jeudi 12 novembre 2009

Spiral Stairs - Du trottoir aux escaliers

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[Article précédemment publié sur Culturofil] Ainsi donc lorsque l'ancien guitariste d'un des trois meilleurs groupes des années 90 publie un nouvel album, il ne récolte même pas des commentaires d'insultes de fans frustrés – juste une (mal)saine indifférence. Voilà qui est un peu fort. Certes pas nécessairement surprenant si l'on se souvient que Stephen Malkmus, l'ancien patron de Scott Kannberg au sein de Pavement, publia l'an passé un album magistral (Real Emotional Trash) sans que cela émeuve particulièrement ce même landernau indie pourtant régulièrement coupable de complaisance vis-à-vis de ses idoles de jeunesse (en témoigne l'accueil ultra-dithyrambique réservé au très-bon-mais-pas-non-plus-historique dernier Sonic Youth). Il n'empêche : Pavement, quoi. Une poignée d'albums INCONTOURNABLES (Crooked Rain, Crooked Rain, Wowee Zowee), des hymnes fragiles à se damner ("Elevate Me Later", "Shady Lane"…)… cela ne justifie assurément pas de s'incliner d'office devant le nouvel opus d'un de ses ex-membres, mais si un artiste aussi fondamental que Scott Kannberg ne mérite pas qu'on lui accorde au moins UNE chance, UNE écoute… qui peut bien le mériter ?

À la décharge cependant des ex-fans de Pavement passés à autre chose, on trouvera relativement peu de points communs entre le combo culte de la scène lo/fi et ce Spiral Stairs au sein duquel Kannberg a réuni une poignée de bras-cassés (dont un ex-Broken Social Scene et un ex-Posies, cette dernière information n'étant pas la plus rassurante de la semaine). En 1994 le jeune homme jouait une musique qui ne ressemblait à aucune autre ; en 2009 il publie un album qui ressemble à tellement de gens qu'on est fatigué rien qu'à l'idée de les lister.

Comprendre par-là que The Real Feel (c'est le titre dudit album) évolue dans un registre classic-rock le situant dans une galaxie diamétralement opposée à celle dans laquelle persiste à évoluer Malkmus. Pas une note lo/fi sur ce disque… mais pas une note évoquant quoi que ce soit d'alternatif non plus. On pense curieusement aux Jayhawks d'après le départ de Mark Olson, en plus électrique. Et bien sûr aux idoles (modèles ?) de toujours de Scott Kannberg, Tom Verlaine, Lou Reed… chacun dans leur période la plus accessible (soit donc plutôt Dreamtime pour le premier, et plutôt New York – voire Set the Twilight Reeling – pour le second). Pas de quoi s'affoler, d'autant que Pavement n'était pas non plus un groupe expérimental… mais on comprend mieux au fil des écoutes que cet album ne soit pas prompt à déchaîner l'immense fan-base dont dispose sur le papier le songwriter.

D'autant que… plaisant, efficace, agréable… The Real Feel n'en est pas moins un album plutôt mineur, manquant d'une ou deux vraies grandes chansons autant que de ce petit quelque chose en plus qui marquerait vraiment l'auditeur – vous savez : ce feeling indescriptible avec des mots ((Ni avec des gestes, ah ah.)) entraînant – lorsqu'il est présent – la transcendance. C'eut pu être l'occasion de réévaluer les talents de compositeur de Kannberg, souvent resté dans l'ombre de Malkmus (ce fut d'ailleurs l'une des – sinon LA – principale(s) raison(s) du split de Pavement…) alors qu'il composa quelques titres mémorables (notamment "Date with Ikea"). C'est tout l'inverse qui se produit : ce premier opus de Spiral Stairs prouve à chaque accord que Malkmus était le génie du groupe et Kannberg, le talentueux artisan. Qui vient donc, fort logiquement, de publier un album artisanal, sans prétention parce que dépourvu d'autre ambition que celle d'amasser une chouette collection de chansons... on allait ajouter sans fioritures, mais ça faisait quand même beaucoup de sans – trop sans doute pour un disque que l'on prend malgré tout plaisir à effeuiller (surtout dans la seconde moitié, la première étant trop débordante de mid-tempo pour ne pas sembler monochrome). Il n'était probablement pas nécessaire d'en attendre plus. Mais comment pouvait-il en être autrement ?… Quoiqu'il produise à l'avenir, Scott Kannberg portera toujours ce lourd fardeau d'avoir été le guitariste d'un groupe qui changea la vie de milliers de gens. Le genre de truc qui vous interdit de vieillir.


