dimanche 6 septembre 2009

Nurse Jackie - C'est quand qu'on va où ?

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C'est sans doute conjoncturel : les Urgences définitivement closes, House sur le déclin (qualitativement parlant, du moins (1)) et Scrubs devenue synonyme d'énorme point d'interrogation, la relève en matière de "medical dramas" aura profité de cet été particulièrement pauvre en nouveautés (crise oblige) pour tenter de s'imposer comme une alternative dans un domaine aujourd'hui comme il y a vingt ans surchargé de productions diverses et variées. Mental, Hawthorne, Royal Pains... autant de titres charriant leur lot de blouses blanches et d'états d'âme face à une vie évidemment horrible et pathos, dont le moins qu'on puisse dire est que leurs pilotes, entre lieux communs et figures imposées, n'ont pas particulièrement donné envie d'aller voir plus loin.

Seule exception à cette (black) liste : Nurse Jackie, qui sur le papier a pour elle trois arguments quasiment imparables. Petit A : l'héroïne n'est autre que l'excellente Edie "Carmella Soprano" Falco, actrice aussi douée qu'attachante, particulièrement engagée et connue pour l'intelligence (qualitative... et souvent politique) de ses choix. Petit B : Evan Dusky, bien connu des fans de CSI pour avoir écrit quelques uns de ses meilleurs épisodes, en est le créateur. Petit C : c'est une série Showtime, petit (enfin de moins en moins) network qui ces dernières années, de Dead Like Me en Dexter, de Sleeper Cell en The Tudors en passant par Weeds, Californication ou The L-Word... s'est imposé comme le nouvel Eldorado pour les séries branchées, trash ou anticonformistes - voire tout ça à la fois.

C'est pourtant face à une série des plus traditionnelles que l'on se retrouve durant les premières minutes d'un programme semblant n'avoir été conçu que pour rappeler à quel point Edie Falco est une comédienne remarquable : Jackie est une infirmière ronchonne, accablée par son travail et des maux de dos qui la rongent et l'obligent à se défoncer à la longueur de journées... toute ressemblance avec un certain Gregory H. ne pouvant être fortuite tant le succès de ce dernier ferait saliver n'importe quel producteur digne de ce nom. Loin d'être un vulgaire ersatz, Nurse Jackie s'avère cependant bien plus tendre, son personnage titre étant somme toute assez loin de l'incurable misanthrope incarné par Hugh Laurie. Au contraire même : plus les épisodes avancent, oscillant en satire sociale douce-amère et pastiche légèrement décalé, plus Jackie apparaît comme une crème de femme, bonne mère, épouse aimante (quoiqu'un peu adultère mais bon, on ne se refait pas : c'est Paul Shulze l'amant - tout s'explique ! (2)), infirmière courage... etc. Le tout saupoudré de juste ce qu'il faut de grogne et de vannes cassantes pour en faire le personnage acceptable d'une série contemporaine (les personnages gentils et premiers degrés étant désormais, c'est établi depuis quelques années, proscrits de toute série aspirant à la reconduction en seconde saison).

Le terrain est donc relativement balisé... ce qui n'empêche pas la série de chercher un peu son style et beaucoup son ton, comme si les auteurs peinaient à décider s'ils voulaient faire Urgences ou House - la série réaliste et sociale ou la fiction décalée et burlesque. Vouloir mélanger les (sous) genres est intéressant, de même que chercher à glisser plusieurs sens de lectures n'est jamais une mauvaise idée. De fait, Nurse Jackie est assurément bien plus profonde que le premier Grey's Anatomy venu, mais elle perd souvent en intensité ce qu'elle gagne en nuances de gris (d'autant qu'il s'agit d'un format court et que tout ça fait sans doute un peu trop pour une fiction de vingt-cinq minutes hebdomadaires). A vouloir simultanément : mettre en scène des personnages et des situations fantaisistes ET montrer les dures réalités d'un métier basé sur le renoncement ET produire une de ces séries reposant sur un protagoniste haut-en-couleurs... les scénaristes donnent surtout l'impression de ne pas trop savoir où aller - et le spectateur de se demander pour sa part par quel bout il doit prendre tout ça. Il faut attendre l'avant dernier épisode pour avoir réellement l'impression que quelque chose se passe... un peu tard, donc. A ce stade on se dit juste, un peu mitigé, qu'on a retrouvé Jackie, Coop et les autres avec un certain plaisir chaque semaine... mais aussi qu'on serait bien incapable de définir clairement un tel ovni. L'été prochain, peut-être ? (3)


Nurse Jackie (saison 1), créée Linda Wallem, Evan Dunsky et Liz Brixius (Showtime, 2009)




(1) La série imaginée par David Shore est en effet toujours, et sans doute pour quelques années encore, la plus populaire du monde.

