dimanche 7 juin 2009

24 - Retour en Grâce

...
[ALERTE : comme d'habitude, cet article ne donnera quasiment aucun élément sur l'intrigue de cette saison. Néanmoins, impossible de ne rien dire quant à l'évolution des personnages ou aux thématiques générales, sauf à se contenter de mettre la note.] Commençons par disposer stratégiquement les formules toutes faites nécessaires à une chronique de cette nouvelle saison de 24 : Grêve des scénaristes, Deux ans d'attente, On n'a pas le temps, Renouveau, Débat sur la torture, Retour à l'excellence.

Ceci posé, reconnaissons en toute honnêteté que même les fanatiques étaient un peu inquiets de ce retour aux affaires de Jack après deux années de chômage technique. Craintes pas vraiment injustifiées tant la saison six montrait une série manifestement à bout de souffle, écartelée entre refus de se répéter et tentation permanente de la surenchère, principalement sauvée par la qualité de ses personnages (et donc, par extension, de ses acteurs). Après six années de bons et loyaux services, le concept n'était-il pas usé ? Les scénaristes, brillamment inventifs et quasiment irréprochables jusqu'à la saison cinq, étaient-ils tout comme Jack Bauer parvenus au bout du roulot ? Survenue dans la foulée d'un épisode intermédiaire (24 : Redemption) dispensable, l'annonce par les producteurs d'un grand renouveau au sein du programme n'avait que moyennement convaincu les sceptiques. Il faut dire que ladite annonce s'accompagnait d'une autre, pour le moins stupéfiante : Tony Almeida revenait. Et pas de n'importe où : d'entre les morts ! Car tout le monde l'avait bien vu mourir dans les bras de Jack au milieu de la saison cinq. Le doute n'était pas permis. Comment s'étonner que beaucoup aient dès lors commencé à redouter le pire, surtout qu'ils apprenaient quasi simultanément qu'en plus de revivre, Almeida allait tenir le rôle du super-méchant de service !

Au terme de ce Day-7, pourtant, ceux-là ne sauront trouver les mots pour s'excuser auprès des scénaristes. Car non seulement la résurrection de Tony n'est pas le pire, mais c'est peut-être bien carrément le meilleur de cette nouvelle journée en Enfer. Non pas que les auteurs soient parvenus à trouver une explication acceptable à sa survie : on savait tous avant même le premier épisode que ce n'était pas possible. Alors à défaut de sauver les apparences, ils ont sauvés les meubles, parvenant avec un talent assez incroyable à nous faire totalement oublier l'invraissemblance de la situation de départ. Pour la première fois, l'ex-agent torturé fait jeu égal avec Jack Bauer, renforçant l'effet miroir qui les liait dans la saison trois (1). Après tout quand on y pense, le plus étonnant n'est pas tellement que Tony ait changé de camp - c'est surtout que Jack persiste à servir un pays qui lui a tout pris et a même fini par l'emprisonner pour des actes de torture pour la plupart commandités par ce même pays.

Car bien entendu, la torture est plus que jamais au centre de l'intrigue - comme si les débats secouant actuellement l'Amérique s'étaient invités dans la série. Dès la seconde saison, c'est vrai, 24 avait installé un système dont elle semblait incapable de s'extirper : jamais elle n'a fait (comme l'en ont accusé seulement ceux ne sachant pas lire entre les lignes) l'apologie de ces méthodes ; elle a en revanche bel et bien créé un schéma narratif basé sur l'état d'urgence permanent au sein duquel la torture semble aussi évidente et naturelle que les quasi-holocaustes auxquels se livre James Bond dans chacune de ses aventures. La torture, en fait, est à 24 ce que les microscopes sont aux Experts. A ceci près que l'Amérique de 2009 ne se pose aucune question d'ordre morale quant à l'usage répété du microscope au sein de la police scientifique, quand elle semble durablement traumatisée (et on la comprend) par les dérives de l'administration Bush. Le dilemme étant le suivant : comment faire condamner la torture par Jack Bauer sans donner l'impression qu'il se renie complètement ? Dans les premiers épisodes, il semble n'éprouver aucun remords ni aucune compassion pour ses victimes. Il fallait que quelqu'un le fasse, il l'a fait. Sans trahir le suspens, on verra durant les heures suivantes que, comme toujours dans 24, les choses sont bien plus complexes et ambigües qu'elles en ont l'air de prime abord (ce sera même l'occasion d'une mise en abyme des plus intéressantes).

