lundi 6 septembre 2010

Ernesto Violin est de retour, il a la gueule de bois et il vous emmerde.

...
Si nous vivions dans un monde idéal, un tel titre d'article devrait au minimum déclencher un buzz national. Pas de promo ni de VIOL DAY (c'est Arbobo qui va être content), un silence assourdissant à peine chargé des dernières bribes de Welfare Heart, un été trop chaud empli de filles trop farouches... et soudain alors que personne ne l'a vu venir : vlan ! un nouvel album de VIOL en forme de fuck you à l'industrie du disque, à la société française en pleine déliquescence, aux fabricants de xylophones et à Eric Woerth. Portrait de l'artiste en sauveur de ce monde tout pourri et stupéfaction générale. Les fans se jettent sur le disque en espérant découvrir le nouveau manifeste post-romantique de ce début de siècle, ils se mangent en pleine gueule du "Are you happy with the life you live ?", du "The next one is gonna kill you" et du "Everything feels like a  doomsday". Le tout habillé d'une couleur résolument électrique, composé d'une tracklist réduite au strict minimum (neuf titres, vingt-neuf minutes, pas un poil de gras) et frappé d'un titre annonçant des jours peu rieurs : Olympus in Reverse - beau comme la démission d'un ministre. L'effet, bien sûr est immédiat. Télérama titre "Le nouveau VIOL, génie ou foutage de gueule ?". Les fans de la première heure crient au scandale. Le landerneau parle de suicide d'une carrière encore balbutiante. La tournée prévue est annulée. Bien entendu, Eric Woerth démissionne.

Heureusement ou malheureusement, nous ne vivons pas dans un monde idéal. Les mélodies cristallines de VIOL n'intéressent qu'une poignée de personnes, et si d'aventure celles-ci venaient à crier trop fort leur admiration, on leur reprocherait avec un cynisme admirable qu'elles font preuve de complaisance. Les choses n'iront pas en s'arrangeant avec cet album sans chanson pop parfaite, manifeste garage languide se défiant de la fluidité comme des mélodies trop évidentes. Certes, l'ouvrage final n'a rien d'aussi radical que ce que pourrait suggérer l'apocalyptique résumé inaugurant cet article. Le Tonight's the Night de Violin se termine bien et l'Hapiness gagne la War. Il n'empêche qu'on a du mal à rentrer dedans à la première écoute et que l'ensemble et suffisamment malin et retors pour se destiner joyeusement à la corbeille de bien des ordinateurs. Après tout, chacun est libre de tuer sa carrière comme il l'entend. S'il s'agissait de faire un Metal Machine Music à chaque fois, c'est la musique qui ne s'en remettrait pas.

On aurait tort cependant de faire un sort trop rapide à Olympus in Reverse. S'il est plus maussade que suicidaire, le crépuscule qu'il se plaît à dessiner n'en a pas moins un panache manquant cruellement à bien des têtes d'affiches. Quitte à le rapprocher de quelque chose, on songera volontiers à Nightfreak & The Sons of Becker de The Coral, disque dans lequel James Skelly ajoutait une pincée de soufre à sa pop psyché, et prouvait que son groupe était autre chose qu'une bande joyeux drilles romantiques et insouciants. Retors, Nightfreak mis des années avant d'être réellement adopté par les fans. Olympus in Reverse joue la même partition : Ernesto Violin s'y libère du romantisme naïf et un peu systématique dans lequel il finissait sans doute, bien qu'on l'aimât, par s'enfermer. Les deux premiers morceaux, "The Kidney Sweeper" et "Victoria Falls", retrouvent l'urgence des deux premiers albums. "Ernest's Last Stand" ose les soli et invente l'auto-requiem, quand "Captain Hooker" a le charme vénéneux des chansons faussement tendres. Et si "Olympus" ne rechigne pas à la douceur (chassez le naturel...), sa désolation n'est pas feinte et en fait l'un des plus beaux titres de son auteur.