The Real Feel, de Spiral Stairs (2009)


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28 commentaires:

  1. Marrant, cet album est dans mes listes de lecture. Et je me disais la même chose que le chroniqueur : un indifférent "Ca se laisse écouter".

    J'apprends ici qui c'est.

    Et, bon, j'imagine que ça ne fera pas changer mon opinion. Ceci dit, OUI, mille fois plutôt qu'une, Pavement plaisir brut!

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  2. Pavement a vraiment changé la vie de millier de gens?

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  3. Marsu (tu permets que je t'appelle Marsu ?) >>> je crois que c'est impossible de penser autre chose de ce disque. Il glisse sur l'auditeur, pas dégueu, mais presqu'insignifiant...

    Xavier >>> quand même. Pavement est un des groupes les plus importants des ces vingt dernières années. Son influence est quasiment inestimable.

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  4. Oui, de très bon albums, indéniablement novateurs. Mais je ne les vois pas cités souvent en référence, que ce soit par les groupes actuels, ou dans les favoris des blogueurs du coin. ont ils vraiment eu une multitude de fans inconditionnels? Pour ma part, j'ai découvert plus tard, donc après leur potentiel squattage médiatique, d'où mes interrogations...

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  5. Dans les années 90, il y a déjà toute la britpop (Blur, Elastica, rien que des fans de Pavement, d'ailleurs, si Gorillaz et les productions de Dan the Automator ne sont pas influencées par Pavement, rien ne l'est). Sans parler, évidemment, de groupes tels Sparklehorse ou Eels, qui doivent beaucoup à Stephen Malkmus, tout comme la scène low-fi, dans son ensemble.
    Dans les années 2000, il suffit d'écouter n'importe quel groupe "indie", pour entendre l'influence (Grizzly Bear, DM Stith, ce genre de choses).
    Je suis d'accord, Pavement a eu une importance énorme, même si inversement proportionnelle à sa popularité.

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  6. merci BBB; ce n'est pas une scène que j'écoute beaucoup, excepté la branche low-fi. j'ai bcp lu d'interview de Mr E ou mr Linkous sans voir apparaitre le nom de Pavement, mais effectivement vu leur musique ca parait cohérent.
    Donc Pavement a changé la vie de millier de gens, dont beaucoup ne connaissent pas Pavement, c'est ca?

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  7. Vous êtes taquin. Vendre quelques milliers d'exemplaires (quoique ce ne soit pas, non plus, le groupe le plus confidentiel du monde, quel fan de rock n'a jamais entendu parler de Pavement ?), cela n'a pas beaucoup avoir avec la postérité. Combien d'album le Velvet avait-il vendu, dix ans après son split ?

    :-)

    BBB.

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  8. Réponse : plus que de son vivant, c'est certain !

    ;-)

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  9. Et d'autres qui connaissent Pavement et ça n'a jamais changé leur vie ^^

    sinon blague à part (quoique), "Lou Reed… chacun dans leur période la plus accessible"... moi j'aurais choisi Sally can't dance ^^

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  10. Certes. Mais reconnaissez que, parmi tous les gens qui ont découvert Pavement, "à l'époque de Pavement", rares sont ceux qui ne sont pas tombés en amour, avec ce groupe.
    Oh et puis, zut, c'est quoi la question déjà ? Essayer d'expliquer que Pavement (dont CROOKED et WOWEE sont souvent cités parmi les meilleurs albums des 90s, sinon de tous les temps), en réalité, n'a pas été si marquant, ni si connu ? Certes, il n'était pas Radiohead (Radiohead n'était lui-même pas Radiohead, en 1995). Mais on encense aujourd'hui partout, sur le Net, en les considérant comme "arrivés", sinon "grand public", des artistes bien moins connus que l'était Pavement, en 1995. Si l'on se réfère à ce qu'Internet produit comme articles aux sujets, on pourrait presque les croires "importants", mais ce n'est que du brouillage de piste, de l'écho n'ayant, en fait, pas beaucoup à voir avec une popularité réelle.
    Si l'on prend, comme exemple, les dix premiers du classement mensuel de Thomas, hormis Arctic Monkeys, aucun n'est plus connu que Pavement ne l'était en son temps. Pas des stars, certes. Mais il y avait peu d'amateurs de rock, alors, à n'avoir jamais entendu parler d'eux.