Reste qu'au-delà de ces nombreuses thématiques (2), la principale qualité de cette saison demeure un retour à l'action et au dynamisme des débuts. Sans aller jusqu'au grand chambardement annoncé, force est d'admettre que beaucoup d'éléments qu'on pensait inhérents à la série se sont finalement avérés dispensables : on se passe somme toute très bien de la CTU (démantelée entre les saisons six et sept), on s'accommode sans grand mal de la présence plus discrète de Chloe, on va même jusqu'à saluer la suppression presque totale des histoires personnelles des héros, digressions bavardes venant de plus en plus souvent polluer 24 au fil des ans. Certains personnages essentiels ont disparus ? Aucune importance. La relation Moss/Walker est en pointillés ? Peu importe. On ignore avec qui couchent la plupart des nouveaux personnages ? Tant mieux ! Jack n'a plus de vie privée ? C'est la meilleure nouvelle de l'année ! Pour la première fois depuis le début de la série, Bauer n'a pas un boulet lui collant aux basques et qu'il doit protéger tout en sauvant l'Amérique - le moins qu'on puisse dire est que cela lui réussit très bien. Plus de fille ou de copine ou de neveu se foutant dans des situations pas possibles, plus de hiérarchie, plus de protocole... Jack semble libéré, il lâche même quelques petites réflexions ironiques, se montre étonnamment locace, et si durant les premiers épisodes on a l'impression de voir à l'oeuvre un robot... il semble, incroyable mais vrai, marcher enfin vers la lumière. Ce en quoi il est une fois de plus à l'image de la série le mettant en scène, dont cette septième saison aérée et captivante s'inscrit d'emblée parmi les meilleures.


👍👍 24 (saison 7)
créée par Joël Surnow & Robert Cochran
FOX, 2009


(1) Tony n'était plus qu'une guest-star dans les deux suivantes.
(2) La liste est loin d'être exhaustive, et il faudra plus tard revenir sur la personnalité complexe d'Alison Taylor, première présidente ouvertement va-t-en-guerre de la série... à être doublée d'un personnage positif (et même carrément sympathique par moment).
...

38 commentaires:

  1. > "il semble, incroyable mais vrai, marcher enfin vers la lumière"

    C'est quoi ta came ? J'veux la même !! :)

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  2. Je me doutais que cette remarque ferait jaser... mais je maintiens.

    ATTENTION SPOILER, ne pas lire ce qui suit

    La fin n'est pas "joyeuse", mais on ne peut nier que beaucoup des problèmes de Jack semblent en passent d'être réglés et la rédemption n'a, tout de même, jamais semblée aussi proche... FIN DU SPOILER

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  3. Non mais, c'est pas faux. Mais je suis pas sûr que tu prennes un peu tes désirs de symbolique (voir ton article sur 24) pour des réalités...

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  4. Tu me cherches, non ? Si, si, tu me cherches ! ;-)

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  5. (j'ai peur)

    (bouh :) )

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  6. Si je comprends bien on verra jamais Jack combattre des ninjas... rouges qui plus est?
    et après on veut nous faire croire à une rédemption possible!!! Je pouffe.

    Mais attends deux minutes, Tony est devenu un zombie en fait, c'est ça! Jack à défaut de se battre contre des ninjas, se bat contre des zombies... mais c'est GENIAL!!!!!

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  7. Disons qu'en effet, difficile de nier que durant toute la journée Tony a une tête de... déterré ;-)

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  8. Bien moins adepte que vous, je reconnais que ce fut là une très bonne saison, à la hauteur de la première, peut-être même meilleure. Après autant d'années, c'était inespéré.