Plus douloureux et moins évident, Olympus in Reverse a dans le fond tout ce qui manquait (un peu) à Welfare Heart : le soufre, ce petit quelque chose de viscéral en faisant plus qu'un bon disque pop. Le temps des vignettes doucereuses y semble révolu, et sans trop s'éloigner de son univers habituel VIOL provoque une nette rupture avec ses opus précédents. Pour la première fois, on se dit d'un de ses disques qu'il n'est pas armé pour séduire un grand nombre, voire pour être écouté jusqu'à plus soif. Plus dur, (beaucoup) plus triste, il se consommera plus volontiers dans l'intimité d'une chambre, compagnon de route vers lequel on sait que l'on reviendra certes ponctuellement, mais pendant longtemps. Déplaire aussi est un art, et avec ce bel album de gueule de bois on peut considérer que Violin sait y faire. Olympus in Reverse n'est pas un disque dont on a envie - c'est un disque dont on a besoin.



Olympus in Reverse, de VIOL (2010). Téléchargeable gratuitement sur le Viol's Boat.

28 commentaires:

  1. Je vais aller écouter l'album de ce pas.

    Mais quel article, aussi !

    RépondreSupprimer
  2. ahlala, le viol day, quel souvenir...
    (le nom a du aider à me mettre en pelote, je suis assez pavlovien sur le sujet comme tu sais)

    juste un truc, même si j'ai rien contre le fait d'oeuvrer "pour la gloire" : des sites comme bandcamp permettent des formules du type : le cd est payant mais le téléchargement est gratuit, ou même encore pay-what-you-want.

    ça permet de rester gratuit pour ceux qui le veulent, tout en récupérant de quoi payer quelques bricoles (rien que réparer une pédale d'effet c'est déjà de l'argent, un micro c'est cher, un jack ça s'use et doit se changer régulièrement..),
    on peut aussi bricoler un équivalent sur un site perso de fortune avec un compte paypal.

    bref, j'approuve l'autopromotion, mais faire de la musique ne devrait être un sacrifice pour personne :-)

    RépondreSupprimer
  3. auto-proDUCtion (lapsus qui va me coûter cher, tiens ^^_)

    RépondreSupprimer
  4. Marion >>> merci...

    Arbobo >>> ah merde, quel fou rire... du coup je ne sais plus ce que je voulais dire... ah oui, bandcamp bien sûr, je voulais brancher Ernesto là-dessus (tout le monde sait qu'il vit dans une grotte et n'a Internet que lorsqu'il descend prendre le café à la ferme voisine, j'imagine que Paypal il croit que c'est un médicament ^^), mais ça m'est un peu sorti de la tête... car promouvoir la gloire de ce jeune homme n'est hélas pas ma seule activité (même si - parenthèse marrante - tout à l'heure je me suis quand même dit "Putain, 11h00, j'ai rien fait pour moi et je n'ai fait que rendre des services à des gens depuis que je suis levé..." c'est très fatigant, en fait...)

    RépondreSupprimer
  5. Ce que je trouve fascinant avec Viol, c'est cette capacité à faire des albums qui sont de bons albums, mais surtout sont composés de bonnes chansons.
    Même prises séparément, elles gardent cette beauté malsaine: tu parles d'ambiance générale, de côté retors à la première écoute, et pourtant... The Kidney Sweeper (cette image - enfin, la façon dont je l'interprète - je la trouve grandiose), c'est, dès la première écoute, une super chanson.

    Sinon, c'est clair qu'on se sent vachement plus près, pour la majorité des titres, de VIIOL que des deux précédents... Mais d'un autre côté, ça fait aussi plaisir de retrouver le Ernesto de "Song against Darwin", rageur et désespéré.

    (Sinon, c'est quoi le laps de temps que je dois attendre, contractuellement, avant de pouvoir à mon tour écrire dessus? :-) )

    RépondreSupprimer
  6. Bah à partir du moment où il est dispo tu fais ce que tu veux...

    Sinon je ne suis quand même pas tout à fait d'accord, pour une fois. "The Kidney Sweeper", à la première écoute, j'ai trouvé la mélodie de couplet assez irritante, voire même un peu caricaturale. Il a fallu pas mal de temps pour que je l'apprécie, tout comme le solo d'"Olympus" qui m'a gâché le morceau à la première écoute. Il y a des passages, jamais des morceaux en entier, que je trouvais d'un goût assez douteux, surtout venant d'un type au goût aussi sûr. J'ai appris à aimer l'album au fil du temps, avec ses défauts, avec un titre que je n'aime pas du tout (je te laisse deviner lequel)... mais c'est parce que je ne cherche pas la perfection dans un album, je cherche à ce qu'il me parle. Et vu les moments parfois désolants que j'ai vécus ces derniers mois, je n'ai pas eu trop à me forcer pour trouver des échos dans "Chinatown Blues" ou "Olympus"... VIOL reste le champion incontesté des albums-compagnons, qui s'incrustent dans ton quotidien. Et ce n'est pas flagornerie que de le dire, bien avant de savoir qui se cachait derrière ce pseudo, d'avoir jamais discuté de quoique ce soit... à la première écoute du VIOL II j'ai su, instantanément, que j'écouterai cet album toute ma vie. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais c'est comme ça.

