samedi 28 novembre 2009

Nick Cave & The Bad Seeds - Eaux troubles

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"I am a crooked man And I've walked a crooked mile Night, the shameless widow Doffed her weeds, in a pileé"

Paru seulement trois mois après un disque de reprises les réconciliant avec leurs racines folk et blues, le troisième album de Nick Cave & The Bad Seeds peut légitimement être vu comme le jumeau maléfique du susmentionné Kicking Against the Pricks. Collision entre no-wave et blues ancestral ('Long Time Man', complainte arrachée à l'Amérique profonde... et à son auteur, Tim Rose, que Cave et Harvey oublièrent malencontreusement de créditer !), reconstitution mélodique après des années à déconstruire la pop (on le sait peu, mais avant même l'époque Birthday Party Nick Cave et Mick Harvey s'étaient illustré au sein des parfois très pop Boys Next Door)... Your Funeral... My Trial semble n'être qu'une escale dans le fascinant parcours de l'australien, parcours dont on peut considérer qu'il s'achèvera dans la sanglante sauvagerie du Live Seeds de 1993.

Une escale, donc... mais quelle escale ! Tout en épurant considérablement (sans pour autant lisser) sa musique, le groupe entre dans sa période la plus sombre, la plus rugueuse et la plus habitée. Lâchées par un de leurs maîtres à penser (Barry Adamson, qui joue encore néanmoins sur trois titres), ravagées par la dope (les photos de Cave en 1986 pourraient illustrer une campagne de prévention contre les dommages de l'héroïne), les Bad Seeds semblent plongées dans une torpeur dépressive effrayante, sublimée sur un titre éponyme parmi les plus poignants qu'elles enregistrèrent jamais (et par ailleurs le premier d'une longue liste de monuments caviens composés au piano). Sur Your Funeral… My Trial, la rage se fait plus heavy que franchement violente ('Hard on for Love', 'The Carny'), l'atmosphère est plus désolée que jamais, l'urgence est partout - à commencer par les galopantes 'She Fell Away' et 'Stranger than Kindness' (du Leonard Cohen punk ou quasi).

Si elle ne propose pas grand-chose de nouveau hormis un lifting sonique impressionant et le traditionnel DVD inutile , cette première réédition du premier chef-d'oeuvre des Bad Seeds a cependant pour elle de réparer une des ces invraissemblables conneries comme seuls les débuts du CD en étaient capables : enfin, les titres des morceaux, joyeusement mélangés jusqu'alors, sont replacés dans l'ordre de la superbe édition vinyle. Une plus-value d'autant plus indiscutable que la publication originale était articulée pour former un double 45 tours, architecture chiadée totalement absente des éditions CD des vingt dernières années. Certes, on peut toujours en profiter pour noter qu'il est quand même hallucinant d'avoir dû attendre deux décennies pour entendre une version remasterisée digne de ce nom d'un des albums les plus importants des eighties. Mais bon, si on commence à penser en ces termes... on arrête d'écouter les rééditions...


Your Funeral... My Trial, de Nick Cave & The Bad Seeds (1986)


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