    Bonne fin de dimanche.

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  9. pour ma part, c'est la premiere saison de 24 que j'ai regardé, et j'ai été assez enthousiasmé. je me tate même pour regarder les autres ...

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  10. C'est assez original, ça, de commencer par la saison 7...

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  11. bah en fait j'avais un a priori sur cette série : la face conservatrice de l'amérique, tout ca. et puis GT a fait un billet assez intéressant qui m'a donné envie de voir ce qu"était réellment 24. et comme mon fournisseur de série n'avait que la 7, j'ai commencé par la 7 :D

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  12. Un jour faudra quand même trouvé le connard qui a écrit le premier papier sur cette soi-disant face conservatrice de l'Amérique présentée (voire applaudie dans 24). Histoire de le faire un sort...

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  13. C'est sûr qu'il faut vraiment être obtus pour résumer 24 de la sorte (je ne dis pas ça pour toi Pyrox bien sûr). Obtus ou incapable de voir au-delà du premier degré de lecture (c'est peut-être pareil en même temps?)

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  14. C'est complètement pareil. Ce qui est dommage, c'est que l'idée contamine des gens qui ne sont pas naturellement obtus. Beacoup de gens en effet, on leur donne une interprétation... et ils ne voient plus que ça par la suite, ce qui est évidemment navrant, c'est comme une œillère... au moins le Doc , il nous fait rire :-D

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  15. Je n'ai pas encore vu la saison 7 (je n'ai déjà pas vu la 6, ni la 5, ni même la 4).
    Néanmoins, cette assimilation me semble émaner directement du fait que "24", par définition, exsude le patriotisme, puisqu'à chaque épisode, Jack Bauer sauve l'Amérique (et David Palmer, tout Noir et "démocrate" qu'il soit, rappelle ses valeurs).
    On y retrouve l'apologie de la famille, l'affirmation de l'identité Nationale, la suprématie de l'Amérique, gendarme du monde. L'erreur trop souvent commise par les commentateurs étant d'oublier que, aux Etats-Unis, ce genre de pensée n'est pas l'apanage de la droite ; par bien des côtés, la superstar Obama est bien plus "nationaliste", "patriote" et "cul béni" que notre Nicolas Sarkozy national (ceux qui écoutèrent, avec une réelle attention, ses interventions du week-end s'en seront d'ailleurs aperçu)

    BBB.

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  16. Oui, c'est sûr (faites gaffe, les gens vont vraiment finir par croire que vous êtes de gauche ;-)

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  17. Il y en a bien qui pensent que je suis un ancien gendarme, alors !

    ;-)

    BBB.

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  18. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  19. SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER



    Comment ne pas te rejoindre sur ta vision de cette saison 7? Je n'en espérais pas tant, et j'ai été plus que comblé: une tension permanente, une intrigue qui ne se traine pas tout du long mais qui sait rebondir regulièrement (tous les 8 épisodes en gros), le retour de personnages charismatiques à gogo (quand ce bon vieux Bill y passe, franchement, j'ai failli pleurer. Je voulais pas y croire) et puis ce doute, toujours le même, que les créateurs ont su créer. En gros: "Tony semble être un traite. Mais non, c'est pas possible. Quoique. Non. Je pense que c'est un gentil infiltré. Mais non. Ahhhh, je sais plus".

    Cette série connaitra sa dernière saison l'an prochain. Et une chose est sur: je sais déjà que 24 va énormément me manquer.

    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER
    SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER

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  20. YESSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS!!!!!!!
    hééééééé champagne pour tout le monde!!!!
    que chacun ramène sa coupe, c'est le Golb qui rince!!
    ...........................
    Comment ca, "pas le bon article"??

