dimanche 25 octobre 2009

Skins - High Density

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Voilà donc la bête. Le monstre générationnel. Le fétiche des djeun's des années 2000. Skins, la série à laquelle tout ado se doit de vouer un culte s'il veut être branché, le feuilleton sex, drugs & rock'n'roll que la perfide Albion nous a expédié tel un Scud dans le but secret de pervertir notre jeunesse...

Quel bonheur ! Je ne suis plus vraiment jeune aujourd'hui (plus assez en tout cas pour être dans le cœur de cible du programme), mais que j'aurais aimé être perverti par une série comme celle-là. Que j'aurais aimé qu'on ait Skins à mon époque... certes, mes parents ne m'auraient certainement pas autorisé à regarder un truc avec autant de gros mots, d'allusions sexuelles et de drogues. Si le succès de Skins nous apprend réellement quelque chose c'est moins à propos des ados d'aujourd'hui qu'à propos de leurs parents (des gens certes beaucoup moins impressionnables puisqu'ayant grandi dans les 70's voire les 80's). Peu importe : il y a dans cette série une morgue, une énergie et une audace qui feraient dire que c'est peut-être le meilleur teen-drama de tous les temps... si ce n'était plus prosaïquement sa dernière incarnation avant la prochaine. Car l'exercice est quasiment ancestral. Les teen-dramas existent depuis des décennies, chaque génération apportant son lot d'évolutions dans le concept - pour ne pas dire que chaque génération libère le concept. Avec son groupe d'ados un peu paumés, un peu branleurs, légèrement fêlés sur les bords et obsédés par le sexe et la teuf... Skins ne constitue en rien un anti-Dawson's Creek (auquel il est d'ailleurs fait allusion dans le pilote), mais bien sa suite logique. Dawson, on l'oublie un peu vite, avait déjà en son temps fait sauter certains verroux, notamment dans le rapport de ses personnages à la sexualité. Il n'est donc en rien surprenant de retrouver une génération et dix ans plus tard une série dans laquelle tous ces complexes ont été oubliés (précisons d'ailleurs que s'ils ne rivalisent pas avec ce trash très anglais les teen-dramas à la mode aux USA - Gossip Girl ou le neo-Beverly Hills - sont également nettement plus sexe que leurs aînés).

S'il y a réellement une différence entre Skins et la plupart des séries pour ados qu'on a pu connaître, elle se situe donc bien plus du côté de la classe sociale abordée, de la nationalité, peut-être même du décor. Quand les teen-dramas s'intéressent depuis la nuit des temps aux classes moyennes voire huppées, l'action de Skins trouve sa place au cœur de Bristol, ville sinistrée s'il en est, et quiconque y a déjà mis les pieds vous confirmera que la vision qui en est offerte ici est à la limite de l'idyllique par rapport à la réalité. L'idée est moins d'étudier des comportements ados pour la plupart éternels que de les replacer dans un contexte réaliste à mille lieux de ce qui se tourne en général, obtenant ainsi un effet de contraste saisissant : même pas besoin de forcer le trait pour deviner que la dizaine de héros de la série est bien moins insouciante qu'elle y paraît, se pose beaucoup de questions sur sa place dans la société, et plus qu'on ne croit sur son avenir. Le génie de Skins, c'est de réussir à suggérer tout cela sans jamais l'asséner lourdement, de faire preuve d'une finesse dans les caractères (et la mise-en-scène, et les dialogues) comme en on voit rarement dans ce type programme - il faut bien le reconnaître - plus souvent racoleur et mercantile qu'inspiré par de nobles motivations artistiques et sociologiques. En d'autres termes : le génie de Skins, c'est d'être une série prodigieusement intelligente qui n'a jamais l'air de l'être, de jouer sur les non-dits et les interactions entre personnages avec une espèce de nonchalance très anglaise qui doit beaucoup à la simplicité de jeu des comédiens, au soin apporté à l'image, à la rugosité de scénarios souvent assez simples et constitués d'errances en apparence décousues et de séquences confinant au poétique (ah ! la course éperdue de Tone au début de la saison 2...).

La critique britannique, particulièrement sévère avec la première saison, ne s'y est d'ailleurs pas trompée - d'aucuns ayant fustigé une série donnant une image pitoyable des adolescents. C'est bien entendu prendre les choses pour le petit bout de la lorgnette (litote). En allant chercher des ados comme il y en a des milliers, pourvus de personnalités assez stéréotypées dans des vies volontairement caricaturées, les créateurs de Skins sont parvenus à projeter mieux que quiconque avant eux ce mélange de rébellion et de conformisme qui constitue la souche-même de l'adolescence. Je disais plus haut que si une telle série était passée au début des années quatre-vingt-dix, mes parents ne m'auraient jamais autorisé à la regarder. Cela n'aurait pas été uniquement à cause du sexe et de la dope ; ç'aurait aussi été pour des raisons moins évidentes, qu'eux-mêmes peut-être n'auraient pas su formuler : les personnages de Skins ne sont pas des ados modèles. S'ils constituent autant que leurs aînés des images d'Epinal, ce sont celles que leurs semblables se font d'eux plutôt que celles que leurs parents aimeraient voir projeter à l'écran. La différence fondamentale entre les héros de Skins et ceux de quasiment tous les teen-dramas est celle-ci : ils ne sont pas acceptables par les parents du spectateur. Ils ne sont pas convenables, pas conformes à l'idée qu'on voudrait se faire de nos enfants. Laisser son fils ou sa fille regarder Skins, soit ! On n'est pas des dictateurs tout de même. Mais les laisser faire pareil... les laisser leur ressembler...

