lundi 30 novembre 2009

Philip Roth - Last Exit to Newark

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Réédition de cette chronique de décembre 2007, à l'occasion de la sortie française de cet excellent roman de Philip Roth (pléonasme)



Zuckerman. Encore, toujours. Peut-être pour la dernière fois.

Trente-trois ans après sa première apparition dans My Life as a Man, Nathan est devenu un personnage à part. Est-il même encore un personnage ? On a tout su de sa vie, on l’a suivi partout. On a même fini par le lire – puisqu’il est sensé être l’auteur de la Trilogie Américaine. Zuckerman le double de Roth, ou plus précisément son extension. Zuckerman qui d’abord décalqué sur l’auteur a fini par s’épanouir, vivre une existence propre et connaître une carrière n’appartenant qu’à lui-même.


Zuckerman, le monument. En 2007, son retour après sept années d’absence fait plaisir à une cohorte de lecteurs fidèles à cette œuvre dans l'œuvre. Mais il faudra sans doute attendre la mort de son créateur pour qu'on parle de lui comme il le mérite – à savoir comme du plus grand personnage dont ait accouché la littérature d’après 1968.

Zuckerman que l’on retrouve et que l’on reperd déjà, puisque tout est dit dès le départ : Exit Ghost. Ca peut se comprendre d’au moins trois manières différentes. Mais ça sonne quand même un peu comme un ordre. Exit, Ghost. Casse-toi. Avec bien sûr en écho The Ghost Writer , titre du premier livre entièrement consacré au Zuck (1). Le cycle touche à sa fin donc. Logique, somme toute : depuis la fin des années 80 et la publication de son autobiographie Philip Roth avait trouvé d’autres manières de se mettre en scène, d’autres jouets et d’autres pantins. Ses doubles semblaient ne plus l’intéresser - Kepesh jeté aux oubliettes pendant deux décennies avant d’être achevé dans The Dying Animal et Zuckerman réduit au rang de faire-valoir dans American Pastoral et ses suites…

…certains diront sans doute que je ne parle pas tellement du livre ; en fait je ne fais que ça. Peu importe, dans le fond, ce qui arrive réellement à Zuckerman dans cette nouvelle aventure. Bien sûr il retourne à New York pour la première fois depuis onze ans, retrouve de vieilles connaissances en même temps que quelques repères qu’il aurait bien voulu perdre… se noie dans ses souvenirs. Classique tout cela, trop classique. Prévisible et à la limite de la caricature par instant, quand Nathan se lance dans une espèce d’ultime jeu de drague avec une certaine Jamie entraperçue cent fois dans cent autres romans du même auteur.

Non vraiment, tout ça on s’en fout. La beauté de ce livre, son sublime même réside dans tout ce qui n’est pas dit, dans toutes ses suggestions. Dans le fait que Zuckerman, d’une certaine manière, est autant un créateur que son créateur. Qu’il n’a pas peur non plus des masques, des faux-semblants et des brouillages entre réalité et fiction. Il n’est plus un double, mais un kaléidoscope rothien qui finit par se poser une question au demeurant assez simple : qui est-il ? Et si c’était lui, Philip Roth – et non Roth, Zuckerman ? Ou bien ni l’un ni l’autre ? Ou celui-ci et d’autres encore ?... Zuckerman comme Roth a joué le jeu du Je ; il a fini par s’y perdre. Après tout, dans My Life as a Man, n’était-il pas un auteur écrivant une autofiction sous pseudonyme ? Dans Zuckerman Unbound, n’était-il pas le double d’un Philip Roth souffrant des excès d’un autre de ses doubles ?...

Vertigineux, Exit Ghost l’est assurément. Et riche, et drôle. Et poignant. Son seul défaut est que quelqu’un ne connaissant pas bien Zuckerman n’y pigera goutte. Sa plus grande qualité est d’être la clé de voûte de l’une des plus grandes œuvres de ce siècle. A tel point qu'en le refermant, larme à l’œil et sourire aux lèvres (2), je n’avais qu’une seule question à poser à Philip Roth : Et maintenant mon Philou, on fait quoi ? EDIT : on fait ça.


Exit Ghost [Exit le fantôme], de Philip Roth (2007)





(1) Si la première apparition de Zuckerman remonte bien à My Life as a Man il n’en est pas le héros – rôle dévolu à un double non de Roth mais de… Zuckerman : Peter Tarnopol ; c’est seulement cinq ans plus tard, dans The Ghost Writer, qu’on apprendra réellement à connaître notre ami Nate.



(2) Ne comptez pas sur moi pour vous dire si, comme l’ont écrit certains journalistes anglo-saxons avant même de lire le livre, Zuckerman meurt à la fin…non mais !
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12 commentaires:

  1. Un accomplissement, magistral !

    [le livre, pas la chronique]

    BBB.

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  2. Même pas un peu (la chronique) ? ^^

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  3. Très beau roman, en effet. Comme toujours, avec cet auteur.

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  4. Personnellement, celui-ci m'a un peu ennuyé.
    Je trouve que Philip Roth commence à radoter sévère...

    Bonne journée.

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  5. J'ai plutôt eu le sentiment avec le dernier (Indignation) plutôt qu'avec celui-ci...

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  6. je l'ai débuté hier, on verra si ma méconnaissance de l'univers Rothien me portera préjudice sur un livre qui me porte déja

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  7. Je seras curieux d'avoir l'avis de quelqu'un qui soit moins rompu à l'univers rothien (et plus spécialement au cycle de Zuckerman). L'expertise n'est pas toujours un avantage...

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  8. je viens de le finir en trois jours, une chronique mise sur mon blog et j'ai été bluffé. Je serai curieux d'avoir ton avis sur ma notule

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  9. Je viens de le lire, et j'ai beaucoup aimé bien que novice (sauf un roman) en matière d'univers Zuckerman. Je ne pense pas que ça soit si rédibitoire pour apprécier le roman, même si peut-être que je ne sais pas ce que j'ai perdu!

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