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  21. SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER

    Ah ! C'est sympa pour discuter entre gens de bonne compagnie :-)

    Alors moi en fait, la mort de Bill je me la suite faite spoiler il y a plusieurs mois... du coup elle ne m'a pas spécialement ému, je dois bien l'avouer, je l'ai même regardé du coup avec un oeil très distant, puisque je savais que Bill mourrait, mais pas comment. Lorsque l'assaut a été donné j'ai de suite compris qu'on y arrivait et je me doutais donc, la minute juste avant son acte kamikaze, que c'était lui qui s'y collerait :-/

    Bref : on est d'accord sans l'être, car si j'ai trouvé les personnages en effet charismatiques (notamment Renee, Larry, Olivia et Kanin, qui prend une dimension inattendue), mon commentaire ne s'applique pas trop à Bill, qui m'a paru totalement transparent et accessoire dans cette saison...

    C'est sûr que 24 nous manquera. Au passage je suis d'ailleurs très content : j'avais parié ici (tu t'en souviens peut-être) que les saisons 7 et 8 formeraient un dyptique... et j'ai gagné, puisque la saison 8 a été annoncée cette semaine comme se déroulant très peu de temps après la 7 et étant sa suite directe. Champagne pour Xavier ? :-D

    SPOILER

    SPOILER

    SPOILER SPOILER SPOILER

    SPOILER

    JE SPOILE, TU SPOILES, IL SPOILE...

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  22. Je viens de la terminer, et plutôt que de continuer à en parler par mail, autant continuer sous l'article... mais à ne surtout pas lire par ceux qui ne l'ont pas vu, puisque je vais spoiler comme un malade.

    ULTIMATE MEGA SPOILER OF DEATH :

    Quels **** de *** de **** de leur mère ces **** de scénaristes. Après le sort fait à Bill, voilà qu'ils s'en reprennent à Tony. Alors qu'après "l'héroïsme" de Tony chez Starkwood, on se prenait à rêver de le voir - c'est tout de même le personnage le plus intéressant de la série, bordel - réhabilité et bosser de nouveau avec Jack la saison suivante, ils en font un "monstre"... Et si les trucs énormes se justifient assez bien dans 24, là, c'est tout de même trop gros.
    Comment imaginer qu'un type comme lui en vienne à de telles extrémités. Le meurtre de Michelle (et même du fils dont elle était enceinte) n'est franchement pas suffisant. Etre prêt à tuer dans une attaque terroriste des milliers d'innocents, juste pour buter le type responsable de la mort de sa femme, ça ne colle pas au personnage, à ce qu'on a vu de lui pendant 5 saisons. Dans 24, on use et on abuse - pour le grand plaisir du spectateur - de revirements, de types qui s'avèrent être des traîtres alors qu'ils n'en avaient pas l'air, d'autres qui s'avèrent dignes de confiance alors qu'ils ont l'air louche... mais si même Tony peut sombrer dans le terrorisme, c'est trop. C'était tout de même celui à qui Jack pouvait le plus faire confiance depuis la fin de la saison 1, son alter-ego (devenu subitement alter-ego diabolique). L'idée d'en faire un terroriste, au début de la saison, est excellente... parce qu'on se demande comment il a pu en arriver là, parce qu'on se dit qu'il est infiltré ou qu'il a subi un lavage de cerveau... bref, ça nous interpelle, on veut comprendre. Mais nous refaire le coup une 2° fois en fin de saison, avec cette fois Tony qui bute - ou tente de buter - tout ce qui bouge en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire : Larry, des flics, une douzaine d'agents du FBI, le musulman bouc-émissaire, et des milliers d'innocents dans le metro... non, c'est vraiment trop.

    A part ça... tout le reste est comme d'habitude excellent...

    Lorsque tu me parlais de Jack qui "va vers la lumière", j'étais un peu sceptique, il s'en prend - là aussi comme d'habitude - plein la gueule... mais en ayant vu maintenant la fin, c'est tout à fait vrai, il fait la paix avec les autres, avec lui-même... toute cette saison n'aura pas été son procès "réel", mais son procès symbolique, et les scénaristes, métaphoriquement, expulsent sa "part sombre" (qui s'incarne en Tony), pour qu'il puisse enfin soulager quelque peu sa conscience.