    BBB.

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  11. On peut aussi tout bêtement arguer que si moi, en 1994 dans ma cambrousse, j'ai réussi à entendre parler de Pavement... c'est que c'était pas non plus un truc hyper underground ^^

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  12. Non non, je ne suis pas taquin, c'est juste que j'ai découvert Pavement sur le tard (et que comme le Doc d'ailleurs, j'ai aimé mais ca ne m'a pas bouleversifié), et je voulais en savoir plus sur l'aura du groupe à l'époque. C'est vrai que j'ai vu quelquefois le Wowee cité en favori parmi des bloggueurs, mais pas tant que ca, ou du moins pas tant que pourrait le laisser supposer la dernière phrase de Thom. Mais bon, je ne lis pas non plus tout ce qui s'écrit sur la blogosphère....

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  13. C'est marrant qu'elle te fasse cet effet cette phrase... j'aurais écrit des millions, encore... mais des milliers, ça commence à 2000, même toi tu sais que Pavement a vendu beaucoup plus d'albums que ça :-)

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  14. Jamais trop compris l'estime critique unanime autour de Pavement, une fois qu'on est sorti de l'adolescence.

    Mon frère était (est toujours ?) fan. J'en ai donc pas mal bouffé.

    Une chose est sure : I need to sleep ...

    Jack Bauer m'a tuer !

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  15. Oh l'autre. Je sais pas, moi, pourquoi être unanime autour des Pixies une fois sorti de l'adolescence ? ^^

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  16. Allons, pour un vieux machin comme moi, les propos de Thierry sont presque flatteurs !

    ;-)

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  17. C'est marrant parce que je n'ai jamais considéré Pavement comme un truc ado...

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  18. Oui, je suis plutot d'accord avec Lil'. Je trouve leur musique un peu trop underground pour plaire à la majorité des ados.Mais c'est peu etre parce qu'ado, je n'écoutais pas encore de musique...

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  19. Quand je parle de musique "ado", ce n'est bien entendu pas dans le sens de la musique "ado" d'aujourd'hui, mais c'est en raison de leur côté un peu foutraque, ..., qui me renvoie directement à la "folie" de l'adolescence.
    Enfin, bref, ça ne m'a jamais parlé.

    Pixies, par contre, je trouve ça un peu plus adulte. Quoique ...

    Je dois néanmoins avouer que ça fait bien 5 ou 6 ans que je n'ai rien écouté d'eux, à l'exception de Doolittle.

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  20. J'aurais dû utiliser le terme d' "étudiants" plutôt que celui d' "ados".

    Pour moi, les premiers albums de REM, pourtant très "marqués" college radios, sont adultes (même si ceux des années 2000 sont pour le cinquième âge, ou presque) au contraire de Pavement que j'associe aux beuveries, ..., et qui ne sont plus vraiment écoutables, en dehors de ce contexte.
    Ou alors c'est moi qui vieillit de manière bizarre ;-)

    A propos d'adultes bizarres, je viens de voir un Sheldon en grande forme dans l'épisode 307 !

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  21. Rien à voir, mais je t'ai tagué:

    http://fattorius.over-blog.com/article-tag-de-l-impossible-39328100.html

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  22. Thierry >>> étudiant, ça me convient déjà mieux...

    Daniel >>> j'en connais un qui n'a pas retenu la leçon du Fuck ya! Motherfucka! :-D

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  23. Ouaip, étudiant c'est tout à fait ca! comme les Pixies en fait! (mais ca c'est parce que j'étais à fond dans les Pixies lors de mon double échec à la fac St Charles...)

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  24. Pavement, c'est de la musique jouée par d'éternels ados pour des adultes étudiants... c'est ça non ?
    En fait, je n'ai jamais été vraiment touché par Pavement même en les écoutant en leur temps (à part Cut Your Hair, mais j'avais les cheveux longs) mais avais quand même pris une belle claque en les voyant sur scène, dans un tel bazarre foutraque et complètement jouissif (ce qui n'est pas sans rappeler le dernier Post de Xavier...)

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  25. Xavier >>> on saura tout :-)

    Yo >>> Je ne sais pas parce que là pour l'instant, on n'a pas assez de témoignages... moi mis à part, je ne connais que trois vrais gros fans de Pavement. Lil' ici présente, qui est un peu plus jeune que moi... et KMS et BBB., qui sont beaucoup plus vieux :-)

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