembre 2000. Mais d'un autre côté l'officialité de sa sortie demeure toute relative, et personne ne l'a entendu dès septembre. Donc est-ce vraiment tricher que de caler cette chronique en novembre, qui est après tout le mois où j'ai pu enfin rassembler toutes les pièces de cette œuvre-puzzle, éclatée au quatre coins du Web par la faute d'un label (nommons-le, il le mérite : Virgin) ayant décrété que le second volet de MACHINA resterait dans les cartons ? C'est que le premier, hélas, avait fait flop. Drôle d'époque que ce début de décennie deux-mille où les majors - on sait ce que cela leur coûta - pensaient encore comme dans les années quatre-vingt-dix. MACHINA/The Machines of God traînera sans doute éternellement cette réputation d'avoir été un four commercial. Profitons-en donc pour rappeler qu'il se classa troisième au Billboard et que ses chiffres de ventes feraient baver d'envie n'importe quel directeur de music-marketing en 2010.


Mais non. Ce fut un flop, paraît-il, et le groupe désemparé décida donc de balancer l'épisode second directement sur un Internet. Enfin, épisode second... c'est vite dit. Ou disons que c'est ce qui s'est dit alors, mais mériterait sans doute d'être relativisé, tant cette suite ressemble tout de même à s'y méprendre à une compilation de raretés. On peut légitimement douter que si l'album était sorti normalement dans les magasins, Corgan se serait permis de le farcir d'alternate takes. Tout cela aurait probablement giclé, tout comme l'inutile reprise de James Brown (inutile dix ans après, sur le coup il faut reconnaître qu'elle était assez amusante). Machina II ayant été complété après le refus du label de le publier, il a sans doute été gavé jusqu'à l'os dans une optique de cadeaux aux fans, lesquels savaient déjà depuis plusieurs mois que ce sixième album serait également le dernier. Il est extrêmement difficile de savoir à quoi aurait réellement dû ressembler un disque qui ne se serait d'ailleurs certainement pas appeler The Friends & Enemis of Modern Music, ultime pied de nez de Corgan à un label qu'il n'aura eu de cesse de malmener dix années durant (et réciproquement, du reste). Mais c'est sans doute ce qui le rend si excitant : de par son conditionnement même (il était divisé en plusieurs parties disséminées sur différents sites Internet), Machina II autorise chacun d'entre nous à le composer comme il le veut. Il n'y a pas un Machina II, mais au moins cinq ou six.

Le mien exclut donc "Soul Power" et toutes les versions alternatives, à l'exception notable de "Blue Sky Bring Tears (heavy)". D'une part parce que cette version est époustouflante, et d'autre part parce que titre est la pièce-maîtresse de The Machines of God, elle agit donc comme un rappel interne (le même procédé que pour le "Glass Theme"). Bien entendu, Machina II s'ouvre inévitablement sur "Slow Dawn". C'est l'un des morceaux les plus réussis de cet étrange opus. Il y en a quelques mauvais. Pas mal, même, sur 25 titres - et même en enlevant le gras. Machina II brille souvent plus par son improbable créativité que par sa cohérence, toute relative. On saute sans vergogne du bourrinage post-grunge aux mélodies délicates de morceaux que Corgan trimballe dans ses cartons depuis Adore, à commencer par "Let Me Give the World to You", tube majestueux qui eût fait un single idéal, et "Satur9", suite spectrale au "Eye" d'antan, qui constitue sans le moindre doute l'un des sommets de la carrière des Pumpkins (même si sa version de l'époque Adore était encore meilleure). "If There Is a God" est pour sa part le morceau-clé de cet album (et du précédent), celui qui dévoile le concept (totalement incompréhensible pour le commun des mortels) de la fameuse machine. Il est effectivement magnifique. De là à le mettre deux fois... mais il est vrai qu'on ne sait jamais avec les fantômes.


Car de la pochette au son, brut et vaporeux, tout semble avoir été fait pour que Machina II ne soit jamais abordé autrement que comme un album fantomatique. A l'époque on n'était moins habitué au son MP3, et beaucoup mirent cela sur le compte de la faible qualité de l'enregistrement. On sait aujourd'hui que l'ouvrage fut produit par Corgan et Flood et que tout cela relève d'un parti-pris. On peut désapprouver. Les Smashing Pumkins ont eu cette chance finalement extraordinaire de se trouver à la croisée des chemins et de pouvoir réellement choisir comment ils allaient finir. Il auraient pu publier un quatrième chef-d'œuvre de suite. Le niveau d'ambitions est tel, sur cet ultime opus, qu'on ne doute pas qu'ils en avaient le souffle. Ils préférèrent opter pour une fin en forme de tape amicale, de cadeau aux fans et de majeur adressé au business (dans le mode de distribution, il s'agit à l'évidence d'un acte visionnaire, sinon pionnier). On ne peut leur reprocher l'intégrité d'une telle démarche. Après tout, Machina II est suffisamment bon en lui-même pour que tout reproche de ce type soit largement superflu.


