dimanche 22 mars 2009

... And You Will Know Us By The Trail Of Dead - En route pour les stades intergalactiques

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Dans le genre groupe singulier, on trouve difficilement mieux que …And You Will Knos Us By The Trail Of Dead, collectif de psychopathes au nom improbable, aux pochettes délirantes, au logo digne du plus ringard des groupes de death-metal et à la musique pour le moins… inclassable. Parce qu’un disque de The Trail Of Dead (pour les intimes), ça ne s’aborde définitivement pas comme n’importe quel autre. Ou, pour être exact : ça s’aborde tout à fait comme n’importe quoi, puisque c’est vers cela que lorgne en permanence le sextet texan. Jetez dans le même shaker Television, Dinosaur Jr, les Smashing Pumpkins, Faith No More et même Queen… secouez très, très fort… vous obtiendrez les opus les plus réussis de ce curieux attelage, au nombre desquels Source, Tags & Codes (2002), régulièrement cité par les amateurs (et les sociopathes) parmi les meilleurs albums de la décennie.

Et pourtant depuis quelques années (plus exactement depuis l’album Worlds Apart, en 2005) cette suprématie se voyait remise en question, les deux derniers trips du combo d’Austin ayant été relativement mal accueillis par une presse qui ne tolère les excès de second degré que jusqu’à une certaine limite. Or de second degré il est nécessairement question à propos d’AYWKUBTTOD, tant ces fétichistes du space-rock à la Hawkwind semblent incapables de rester sérieux cinq minutes… ce qui les place dans l’inconfortable position du on aime ou on déteste.


Ne pas s’y tromper, donc : si rien n’est laissé au hasard sur The Century of Self, rien n’y est cérébral et la complexité (chaque morceau est bâti sur une invraisemblable succession de parties) n’est que de façade. Qu’on écoute cette intro pompière au possible, ces chœurs pour le moins kitsch sur "Isis Unveiled" ou ce son de guitare digne de Marillion en ouverture de "Halcyon Days", pour s’en convaincre… The Trail of Dead est en permanence sur la brèche, à la limite du grotesque, et ce en connaissance de cause. La grande majorité du temps ces orchestrations à faire passer The Mars Volta pour un groupe de pop minimaliste sont si énauuurmes qu’il est impossible de les prendre au premier degré (idem pour les textes faussement pénétrés… et souvent à mourir de rire). Cette volonté de dérision fait évidemment penser à Zappa, le burlesque en moins. C’est ce qui met AYWKUBTTOD dans une si délicate position, et se trouve à la source de nombre de malentendus : chez Zappa (ou chez Gong) l’humour est suffisamment clairement marqué pour être incontestable et devenir paradoxalement un vecteur de crédibilité (de la musique sérieuse qui ne se prend pas au sérieux, si vous voulez). Chez The Trail Of Dead, les choses sont nettement plus floues, moins assenées, on navigue plus dans l’ironie discrète… un peu comme un excellent humoriste qui jouerait tellement bien les beaufs qu’on finirait par le croire réellement macho et raciste. En somme : …And You Will Know Us… est adulé au premier degré par de nombreux fans de prog pompier, et méprisé le plus sincèrement du monde par certains esthètes y voyant un concentré effarant de tout ce qui constitue la B.O. de leurs cauchemars. Dommage, mais cela fait partie du jeu. Il y a heureusement d’autres manières de différencier ce groupe-ci du premier balourd venu, et notamment une rage et une nervosité qui rappelleront aux fans de Muse que leurs idoles ne sont qu’un groupe de petit rigolos menés par un post-ado boutonneux se prenant pour la réincarnation de Wagner.