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  23. Je viens de la terminer, et plutôt que de continuer à en parler par mail, autant continuer sous l'article... mais à ne surtout pas lire par ceux qui ne l'ont pas vu, puisque je vais spoiler comme un malade.

    ULTIMATE MEGA SPOILER OF DEATH :

    Quels **** de *** de **** de leur mère ces **** de scénaristes. Après le sort fait à Bill, voilà qu'ils s'en reprennent à Tony. Alors qu'après "l'héroïsme" de Tony chez Starkwood, on se prenait à rêver de le voir - c'est tout de même le personnage le plus intéressant de la série, bordel - réhabilité et bosser de nouveau avec Jack la saison suivante, ils en font un "monstre"... Et si les trucs énormes se justifient assez bien dans 24, là, c'est tout de même trop gros.
    Comment imaginer qu'un type comme lui en vienne à de telles extrémités. Le meurtre de Michelle (et même du fils dont elle était enceinte) n'est franchement pas suffisant. Etre prêt à tuer dans une attaque terroriste des milliers d'innocents, juste pour buter le type responsable de la mort de sa femme, ça ne colle pas au personnage, à ce qu'on a vu de lui pendant 5 saisons. Dans 24, on use et on abuse - pour le grand plaisir du spectateur - de revirements, de types qui s'avèrent être des traîtres alors qu'ils n'en avaient pas l'air, d'autres qui s'avèrent dignes de confiance alors qu'ils ont l'air louche... mais si même Tony peut sombrer dans le terrorisme, c'est trop. C'était tout de même celui à qui Jack pouvait le plus faire confiance depuis la fin de la saison 1, son alter-ego (devenu subitement alter-ego diabolique). L'idée d'en faire un terroriste, au début de la saison, est excellente... parce qu'on se demande comment il a pu en arriver là, parce qu'on se dit qu'il est infiltré ou qu'il a subi un lavage de cerveau... bref, ça nous interpelle, on veut comprendre. Mais nous refaire le coup une 2° fois en fin de saison, avec cette fois Tony qui bute - ou tente de buter - tout ce qui bouge en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire : Larry, des flics, une douzaine d'agents du FBI, le musulman bouc-émissaire, et des milliers d'innocents dans le metro... non, c'est vraiment trop.

    A part ça... tout le reste est comme d'habitude excellent...

    Lorsque tu me parlais de Jack qui "va vers la lumière", j'étais un peu sceptique, il s'en prend - là aussi comme d'habitude - plein la gueule... mais en ayant vu maintenant la fin, c'est tout à fait vrai, il fait la paix avec les autres, avec lui-même... toute cette saison n'aura pas été son procès "réel", mais son procès symbolique, et les scénaristes, métaphoriquement, expulsent sa "part sombre" (qui s'incarne en Tony), pour qu'il puisse enfin soulager quelque peu sa conscience.

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  24. Il n'y a donc pas que chez OB où les commentaires buguent et sortent en doublon ^^

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  25. Bien sûr, c'est choquant... mais je n'ai pas trouvé la métamorphose de Tony si brutale. En tout cas, pas incohérente.

    Tony est un personnage torturé et excessif, ce depuis le premier épisode. C'est peut-être dans la première moitié de la saison 1 que s'exprime le plus son côté obscur, sa jalousie maladive à l'égard de Jack le poussant à faire n'importe quoi. Mais bien entendu à cette époque le spectateur n'est pas familier de Tony, il voit juste un connard (qu'il soupçonne en plus fortement d'être la taupe).

