lundi 12 octobre 2009

Phantom feat. Lio - L'Ancienne star se paie notre tronche

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Mais quelle farceuse cette Lio ! Ou quelle schizo, faut voir. Peu importe : il y a quelque chose d'éminemment amusant à la voir publier un nouvel album on ne peut plus indé et underground au moment même où elle est enfin redevenue une superstar... grâce à une émission, faut-il le préciser ? Tout sauf indé et underground. La démarche est d'autant plus respectable que si elle a toujours valu beaucoup mieux que son image de Cindy Lauper brune et belge, la dame n'en a pas moins connu un succès monstrueux autrefois - succès avec lequel elle ne semble pas spécialement avoir envie de renouer aujourd'hui qu'il est à nouveau à sa portée. C'est que le monde de la musique a considérablement changé depuis 1980 ; sortir un album de pop vénéneuse avec Jay Alanski 1 en 2009 serait synonyme de ventes faméliques. On serait tenté de dire que si Lio se retrouve dans l'underground aujourd'hui, c'est surtout parce que le business a définitivement absorbé l'artistique - preuve en est qu'il considère désormais comme commercialement segmentant (sic et beurk) un disque aussi pop et accessible et efficace que celui-ci.

Bien sûr il y a toujours eu chez Lio cette ambigüité qui confine aujourd'hui à la schizophrénie pure et simple. Le personnage, adulé ou détesté, a toujours été assez difficile à saisir. Pour les gens de ma génération, difficile de faire le lien entre la fille qui braillait dans les émissions les plus débiles du siècle (je me souviens très bien notamment de l'avoir vue dans les Z'amours... mon Dieu...) et l'artiste sensible qui auto-produisait en 2006 le touchant Dites au Prince Charmant. Mais c'était sans doute pareil pour ceux de la génération d'avant, qui la voyait sur les plateaux de variétés, et c'est sans doute encore pire pour celle d'après - qui assistera donc médusée à une espèce de fight fantasmagorique entre le label Nouvelle Star et la collaboration avec Phantom sur l'excellent label Freaksville. Quoique. Ce sera peut-être plus facile, puisque ladite génération subit déjà depuis deux ans la très hypocrite campagne de réhabilitation visant à essayer de faire gober à des gens naïf que Lio serait un genre de Nico des années 80, une icône - que dis-je ? Une égérie ! Bon. Aucun lecteur du Golb ne pouvant se laisser avoir, passons sur ce point et reconnaissons (je suis de bonne humeur donc de bonne foi ce matin) que les albums de Lio étaient à l'évidence très au-dessus de la mêlasse variétoche des eigthies (ce qui n'était pas non plus bien difficile). Il est possible que je sois d'ailleurs en train de faire pire, puisque je laisse entendre qu'il y aurait quelque chose de mystérieux voire de fascinant dans un personnage que la plupart d'entre vous vomissent sans doute.


Reste qu'une fois encore ceux qui connaissent un peu auront du mal à faire le lien entre les différentes facettes de l'interprête. Le côté pied-de-nez de cet album constitue à la fois son charme et sa faiblesse : "Lio n'est pas celle que vous croyez !" scande l'accroche promo ? Mais qui est Lio, au fait ? En fait à moins d'être vraiment inconditionnel (c'est loin d'être mon cas, ce qui une fois n'est pas coûtume me fait un point commun avec la majorité de l'humanité) on oublie assez facilement qui chante. Peut-être d'ailleurs est-ce l'idéal pour appréhender Phantom feat. Lio, opus assez réussi dans le genre cousin du dernier album de Jacques Duvall - en moins sordide et plus sexy. Percutant d'entrée avec un post-punk plein de morgue 2, le disque étonne par la force de frappe qui illumine sa première moitié. "Ta Cervelle est en grève mais ta grande gueule fait des heures sup'" fait du pied aux Ramones d'End of the Century sans jamais paraître affecté (une rareté en France...), "La Veille de ma naissance" est une pop-song parfaite dont l'intro évoque Jad Wio dans sa face la plus catchy, "Je ne suis pas encore prête" aurait pu être un excellent single des non-moins excellents AS Dragon. Voilà pour le meilleur, et quand on dit "meilleur" on veut bien dire "vraiment très bon".

Malheureusement l'album s'enlise un peu par la suite. Deux titres carrément lourds ("Tout le monde m'aime" et "Noir violette"), un autre ("Mon Nouveau Jules") où Lio renoue avec le côté pop faussement innocente (et vraiment décalée) de ses heures de gloires médiatiques... bof. On préfèrera cent fois la retrouver dans un duo exceptionnel avec Jacques Duvall, "La Fidélité", petite merveille sensuelle et hypnotique au texte délicieusement décadent. A partir de là le niveau remonte nettement (sans toutefois atteindre l'excellence de quatre premiers titres). Arrivé au "Long de la voie ferré" on se dit qu'on est finalement plus surpris par l'atmosphère générale, mélancolique et souvent touchante, que par la qualité. L'album du come-back est en effet une figure imposée (come-back médiatique s'entend - Lio n'a jamais cessé de publier des disques) avec laquelle celui-ci fraie assez peu, esquivant la sempiternelle auto-dérision (contrairement à tous ces has-been jouant la carte du second degré pour essayer de racoler l'auditeur contemporain féru de ce quasi paradigme... mais il est vrai que Lio est sans doute trop cash pour ce genre de calcul) et s'avérant a priori beaucoup plus personnel que ce que le côté collectif de l'affaire pouvait laisser supposer. Du cousu-main ? C'est l'impression qu'il donne, mais Lio est tellement déroutante et énigmatique qu'on n'osera pas trop s'avancer. Du bon, ça, c'est sûr. Et c'est déjà bien assez.


