mercredi 28 octobre 2009

Nirvana - La Vingtaine bien portée

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Tandis que les vieilles gloires du grunge reviennent à intervalles réguliers nous rappeler qu'elles n'ont plus rien à dire mais savent encore le dire très bien, Nirvana célèbre tranquillement son vingtième anniversaire... entendre par-là bien sûr que vingt ans, tout de même, c'est le genre de chiffre rond qui s'accorde bien avec les chèques à multiples zéros. Ce n'est pas faire insulte aux membres survivants et aux ayants droits que de le noter, à plus forte raison parce quoiqu'on pense de Courtney Love, on peut difficilement lui reprocher d'avoir surexploité la mémoire de son défunt époux. Si l'on compare la carrière posthume de Kurt Cobain à celles de la plupart des grandes icônes du rock, impossible de ne pas noter qu'il fait poids plume, un seul best of, deux pauvres lives (tous les deux très réussis), un coffret aux airs de Saint Graal pour le fan... on est loin de l'indécence élevée au rang d'art majeur par la mère de Jeff Buckley ou les Doors survivants, et si Courtney Love puera sans doute éternellement de la gueule aux yeux des esthètes autoproclamés force est de reconnaître qu'elle a plus souvent fait front contre l'exploitation absurde de l'image cobainienne qu'elle ne l'a favorisée (c'est d'autant plus louable que ce que peu de gens savent - ou ne veulent pas savoir - c'est que Cobain n'est pas mort riche mais criblé de dettes)*


La réédition de Bleach déboulant dans les bacs le mois prochain est en somme à l'image de tout le catalogue post-94 de Nirvana : soignée et honnête, ou disons le plus honnête possible si l'on considère qu'il n'y a plus aucun inédit de Cobain nulle part et que les fans ne peuvent de fait qu'avoir déjà tout. Déjà, c'est la première... ce qui est particulièrement rare pour un album vingtenaire.

Sans relever de l'anecdotique, le reste pourrait presque être considéré comme secondaire. Il se trouvera sans doute toujours un snob ou deux pour dire que Bleach est le meilleur album de Nirvana, ce n'était en tout cas nullement l'avis de ses auteurs - on les comprend à la première écoute. Nettement plus metal que les deux suivants (Cobain a raconté des milliers de fois comment il avait contenu son goût pour la pop afin d'être raccord avec les attentes du label), ce premier opus crédité à un quatuor dont le second guitariste (Jason Everman, requin de studio grunge qui finira par s'engager dans l'armée pour combattre en Irak) ne joue pas une note, a surtout une valeur historique (ou une valeur sentimentale pour les quelques uns l'ayant acheté à l'époque... et qui sont évidemment des millions aujourd'hui, à les en croire, à se demander pourquoi Nirvana n'est même pas entré dans le Top 100 en France...), en cela qu'il donne une image très fidèle de ce que l'on appelait encore à l'époque "le son de Seattle". Un mélange de heavy seventies (Tony Iommi a les oreilles qui sifflent chaque fois qu'il entend cet album), de punk, de hardcore et de jolie voix éraillée mixée bien en avant. Vingt ans après, ça se déguste toujours avec autant de plaisir, surtout qu'à tout prendre, Bleach a bien moins vieilli que les premiers Soundgarden (Ultramega OK) ou Mudhoney (éponyme). Il est vrai aussi que Cobain, même limité par un cahier des charges (du moins était-ce lui qui le disait) avait déjà en 1989 ce sens inné de la mélodie qui ferait de lui une star moins de deux ans plus tard. 'About a Girl' est évidemment là pour en attester, mais les méconnus 'Mr Moustache' (du Vaselines thrash) et 'Sifting' en sont également de très bons exemples.

La réédition est en sus assortie d'un live au Pine Theatre pas piqué des vers ; l'occasion de retrouver quelques vieilleries qui ne seront officiellement gravées sur album que bien plus tard ('Dive', 'Spank Thru', l'excellente 'Been a Son' ou la reprise de 'Molly's Lips') et une version redoutable de 'Sappy' qui, si elle ne vaut pas la sublime (et très difficile à dégotter) version acoustique, peut tout à fait être vue comme le trait d'union entre Bleach et Nevermind. Du travail honnête que cette réédition, donc... à l'image du premier album de Nirvana, finalement sans doute le plus proche dans l'esprit du kid fan d'indie bruyant que le Kurt tenta (en vain ?) de rester une fois la gloire venue.


Bleach, de Nirvana (1989)



(*) Le récent bordel entourant Guitar Hero 5 n'en est qu'un exemple supplémentaire, non pas tant motivé par l'avarice (Love, Novoselic et Grohl ont déjà signé et n'ont plus rien à gagner), mais bien par une volonté rarissime de préserver l'intégrité de leur ami défunt.