    Par la suite, les occasions de montrer que Tony est un mec excessif et border-line, bien plus encore que Jack, sont innombrables. Prends la saison 3 : il y a d'abord ce plan tordu mettant en scène Gaël, Jack et Tony, et élaboré par ce dernier. Le nombre d'innocents morts (notamment dans l'évasion de la prison) est proprement délirant. Et alors que Jack s'adapte en permanence et essaie de protéger un maximum de gens (notamment Chase et la nana de Salazar ainsi que sa famille), Tony, lui, reste bloqué sur son plan, peu importe les dommages collatéraux. Dans la seconde moitié de cette même saison 3, il y a ensuite l'enlèvement de Michelle, que Tony est le premier (et pour ainsi dire le seul) à comparer à l'enlèvement de Terri dans la saison 1... sauf que Tony, là encore, agit de manière bien plus extrême que Jack, il trahit purement et simplement son pays et se fout totalement que des innocents meurent parce que môssieur veut sauver sa femme (ce qui ne serait jamais arrivé avec Jack, qui essaie toujours de ménager la chèvre et le chou - c'est d'ailleurs aussi pourquoi il perd tous ceux qu'il aime).

    Saison 4... on voit assez peu Tony, il est un personnage secondaire, cela dit il est assez infect avec Michelle (laquelle l'a d'ailleurs quitté parce que suite à son séjour en taule il est devenu invivable, il est même suggéré à un moment par Chloé qu'il l'ait battue).

    Dans la saison 5, après la mort de Michelle... même topo : Tony, à son réveil à l'infirmerie, n'a qu'une hâte : buter l'assassin de sa femme, et accessoirement quiconque se dressera sur sa route.

    Bref : ce que tu dis sur le fait qu'il soit le personnage le plus fiable pour Jack n'est pas complètement faux... mais ce n'est pas complètement vrai non plus. Au fil des saisons, Chloé, Bill ou même Curtis ou Edgar se sont montrés bien plus fiables que Tony, qui a toujours été limite, non parce que suicidaire comme Jack, mais parce qu'il est un type extrêmement orgueilleux et égoïste (beaucoup plus, infiniment plus que ce brave Jacquot). C'est d'ailleurs en réalité un des rares agents de la CTU qu'on n'a (quasiment) jamais vu brandir des valeurs ou des convictions, mieux (enfin : pire) encore : il a finalement été assez rarement héroïque, à part peut-être dans la saison 1 lorsqu'il sauve Terri (mais bon, il passait par-là, c'était le minimum... rien à voir avec Edgar sauvant les fesses de l'Amérique après avoir perdu sa mère dix minutes plus tôt, Milo se sacrifiant pour sauver Nadia... etc.)

    Alors oui, c'est choquant... mais je ne trouve pas ça incohérent du tout, y compris au sein même de la saison, le plan de Tony étant tout à fait crédible et sacrément bien rodé (il y a pas mal de détails qui d'ailleurs me l'avaient fait deviner, le fait que les infos viennent toujours de lui, qu'il connaisse le nom du super-méchant joué par Jon Voigt... etc.) Qu'un type aussi orgueilleux et excessif puisse devenir un salopard assoiffé de vengeance ne me paraît pas invraisemblable. Et puis d'autre part, Tony n'est pas aussi "noir" que ça, même dans la dernière partie de la saison. On voit bien qu'il souffre, la toute dernière scène où il apparaît m'a même fendu le coeur.

    Sinon j'aime bien ton idée d'expulsion de la part sombre ;-)

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  26. Ah et autre point important dans le cas de Tony : après sa fausse mort, il se retrouve seul et livré à lui-même, et il le restera pendant cinq ans... cinq ans à être seul avec toi-même, ta vengeance et ta paranoïa, abandonné de tous... je suppose que ça te change quand même pas mal...

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  27. Tu as raison, ce sont des choses que j'avais oubliées... mais je ne le trouve pas aussi orgueilleux et égoïste que tu le dis. Tourmenté, anxieux, parfois impulsif, oui. Mais pas au point de se mettre à monter une attaque terroriste qui fera mourir des milliers d'innocents juste pour venger sa femme.

    Tu dis que, contrairement à Jack, il se fout dans la saison 3 que des innocents meurent pour sauver Michelle... mais c'est aussi ce que fait Jack dans cette saison, qui libère Tony et tire dans la jambe d'un agent pour sauver Kim prise en otage. Libérer un type qui était sur le point de tuer des milliers de gens pour protéger sa fille, ça revient au même.