Phantom feat. Lio, de Phantom feat. Lio (2009)




(1) Qui avait composé le premier album (éponyme) de Lio, énorme succès grâce à "Banana Split"... le même Alanski dont les deux derniers (très beaux) albums, Les Yeux crevés et Derrière la porte, n'ont récolté qu'indifférence et mépris... il suffit de voir que cet artiste de premier ordre n'a droit qu'à trois lignes sur wikipedia pour constater à quel point tout le monde s'en tape...
(2) Typiquement le genre de chanson qu'on ne trouvera jamais sur les albums que Lio publiait à l'époque du post-punk, soit dit en passant...
(3) Ceux qui n'ont jamais entendu les meilleurs albums de Lio (Des fleurs pour un caméléon et - donc - Dites au Prince Charmant) seront vraiment très étonnés par une telle qualité.
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18 commentaires:

  1. Vu le cocktail proposé par le taulier aujourd'hui, pas certain qu'on fasse sauter la centaine de comm' :-P
    Sinon t'es à la bourre pour le 1er Avril :-D

    Après écoute de l'extrait, effectivement, heureusement je dirais même, on reconnait pas de prime abord la voix de Lio, perso, c'est un bon point. Après, c'est sympathique, mais ça va pas plus loin, mais c'est déjà pas mal, c'est certain, toujours plus recommandable que le truc infâme qu'elle avait enregistré avec l'ancien de TTC.
    Et pour finir sur une bonne note, vu le fric qu'elle a gagné avec son minable télé-crochet, elle peut bien s'offrir une récréation... ça pourrait être pire, elle pourrait écrire pour Rock N Folk :-P

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  2. Moi j'aime bien cet album. Pas indispensable mais réussi et bien foutu.

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  4. Je précise: beau-père. Qui par contre est le papa d'Helena. Et je confirme, c'est le besoin d'argent qui l'a menée à la tv.
    J'écoute le cd ce soir et je dis quoi demain (si ça en vaut la peine).

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  5. Bon, hein, Lio, bon... Le morceau est tout à fait écoutable, m'enfin je ne ferai pas l'effort d'écouter le disque en entier. Mais c'est sûr que ce n'est pas la cruche que ses vieux tubes crétins peuvent laisser imaginer. Et je me souviens d'une interview de Lawrence (de Felt), dans laquelle il disait être amoureux de Lio (c'était pour en rajouter sur la caution "indé / underground" ;-))

    Et Jay Alansky, tout le monde s'en fout pas...

    En fait, on est deux à ne pas s'en foutre (je me sens moins seul^^).
    C'est très beau, "Les yeux crevés", je ne savais pas qu'il avait sorti un autre album sous son nom. Il avait aussi publié (en 97 je crois), sous le nom de A Reminiscent Drive, "Mercy street" un des plus beaux albums de musique électronique (et inclassable...) jamais pondus en France. J'insiste.

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  6. En fait ma formulation était ambigüe : Derrière la porte est l'album qu'il a tressé pour Jill Caplan (qui est effectivement leur dernière publication en date à l'un comme à l'autre). Un come-back qui a sacrément fait flop, sauf erreur de ma part...

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  7. Jill Caplan, Jacques Duvall, la ligne claire et le pseudo français dans toutes leurs splendeurs

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  8. J'ai écouté par curiosité, et je dois dire que cet album est, en effet, très plaisant. Moins les ballades un peu emmerdantes, mais les titres "rock" sont vraiment sympas.

    BBB.

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  9. Diane >>> tu crois (tu sais ?) que Jacques Duvall est un pseudo ?

    BBB. >>> enfin un avis un peu objectif ;-)

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  10. Jacques Duvall est un pseudo (je le savais - et donc diane aussi -, mais ce n'est pas un secret: il suffit d'aller voir sur sa page wikipedia).
    Sinon, comme BBB, album plaisant, quelques bons morceaux rock, quelques plages rappelant un peu la Lio de Banana Split, une écoute mais pas plus je pense, dans mon cas.

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  11. plutôt que Nico, j'aurais cité Marie France puisque il s'agit de la collaboration précédente de Phantom (tu l'avais chroniquée il me semble).
    tu cites son retour en télé mais là aussi le marché semble devenu "segmentant" comme tu dis - reste donc à se refaire une santé côté "underground" et à prendre l'oseille dans l'étrange lucarne

    PS : Duvall? oui tt le monde sait qu'il s'agissait au départ de Jacques Duvel (...trop alcoolisé comme nom de scène - ce qui ne l'empêche pas de pratiquer le 12e degré ;)

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  12. Heu non Duval comme dans Casablanca si mes souvenirs sont bon (on a aussi une chanteuse qui s'appelle Viktor Lazlo)

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  13. Miss >>> j'ai pas dit que c'était un secret... juste que je ne le savais pas (et ne m'était pour être franc jamais posé la question ^^).

    Alf >>> non, je n'ai pas chroniqué l'album avec Marie-France... je ne l'ai même jamais entendu !

    Diane >>> tu as l'air incollable sur ce sujet ! Dis-moi, tu sais aussi qui se cache derrière les masques de Phantom ?

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  14. pas encore mais en faisant jouer certains contacts ce devrait être possible

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  15. Il pourrait bien s'agir de Benjamin Schoos (de Miam Monster Miam) et Éric Verwilghen alias Jacques Duvall

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  16. Ah ah... je me demandais effectivement si l'un des deux n'était pas Duvall himself. Une photo entrevue sur google l'autre jour m'a troublé, quelque chose dans la silhouette, dans le peu qu'on voyait du visage...

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