(2) Schulze a en effet eu deux relations platoniques (à l'écran) avec Edie Falco, la première dans Oz, et la seconde dans les Soprano, où il incarnait cet inénarrable pique-assiette de Père Intintola.

(3) Nurse Jackie ayant enregistré des scores exceptionnels dès les premiers épisodes, elle a été reconduite presqu'aussitôt.
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16 commentaires:

  1. C'est une bonne surprise de l'été, Showtime nous fait de très beaux pilots et enchaîne avec de bonnes saisons. D'ailleurs, à mes yeux, cette chaîne fait preuve d'une vraie créativité.
    Plus globalement, Nurse Jackie a un vrai rythme, un vrai travail sur ses personnages et sa réalisation comme sa narration est une vraie réussite?

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  2. Très bon article, qui reflète bien mon opinion. En fait, comme toi, Thomas, j'ai chaque fois retrouvé la série avec plaisir, mais je n'ai jamais vraiment compris quel était le but poursuivi. Je ne suis pas certain qu'en dehors de l'été, j'aurais vraiment accroché.

    Bonne fin de soirée.

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  3. Goodbauer >>> comme dit dans l'article je suis plus réservé. Les personnages, par exemple, ne m'ont pas vraiment convaincu (quand au bout de douze épisodes j'ai toujours un doute sur les noms c'est généralement mauvais signe). Cela dit il y a incontestablement plein de qualités dans cette série...

    Bloom >>> oui bah... voilà. Je me suis un peu ennuyé, je n'ai pas vraiment compris de quoi ça causait. Et en même j'ai suivi ça avec un grand plaisir.

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  4. Bon ben, je viens de compléter la saison ... Regarde ? Regarde pas ?

    Il y a des avis sacrément négatifs sur la toile ! Le tien est relativement gentil à côté, mais n'incite pas forcément au visionnage :-(

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  5. Ah bon ?... moi je n'ai quasiment lu que des super critiques, que j'avais du coup beaucoup de mal à comprendre...

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  6. Author: Slipper-style from Sweden


    I totally hated this show. Couldn't stand it. Just fast-forwarding two episodes. Poor actress, going from the worlds best TV show to the worlds worst. And i seen A lot of TV shows. They are really trying to ride the doctor wave. Its getting so boring, and everything seems so unrealistic.

    They are just throwing stuffs at us to make it look like an interesting show but its pathetic. Wont even last 1 season.

    It seemed like a good idea when i heard about it, and i can assure everybody that it probably looked awesome on paper, it had to do so they could lure in such a great actress, but it was very untasteful, after seeing two episodes i didn't just dislike it, I hated it. Watch Royal Pains or something else instead, I'm not used to hate TV-shows so this really feels wrong but it was awful. Please don't let them do two seasons

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    On the high wave of new shows coming out by Showtime recently, I was really looking forward to this. However it seems that they decided to go extremely base in this accurate portrayal of a nurse.

    First the show is centered around a character that is struggling to determine if she is saint-like or otherwise. At 46, probably 20 years or more in the field, she should have already come to terms with herself. Instead we are forced to watch her as she struggles with her life choices, which is the only thing that pushes the show forward. The pilot showed neither if we should care for her family or for the doctor she uses to get pain medication from. Either way, she is not respectable in that sense. She is supposedly redeemed because she cares about her patients. So is she a saint or has she just let life get away from her? Who cares. I for one don't, and I am not going to watch an entire season or more of her floundering around in the mess that she has created for herself while we are asked to feel sorry for her.

    Secondly all the supporting characters are bland. Even though this is the pilot and they haven't had time to flesh out these characters, we haven't really been shown that there is anything to flesh out. All of the characters are stereotypes. The overly-cocky confident doctor, the gay nurse friend, the new overly bubbly trainee, the detached female doctor, and the handsome-caring doctor she is using to get drugs. They have been done on every doctor show and there aren't many directions they can take to make them interesting, and judging from the pilot the writers wont bother to try.

    Finally, there is no real substance to this show. There is no mystery, suspense, comedy, action, witty dialog, or romance to weave a story from. We are only given deep wallowing drama. That is to say, drama for the sake of drama. Therefore the show is left with no compelling story, no originality, and no direction.

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  7. Effectivement, c'est hyper sévère. Sans doute trop.

