samedi 15 novembre 2008

On Chesil Beach - Son bonheur était presque parfait...

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Voilà bien longtemps qu'Ian McEwan, qui n'est pas spécialement connu pour être ni un grand comique ni un gentil romantique, n'avait pas commis un livre aussi tendre, délicat... pour ne pas dire tout simplement humain. Généralement adepte de la noirceur la plus totale, virtuose de l'oppression (Cf. son précédent roman, Saturday) excellant à broyer ses personnages sous les intrigues les plus vicieuses... McEwan, vraiment, ne semblait pas sur le papier apte à faire pleurer dans les chaumières - si ce n'est évidemment d'angoisse. C'est donc avec un certain scepticisme qu'on s'aventure sur cette plage de Chesil ; le texte après tout est court, For You vient de paraître en Angleterre... celui-là a donc de grandes chances de n'être qu'un petit récit intermédiaire.

Surprise : non seulement On Chesil Beach est loin d'être un McEwan mineur, mais il marquera sans doute durablement l'œuvre de l'auteur - sa délicatesse et sa douceur tranchant avec la noirissime trilogie 1 qu'il vient de conclure. Ou comment un couple de jeune mariés se retrouve enfin seul, en tête à tête, le temps d'une nuit de noce tant attendue... qui va se révéler cauchemardesque.

Deux personnages, peu de mots, une poignée de flashbacks et une œuvre où les non-dits ont presqu'autant de place que la narration elle-même... dans On Chesil beach, McEwan atteint un degré d'épure difficile à concevoir tant qu'on ne l'a pas lu. Car à une écriture inhabituellement sensuelle (du moins pour lui) il ajoute ici un don incroyable pour la suggestion, le sous-entendu... à mile lieues du foisonnement de Saturday - dont ce nouveau roman pourrait presqu'être considéré comme le double inversé. Ecrire le trouble du désir, restituer l'émotion d'une première fois... ce sont en soi des choses délicates - même pour un grand écrivain. Alors les laisser deviner sans jamais les évoquer de manière frontale... on n'est plus dans le roman - mais dans la performance littéraire.

Idem pour le sous-texte entourant la Révolution Sexuelle, ou pour être exact son absence (l'histoire se déroule en 1962). Tous les commentateurs du livre ont noté cette allusion... qui n'est pas énoncée une seule fois dans ce roman où McEwan, a contrario du didactisme parfois un brin pesant de ses compatriotes contemporains, parvient à mettre en relief toute une époque sans quasiment jamais la montrer. Juste dans les mœurs, dans les caractères, dans quelques mots abandonnés ici ou là comme par erreur... impressionnant et même, souvent, étourdissant. Car bien entendu au-delà de l'histoire et de ce couple bouleversant, On Chesil Beach est bel et bien la réponse cinglante qu'un McEwan au sommet de son art adresse aux incultes rêvant de liquider l'héritage de soixante-huit 2.


👍👍👍 On Chesil Beach [Sur la plage de Chesil] 
Ian McEwan | Jonathan Cape, 2007


1. Trilogie imaginaire, bien entendu, constituée d'Amsterdam, d'Astonement et de Saturday ; trois œuvres noires aux titres cinglant présentant sous des jour différents - quoique très similaires dans l'écriture - le même type de désintégration de leurs caractères.

2. Le phénomène néo-réac de rejet sans nuance de la libération sexuelle n'étant évidemment pas une spécifié française... bien au contraire il est né en Angleterre.
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