Car non seulement The Trail Of Dead sonne plus heavy et puissant que la quasi-totalité des groupes contemporains, mais en plus fait-il preuve d’une aisance mélodique rarement atteinte en la matière (si ce n’est évidemment chez les parrains de Hawkwind) : tous mille-feuilles qu’elles soient, les "Fields of Coal", "Inland Sea" et autres "Far Pavillions" (cette dernière évoquant un autre fou furieux : Devin Townsend) sont de véritables chansons, au refrains entêtants et aux riffs souvent meurtriers. De petits hymnes pour stades interlactiques, qui croisent parfois des ballades vicieuses ("Insatiable One & Two"), et finissent une fois sur deux par s’effondrer sous les assauts de séismes métalliques à la Mission of Burma ("Ascending"). Aussi si l’on peut s’étonner un temps que ce cru 2009 fasse plus que de coutume la part belle au piano, aucun doute ne sera pour autant permis : … And You Will Know Us By The Trail Of Dead n’a rien perdu de sa force de frappe et reste l’une des valeurs les plus sûres que le rock nous ait offert dans les années 2000.


👍👍 The Century of Self 
And You Will Know Us By The Trail Of Dead | Justice Records, 2009

12 commentaires:

  1. Dites, c'est un peu "pompeux", quand même...

    BBB.

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  2. Non, c'est du pompier, au sens noble (oui oui, ça sauve des vies :))

    Tiens, j'ai encore oublié le lien Culturofil ...

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  3. Si vous le dites !

    BBB.

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  4. C'est dommage ces "doublons" Culturofil, parce qu'on va pas commenter deux fois, quand meme ;-). (En plus, tu laisses les coquilles ... bientot on va demander le remboursement de la gratuité du golb! :-))

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  5. En même temps je ne suis pas convaincu que beaucoup de gens me suivent chaque jeudi sur Culturofil (s'ils le font, ils sont très silencieux...).

    Quant aux coquilles... les articles de Culturofil sont relus par d'autres que moi avant publication. Ce qui explique que je ne les re-relise pas quand je les republies ici, j'ai quand même pas que ça à faire de mes journées :-)

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  6. "En même temps je ne suis pas convaincu que beaucoup de gens me suivent chaque jeudi sur Culturofil (s'ils le font, ils sont très silencieux...)."

    Je confirme. Je ne suis pas fan de Culturofil, je le trouve un peu inégal d'un article à l'autre, et je ne suis pas assez fan pour aller tous les jeudis me faire "ma dose" de Thom.

    BBB.

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  7. Coucou Thom,
    j'aime beaucoup ce groupe découvert grâce au Golb (merci). Ils ont une énergie géniale, un super sens de la mélodie, et jouent admirablement avec les clichés (et autres guitares).

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  8. C'est vrai qu'ils jouent aussi bien avec l'un qu'avec l'autre. Et sur scène ils sont extraordinaires, un des meilleurs concerts que j'ai vus dans ma vie (et j'en ai vu quelques uns...)

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  9. J'ai effectivement SOURCE TAGS & CODES, et j'avoue que c'est un bon album, mais je ne suis jamais vraiment entré dedans...

    SysT

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  10. Damn, je suis fan de la prog pompier ;) Sérieusement, je trouve que leurs arrangements sont très biens et c'était plutôt leurs mélodies que je trouvais un peu usées (même si remarquables d'efficacité, elles semblent inspirées sur ce que font les pop-rockeurs anglais depuis des années).
    Rigolo, comme inspiration/influence, je voyais plus Oasis, Pink Floyd, les années 80 (tu as raison, il doivent adorer le second degré ;))...
    Au final, le point sur lequel on se retrouve c'est l'énergie et même s'il y a de la recherche dans les arrangements et la mélodie, ça reste du rock qu'ils nous balancent dessus à pleine puissance !
    Au final je crois que c'est ça qui me plait :)

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  11. Moi aussi j'aime bien le prog pompier... enfin ça dépend lequel. Oasis et Pink Floyd ? Oasis, je ne suis pas sûr, Pink Floyd, effectivement. Et Weezer aussi, sur leurs chansons les plus orientées power-pop. En fait ils ont une palette d'influences plus que diverses, et même souvent antinomique (réussir à devoir autant à Dinosaur Jr que Queen, fallait le faire :). Avec en effet cette rage et cette énergie en guise de fil conducteur...

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