mardi 27 juillet 2010

Inception - Tourte fourrée aux cuisses de grenouille

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On a beau aimer Chris Nolan, difficile de ne pas voir le puissant et richissime réalisateur de The Dark Knight comme cette bonne vieille grenouille – vous savez : celle qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Elle gonfle, elle gonfle… vous connaissez la suite. Inception et son réalisateur mégalo, c’est un peu la même tambouille. A ceci près bien sûr que La Fontaine proposait des mets raffinés tandis que Nolan, pour sa part, vient de signer une grosse tourte bourrée d’un peu tout – sauf de délicatesse.

Le pitch est aussi simple que grandissime : Dom Cobb est le roi des extracteurs, soit donc littéralement des voleurs de rêves. Avec sa fine équipe il pénètre dans les songes des gens (de préférence les puissants) pour leur dérober leurs secrets les mieux gardés, puis les revend au plus offrant. On ne sait pas trop comment il fait (c’est l’un des gros points noirs du film), mais son petit business se porte plutôt pas mal. Mieux que lui, individu totalement ravagé de l’intérieur et incapable de faire le deuil de sa Marion Cotillard d’épouse. Petite parenthèse : rien qu’avec cette info, on peut déjà deviner la moitié du film. Mais soyons de bonne composition et faisons comme si de rien n’était.

Donc un beau matin, Saito, un affreux japonais, lui commande une mission un peu particulière. Il ne s’agirait plus cette fois-ci de dérober une idée, mais d’en introduire une dans l’esprit de l’héritier d’un grand empire financier. C’est théoriquement impossible, sauf bien sûr pour Dom Cobb, qui réussit donc à entraîner toute une équipe dans cette aventure sans jamais, à aucun moment, expliquer pourquoi il sait qu’on peut le faire. Admettons, puisque nous-mêmes, on meurt d’envie de le suivre.

C’est que la première heure du film, malgré des béances scénaristiques colossales, est si spectaculaire et baroque qu’on a bien du mal à résister. Visuellement superbe, Inception renverse les figures imposées du blockbuster (au figuré… mais au propre aussi), se pique d’inventions visuelles bluffantes 1 et enveloppe le tout d’une aura de mystère suffisamment pesante pour qu’on ait envie d’accompagner Chris Nolan à peu près n’importe où. Et puis il y a de quoi lui faire confiance, malgré une ressemblance parfois un peu gênante avec l’eXistenZ de Cronenberg 2 : s’il n’est pas le plus grand réalisateur du monde, Nolan n’a encore jamais généré d’innommable bouse 3. Il mérite le bénéfice du doute.


Arrivé à la fin cependant le doute s’est envolé. Car entré dans le vif du sujet, Inception commet ce péché – mortel compte tenu de son arrogance et de sa mégalomanie – de devenir un film très conventionnel pétri de poncifs et suintant la facilité. La seconde moitié du film (celle concernant l’inception en elle-même) contient certes quelques belles scènes. Mais elles ne pèsent pas grand-chose en regard des incohérences innombrables, de l’intrigue cousue d’un fil principalement blanc et d’un manque d’imagination presque risible. Dans une récente interview à Libération, Joseph Gordon-Levitt (qui incarne Arthur, le bras droit de Cobb), déclarait sans rire que pour lui, « Araki et Nolan ont la même intégrité ». Difficile de ne pas se fendre d’un sourire narquois en lisant pareille ânerie, tant Inception dément en permanence cette assertion. Bien filmé, efficace, carré aux entournures, ce septième long de Nolan manque cruellement d’une vision artistique pour lui donner un poil de profondeur (non, un scénario tout embrouillé avec des mots compliqués et de la chimie de bazar, ce n’est pas profond – ce n’est même pas vraiment geek). Sa vision de l’onirisme est parfaitement raccord avec son sens du dialogue ou de la mise en scène : balisée, millimétrée, presque chirurgicale. Sans folie, alors que tout est là pour faire de l’ouvrage une formidable trip psychédélique. Le rêve construit pour les besoins de l’inception ? Un gros thriller aux airs de jeu vidéo, avec des niveaux parfaitement délimités et des méchants à dégommer. L’accès au subconscient ? On prend l’ascenseur et on va au sous-sol. L’idée que l’auteur se fait d’un monde onirique totalement idéalisé par l’amour ? Une immense mégalopole avec des gratte-ciel défigurant le paysage.  Quelle inventivité ! Quelle poésie !

On ne demandait certes pas à Chris Nolan de se métamorphoser en Lynch. Tout de même, quand on est affublé d’une telle prétention, quand on vous vend que vous n’aurez jamais rien vu de tel au cinéma… il y a un minimum exigible de la part du spectateur. Dans la fable, la grenouille de La Fontaine s’enfla si bien qu’elle creva. Aux dernières nouvelles, l’ego du cinéaste se porte toujours bien (cartonner au box office aide sans doute), il aura juste fait sourire les plus exigeants des spectateurs. Il y a une telle disproportion entre les ambitions crânement affichées et ce qu’est réellement Inception qu’il ne pouvait en être autrement. Comme toujours dans ces cas-là, seul DiCaprio ressort du naufrage (oh oh), avec sa tronche de déterré, ses manies de junkie en manque et ses phrases répétées en boucle tels des mantras. C’est peu pour justifier deux cent millions de dollars de budget.


👎👎 Inception 
Christopher Nolan | Warner, 2010


1. Ceci constituant le seul aspect réellement réussi du long-métrage, on vous les laissera découvrir par vous-mêmes.
2. Sans oublier Matrix, évidemment… vu que déjà à la base, ces deux films parus à quelques mois d’écart ont bien des points communs.
3. Bon, ok : Insomnia était sans doute le film le plus mal nommé de tous les temps, mais un film soporifique c’est tout de même différent d’une bouse.

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