    RépondreSupprimer
  7. Comme prévu, je ne ferai aucun commentaire sur ce nouveau viol....

    RépondreSupprimer
  8. Oh ! Pauvre piti Xavier... ça fait un peu nerd enfermé dans les casiers par les méchants cancres, quand même ;-)

    RépondreSupprimer
  9. Remarquable album. Je les ai tous appréciés, mais celui-ci est particulièrement, vous me passerez l'expression, "couillu". Il y a un sacré soufre, en effet, dans ce disque, on sent un dégoût, et il y aussi le retour de la distance, qui s'était, peut-être, un peu perdue, sur le précédent. A écouter.

    BBB.

    RépondreSupprimer
  10. (Concernant le délai d'attente, c'était juste pour éviter l'esclandre de la dernière fois... :-) )

    Bon, sinon, on est plutôt en train de discuter ressenti du truc, mais moi, à la première écoute, disons que les cinq premiers titres m'ont conquis directement.
    Après, c'est plus sujet à débat (Captain Hooker passe à peu près bien, mais j'avoue avoir un peu de mal avec les autres (c'est pas "I wanna mary you" qui passe pas avec toi ? ;-)), même si ça s'arrange vachement au fin des écoutes).

    Le solo d'Olympus m'a fait très très plaisir, par exemple (mais bon, j'aime bien les solos de guitare, pas toi... ce sont des choses qui arrivent!)

    Concernant les "albums-compagnons"... C'est assez vrai. J'ai expliqué dans mon article sur le précédent à quel point le hasard des évènements fait que Welfare Heart est définitivement lié à la naissance de ma nièce (et c'est vrai, je peux pas écouter cet album sans y repenser), et au moment ou j'écoutais le denrier pour la première fois, je me suis fait la réflexion "Tiens, voilà, a partir de maintenant, l'image qui te viendra à l'esprit en écoutant cet album, c'est ça, le moment ou tu fumes ta clope en bas de ton immeuble, la tête dans le ..., en ce matin ensoleillé." Alors que je ne sacralise jamais les premières écoutes d'albums, même des qui me tiennent plus à coeur, j'ai bizarrement bon souvenir de ma découverte de chaque album de VIOL, sans chercher en particulier ce genre de sensation.

    Mais la grande particularité de VIOL à mes yeux, c'est que c'est un artiste "autosuffisant" pour moi. Comprendre par là que je ne dois pas connaître la moitié des artistes qui l'ont inspiré (du point de vue musical, parce que littéraire, n'en parlons pas), et pourtant, je ne ressens aucunement le besoin de de me pencher dessus. Ce qu'Ernesto fait de ses influences me suffit, je ne ressens pas le besoin de retourner à la source pour voir si c'est bien digéré ou pas, ça ne me parait pas utile ou nécessaire. Je m'en fous. J'aime les albums d'Ernesto en tant que tels, sans chercher à les analyser ou quoi que ce soit, sans chercher à comprendre le pourquoi du comment il y a ceci ou cela, et c'est franchement un truc très très rare pour moi. (Je ne dirais pas que le cas est unique, et pourtant je suis pas capable de trouver un autre exemple.)

    RépondreSupprimer
  11. Mais il n'arrête jamais ce garçon...

    RépondreSupprimer
  12. Quelle bonne nouvelle ! je télécharge ça tout de suite.

    RépondreSupprimer
  13. Nan, c'était une sorte de clin d'oeil par rapport à la conversation qu'on a eu sur le nom de cet artiste...
    (cela dit, heureusement qu'il n'y avait pas de casiers dans mon école)

    RépondreSupprimer
  14. Je viens tout juste de lancer l'écoute là ! Ce type est génial.

    J'avais filé Welfare Heart aux quelques personnes que je connais dans les labels et je sens que je suis bien parti pour leur en remettre un couche. (Enfin je dis ça mais Ernesto n'a peut-être de toute manière nulle envie de se faire approcher par une maison de disque...)

