lundi 23 mars 2009

Frictions - Descends, Philippe...

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Faulkner a eu son Go Down, Moses, Djian son Frictions. Toutes proportions gardées, bien sûr, mais c'est vers le classique de l'auteur américain que lorgne ce qui restera probablement comme l'un des chefs-d'oeuvre de l'auteur français - un roman gigogne ne faisant que se révéler un peu plus avec le temps. Excellent livre à sa sortie, il a considérablement marqué les esprits depuis, incarnant une charnière dans la bibliographie de son auteur - le moment où Djian casse sa routine pour "expérimenter" de nouvelles formes de récit (expérimentations qui trouveront évidemment leur couronnement avec l'inégale série Doggy Bag).

Car Frictions c'est avant tout un concept, un genre de roman-chronique articulé autour du thème des liens mère / fils (ou fils / mère - ce qui n'est pas exactement la même chose). Chacune des parties capte le fils à une époque différente de sa vie ; cinq brèves séquences, dont le lien est chaque fois la figure maternelle, qui apparait ou réapparait, se révèle progressivement et remplit avec finesse les blancs laissés entre les époques. Je ne suis pas certain de le décrire de la manière la plus compréhensible qui soit mais je vous rassure de suite : c'est nettement plus évident sous la plume d'un Djian véritablement au sommet de son art, qui peut-être n'a jamais été aussi épatant de virtuosité tant dans les caractères que dans la maîtrise structurelle. Nous en parlions il y a peu à propos du récent (et très bon) Impardonnables : l'auteur d'Impuretés a parfois tendance à céder à la facilité, à user de gimmicks forcément éculés lorsqu'on a autant de livres au compteur (celui-ci est le treizième, il y en a aujourd'hui quinze - vingt-et-un même si l'on compte Doggy Bag). Le risque du métier dès lors que l'on écrit comme un damné : on se repose parfois sur ses acquis.

Tout l'inverse de Frictions, dans lequel Philippe Djian se met réellement en danger, narrant une histoire absolument éclatée et multipliant points de vue, personnages, époques... sans rien oublier des fondamentaux de son oeuvre (mélancolie vissée au corps, vision douce-amère du monde, ironie mordante). Ebourifant, le résultat tient en un seul mot : exceptionnel. Exceptionnel chant d'amour à la mère, exceptionnelle mise en abyme des angoisses de l'homme adulte, exceptionnelle maîtrise de la structure. Ce n'est pas Go Down, Moses, c'est vrai. C'est justement toute sa force : dans Frictions, Djian se débarrasse une fois pour toutes de ses influences, tue ses pères spirituels en épousant une mère de fiction. Exceptionel on vous dit...


👑 Frictions 
Philippe Djian | Gallimard, 2003

18 commentaires:

  1. Perso, j'aurais ajouté que dans "Frictions", on a parfois l'impression que l'histoire s'écrit entre les parties. Sinon, je suis parfaitement d'accord. Je trouve même que c'est, tout simplement, le meilleur livre de Philippe Djian.

    C'est bien alors, ou non, Doggy Bag ?

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  2. J'ai trouvé la saison 1 prometteuse, la saison 2 très bonne, la saison 3 décevante... pour l'instant je n'ai pas été plus loin. Cela dit je les ai déjà tous achetés depuis longtemps, je les lirai probablement... mais pas tout de suite.

    Sinon, ce que tu dis de Frictions est très juste.

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  3. A force de commentaires élogieux, je commence à songer à redonner sa chance à Dijan, même si j'avais été pas mal dégoûtée par les "Doggy Bag".

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  4. La honte absolue je ne l'ai pas lu non plus celui-ci... Mais bon je vais me le procurer et le lire rapidement, et comme il est impossible d'écrire après toi sur le sujet, je crois que j'oserai juste un lien vers ton billet !
    Belle journée Thomas :)
    (J'ai passé ma matinée à courir après le hamster fugueur...)

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  5. Oh oh... n'exagère pas, je ne crois pas avoir écrit le billet définitif sur le sujet (ni sur aucun, d'ailleurs) :-)

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  6. Ah, ce livre est pour moi ! Ca fait un moment que j'ai envie de lire Philippe Djian mais je ne sais pas par où commencer. Doggy Bag ne me dit rien du tout (ça a l'air plutôt réservé aux fans), Impardonnables ne m'attire pas vraiment... ce sera donc Frictions.

    carton plein sur le boulier... c'est rare non ;-)

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  7. Ok Thomas ! Merci pour l'info sur DB.

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  8. Emma >>> c'est même de plus en plus rare avec le temps (comme en témoigne le libellé "Golb Hits", auquel les six diodes sont associées). Là... il m'a semblé que ça s'imposait, dans la mesure où un livre que je relis en me rendant compte que six ans plus tard je m'en souviens comme si c'était hier... enfin, voilà :-)

    The L >>> de rien !

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  9. C'est dingue le nombre de livres sans images que tu peux lire.

    Dingue.

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  10. Ne cherchons pas plus loin la raison de mes migraines à répétition ! :-)

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  11. En général je n'aime pas trop Djian, mais c'est vrai Frictions m'avait bien plu.

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  12. Disons que je n'ai rien vu d'un grand écrivain dans les "Doggy Bag". Comme il s'agissait de mon premier contact avec Dijan, je n'avais aucun autre titre auquel me raccrocher.
    Donc pour moi, Dijan=aucun intérêt jusque là, voire nullité, même si je commence à en douter.

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  13. En même temps qui t'a conseillé Doggy Bag pour le découvrir ? C'est une drôle d'idée, quand même (en tout cas moi, ça ne me serait pas venu à l'idée).

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  14. Je vais tenter Frictions. Impardonnable m'a laissée sur ma faim à la fin (ou sur ma fin à la faim ?). Comme s'il avait voulu s'en débarrasser, je ne sais pas...

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  15. Je ne sais pas s'il voulait s'en débarrasser, mais effectivement, la fin d'Impardonnables est assez... je ne trouve pas le mot...

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  16. Nullissime. De la " démarque " comme Hallyday. Comme en musique nous sommes le tiers-monde de l'Amérique.
    Walter

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  17. Quel rapport avec le chanteur de variétés Hallyday ? Que c'est NUL ce genre de commentaire... il y en aurait des pages à écrire pour répondre au "tiers-monde de l'Amérique", mais quand l'argumentation n'est pas là on n'a pas franchement envie de se fatiguer...

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