Machina II : The Friends & Enemis of Modern Music, des Smashing Pumpkins (2000)

9 commentaires:

  1. If there is a god aaaaah, je défaille :-)

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  2. Toujours eu une impression en demi-teinte sur cet "album"...
    Ce côté "gros vrac", cette structure aléatoire... Mais quand même, là dedans, quelques pépites (que tu cites toutes), quelques splendeurs. If there is a God, I know he'd like to rock... Peut - être une des rares fois que Corgan me ferait limite chialeR.

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  3. ah, grace à toi me voilà dix ans en arrière, à la bonne époque où j'avais la fièvre Pumpkins...
    sur l'album en lui meme, mon commentaire sera absolument identique à celui de Guic...
    en plus de "If there is a god", je citerai "Home", le dernier titre des Pumpkins à m'avoir fait vibrer...

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  4. Ce n'était surement un secret que pour moi, mais y a pas longtemps j'ai appris que Machina 2 n'était pas un vrai album double, mais un simple accompagné de 3 EP. ça remet en perspective le coté bordélique et la profusion de prises alternatives^^

    Du coup je suis toujours passé un peu à coté, j'aime pas mal de chansons mais je l'ai toujours plus considéré comme une obscure compil' qu'un véritable LP. "Album fantomatique", c'est le mot.

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  5. Guic' & Xavier >>> je ne sais pas si on peut parler de structure aléatoire, mais c'est vrai que par définition, c'est un album en kit :-)) J'aime bien cette idée et finalement, je ne l'ai jamais reçu "en demi-teinte". J'aime bien le son brut de l'album, presque garage par instants, qui tranche vraiment avec ce que le groupe faisait d'habitude (on jurerait d'ailleurs que Flood n'a pas touché au mix, alors que sa patte est généralement ultra-identifiable).

    Vchild >>> oui. Je ne devais pas le savoir non plus à l'époque, je pense. A ma décharge c'était bien avant le Web 2.0 ; Internet existait et c'était merveilleux, mais à côté de cela ce n'était pas encore aussi facile d'accéder au flux d'info.
    Je ne pense pas que ce soit une compile, ou disons que je le suppose en considérant non pas ce qu'est Machina II, mais ce qu'il n'est pas. Or il manque tellement d'inédits de la période 98-2000 (on les trouve facilement sur thepumpkins.net) que j'ai du mal à considérer Machina II comme une compile ; et quand le groupe ressort des démos d'Adore ce n'est pas pour les sortir telles qu'en l'état (hélas, certaines étaient meilleures en l'état), mais bien pour les ré enregistrer (cf. "Satur9", qui est vraiment passée à la moulinette Machina II si on la compare avec la version sortie "officiellement" sur Rotten Apples). Bref, à cause de tout ça, je ne peux pas voir l'album comme une compile, ou alors une compile très bizarrement ordonnée. Ce qui venant d'un mec qui a décidé de tronçonner son prochain album en X EPs n'est cela dit pas très surprenant ^^

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  6. V child a raison: la structure "officielle" veut que ce soit un album (pochette tout en haut de l'article) et 3 EP (pochette du milieu, pochette de la vidéo, pour la troisième voir Wikipedia)

    Après, mles prises alternatives, à mon avis, ne sont pas de simples "versions de travail" inédites, mais doivent avoir une raison d'être là, en écho aux versions du tome 1.

    Le truc qui m'intriguera toujours avec ces "Machina", c'est qu'il y a un concept caché derrière... sur lequel on ne sait quasiment rien (jamais réussi à trouver une explication, une analyse, un truc comme ça). Pourquoi? Ban j'ai bien l'impression que c'est un abum orphelin. Celui dont les gens n'ont rien à foutre de ce qu'il y a autour, du pourquoi et du comment... Je sais pas.

    Ah, si, en faity, on a du matos pour expliquer... Mais bon: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/49/Machina_chart.jpg

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  7. Ouais... enfin personne n'a jamais compris le concept parce que Corgan n'a jamais vraiment pris le temps de l'expliquer, faut dire. Je ne me souviens d'ailleurs pas qu'au moment de la sortie du premier Machina il ait été question de concept. Je n'en ai entendu parler que bien après, quand le second est "sorti"...

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  8. Ouais... Encore une zone d'ombre pour nous faire croire que Corgan est sain d'esprit.

    N'empêche, ça fait plaisir de voir les Pumpkins deux fois à l'honneur du "Ten Years after", dans la même année.

    (T'aurais pas été genre un gros gros fan des Pumpkins à l'époque? ;-) )

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  9. Ouais, je trouvais pas ça trop dégueu. Surtout j'aimais bien la coiffure du chanteur :-)

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