    RépondreSupprimer
  15. La 1ere sortie officielle du garçon sera une anthologie 70 disques !!!
    bon je télécharge. je donnerais surement mon avis direct chez moi. je lirais ton article à ce moment là aussi.

    RépondreSupprimer
  16. Jusque là j'avais pas pu envisager de me lancer à cause du nom qui me rappelle le bureau... mais voilà, j'ai cliqué.

    RépondreSupprimer
  17. Le niveau se maintient et je dois dire q sur une forme "rammassée" de 9 titres c'est bcp plus digeste.

    RépondreSupprimer
  18. BBB. >>> "couillu" ? je trouve que ça ne lui va pas très bien...

    Guic' >>> bon arrête de répéter tout le temps que je n'aime pas les soli de guitare... je les aime tellement que je les écris correctement ! Mais les aime généralement très "cools", planants", façon Gilmour ou Frusciante... le solo de songwriter/guitar-hero c'est clair que ça ne me touche pas (et je déteste la manière dont tous les péquenots comme [mets n'importe quel grateux des 80's que tu aimes] ont fait croire qu'un solo, c'était forcément ce genre de truc...

    Xavier >>> oui, c'est vrai... déjà que moi, j'ai vu le casier se généralisés à l'époque où j'étais déjà assez grand...

    Benjamin >>> J'ai filé Love Boat et Welfare Heart à pas mal de monde, des gens qui bossent dans des labels, des artistes... tout le monde a toujours trouvé ça très bien mais personne n'a rien fait. Un grand classique. Quant à la position d'Ernesto V. par rapport au sujet, je crois qu'il n'y est pas opposé, loin de là, mais autant l'interroger directement.

    klak >>> effectivement oui... de là à dire que ce sera une anthologie posthume comme pour tous les plus grands bluesmen...

    nekko >>> ah quand même ! Après des mois de vaines tentatives de conversion ;-)

    RépondreSupprimer
  19. (Eh, oh, la réforme de l'orthographe de 1990 permet l'écriture de "solos", "scénarios", "imprésarios" etc... Le pire, c'est que je sais que je t'apprends rien.)
    Et accessoirement, je ne t'avais jamais entendu faire cette distinction. Fatalement, vu les "soli" sur lesquels nous n'étions pas d'accord, j'ai fatalement généralisé.

    Sinon, cinq albums pour Ernesto V., c'est pas le moment ou on doit conventionnellement sortir un album live en fait?

    RépondreSupprimer
  20. Non, c'est le moment où il doit s'auto splitter, et où il doit en profiter pour se faire de l'argent sur son propre dos en sortant un best of...

    RépondreSupprimer
  21. son unplugged, tu veux dire guic ? :o)

    RépondreSupprimer
  22. J'espère qu'il mettre un gilet en laine !

    RépondreSupprimer
  23. Me voilà sur cette page suite à la recherche "Elliott smithien" sur google, et 2-3 clics. .. Résultat surprenant. Agréablement o_o. Belle découverte.
    Alors je ne peux que souhaiter le meilleur à M. Violin.
    :-)

    RépondreSupprimer
  24. Alors ça, c'est une provenance inattendue (le pire c'est que je suis persuadé d'avoir déjà utilisé l'expression recherchée... mais je serais bien incapable de dire où parmi les quelques 1000 articles de ce blog).

    Merci pour lui ! :-)

    RépondreSupprimer
  25. Excellent disque (bien meilleur que le précédent à mon avis); A quand la suite ?!

    RépondreSupprimer
  26. Cette chronique (ainsi que d'autres trucs lu ici ou là sur ce blog ou d'autres) m'avait intrigué, et voilà que, pas plus tard qu'hier, je tombe un peu par hasard sur le blog du bonhomme (ne me demande pas comment j'ai atterri là bas, je ne m'en souviens déjà plus). Ni une ni deux, je DL les albums, et voilà que je suis charmé par ces petites chansons pop/folk étranges et touchantes (on croirait entendre Elliott Smith par moments). Je crois que je vais faire un peu de pub autour de moi.

    RépondreSupprimer

Si vous n'avez pas de compte blogger, choisir l'option NOM/URL et remplir les champs adéquats (ce n'est pas très clair, il faut le reconnaître).