lundi 13 octobre 2008

Black Sabbath - Les Dures lois de la pesanteur

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Black Sabbath featuring Ronnie James Dio, c'est une incroyable histoire d'occasions manquées et de rendez-vous loupés (si on en faisait un film ce serait un mélo) que vient couronner aujourd'hui ce bizarre coffret de rééditions... bizarre parce qu'uniquement centré justement sur cette histoire Ronnie James Dio / Black Sabbath, faite de retournements de situations improbables, de ruptures, de retrouvailles, d'espoirs déçus... etc.

C'est qu'après avoir été intronisé en 1979 suite au départ d'Ozzy Obsourne, Ronnie le gnome chantant va dans un premier temps sauver le groupe du naufrage commercial dans lequel il était embarqué depuis 1976... pour mieux précipiter sa chute quelques années plus tard en se foutant tout le groupe à dos, groupe qui finira comme de juste par le virer puis le regretter durant une décennie qu'il passera à changer de chanteur plus souvent que d'amplis - une aberration tant la voix est LE truc rendant un groupe identifiable aux yeux du grand public (et encore, comme le blogueur est un garçon bien intentionné il ne tiendra pas compte de tous les chanteurs intermédiaires saqués avant d'avoir pu enregistrer quoi que ce soit). Réconciliés dix ans plus tard et attirés par l'amour de l'art avant tout (bien entendu), voilà que les lascars reprennent Dio dans leurs rangs en 1992 sans plus se préoccuper du courageux Tony Martin (qui tenait la barraque depuis 1987 avec une abnégation forçant le respect), le temps d'un album qui n'aura jamais de suite, la susceptibilité de Dio (ou sa bêtise, c'est selon) n'ayant une fois encore pas été assez ménagée... ce qui entraînera un retour aux affaires du gentil Tony, pas rancunier pour un sou, une véritable crème ce mec, puisqu'il se fera à nouveau gentiment remercier le jour où Ozzy aura subitement l'idée, un matin au réveil, de réintégrer le groupe qui lui permit d'acquérir autrefois une crédibilité sans faille.


Bref : ce n'est plus un coffret, c'est un roman. Dont il manque des chapitres et que l'auditeur lambda (c'est à dire le non-fan, le fan n'ayant aucune véritable raison d'acheter ça) peinera à comprendre, dix années de Black Sabbath ayant été purement et simplement rayées de la carte. Une absurdité ? En terme de rétrospective, oui. Mis à part le fait que Dio soit dans la dèche et que la période intermédiaire soit la moins populaire et donc la moins vendeuse, rien ne justifie que des albums de qualité comme Seventh Star (avec Glenn Hughes) ou The Eternal Idol (avec Martin) passent à la trappe alors qu'ils sont bien supérieurs au Deshumanizer de 1992. D'un autre côté... force est de reconnaître que le dernier chef-d'œuvre du groupe est Mob Rules (second album avec Dio paru en 1981), que le Live Evil sorti peu après est un des tous meilleurs lives de l'histoire du metal et que Heaven & Hell (1980), quoiqu'inégal (en fait on dirait un album de Black Sabbath période Ozzy sauf que c'est Dio qui chante), est un disque très efficace renfermant quelques pépites (« Neon Knights », « Die Young »...).

En fait, le véritable problème... c'est tout simplement qu'on aurait préféré éviter de se fader ce gros machin au packaging assez cheap (rien à voir avec la version Ozzy - Black Box - parue en 2004) et pouvoir faire tranquillement son marché parmi des rééditions individuelles de la chose. A commencer par l'essentiel Mob Rules, dont les « Turn up the Night » et autres « The Sign of the Cross » arrachent des soupirs de regret : au début des années quatre-vingts, Black Sabbath a eu la chance, unique dans l'histoire non seulement du metal mais tout simplement du rock, de remplacer son premier chanteur par un second susceptible d'imprimer sa patte sans trahir le son du groupe, de composer beaucoup plus que le premier, de se montrer suffisamment charismatique pour s'imposer auprès du public de manière presque indolore (pour être moins « classique » le Sabbath du début eighties n'en a pas moins ses inconditionnels)... et il a piétiné stupidement cette chance de toutes les manières rock'n'roll possibles (querelles d'égos et de chapelles, défonce, prises de têtes puériles - la raison officielle pour laquelle Dio fut remercier en 1982 est carrément risible), s'enfonçant dans une spirale de rénovations ratées qui depuis n'a eu d'égal que... le Parti Socialiste français.

C'est vous dire.

 

👍👍 The Rules of Hell (boxset)
Black Sabbath | Rhino, 2008

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