    Surtout, je suis comme toujours très étonné de lire des critiques aussi définitives après deux - voire un seul - épisode(s)... moi, je n'ai pas vraiment d'avis arrêté avant une demi saison (en moyenne). Et surtout je me refuse catégoriquement à écrire un article tant que la saison n'est pas finie (ça reviendrait à mon sens à faire une chronique d'un demi livre ou d'un demi LP). Bref !

    Je ne peux malheureusement pas t'aider beaucoup plus... je trouve ça trop dur, surtout la première (pire série du monde, ceci dit bien sûr par un gars qui n'a regardé que deux épisode... franchement le garçon n'a pas dû voir beaucoup des séries nullissimes que son pays diffuse continuellement et dont même TF1 aurait honte d'acheter les droits ^_^). D'un autre côté j'ai moyennement aimé, je ne me sentirais pas de défendre héroïquement Nurse Jackie ^^

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  8. Petite précision, par rapport à la seconde chronique que vous citez, Thierry : contrairement à ce qui y est dit, il y a bien une intrigue, un goût assez marqué pour la comédie, et non pas une romance, mais trois. Mais bien sûr, pour le savoir, il fallait aller au-delà du pilote (sourire)
    Maintenant, comme le dit Thomas, c'est un show moyen, je suis plutôt d'accord. Si vous n'avez rien de mieux à regarder, pourquoi pas (c'était mon cas, cet été), mais sinon, je doute que vous loupiez quelque chose de mémorable.

    Bonne soirée à tous deux.

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  9. Comédie et romance d'accord... une intrigue, n'exagère pas trop non plus :-D

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  10. J'en ai entendu parler, en bien. Pour House, je suis 100% d'accord avec toi. j'ai trouvé la 4ème saison, vraimen très moyenne, aucun des nouveaux personnages n'est attachant ou particulièrement marrant.
    Tiens en parlant série, j'ai vu 24:Exil, le film avec l'indéboulonnable Jack Bauer. Franchement inintéressant.

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  11. Bon, je vais regarder les deux 1ers épisodes, et je reviens !

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  12. Choup' >>> moi je l'ai trouvé assez barbant, mais par contre la saison 7... miam !

    Thierry >>> cool. On va avoir les commentaires en temps réel ;-)

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  13. Preque en temps réél, je me suis endormi pendant le 2ème, d'où le "retard" ^^
    J'ai été bien bon de recommencer le 2ème.
    C'est plutôt mauvais de chez mauvais. Mal joué (Momo semble tout droit sorti d'une série ou d'un film avec Eric & Ramzy, la copine de Jackie avec ses Blahnik [c'est le quota Sex & The City, ou quoi ?] est horripilante, idem pour Coop, la responsable shootée aux médocs et la stagiaire. J'espère que leur jeu pathétique est volontaire). Pas de ligne directrice véritable ...
    Bref, pour l'instant, j'ai l'impression d'être face à un mauvais sitcom.

    Pauvre Edie !
    Elle a vraiment signé pour une deuxième saison ?
    Ca s'améliore en cours de saison ?

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  14. T'es dur, quand même. Je ne vois vraiment pas ce qu'on peut reprocher aux acteurs... c'est plutôt niveau scénar que ça pèche...

    Est-ce que ça s'améliore après... je ne me rappelle plus vraiment du début, en fait (j'ai regardé au fil de la diffusion... donc ça remonte à juin, mes premières impressions). J'ai trouvé les deux derniers épisodes très bons, enfin il se passait des trucs... j'ai même regretté que ce soit fini. Mais bon, j'ai souffert au début, je me suis pas mal emmerdé, disons au moins jusqu'à la moitié, à partir de là ils axent nettement les épisodes sur la double vie de Jackie, ce qui donne des choses intéressantes.

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  15. Ben ... Je trouve qu'ils jouent très mal ces acteurs (impression qu'ils sortent tout droit de H) ou alors qu'ils sont très mal dirigés.

    Si c'est volontaire, total respect !
    Après, le scénario, c'est sûr que ça plombe l'ensemble.

    En tout cas, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas autant souffert (pour reprendre ton expression) devant les deux 1ers épisodes d'une série.
    Pas tant que ça en fait, depuis Dollhouse.

    Pour me remonter le moral, j'écoute un album de blues acoustique "aussi inutile qu'agréable" qu'il en devient par là-même (presqu') indispensable, Paul Orta & Tonky de la Peña - 2008 (enregistré en 2006) - Pawn Shop Blues.

    Tu as écouté le Music from the north Country des Jayhawks ? ;-)

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  16. Oui, j'ai même écrit un article dessus (qui devrait sortir un de ces quatre matins)

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