    Quant à la "part sombre"... dans cette saison, tous sont un peu des "extensions" de Jack, qui le remettent en question, on en revient à la "mise en abyme" dont je te parlais : Larry est sa conscience, qui ne cesse de critiquer ses méthodes peu orthodoxes, la présidente est ses valeurs, Renée sa sensibilité, Bill, son intégrité, Jon Voight est aussi une émanation de sa part sombre (il lui explique d'ailleurs que ce qu'il a fait, ce n'est que ce que fait Jack, mais à plus grande échelle), mais c'est surtout Tony qui l'incarne (qui lui dira ainsi qu'il n'a fait que ce que Jack aurait dû - ou voulu -faire s'il était vraiment allé au bout).

    Le problème dans l'utilisation de Tony pour "expulser" la part sombre de Jack, c'est qu'on perd, du coup, une partie de ce qui fait la singularité de Jack, ce côté torturé, suicidaire, radical, limite sociopathe... d'une certaine manière, les scénaristes -et le public - "s'arrangent avec la conscience de Jack"... à côté de ce que fait Tony pour arriver à ses fins, Jack, qui semblait si dur, froid et limite "monstrueux" aux yeux du spectateur vu à travers ceux de Renée au début, devient "parfait", juste, vertueux et modéré... il va en effet vers la lumière pendant que Tony s'enfonce dans l'obscurité...

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  28. "Tu dis que, contrairement à Jack, il se fout dans la saison 3 que des innocents meurent pour sauver Michelle... mais c'est aussi ce que fait Jack dans cette saison,"

    Ce n'est pas faux. Mais Jack a presque toujours une idée derrière la tête et un coup d'avance, ce qui en terme d'intelligence et de stratégie le place au-dessus de Tony (d'ailleurs en tant qu'agent je ne pense pas que ce dernier lui arrivait à la cheville). Ce que je voulais dire dans ma comparaison avec Tony' Day-3, c'est que quand Jack improvise il retombe toujours sur ses pieds, alors que chez Tony l'improvisation est particulièrement chaotique.

    En ce qui concerne le "lissage de Jack" (car c'est de cela qu'il s'agit)... c'est vrai que la part d'ombre fait un mouvement de balancier, que Jack à côté de Tony a du coup l'air très positif... mais c'est aussi parce que Jack se calme réellement dans cette saison (qui de manière générale est bien moins violente et contient bien moins de morts)... et puis quelque part, il y a chez Jack ce côté "bon soldat loyal" qu'on n'a jamais trouvé chez aucun de ses doubles, le truc qui fait que, même lorsqu'il poursuit un intérêt personnel, il demeure un type honnête, qui ne triche pas et ne fait pas ses coups en douce... là-dessus il est tout l'inverse de Tony, champion toutes catégories pour comploter des trucs dans les couloirs obscurs de la CTU.

    Après un autre point concernant Jack... c'est peut-être qu'on relative à tort l'espace entre les deux saisons (pas l'espace réel, l'espace entre la temporalité de la série), le temps de deuil de sa vie (les saisons 5-6, qui sont celles où il perd le plus, s'enchaînent plus vite que les autres, lui laissant peu de temps pour prendre du recul (le meilleur exemple étant bien sûr l'enchaînement 5/6, en deux ans il perd tous ses amis, les vengent, va chez les chinois, revient, affronte sa famille, perd Audrey... ce que même le plus poissard d'entre nous vivrait avec des périodes intermédiaires, lui le vit sans répit), les voyages de Jack autour du monde, son passage au Sangala... sans parler de la maturité (si l'on considère que Jack avait l'âge de Sutherland au moment du pilote de la série, il a donc approximativement 47 ans aujourd'hui - l'heure de la retraite approche en effet...)... tout ça peut expliquer de manière presque rationnel le fait que Jack s'adoucisse.