De là en faire la série la plus rock'n'roll de ces dernières années ... il y a un pas que je franchis allègrement, d'autant que de Low en Sparklehorse, de Gravenhurst en Massive et de Ramones en Johnny Cash... le soundtrack est tout bonnement exceptionnel.


Skins (saison 1 & 2), créée par Jamie Brittain & Bryan Elsley (E4, 2007-08)

26 commentaires:

  1. Formidable série, effectivement !
    Rien à rajouter, si ce n'est que moi aussi, je suis trop vieux pour qu'elle m'ait perverti ...

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  2. Tout comme vous deux. Skins est sans doute l'une des séries les plus originales et réussies des dernieres années, dommage qu'à cause d'une com trop axée "ados" beaucoup d'adultes passent à côté.

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  3. Ah ! Je ne suis pas le seul, alors !

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  4. J'adore cette série (je ne suis pourtant plus une ado) et je trouve que cet article lui rend vraiment bien hommage. Merci et bravo !

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  5. C'est pas My so-called life le meilleur teen-drama de tous les temps de toute façon ?

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  6. Cette série est vraiment unique en son genre. Ce n'est pas la moindre des qualités de ton article que de la relier à ses paires de manière intelligente alors que franchement, c'était pas gagné.

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  7. J'ai entrevu un ou deux épisodes, sur la TNT, mais la VF est tellement pourrie, je n'ai pas été au bout.

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  8. Skins a fait couler beaucoup d'encre mais, sans vouloir me montrer flatteur, je n'ai pas le souvenir d'avoir lu beaucoup d'articles aussi pertinents que celui-ci. Toute l'analyse sur les "teen-drama" est passionnante (et, à mon avis, assez juste), c'est aussi agréable à lire que Skins, à regarder.

    Bon dimanche.

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  9. Marion & EL-JAM >>> merci.

    Lil' >>> en la matière la dernière incarnation est toujours la meilleure, je crois. Parce que l'ado, par définition, a besoin d'avoir son truc à lui, qui n'appartient pas à la génération précédente. Mais objectivement My So-Called est - évidemment - une excellente série.

    Laiezza >>> entrevu aussi en VF, et même sentiment. Je ne sais pas pourquoi les séries anglaises sont aussi mal doublées... encore pire que les séries US...

    Bloom >>> c'est que vois-tu, moi je trouve que le teen-drama est un sujet d'analyse vraiment riche et passionnant. C'est souvent un excellent baromètre de l'époque. Après Skins a incontestablement une valeur ajoutée, car les vieux peuvent s'éclater à le suivre - ce qui est loin d'être le cas de toutes les séries du genre.

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  10. Quel salopard !
    Vous avez presque failli me convaincre, de regarder une série pour ados.
    Bien joué !

    BBB.

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  11. Vous savez BBB, sans être fan, je dois dire qu'il y a dans Skins des parti-pris esthétiques qui pourraient vous plaire ;)

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  12. Je n'en doute pas, Miss Lil, mais vu que j'ai déjà 20 ANS de retard sur les séries pour adultes...

    BBB.

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  13. Vu le nombre de séries que vous avez notées dans l'Odyssée du même nom j'ai quand même l'impression que vous avez pas mal refait votre retard...

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  14. "Que j'aurais aimé qu'on ait Skins à mon époque... " Ah? moi qui croyais que c'était maintenant ton époque... ;-)

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  15. J'étais très loin d'être emballée par l'idée quand elle a commencée à être diffusée sur C+, et puis ma chère moitié ayant totalement accroché, je me suis "penchée" sur la question Skins. Et franchement: c'est très bien fait. et malgré mon grand âge, j'ai adoré!

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  16. roh, m'énèrve ce profil google...

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  17. Très bonne série en effet. Et je rejoins Laiezza sur la vf.

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  18. Alf >>> ah ah ah.

    ;-)

    Mémé >>> si même le troisième âge s'y colle !

    Ambalx >>> mais n'importe qui serait d'accord...

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  19. Bel hommage pour cette serie vraiment remarquable.
    C'est en voyant son impact sur ma soeur (pile dans la cible) que j'ai essaye de voir a quoi ca ressemblait, et j'ai ete ebloui.
    Je suis particulierement friand du style de narration axe autour d'un personnage par episode, le tout sur deux saisons afin de developper chaque personnage convenablement.

    Hate de voir la quatrieme saison pour suivre l'evolution de mes personnages preferes de la nouvelle generation (un des gros points a mon avis pour cette serie est que la variete de personnages, de sensibilites et de caracteres permet de s'identifier a une combinaison de plusieurs d'entre eux, a moins que ce ne soit une envie secrete d'avoir pu leur ressembler dans un sens).

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  20. En fait je n'ai pas adoré la saison 3... mais j'aurais l'occasion d'en reparlé dans un prochain article.

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  21. yep, passé les doutes après 1 épisode, c'est un peu la grosse baffe cette série

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  22. et toute la fin de la saison 2 (la saison 2 n'est qu'une interminable fin douloureuse) est tellement énorme que j'ai presque envie qu'il n'y ait rien après.

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  23. Ben c'est un peu le cas, Arbobo, puisque la saison 3 met en scène une autre team de personnages :)

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  24. Le gros probleme de la saison 3 est a mon avis l'inegalite dans les qualites des personnages. Autant dans les deux premieres saisons, tous les personnages etaient interessants, profonds et recherches, autant on perd de l'ampleur dans la troisieme saison pour ceder a des facilites narratives et a de la surrenchere...

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  25. Assez d'accord, oui. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai séparé les chroniques des 1/2 et de la 3... pour moi ce n'est vraiment plus la même série.

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