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  29. D'accord avec presque tout... mais pas sur Tony "champion toutes catégories des complots"... non, les manipulateurs et comploteurs sont très nombreux dans 24, mais Tony n'en est pas un. Lorsqu'il dirige l'agence, il n'a pas grand chose à voir avec les habituels chefs toujours dans des magouilles, lui est plutôt dépassé, voire le dernier au courant...
    S'il y a justement une chose qui va le perdre, comme Jack... c'est que tous deux ne sont pas d'habiles manipulateurs comme peuvent l'être les politiciens et industriels de la série... ils savent piéger un coupable, manipuler pour les besoins d'une enquête... mais ce ne sont pas de vrais comploteurs, ils fonctionnent plus à l'affectif, ils ne sont pas du tout - contrairement à plein de personnages de la série - à penser en premier lieu à leurs carrières, à comment agir au mieux pour grimper dans la hiérarchie ou garder leur place, et prennent le risque de se retrouver dans la pire des situations pour une cause qu'ils pensent juste, ou pour aider un proche...
    Ils sont en cela assez proches des personnages typiques de flics dans les polars, des types qui peuvent être hyper-efficaces dans leur job, mais incapables de faire autre chose et de grimper dans la hiérarchie, ils n'ont pas ce côté diplomate-carriériste-comploteur... ils ne surveillent pas assez leurs arrières... et vont tout perdre. C'est aussi ça qui était particulièrement triste dans la mort de Tony, et qui l'est encore plus dans son revirement, il était le seul type qu'on pouvait imaginer être un "vrai" ami pour Jack, parce qu'ils ont fait le même boulot, ont des fonctionnements similaires, et ont tous les deux perdu leur femme... Tony, c'était le seul type avec lequel Jack, dans ses vieux jours - si tant est qu'il en ait - aurait pu partager une bière en se confiant et en parlant avec émotion du bon (enfin, mauvais) vieux temps... ce sont les seuls qui pouvaient se comprendre...
    C'est tout de même pas avec Chloé, avec sa fille ou avec Audrey qu'il ira boire des coups quand il sera à la retraite (et comme le disait le grand philosophe Marcel Séguéla, si à plus de 50 ans, t'as personne avec qui boire des bières en parlant du bon vieux temps, c'est que t'as vraiment raté ta vie...)

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  30. "C'est tout de même pas avec Chloé, avec sa fille ou avec Audrey qu'il ira boire des coups quand il sera à la retraite (et comme le disait le grand philosophe Marcel Séguéla, si à plus de 50 ans, t'as personne avec qui boire des bières en parlant du bon vieux temps, c'est que t'as vraiment raté ta vie...)"

    Sincèrement, je crois que tu sous-estimes Renée ;-) C'est vraiment la femme idéale pour Jack, celle qui peut l'aimer, le chérir, la seule qui le comprendra vraiment, et qui en plus de lui offrir tendresse, amour et plaisir, pourra l'accompagner au stand de tir et au bar... moi vraiment, je serais très déçu si dans la saison 8 Jack et Renée n'étaient pas ensemble...

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  31. Saison enfilée en 3 jours. Merci au 11 novembre ;-)

    Formidable en dépit de certaines (trop) grosses ficelles déjà évoquées plus haut.
    Un petit détail m'a un peu agacé, néanmoins. Ethan Kanin qui ne cesse de s'excuser : "I'm sorry Ma'am President".

    Et Kim, pas top, comme d'habitude...

    Vivement la 8 !

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  32. Moi j'ai plutôt trouvé qu'elle vieillissait bien, Kim. Elle a pris un peu de plomb dans la cervelle, et tout. Je pense qu'elle va nous surprendre dans la saison 8...

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  33. "Et tout" ..., tu parles du plomb qu'elle a pris ailleurs ? :-(

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  34. Si on admet que le sursaut de noirceur était un effet Bush, est-ce qu'on ne peut pas dire que le sursaut d'espoir est un effet Obama ?

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  35. J'étais presque sûr de l'avoir écrit !

    Donc oui, je suis d'accord. Ce n'est clairement pas un hasard si l'ambiance est moins poisseuse, s'il y a une espèce d'allégresse dans la narration...

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